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Précis de sociologie/III/VII

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Félix Alcan (p. 88-89).
Livre III. Chapitre VII.


CHAPITRE VII


loi d’immobilisme et de variabilité sociale

Nous arrivons à deux lois contradictoires en apparence, qui contrebalancent leurs effets pour arriver au même but : la conservation des sociétés.

Dans certains cas l’immobilisme ou misonéisme favorise la conservation du groupe social. Il en est ainsi quand les sociétés sont faites d’éléments disparates et travaillées par des hostilités latentes ou déclarées. Dans ce cas, toute secousse, d’où qu’elle vienne, est un danger ; même les mesures les plus utiles, s’il doit en résulter un ébranlement quelconque, doivent être évitées. C’est ainsi qu’un État très compliqué et dont l’équilibre est perpétuellement instable, comme l’Autriche, doit être en principe fortement conservateur, tout changement pouvant y entraîner des troubles irréparables. — Le même conservatisme s’impose toutes les fois qu’une forme sociale survit tout en ayant perdu sa raison d’être, et quoique les éléments qui en étaient la matière soient tout prêts à entrer dans des combinaisons sociales d’autre sorte.

Dans d’autres cas, c’est l’extrême plasticité des formes sociales qui est nécessaire à leur permanence. « C’est ce qui arrive, dit M. Simmel, à ces cercles dont l’existence au sein d’un groupe plus étendu n’est que tolérée ou même ne se maintient que par des procédés illicites. C’est seulement grâce à une extrême élasticité que de pareilles sociétés peuvent, tout en gardant une consistance suffisante, vivre dans un état de perpétuelle défensive ou même, à l’occasion, passer rapidement de la défensive à l’offensive, et réciproquement. Il faut en quelque sorte qu’elles se glissent dans toutes les fissures, s’étendent ou se contractent suivant les circonstances et, comme un fluide, prennent toutes les formes possibles. »

M. Simmel remarque également que les aristocraties quelles qu’elles soient, nobiliaires, familiales, mondaines, etc., ont un avantage à s’immobiliser le plus possible. Au contraire, les classes moyennes, recevant sans cesse des éléments d’en haut et d’en bas, ont une vie beaucoup plus mobile.

À travers l’évolution historique, il semble qu’on puisse suivre, avec des fluctuations il est vrai, une diminution progressive des influences misonéistes. La loi des sociétés primitives est la loi du status, c’est-à-dire de l’immobilité. Dans les sociétés modernes, le régime de la libre discussion, le développement de l’esprit critique, les échanges facilités de produits et d’idées entre nations et groupes sociaux contribuent à refouler l’esprit misonéiste.