Principes d’économie politique/I-II-V

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V

DE LA VALEUR NORMALE.

Si la valeur d’échange est uniforme sur un même marché, d’après les lois que nous venons d’expliquer, elle varie au contraire souvent d’un moment à un autre, ainsi qu’on le voit clairement dans les cotes quotidiennes des marchés et des Bourses de commerce.

Cependant on remarque que dans ces oscillations la valeur tend vers un certain point fixe, comme le pendule en mouvement vers la position verticale, ou le niveau de la mer agitée vers la position horizontale. Ce point fixe est celui qui est déterminé par le coût de production.

On désigne sous ce nom la somme des valeurs, en matériaux ou en services, consommée pour produire une richesse (et qui comprennent le prix de la main-d’œuvre, l’intérêt, l’amortissement et l’assurance du capital, les impôts, le prix de la matière première et le coût de transport, lesquels se ramènent à leur tour aux éléments que nous venons d’énumérer).

Quand la valeur d’un objet est à peu près égale à son coût de production, elle est dans la position d’équilibre on dit que sa valeur est normale.

Il est facile de comprendre pourquoi. Toutes les fois que la valeur d’échange est au-dessus des frais de production, il en résulte pour le producteur une marge de profits considérables qui d’abord stimule la production, puis, par l’accroissement de quantité des produits, rabaisse progressivement l’utilité finale et par suite la valeur d’échange, conformément aux explications que nous avons données. Toutes les fois au contraire que la valeur d’échange est au-dessous des frais de production, il en résulte une perte pour le producteur, et si cette perte devient continue, la production d’abord ne peut manquer de diminuer, puis la diminution de quantité ne peut manquer de relever l’utilité finale et par suite la valeur d’échange.

Voilà pourquoi le coût de production de n’importe quel produit et la valeur de ce produit tendent toujours à s’égaliser et cette relation est une des lois les plus importantes de l’économie politique[1].

Mais il ne faut point dire ; comme on l’a fait longtemps, que la valeur est déterminée par le coût de production. L’école qui voit dans le travail la cause et le fondement de la valeur, est naturellement disposée à voir dans les frais de production la cause de la valeur. Mais on pourrait dire aussi bien, en sens contraire, que c’est la valeur des choses qui détermine leur production et règle les frais qu’il faut faire pour cela. L’art de l’entrepreneur consiste justement à prévoir ce qu’une chose vaudra et à s’arranger de façon à ne pas dépenser pour la produire plus qu’elle ne vaudra s’il est assez habile pour dépenser moins, il recueillera un bénéfice : s’il est assez maladroit pour dépenser plus, il se ruinera, mais la valeur du produit n’en sera pas accrue d’une obole (Voy. Du profit).

Il n’y a donc pas ici de relation nécessaire de cause à effet. Il faut dire simplement que, sous la pression d’une cause extérieure qui est la concurrence et là seulement où celle-ci agit (la preuve, c’est que dans le cas de monopole cette relation s’évanouit) le coût de production et la valeur du produit tendent toujours à coïncider.

  1. Cette relation entre deux valeurs n’est pas la seule. Il existe d’autres relations entre certains groupes de valeurs, fort intéressantes aussi, mais que nous ne pouvons étudier ici par exemple celle des biens supplémentaires, c’est-à-dire qui peuvent se remplacer (bois ou charbon, argent ou or) ou celle des biens complémentaires, c’est-à-dire qui, bien qu’ayant des utilités distinctes, ont une origine commune (gaz et coke, viande et cuir, fromage et lait, etc.). Voy. l’ouvrage déjà cité de M. Smart.