Poésies nouvelles (1836-1852)/Rappelle-toi

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RAPPELLE-TOI


(VERGISS MEIN NICHT)


PAROLES FAITES SUR LA MUSIQUE DE MOZART


Rappelle-toi quand l’Aurore craintive
Ouvre au Soleil son palais enchanté ;
Rappelle-toi lorsque la Nuit pensive
Passe en rêvant sous son voile argenté ;
À l’appel du plaisir lorsque ton sein palpite,
Aux doux songes du soir lorsque l’ombre t’invite,
Écoute au fond des bois
Murmurer une voix —
Rappelle-toi.

Rappelle-toi, lorsque les destinées
M’auront de toi pour jamais séparé,
Quand le chagrin, l’exil et les années
Auront flétri ce cœur désespéré ;
Songe à mon triste amour, songe à l’adieu suprême !
L’absence ni le temps ne sont rien quand on aime.
Tant que mon cœur battra,
Toujours il te dira :
Rappelle-toi.


Rappelle-toi, quand sous la froide terre
Mon cœur brisé pour toujours dormira ;
Rappelle-toi, quand la fleur solitaire
Sur mon tombeau doucement s’ouvrira :
Je ne te verrai plus ; mais mon âme immortelle
Reviendra près de toi comme une sœur fidèle.
Écoute, dans la nuit,
Une voix qui gémit —
Rappelle-toi.

1842.