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Poissons d’eau douce du Canada/Bars

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C. O. Beauchemin & Fils (p. 126-140).


Montpetit - Poissons d'eau douce du Canada, 1897, illust p149.png
Fig. 29. — LE BARS AMÉRICAIN, ou The Striped Bass.

LE BARS

(En France et au Canada).


Bass, Sea Perch, White Salmon, Salmon Dace and Servin, en Angleterre ; Gape Mouth, en Écosse ; Sea Barsch, en Allemagne ; Har Bars et Bars, en Danemark ; Dreinec, en Bretagne ; Spinola, Spigola Branzine, Varola, Braciola, Ragus, et Labrace, en Italie.


La science arrive à son tour pour continuer les litanies populaires : Labrax lupus, Labrax lineatus, dit Cuvier ; Sciena lineata, Block ; Centropôme rayé, Lacépède ; Roccus striatus. Mitchell ; Rock fish, Mease ; The striped Bass, Storer.



D’après cette nomenclature déjà longue, qui pourrait cependant s’enrichir incommensurablement, il est déjà facile de voir que le bars est un poisson presque universellement connu, en Europe comme dans l’Amérique du nord. En Europe, il intéresse toutes les populations riveraines de l’Atlantique et de la Baltique, depuis Tromsoë, en Norvège, jusqu’à Gibraltar ; et faisant équerre ici, il côtoie les rivages méditerranéens, sans interruption, jusqu’en Orient. En Amérique, on le trouve également dans le bassin atlantique, depuis l’estuaire du fleuve Saint-Laurent, correspondant à la Baltique, de l’autre côté, jusqu’au golfe du Mexique, faisant balance avec la Méditerranée.

Le bars appartient à l’ordre des percoïdes, auquel il fait grand honneur pour sa beauté, sa taille, sa valeur sportive et le goût délicat de sa chair. En Europe, on le classe fréquemment parmi les serranidés ou perches de mer, pendant qu’ici, au Canada, on lui donne plutôt place parmi les percidés ou perches de rivière ; mais, dans l’un comme dans l’autre groupe, il occupe incontestablement le premier rang. En mer, il n’est pas un serran qui ne lui cède le pas ; en eau douce, la perchaude, vêtue d’or, s’incline devant son armure argentée ; le doré s’écarte sur son passage ; l’achigan bronzé le laisse passer sous son balcon, sans l’attaquer ; le brochet lui-même reste tapis au fond de sa caverne — lorsque le vaillant chevalier traverse la forêt de Bondy.

Dans son ouvrage intitulé les Merveilles de la Nature, Brehm a fait du bars une description assez exacte, peu chargée de termes techniques, à laquelle je donne volontiers place ici. « Les bars ou perches de mer ont la forme générale des perches d’eau douce, le corps étant toutefois plus allongé ; la tête est écailleuse ; les ouïes sont largement fendues ; l’opercule est armé de deux épines ; le bord postérieur du préopercule est dentelé, tandis que l’on voit de fortes épines dirigées en avant le long du bord inférieur ; il existe sept rayons branchiostèges ; les fausses branchies sont très développées. Toutes les dents sont en velours ; il en existe aux mâchoires, au palais et sur la langue. Les deux dorsales sont rapprochées, la première ayant neuf aiguillons. Sa coloration est un gris plombé sur le dos, un gris plus clair, argenté sur les flancs ; le ventre est argenté ; les individus jeunes ont souvent de petites taches noires sur le dos. Les nageoires dorsale, anale et caudale sont grisâtres. On voit une tache d’un brun foncé sur l’opercule. »

Supposez une perchaude énorme, plus grande même que celle de Laponie — purement imaginaire — une perchaude argentée et allongée ; dos argenté bleu-ciel, le corps argenté vif ; les deux nageoires dorsales rose tendre ; les pectorales et les ventrales jaunâtres ; une tache noire à la pointe des opercules, et vous avez le bars d’Europe.

Supposez la même perchaude, plus ventrue, ayant la hauteur du corps presque sous les ventrales, dos olive argenté ou bleu, même violet, flancs et ventre blanc argenté ou bronzé, avec 7 ou 8 rangées d’écailles noires, régulièrement horizontales, de la tête à la queue ; et vous avez le bars américain (v. gravure 29).

Le bars des provinces maritimes et du golfe Saint-Laurent se rapproche beaucoup de celui d’Europe par la taille et la couleur ; il n’en diffère, au vrai — les mâles surtout — que par ses bandes noires longitudinales qui manquent à son congénère européen. Leur poids est à peu près le même, dépassant rarement vingt livres.

Si vous sortez du golfe Saint-Laurent et longez les côtes de l’Atlantique, en allant au sud, vous constaterez la croissance graduelle du bars, d’un estuaire, d’un golfe, d’une baie, d’un récessus quelconque, à l’autre, jusqu’aux profondeurs de la baie de Pensacola, dans le golfe du Mexique, où le bars arrive assez souvent à cent livres et plus — jusqu’à l’ancien quintal canadien même — 112 livres !

En descendant vers le sud, le bars prend, en même temps que du poids, une teinte violacée de plus en plus prononcée. D’aucuns ont voulu en induire que la différence dans le poids et la couleur accusait une variété distincte ; mais le milieu cosmique passé à l’étamine expérimentale a donné une explication satisfaisante en faveur de l’unité de l’sepèce.

En 1865, mon ami de Lusignan, comptable alors au bureau de l’instruction publique, se trouvant à Saint-Augustin (Floride), notre Nice d’Amérique, où il cherchait quelques bouffées d’air tiède pour cicatriser ses poumons fatalement entrepris, m’écrivait ces mots :


Montpetit - Poissons d'eau douce du Canada, 1897, illust p152.png
LE BARS.

« En faisant aujourd’hui la pêche au bars, à la ligne, un lieu de plus m’a ramené vers vous, pêcheur endurci que vous êtes ! J’ai fait la pêche au bars à Montmagny ; c’est le même poisson, assurément, que je retrouve ici, sauf la couleur et la taille. Les bars d’ici sont violets, et les sileux des Battures plates de Montmagny sont des pygmées à côté des vingt-huit géants que nous avons tirés de l’eau, en moins de deux heures. Pour moi, ça été une pêche grossière ; et le plus petit goujon pêché à Montmagny, en compagnie de Montpetit, me ferait autrement plaisir que cette capture monstre. »


Les Grecs et les Romains n’ont connu le saumon que par ouï-dire, ce qui leur a permis de prodiguer à des poissons comparativement inférieurs, des éloges exagérés. Ils couvraient de fleurs un esturgeon, autrement bien que nous faisons du bœuf de Pâques : une goutte de garum — leur absinthe — coûtait cent fois son pesant d’or : leurs murènes ? ils les nourrissaient de quartiers d’esclaves, lorsque les esclaves étaient souvent des chefs de nations appelées à régénérer l’Europe et l’empire romain lui-même.

À l’envi les uns des autres, tous leurs écrivains, leurs poètes célèbrent les poissons, certains poissons entre autres, comme l’esturgeon, la lamproie, le maquereau dont on extrayait le garum, les murènes et le bars, sujet d’intérêt réel et d’importance, puisqu’il nous préoccupe encore à deux mille ans d’intervalle. Ce qu’ils ont écrasé de forces d’homme, de valeur personnelle, de dignité de caractère, d’affections, de tendresses, de générosités, sous le poids animal de leur orgie païenne — pressoir écœurant dont l’humanité était la grappe — ces Romains, fils de Sardanapale — personne ne pourra jamais le dire. N’empêche que leur appétit si affiché pour certains poissons peut avoir sa raison d’intriguer et d’inviter à une explication.

À mon avis la lettre en est bien grosse. Le peuple romain ayant un lit pour table, sut apprécier le poisson comme aliment. S’il n’était pas chimiste, il était épicurien. À part cela, manquant de foi, se riant de ses dieux, il s’appliquait à réaliser, au passage dans la vie, la plus forte somme de plaisir possible. En conséquence, il s’en donnait, à table, à son soûl et content. C’est ainsi que les historiens du temps nous ont fait savoir les prix qu’ils payaient pour des choses sales et immondes, pour des poissons, entre autres, qui ne valaient que par la distance et le coût de leur transport, et qui, une fois venus sur place, pourris ou en carcasse, trouvaient le commanditaire disparu. En pesant au juste l’aventure humaine, il fallait bien l’orgie de Rome, pour attirer, de flair, les peuplades sauvages dont Dieu voulait faire, et dont il a fait les nations indisciplinées de l’Europe. Rendu sur la table des Vitellius, le poisson se trouvait payé. Qu’il fût mangé par l’empereur, ses favoris, le sénat ou son cheval, peu importait. Le poisson n’en restait pas moins en faveur — et c’est ainsi, peut-être pour le prix qu’ils ont coûté à cette époque, autant que par leur valeur propre, que nombre de poissons sont préconisés, de nos jours, jusqu’à la cote de l’enthousiasme, comme l’est le bars.

Allez-vous croire, après cela, que je vais mépriser ou dédaigner le bars ? Vous seriez à plus de cent lieues de mes sentiments — à l’égard de ce poisson — qui m’a procuré des jouissances sociales et expérimentales réellement exceptionnelles. N’ai-je pas vécu cinq de mes belles années au milieu de la population de Montmagny, à faire avec de bons amis, les Taché, les Coursol, les Bender, les Marmette, les Renaud et d’autres, des pêches de batture, d’îles, de rochers, de courses au hasard, avec des chances diverses, sans doute, mais en somme, avec des succès surprenants ?

Cependant, le bars, tant vanté qu’il ait pu être à Rome, à Athènes, chez les Croates mêmes, n’a jamais effleuré les cheveux de la Fortune autant que dans les États-Unis. Dès les premiers temps des colonies de la Nouvelle-Angleterre, le capitaine John Smith écrivait ce qui suit :


« Le bars est un excellent poisson, à l’état frais ou salé. J’en ai vu sur le marché, de si grande taille, que la tête d’un seul peut fournir un copieux repas. Ils remontent ici la rivière, près de ma résidence, en si grand nombre, que dans une seule marée on pourrait y capturer le chargement d’un navire de cent tonneaux. Je les ai vus, à certains jours, regagner la mer, au baissant, tellement tassés, qu’un animal aurait pu passer dessus, sans risque d’enfoncer, comme sur un pont mouvant, d’un bord à l’autre du cours d’eau servant de déversoir. »


Pour les sceptiques qui douteraient de la véracité du vieux colon, nous pouvons apporter à l’appui le témoignage inattaquable d’un contemporain, le révérend M. Divine : « Il existe ici, dit-il, un poisson appelé bars, dont le goût est aussi exquis que celui du saumon frais, en Angleterre. Il était déjà de saison, à notre arrivée, en juin, et nous avons pu le pêcher encore durant trois mois. Nos pêcheurs les capturent par centaines, d’un seul coup de filet, et c’est un spectacle admirable et saisissant de voir ces énormes poissons se débattre dans leur agonie, sur un lit de sable doré Il est de fait que les seines s’emplissent à déborder, et crèvent souvent avant d’atteindre le rivage. »

Lorsque la pêche à la morue produisait des millions sur les bancs de Terre-Neuve — ce qui se voit encore aujourd’hui — aux premiers jours de l’établissement de l’État de Virginie, si abondants étaient les bars sur ses rivages, que les colons songèrent sérieusement à en faire une pêche rivale des pêches des bancs de Terre-Neuve. De fait, depuis deux cent soixante ans, la pêche au bars a été une des grandes ressources riveraines des États-Unis, à partir des côtes du Masssachusetts jusqu’à celles de la Floride. Encore de nos jours, les captures annuelles sont énormes, comme on peut en juger par des notes de carnet que voici :

« En décembre 1874, trois groupes de pêcheurs opérant à Bridgehampton. N.-Y., capturèrent au delà de 18,000 livres de bars, dans une semaine. D’un seul coup de seine, le capitaine Charles Ludlow réussit à atterrir 1,672 bars, pesant comme masse environ 7,000 livres. Dans le voisinage de Norfolk, Va., un seul coup de seine a rapporté 1,500 bars ; il y a deux ou trois ans, un coup de seine réalisait une pêche miraculeuse de 600 bars, d’un poids moyen de 80 livres chacun.

« Mais rien n’est comparable à la pêche du Dr Capehart, dans le comté de Bertie, Caroline du nord. À l’approche du temps du frai, et tout le temps que dure la pêche à l’alose et au hareng, le bars se tasse à la tête du détroit d’Albemarle, où il s’en fait des captures extraordinaires, de 20 à 40,000 livres chacune, durant une saison de cinquante jours, comprise entre trois mois, mars, avril et mai. Je lis dans un des rapports du Dr Capehart : « En 1858, j’ai capturé environ 30,000 livres de bars, d’un seul coup de seine. Un bon nombre de ces poissons pesaient de 75 à 85 livres. Le 6 mai 1876, nous fîmes une seinée de 820 pièces, du poids collectif de 37,000 livres, donnant, pour 365 bars, une moyenne de 65 livres, un bon nombre pesant 85, et quelques-uns 90 livres. À la seinée suivante nous enserrions 13,000 livres de plus, soit 50,000 livres, dans l’espace de six heures. »

La Gazette de Baltimore, en date de mai 1834, disait : « Des pêcheurs stationnés à Carpenter’s Point ont pris, d’un seul coup de seine, au delà de 800 bars de la plus grande taille qui se soit jamais vue. Quelques uns de ces poissons pesaient plus de cent livres, et le plus grand nombre avaient un poids moyen variant de 50 à 100 livres. »

La consommation annuelle du bars aux États-Unis est évaluée à plus de 20,000,000 de livres, sans que la production y accuse aucune dépression, quoique les citoyens de New-York l’entourent de moins de protection qu’au siècle dernier. En 1758, ils ont adopté une loi prohibant la vente de ce poisson, durant les mois d’hiver, « eu égard à la diminution marquée de ce poisson. » La contravention à cette loi comportait pour le délinquant une amende de quarante chelins et la saisie de son poisson ; et si le délinquant était un nègre, un mulâtre ou un esclave indien, il était attaché au pilori et y restait jusqu’à ce que son maître eût payé l’amende.

En somme, le bars américain, sans être millionnaire comme les poissons du haut commerce, la morue, le hareng, le saumon, jouit encore d’assez beaux revenus. Sous ce rapport, il laisse au fond de l’ombre son congénère d’Europe, plus vanté par les poètes que crédité à la Bourse. Toutefois, sur les côtes d’Espagne et du Portugal il se fait d’abondantes pêches de ce poisson.

Le bars du Canada ne peut être comparé à celui des États-Unis, ni pour la taille ni pour la quantité et les profits qu’il rapporte. Au Nouveau-Brunswick, comme dans le golfe Saint-Laurent, on voit rarement des bars dépassant trois pieds de longueur et pesant plus de vingt livres : c’est à peu près les proportions des bars d’Espagne, de France et de la Méditerranée. Dans les rivières Potomac, Hudson et Connecticut, voisines de nous, presque à nos portes, des bars de 30, 40 et 50 lbs ne causent aucune surprise. On se vante de la prise sans être surpris, sans en faire un objet digne de l’attention publique. Le docteur Henshall rapporte qu’il a vu, un jour, à la halle aux poissons, à Baltimore, un bars de plus de cent livres. En 1860, un bars de 104 lbs fut capturé à Cuttyhunk, entre Buzzard Bay et Martha’s Vineyard Sound. Le plus gros bars dont il soit fait mention dans l’histoire de la famille, fut pris à Orléans (Massachusetts) ; il pesait 112 lbs, juste le poids de l’ancien quintal du Canada, — que le système décimal n’a pas encore réussi à extirper complètement. Un pareil poisson devait dépasser cinq pieds de longueur.

Pour la taille et la quantité, les bars américains l’emportent de beaucoup sur le bars du Canada, mais pour la vaillance et la délicatesse de la chair, pour la valeur et la saveur, ce dernier vaut mieux que ses grands et puissants frères du sud, quoiqu’ils ne soient pas à dédaigner. Les jeunes, d’une livre ou à peu près, sont une excellente friture ; d’une à à trois livres, ils sont livrés au gril ; de cinq à huit livres, leur vocation les appelle à la bouilloire ; plus gros, ils sont impitoyablement coupés par tranches, et fatalement condamnés à bouillir, sans seulement avoir le droit de protester.

Faut-il parler de la vaillance du bars, vous entendrez dire par Frank Forester, le premier : « C’est un poisson vaillant qui attaque franchement ». Et Genio Scott le met au premier rang des poissons sportifs des rives américaines de l’Atlantique, lorsqu’il écrit les lignes suivantes : « Il n’est pas de pêche sportive plus galante que la pêche au bars, du haut des rochers et des falaises de l’océan Atlantique, lorsque à travers la tempête, dans la gueule d’une mer hurlante, vous jetez un morceau de manhaden, au bout d’un fil de soie accroché à un crochet de fer imperceptible. Je me demande, à certains moments, quand on mesure la somme de jouissances sportives que procure la pêche à la ligne, si ce mode de pêcher le bars n’est pas supérieur à la pêche au saumon, à la mouche ? Et si tel était le cas, il éclipserait d’emblée tout autre mode de pêche connu. Car, il est essentiellement américain et caractéristique de l’énergie du pêcheur moderne, par la force d’action et de résistance, la hardiesse, l’énergie musculaire et la volonté qu’il exige pour réussir. »

Tant ambitieux que puissent être les hommes, il est des jours où ils se lassent de ramasser de l’or, des jours où ils vont s’étendre sur l’herbe pour se reposer de leurs courbatures, ou pour lever les bras à la chasse, au yachting, à la pêche sportive surtout : ne fût-ce que pour se redresser des doigts crochus. C’est ainsi que dans les jours chanceux de la pêche au bars, un bon nombre de millionnaires de Wall Street quittent sournoisement leurs bureaux pour aller pêcher le bars à Hell-Gate, Pot-Rock, Mill-Rock, à quelque six ou huit milles de l’hôtel de ville de New-York, pour se faire la main, en attendant le concours sportif de Cuttyhunk, Pasque, West Island et Squibnocke, où des sommes fabuleuses se risquent sur un fil de soie armé d’un petit crochet d’acier appelé hameçon, lancé dans des vagues tourmentées, à la recherche du bars.

Mais je ne vois pas pourquoi une esquisse de Cuttyhunk, du groupe des îles Elizabeth, avec un croquis de ses estrades, un mot de l’organisation et du fonctionnement de son club excessivement millionnaire, ne trouverait pas un petit coin ici. Il est des portes qui restent sourdes à la plainte du pauvre honteux, mais je n’en connais pas qui ne s’ouvrent à deux battants devant le millionnaire heureux et content.

L’île de Cuttyhunk située à environ seize milles de New Bedford, s’étend en large, à l’extrémité sud-ouest de Buzzard’s Bay, dont les raz de marée assaillent violemment les falaises, au nord, pendant que l’océan vient de l’autre coté, au sud, briser des vagues immenses et solennelles sur d’immuables rochers souriants ou sourcilleux, suivant les jours de calme ou de tempête. Un club déjà ancien porte le nom de l’île de Cuttyhunk, où il possède plusieurs centaines d’acres de terre, où il a acquis les droits exclusifs de pêche dans les eaux intérieures de l’île, et du haut des rochers qui la ceinturent. Dès les premières années de la formation du club, on transporta de l’achigan dans un des principaux étangs de l’île, et il y a prospéré d’une façon prodigieuse. D’autres étangs sont abondamment peuplés de perches, de truites et de menu fretin ; mais l’attraction millionnaire irrésistible de ce rocher verdoyant que l’or parsème de plaisirs, de beautés toujours rajeunies, de parterres fleuris, de scènes féeriques, se trouve dans la pêche au bars, en l’honneur de qui on a construit, comme autant d’autels, un nombre infini d’estrades tout autour de l’île. C’est là que viennent officier, au caprice du tirage, les millionnaires de Wall Street, autres doges qui jettent à la mer un hameçon au lieu d’un anneau d’or. Ces estrades sont construites sur la crête de rochers élevés et supportées par des charpentes en fer. Des ponts, également en fer et bien appuyés, y conduisent depuis la terre ferme. L’espace propice à la pêche à lancer se trouvant nécessairement restreint, chaque jour les places sont tirées au sort. Celui qui gagne un bon numéro en dispose comme il l’entend pour la journée du lendemain. Ceux que le sort n’a pas favorisés se retirent dans des kiosques voisins d’où ils peuvent assister aux exploits de leurs compétiteurs heureux.

Je ne sais trop combien coûte la carte d’entrée au club de Cuttyhunk, mais je sais que le West Island Club, qui ne possède que cinq acres dans l’île, exige $1,000 de denier à Dieu, de la part de tout membre nouveau. Leur nombre est limité à trente.

Dans l’île de Cuttyhunk, et généralement le long des côtes des États-Unis, où l’on pêche le bars, d’une hauteur considérable, le pêcheur se munit d’une perche de neuf pieds de longueur, avec un moulinet multiplicateur, portant de 150 à 300 verges de fil de soie ou autre. De cale, il n’en faut point ou presque pas ; l’hameçon préférable est un fort limerick sans œillets ; pour esches, on emploie de la queue d’anguille, dans la rivière Susquehanna ; à West Island, No Man’s Land, Block Island et aux Vineyard Islands, le manhaden et la queue de homard réussissent parfaitement bien ; à Hell Gate et en d’autres endroits voisins de New-York, on donnera la préférence aux crevettes, aux crabes, aux encornets, à l’annélide.

Dans un article fait au repos, donnant satisfaction réelle au lecteur édifié d’avance sur le sujet, Francis Endicott, un auteur américain fort distingué, écrivait ce qui suit :

« Les plus grosses pêches à la ligne des plus grosses pièces de bars dont l’histoire fasse mention, ont été faites du haut des piliers en fer construits par Thomas Winans, à Newport, Rhode-Island. Au cours de trois mois — juillet, août et septembre — lui et son neveu, Thomas Whistler, ont capturé cent vingt-quatre bars, pesant 2,981 livres, donnant un poids moyen de 23 livres. Le 30 septembre, les deux mêmes pêcheurs enlevèrent, à la ligne, douze bars pesant ensemble quatre cent soixante-dix-sept livres ; le neuvième jour du même mois, ils amenaient à terre deux cent cinq livres du même poisson ; pendant que le même jour, Mademoiselle Céleste Winans en capturait quatre, pesant séparément trente-cinq, trente-neuf, quarante-huit et cinquante-cinq livres.

« Est-il pêche plus royale que celle-ci ? Elle coûte cher, sans doute, mais elle n’en est que plus royale ; elle est vraiment millionnaire ! En tenant compte de la construction en fer supportant les deux plateformes, et d’autres dépenses incidentes, je ne doute pas que chaque livre de bars ait coûté au moins cinq dollars à M. Winans. N’achetait-il pas par centaines, ses lignes à bars — des lignes bien simples en apparence — au prix de $2.50 la pièce ? Jamais une ligne ne lui servait deux fois : il craignait que le frottement sur les galets ne compromît la capture d’un bars de forte taille. »

Au Nouveau-Brunswick — une des provinces du Canada — la pêche au bars pourrait avoir une importance assez considérable, n’étaient les intérêts autrement sérieux qui gagnent l’industrie de la pêche devers la pêche aux poissons du sac aux millions, le hareng, le saumon, le maquereau et surtout la morue.

Cependant, ce poisson était si abondant dans certaines baies et rivières, que sa pêche facile et toujours assurée était réellement rémunérative. Malheureusement, il y eut des abus : le petit poisson pourrissait par milliers au fond des pêches asséchées, à marée basse, ou sur les grèves, après la seinée ; les Amalécites en faisaient un massacre effrayant au nigog, à l’époque du frai ; si bien que pour éviter sa ruine imminente et prochaine, cette pêche fut rigoureusement interdite pendant l’espace de trois ans. La mesure eut de très heureux résultats ; car, après une éclipse totale sur le marché, le bars y reparaissait en 1894, avec un chiffre respectable de 404,000 lbs, d’une valeur de $40,400, ce poisson se vendant couramment 10 centins la livre.

Au Nouveau-Brunswick les esches dont on se sert pour pêcher le bars varient suivant les saisons ; en avril, lorsque ce poisson remonte les cours d’eau pour y frayer, il est tenté par la crevette ou par les œufs d’alose, savamment apprêtés ; plus tard, le crab mou dépouillé de sa carapace aura ses préférences et restera en faveur jusqu’à ce qu’il ait revêtu de nouveau son armure ; il est alors remplacé par l’encornet, la sardine ou le capelan ; mais il lâchera tout cela pour happer une moule qu’il viendra cueillir jusqu’à fleur d’eau, tant il est friand de sa chair savoureuse. Le pauvre poisson n’ayant pas de dents pour les croquer, ni de couteau pour les ouvrir, vit au milieu d’elles comme le renard avec les raisins ; mais si vous voulez lui faire plaisir, sortez-en quelques douzaines de leurs coquilles, offrez-les-lui, et vous verrez qu’il n’attendra pas le jus du citron pour les engloutir.

Dans la province de Québec, autre partie du Canada, le bars pénètre franchement par la bouche du fleuve Saint-Laurent, jusqu’à Sorel. Certains aventuriers de la famille se sont même rendus, dit-on, jusqu’aux pieds de la chute Niagara. D’où en serait-on surpris, lorsqu’on a vu le salmo salar acclimaté dans le lac Ontario, tout autant que le huananiche dans les lacs des hauteurs du Labrador ? Tous les jours on capturait, d’ici de là, à Caughnawaga, au Buisson, à Cornwall, quelques-uns de ces beaux voyageurs anadrômes, en remonte vers le grand lac Ontario, un des joyaux du Canada, serti par les plus riches campagnes, dont l’éclat est rehaussé par des cités et des villes qui sont l’admiration du monde entier. Ces saumons harponnés au passage attestent évidemment que la famille du lac Ontario entretenait des relations suivies avec les vieux parents vivant à la mer. On a vu ces saumons remonter la rivière Ottawa, tenter même d’y créer une colonie. Les saumons ont quitté le lac Ontario, parce qu’on a pollué les eaux où ils frayaient, parce qu’on a détruit les ombrages étendus en parasol nuancé de mille couleurs, au-dessus de leur lit nuptial automnal des Laurentides ; parce que leurs petits étaient menacés de naître dans un tombeau.

Il se prend du bars à l’embouchure de plusieurs rivières tributaires du golfe Saint-Laurent, mais il affectionne particulièrement les eaux saumâtres comprises entre les battures du Loup-Marin, dans le comté de l’Islet et le cap Tourmente, ce Prométhée dont la Grosse-Île est une larme figée dans l’eau. C’est là que se cantonnent les sileux de dix à quinze livres, et de plus gros encore se rencontrent à l’arrière-garde des battures du Loup-Marin. Il diminue de taille jusqu’à Québec où il mesure à peine six ou huit pouces, lorsque nous le pêchons à l’automne, à l’orée de la petite rivière Mézerai et du haut des quais du port de la ville même, sous le couvert des premières glaces. Des bars de deux à quatre livres, quelquefois plus gros encore, vont hiverner dans le lac Saint-Pierre, et à Trois-Rivières jamais on ne manque de bars frais, en hiver.

Au printemps, dès que le grand chariot des glaces est disparu dans la direction du golfe, en aval de Québec, les habitants de la Côte-du-Sud, tous plus ou moins pêcheurs par tradition, depuis Beaumont jusqu’au cap Saint-Ignace, se hâtent de tendre leurs pêches ou parcs en clayonnage, disposés en équerre, dont le grand côté mesure de huit à dix arpents, et le petit côté, appelé queue de la pêche, quatre ou cinq arpents.

À la haute mer, le bars se rapproche des côtes, en quête de coquillages et de racines, sa seule ressource à cette saison de l’année. Pendant qu’il se repaît, la mer baisse, et il recule lentement avec elle jusqu’à ce qu’il se trouve arrêté par la barrière du parc ; il finit par s’entasser dans le franc coin de l’équerre où on le prend facilement à la main. Les frais d’installation d’une pêche se payaient autrefois dans une seule marée. Car il n’était pas rare de compter cinq à six cents pièces ainsi capturées d’un même coup. Le bars se vend sur place de quatre à cinq centins la livre.

Cette abondance dure au plus quinze jours. Passé ce temps et jusqu’au mois d’août, les pêches sont négligées. Il n’y rentre plus que du menu fretin, des petits esturgeons mêlés de quelques mulets dits poissons blancs. Durant sa descente à la mer, le bars ne mord à aucune esche.

Mais voici venir le mois d’août : les pêches ébrèchées sont restaurées, les chaloupes gréées, et chacun prépare ses lignes. Déjà la sardine bouille sur la batture, à travers les herbes marines : encore quelques jours et elle sera de bonne grosseur pour fournir une esche appétissante au bars goulu. Le bars la suit de près ; il accourt, il arrive, il est arrivé. C’est le temps de pousser au large, car les premières pêches sont assez souvent les meilleures. Les uns traversent de Saint-Thomas ou de Berthier aux îles d’en face, les autres moins hardis ne dépassent pas la batture d’où ils peuvent rentrer au port en quelques coups de rame, si le gros temps menace.

C’est à Saint-Thomas, dans les îles d’en face, à l’île Madame et aux Battures-Plates, par le nord du fleuve, que sont les meilleurs endroits de pêche, mais, je le répète, c’est à la batture aux Loups-Marins vis-à-vis de l’Islet, que se prennent les bars de la plus forte taille, qui pèsent parfois jusqu’à vingt livres et mesurent de trois pieds à trois pieds et demi de longueur. Le bars est généralement plus gros dans les îles que sur la batture, encore qu’en ce dernier endroit on en capture quelquefois de très beaux.

Les amateurs de pêche de Québec et de Montréal assectionnent les parages de la côte Beaupré, de l’île Madame et des îles Sainte-Marguerite et de la Corneille. Quant aux pêcheurs de Saint-Thomas, ils ont presque tous des endroits à eux dont ils gardent le secret ; les plus madrés, et de beaucoup, sont les pêcheurs de l’île aux Grues.

La pêche se fait au moyen d’une ligne de quinze à vingt brasses, munie de deux forts hameçons montés sur empile de crin ou en corde filée, et lestée d’un plomb ou cale du poids de six à sept onces, qu’on lance à toute volée. Un pêcheur habile surveille et entretient aisément deux lignes.

En fait d’esches, le bars préfère la sardine à toute autre ; mais, de chair tendre, elle se gâte promptement ou se déchire, soit en lançant la ligne, soit au contact des galets ; après la sardine vient l’éperlan qui fournit une esche plus résistante, puis le mulet et le tommy cod ou petite morue. Il en est qui pêchent le bars au tue-diable, aux moules et même à la mouche, mais ce mode n’est pas pratiqué à Saint-Thomas. C’est l’ibis écarlate mêlé de plumes blanches, que l’on emploie pour l’achigan, qui constitue la meilleure mouche pour la pêche au bars. À défaut d’autres appâts, on peut employer les yeux et les intestins du bars lui-même. Les poissons blancs de rivière, chevesnes, gardons, brêmes et autres ne réussissent jamais.

Le bars est glouton et mord franchement. Une fois piqué, il oppose une furieuse résistance. Pour peu qu’il soit de bonne grosseur, de ceux nommés sileux ou siffleux parce qu’ils sont siler la ligne dans leur effort pour s’échapper, il faut savoir le ménager, le tenir ferme tout en l’attirant doucement et lui lâchant même de la ligne au besoin. Il est prudent de tenir l’épuisette prête pour le recueillir aussitôt qu’il arrive à portée, de crainte que d’un coup de sa queue sur les flancs de l’embarcation il ne rompe la ligne et ne s’échappe juste au moment psychologique.

Depuis une quinzaine d’années, les sileux se sont de plus en plus rares. Cela vient de ce que les pêcheurs à la seine détruisent une quantité prodigieuse de petits bars, et surtout, de ce qu’on permet la vente de ces poissons sur nos marchés avant qu’ils aient atteint une longueur d’au moins dix pouces. Il serait opportun de réglementer au plus tôt à ce sujet, si l’on veut conserver cette espèce de poisson précieux par l’exquise saveur de sa chair.

Si nous imitions le Nouveau-Brunswick, en prohibant absolument la pêche au bars, pendant quelques années, dans les eaux du fleuve Saint-Laurent, il est raisonnable de croire que ce qui se voit à Miramichi — une restauration complète de ce beau poisson — se répéterait ici. Après une courte pénitence, nous retrouverions les joies et les plaisirs d’un sport disparu mais non oublié, en même temps qu’une abondance d’autant plus regrettée que nous sommes menacés d’une disette complète. Ouvrez nos derniers rapports officiels (1895), et vous y constaterez que le bars est disparu de la liste des poissons de Québec, au moment même où il ressuscite glorieusement sur les plages du Nouveau-Brunswick. Les habitants de la côte du sud et les sportsmen du Canada, tous les consommateurs de Québec bénéficieraient d’une pareille loi, qui infligerait, du même coup, un châtiment mérité à quelques groupes de maraudeurs sans esprit et sans cœur.

Très abondante en août et septembre, la pêche au bars finit vers le milieu d’octobre, avec les premières gelées. Il est de dicton, parmi nos pêcheurs, que « la gelée blanche casse la gueule au bars. »

Les habitants de la côte du sud ont observé que le bars suit la masse des glaces que la débâcle du printemps pousse vers la mer. Si le gros des glaces passe par le chenal du sud, le bars abonde sur la batture ; descend-il par le chenal du nord, le bars reste dans les îles et aux Battures-Plates.

Au nombre des ennemis du bars, il faut compter au premier rang le loup marin et le marsouin. Dès qu’un marsouin vient sourdre dans un parage de pêche, il ne nous reste plus qu’à lever l’ancre et à nous éloigner — pour tenter la chance ailleurs.

J’observe qu’en 1893, pas moins de 155 marsouins ont été capturés dans le golfe Saint-Laurent, contre 97 seulement en 1894. Ce cétacé destructeur de nos meilleures espèces de poissons comestibles diminuant ainsi en nombre, finira peut-être par retourner complètement à la mer. De pareilles migrations de ces monstrueux troupeaux blancs paissant dans la plaine liquide se sont vues fréquemment ici, à la baie James, et ailleurs et surtout dans l’océan Pacifique. Si un tel mouvement allait se répéter prochainement dans nos eaux, nous n’aurions qu’à nous en réjouir parce qu’il hâterait le retour du bars et favoriserait particulièrement sa multiplication sous la protection d’une loi sévère de prohibition.

Est-ce à dire que la famille des bars qui peuplaient jadis le fleuve Saint-Laurent depuis l’Islet jusqu’à Sorel est détruite, anéantie ? Non : elle est dispersée par groupes, sur de nouveaux fonds encore ignorés de leurs persécuteurs. Que ces derniers disparaissent et vous verrez les exilés revenir au gîte, dans ces parages fleuris d’îles, sur ces longues battures où foisonne la sardine argentée, battures de vase ou de sable, douces au pied, qui s’étendent comme un tapis au bas des côtes de Lévis, Beaumont, Berthier, Montmagny, Saint-Ignace et l’Islet. Croyez qu’ils hivernent encore en grand nombre dans des fosses voisines pendant que d’autres remontent jusqu’aux platins de sable du lac Saint-Pierre, où ils trouvent, sous le couvert des glaces, du menu fretin appétissant, du frai de petite morue et une douce quiétude pour leur repos hivernal. Il est certain que le bars hiverne et fraie dans les eaux douces ou saumâtres. Dès que la température baisse à l’automne ils descendent dans des bas-fonds ou remontent des rivières comme pour y passer l’hiver, loin des flots exposés aux courants et aux tempêtes où ils se complaisent durant la belle saison. Ils n’y conservent pas toute leur vivacité des beaux jours, mais rarement ils s’y laisseront engourdir par le froid. Dans les rivières du Nouveau-Brunswick, il s’en prenait autrefois de grandes quantités au harpon, sous les glaces. C’est au filet qu’on les capture au lac Saint-Pierre, et c’est une preuve qu’ils ont conservé la faculté de se mouvoir et de rôder. Cependant, M. Genio C. Scott rapporte que les étangs formés par le débordement des eaux de la rivière Seconnet, dans le Rhode-Island, se trouvèrent, une année, tellement remplis de bars qu’on les y découvrit pris et gelés, par leurs nageoires dorsales qui dépassaient la surface de la glace. Des faits de ce genre se présentent rarement, et ne s’expliquent que par un accident qui aura acculé un banc entier dans un coin où ils se sont tassés au point de s’étouffer et de gêner leurs mouvements jusqu’à la paralysie que le froid a complétée par la mort.

Un fait important à noter pour le Canada en général, et pour la province de Québec en particulier, c’est que le bars peut être confiné en eau douce, sans accès aux eaux saumâtres, y vivre à l’aise, s’y reproduire et même y améliorer sensiblement ses qualités comestibles déjà si remarquables. On réussit aussi à le cultiver et le reproduire artificiellement. En mai 1879, le major Ferguson, d’Albermale Sound, obtint la fécondation et l’éclosion de plusieurs milliers d’œufs. Ces œufs étaient plus petits que des œufs d’alose, mais après la fécondation ils augmentèrent considérablement de grosseur et prirent une couleur vert pâle. L’éclosion eut lieu au bout d’environ vingt-quatre heures. M. Holton, ayant fait de pareilles expériences à Weldon, N. C., constata que les œufs n’arrivaient à maturité que du quatrième au cinquième jour. Cela peut dépendre entièrement de la différence de température.

En concluant, je dis que le bars est l’un de nos poissons précieux, qui mérite d’être protégé dans nos eaux saumâtres et d’être transplanté dans nos lacs dont il serait l’ornement, où il remplacerait avantageusernent des poissons nuisibles comme le brochet commun, des poissons inutiles ou sans valeur comme le chondrostôme nase, le moxostôme commun, le meunier et autres, de chair sans saveur ou remplie d’arêtes.