Premier recueil de diverses poésies tant du feu sieur de Sponde que des sieurs Du Perron, de Bertaud, de Porchères et autres, non encor imprimées, recueillies par Raphaël Du Petit Val, 1604/Stances/N'est-ce donc pas assez que je sois tout en flamme

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, François d'Arbaud de Porchères
Premier recueil de diverses poésies tant du feu sieur de Sponde que des sieurs Du Perron, de Bertaud, de Porchères et autres, non encor imprimées, recueillies par Raphaël Du Petit ValImprimerie Du Petit Val (p. 38-39).

STANCES


N'est ce donc pas assez que je sois tout en flamme
Tout en flamme de vous, & pour vous mon flambeau,
Si pour mieux me fermer la porte de votre ame
Vous ne m'ouvriez encore celle de mon tombeau.

Vous n'estes point contente, & j'en ressens les preuves,
Pour tant d'entiers tesmoins de ma fidelité,
Et les rompez plustost comme de petits fleuves,
A vos rocs endurcis de l'incredulité.

Mais que vous restoit-il, si vous pour tant de geines
Que vous m'avez donné, ne m'avez point perdu?
Si mesme pour le mal de vos injustes haines
Mon innocent Amour du bien vous a rendu ?

Quand vous dardiez sur moi vos flammesches bruslantes,
Je presentois sur moi mon ame à leurs ardeurs,
Et tant plus je sentois ces ardeurs violentes,
Tant plus je leur rendois de plus douces odeurs.

J'ay languy tout un temps en ce long sacrifice,
Paisible à vos rigueurs, sur votre saint Autel,
Et s'il fust onc Martyr de l'amoureux supplice,
Ou jamais il n'en fust, ou n'en fust jamais tel.

Ores que j'attendois que vostre ame apaisee
Print enfin le chemin d'une aimable douceur,
La voila de nouveau remise en sa brisee,
Et moi plus esgaré du chemin le plus seur.

Vous m'eschappez encor dans ces tortus Dedales
De deffis ombrageux et d'inconstants soupçons,

Et si nos passions estoyent d'humeurs esgales,
Mes feux desjà seroyent esteints sous vos glaçons.

Mais quoi ! si je ne meurs moymesme il faut qu'ils vivent
Et que leur sort se trouve avec le mien conjoint,
Que si vos cruautez encores vous poursuyvent
Ils ne peuvent mourir, & moi ne mourir point.

C'est ce que vous cerchez : car m'ostant la creance
Que toute Amante doit par droit à son Amant,
Vous estes proprement à mon feu son essence,
Car le feu ne vit point s'il n'a son aliment.

Helas ! ne m'ostez point si promptement la vie
Si les Cieux ont encor mon destin retardé,
Vous seule de moy seul pouvez estre servie
Comme un Soleil de l'Aigle estre bien regardé.