Principes de la science sociale/47

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Traduction par Saint-Germain Leduc et Aug. Planche.
Librairie de Guillaumin et Cie (Tome 3p. 309-324).


CHAPITRE XLVII.

DES SUBSISTANCES ET DE LA POPULATION.

§ 1. — La population tire ses subsistances des sols riches — la dépopulation ramène aux sols pauvres. La régularité croissante dans l’approvisionnement des nécessités de la vie, conséquence de la demande croissante d’une population qui croît en nombre et en pouvoir. Une moindre déperdition de force humaine résulte de l’approvisionnement plus abondant des subsistances.

Le développement de l’homme implique la nécessité du développement de subsistance. Pour que les subsistances augmentent, il faut que l’homme se multiplie. — Ce n’est que par l’accroissement du pouvoir d’association et de combinaison que l’homme est en mesure de dominer et diriger les pouvoirs de la terre et de passer de la condition d’esclave de la nature à celle de maître de la nature. La population tire la subsistance des sols riches avec une plus forte rémunération du travail ; la dépopulation renvoie l’homme aux sols pauvres, avec un déclin de l’aptitude à se procurer l’approvisionnement nécessaire de subsistance et de vêtement.

Crusoé ne dispose d’abord que de son pouvoir personnel d’appropriation ; il n’obtient de subsistance que ce que la nature veut bien lui en offrir. Avec le temps, cependant, il acquiert un peu de pouvoir, il est en mesure de forcer la nature à travailler pour lui. — L’approvisionnement de subsistance devient plus régulier, — il devient lui-même plus indépendant des caprices des saisons, — il y a diminution de la demande de ses forces.

Le sauvage des prairies, au contraire, éprouve que l’approvisionnement des buffles et des chiens de prairies diminue chaque année, qu’il lui faut constamment se donner plus de fatigue à mesure que diminue constamment l’offre de subsistance. Il ne faut pas moins de huit livres de viande par jour au trapper, et pourtant il arrive souvent au pauvre sauvage qu’après des journées dépensées à la chasse, c’est à peine s’il a obtenu de quoi satisfaire un seul estomac. Même s’il y réussit, c’est pour le transport un travail de jour en jour plus pénible, — la distance de sa hutte aux lieux où le gibier se retire tendant constamment à s’accroître. Il se gorge pour le moment, et abandonne aux corbeaux et aux loups la plus grande part du produit de son travail. L’indigestion et une diète effroyable se donnent la main dans tout ce chapitre d’histoire sociétaire où l’homme existe à l’état d’esclave de la nature. Les famines et les épidémies alternent si bien, que le nombre de têtes n’augmente que lentement, si même il ne tend pas à tomber à zéro, comme c’est le cas dans les territoires de l’ouest[1].

À l’état de pasteur, la subsistance est plus régulière. L’accroissement de pouvoir de l’homme se manifeste par la quantité moindre d’aliment qu’il lui faut pour faire face à la déperdition quotidienne, et par l’accroissement de la faculté reproductrice chez les animaux qu’il a apprivoisés, — le pouvoir de procréation étant chez eux, comme partout ailleurs, une quantité très-variable, « Les animaux, dit lord Bacon, qui, dans leur état sauvage, engendrent rarement, étant apprivoisés engendrent souvent, » comme on le voit par le porc, le canard et d’autres animaux domestiques[2]. Le lait, le beurre, la viande nous sont dès lors fournis régulièrement par des animaux, en raison de la régularité des soins que nous leur donnons. — La matière gagne constamment en utilité, — la valeur de subsistance diminue — et l’homme gagne en bonheur et en liberté.

Cependant, avec le temps s’obtiennent des instruments au moyen desquels la terre est forcée de donner ces produits qui peuvent servir d’aliment à l’homme, sans avoir subi une première transformation en viande. — La grossière agriculture des temps primitifs fait son début sur les sols légers des hauteurs, on cultive l’avoine, le seigle et même le blé. Toutefois les instruments sont encore misérables[3], le rendement même sous les plus favorables influences est très-faible, exposé qu’il est à être tellement réduit par les caprices du temps, contre lesquels le malheureux cultivateur est trop pauvre pour protéger sa propre personne.

L’irrégularité de subsistance est donc le caractère de cette époque ; — parfois le grain se trouve en excès sur la demande dans une saison ou dans une localité, — tandis qu’ailleurs la famine décime la population[4]. Néanmoins, il y a eu progrès, — une livre de farine, soit de seigle, soit de blé, fournit plus de matière nutritive propre à entretenir la chaleur vitale que n’en contiennent trois livres de bœuf ou de porc, même sans os. Toute misérable qu’est cette agriculture, et tout faible qu’est son rendement, une acre de terre appropriée à la production de subsistance fournit plus de nourriture qu’une demi-douzaine appropriées à la production d’utilités dont la transformation en aliment pour l’homme a exigé les services préliminaires de l’intermédiaire qui s’appelle un bœuf.

Dès lors on a acquis plus de pouvoir, — car chaque pas du progrès humain n’est qu’une préparation pour un nouveau et plus grand pas. On cultive les sols plus riches, et la rémunération du travail augmente ; — les six boisseaux, par acre, de la première époque sont remplacés par trente boisseaux de la nouvelle. Et aussi l’outillage perfectionné de transformation économise différentes parties du produit qui, dans le principe, étaient perdues. La culture devenant de plus en plus productive, le pois, la fève, le chou, le turneps et la pomme de terre, que la terre donne par quintaux, — toutes substances qui s’appliquent directement à l’alimentation de l’homme, — se substituent au blé, dont le rendement se compte par boisseaux, et à l’herbe, qui demande une transformation pour devenir aliment convenable. Chaque pas dans cette voie est suivi d’un accroissement du nombre d’individus qui peuvent tirer leur entretien d’une surface donnée, et d’un accroissement du pouvoir de combinaison pour obtenir les moyens d’un progrès nouveau[5]. Chaque demi-acre ainsi cultivée fournit plus de subsistance qu’on n’en pouvait obtenir d’un millier d’acres, alors qu’elles étaient le parcours du pauvre et infortuné sauvage des prairies de l’ouest.

Qu’il y ait amélioration graduelle dans les moyens institués par le Créateur pour proportionner l’offre de subsistance à la demande d’une population constamment croissante, cela se manifeste dans les faits:

Que la dépense de forces humaines pour obtenir la subsistance, et la quantité dé subsistance pour faire face à cette dépense sont des quantités constamment décroissantes ; que l’homme substitue graduellement le régime végétal au régime animal, que la quantité de subsistance produite augmente en raison de cette substitution ; que les utilités diverses des choses produites vont se développant de plus en plus; qu’il y a de jour en jour plus d’économie de l’effort humain, — et qu’à chaque pas du progrès il y a accroissement du pouvoir de maîtriser et diriger les forces de la nature, — comme cela se voit par le défrichement, le drainage et la mise en culture de sols que leur richesse même avait rendus inaccessibles aux cultivateurs primitifs.

§ 2. — Substitution de la nourriture végétale au régime animal. Elle fait que l’action de l’homme sur la nature devient plus directe, — moins de frottement et augmentation de pouvoir.

Quel est cependant l’effet de cette substitution du régime végétal au régime animal ? La réponse est dans cette observation : que les animaux de proie, — le requin et le lion, le tigre et l’ours, — ne multiplient que lentement, lors même qu’ils en ont la facilité, tandis que les pampas de l’Amérique nous fournissent la preuve de la promptitude avec laquelle se multiplient les bœufs et les chevaux, consommateurs d’aliments végétaux. Il en est de même pour l’homme : — le sauvage de proie, affamé un jour, gorgé le lendemain, est peu capable de se reproduire, comparé aux hommes civilisés, qui fondent leur consommation largement, sinon exclusivement, sur le règne végétal[6].

Plus l’action de l’homme sur la nature est directe, moindre est la nécessité de nourriture animale, et moindre est le frottement, mais plus grande est sa faculté de complaire à ses appétits. Plus il est en mesure de cultiver les sols riches, plus il y a tendance à placer les moutons sur les pauvres terres, et à s’assurer ainsi un surcroît de viande de mouton. Plus le rendement des turneps et des pommes de terre est considérable, plus il peut développer son aptitude à se faire des appareils pour prendre la morue et le hareng. Plus se perfectionne le pouvoir d’association, plus il est en mesure de cultiver l’huître et de peupler de poisson les étangs et les rivières. — Chaque degré de progrès dans cette voie contribue à régulariser de plus en plus la production de subsistances, en même temps qu’il contribue à développer les diverses individualités de l’homme, qui se trouve ainsi engagé à se placer en maître de la nature, maître de ses passions, maître de lui-même.

§ 3. — Substitutions analogues en ce qui regarde d’autres besoins de l’homme. Le règne minéral coopère aussi à rendre l’homme moins dépendant du règne animal. — Chacune de ces substitutions est accompagnée d’une diminution dans la demande de force musculaire de l’homme et dans la quantité d’aliment nécessaire pour réparer la perte journalière. L’homme gagne en valeur à chaque pas du progrès dans cette direction.

Est-ce uniquement sous le rapport de l’aliment que nous observons cette tendance de la substitution du règne végétal au règne animal ? — La même tendance ne peut-elle s’observer partout et ne forme-t-elle pas un des signes les plus certains d’une civilisation qui progresse ? La laine cède la place au coton, dont on peut produire plus de livres sur une acre qu’on n’obtiendrait de laine sur cent acres à entretenir des moutons pour leur toison. Le lin et le coton tendent à remplacer le ver à soie pour fournir le vêtement, tandis que les bulles végétales diminuent graduellement la nécessité de celles qui s’obtiennent par le travail employé à poursuivre la baleine ou à élever le cochon. La gutta-percha et la mousseline du relieur prennent la place du cuir ; — le caoutchouc tend à diminuer la demande des peaux et de la laine, — tandis que le papier fournit un substitut moins coûteux au parchemin.

Il en est de même dans le règne minéral ; — la plume d’acier remplace la plume d’oie ; — les engrais minéraux remplacent le fumier de l’animal ; — le cheval de fer prend rapidement la place de celui qui est formé de muscles, d’os et de nerfs. Chaque accroissement du pouvoir de développer les immenses trésors minéraux de la terre tend à augmenter le nombre des centres locaux d’action, — à développer le commerce, — à diminuer la taxe du négoce et du transport, — à faciliter le perfectionnement de l’outillage et à accélérer la circulation sociétaire, en même temps que s’accroît constamment la proportion des pouvoirs de la société qui peut s’appliquer à augmenter l’approvisionnement des denrées premières de subsistance et de vêtement[7].

Ce n’est pas tout cependant : mieux l’homme est vêtu, moins il y a déperdition de son corps, et moindre est son besoin d’aliment[8].

Plus se perfectionne l’appareil de transport, moins il use de vêtement. — À voyager dans un wagon de chemin de fer, on dépense moins de chaleur animale qu’à voyager à dos de cheval. Plus la localité de consommation est proche de celle de production, et moins il y a demande de matelots, de soldats, de rouliers, tous grands consommateurs de la substance qui excite. Plus se perfectionne le pouvoir d’association, moins il y a nécessité de courir au dehors, et moins on consomme de nourriture ou de vêtement. — Les forces d’attraction et de contre-attraction se manifestant spontanément, ici comme partout elles vont croissant en intensité, à mesure que la circulation sociétaire s’accélère[9]. Regardez n’importe où, vous trouverez dans la nature une tendance constante vers l’adaptation de la terre aux besoins d’une population croissante, — et chaque accroissement du pouvoir d’association et de combinaison est accompagné d’une diminution dans ta quantité de denrées premières nécessaires pour l’entretien de la vie humaine, et d’une augmentation de ce qui peut être obtenu en rémunération d’une quantité donnée de travail. La valeur de l’homme augmente à chaque étape du progrès dans cette voie, et à chacune, la valeur des utilités s’abaisse aussi régulièrement ; à chacune, il y a accroissement de concurrence pour l’achat des services du travailleur, — le travail obtenant pouvoir sur le capital, et l’homme devenant plus heureux et plus libre.

§ 4. — Tendance des animaux inférieurs à disparaître. Diminution qui s’ensuit dans l’approvisionnement d’acide carbonique — L’accroissement de demande pour cet acide suit l’extension de la culture. Nécessité qui en résulte pour que la population augmente. Merveilleuse beauté des arrangements naturels.

À mesure que l’humanité multiplie, les animaux inférieurs tendent à moins multiplier et à disparaître graduellement — en même temps que la quantité de production végétale tend à augmenter. S’il en était autrement, la terre deviendrait de moins en moins habitable pour l’homme, — l’acide carbonique se produisant de plus en plus, et l’air perdant de sa propriété d’entretenir la vie humaine. L’augmentation de vie végétale tend au contraire à favoriser la décomposition de cet acide, — ce qui fournit par conséquent un surcroît d’oxygène, l’élément nécessaire à l’entretien de la vie animale, tandis que la diminution dans la consommation de nourriture animale est suivie d’une diminution dans la quantité d’oxygène dont l’homme éprouve le besoin[10].

À l’équilibre des forces qui s’opposent les unes aux autres dans la nature, est due l’harmonie parfaite que l’on observe partout ailleurs, et il en est de même ici. L’extension de la culture est indispensable pour accroître l’offre des subsistances. Cette extension implique, dans son cours, une extirpation graduelle des espèces animales qui, maintenant, consomment une si grande part des produits de la terre ; et si l’homme ne venait pas occuper leur place, la production d’acide carbonique ne tarderait pas à diminuer, avec diminution correspondante dans les pouvoirs producteurs du règne végétal. Plus il y a d’hommes et de femmes, plus s’agrandit le réservoir de force requise pour la production de matière végétale, plus la circulation s’accélère, plus il se produit d’acide carbonique et plus augmente le pouvoir pour la reproduction végétale. Plus se complète le pouvoir d’association, plus la culture se perfectionne, — plus se développent les pouvoirs de la terre, — et plus admirable se manifeste la beauté de tous les arrangements de la nature, dans l’adaptation parfaite de toutes les parties et particules du merveilleux système dont nous sommes une partie.

Néanmoins, bien que le produit annuel d’une seule acre de terre cultivée en blé « puisse entretenir la chaleur animale et le pouvoir animal de locomotion, dans un homme robuste, pendant l’espace de plus de deux ans et demi[11], » — et bien qu’un tel homme puisse suffire à cultiver plusieurs acres, nous ne pouvons jeter les yeux dans aucune direction sans voir des hommes qui souffrent par manque de subsistance. Il en est ainsi pour la fourniture du combustible, et des matériaux qui servent à se vêtir, à bâtir des maisons, et de toutes les utilités nécessaires pour l’entretien de la santé et de la vie de l’homme. Les questions se présentent naturellement. Pourquoi ne produit-on pas plus de subsistances ? Pourquoi produit-on si peu de coton et de laine ? Pourquoi ne fait-on pas plus d’habits ? Pourquoi n’extrait-on pas plus de houille ? Pourquoi ne bâtit-on pas plus de maisons ? Voici le moment de répondre à ces questions.

§ 5. — Pour tirer parti de ces arrangements, l’homme doit se conformer à cette loi de nature qui demande que consommateur et producteur aient place l’un auprès de l’autre. — Augmentation de l’approvisionnement de toutes les nécessités de la vie dans les pays qui obéissent à cette loi. La population exerce pression sur les subsistances dans les pays où elle est violée.

Plus le lieu de production est voisin de celui de consommation et plus il y a rapprochement entre les prix des denrées premières et des utilités achevées, moindre sera la part de temps et d’intelligence à donner aux travaux de négoce et de transport ; plus on en aura à donner pour développer les pouvoirs de la terre ; plus se développera l’habileté pour entretenir ces pouvoirs ; plus augmentera la rémunération du travail ; plus s’accroîtra infailliblement la tendance vers l’augmentation du pouvoir d’obtenir de suffisantes fournitures d’aliment, de vêtement, de combustible ; et aussi du pouvoir de commander l’usage des maisons, usines fermes et outillage de toute nature, enfin de tout ce dont on peut désirer l’usage.

Comme preuve à l’appui de ceci, nous n’avons qu’à considérer l’empire des Mores en Espagne, les Pays-Bas sous les ducs de Bourgogne, et de là au temps présent, la France actuelle et tous les pays qui, à son exemple, maintiennent la politique dont Colbert prit l’initiative. Dans tous, l’agriculture passe à l’état de science, et le rendement de la terre augmente, — les pouvoirs de l’homme se développent, — la circulation s’accélère, — la faculté augmente d’entretenir commerce au dedans et au dehors, — il se crée plus de centres locaux, — l’homme gagne en puissance et en liberté. Pour ajouter à la preuve, vous n’avez qu’à regarder l’Irlande, l’Inde, la Jamaïque, la Turquie et le Portugal, qui sont sur la trace anglaise, et qui toutes suivent une politique qui agrandit la distance entre le consommateur et le producteur, et qui a pour effets de faire déchoir l’agriculture, — d’épuiser le sol, — d’affaiblir l’intelligence humaine, de ralentir le mouvement sociétaire, — de centraliser le pouvoir, — de soumettre de plus en plus ceux dont le travail produit à la direction de ceux qui s’occupent de trafic et de transport. — Dans les premiers pays, la théorie de l’excès de population va perdant du terrain chaque jour. Dans les autres, nous trouvons « la population exerçant une pression constante sur ses subsistances, » et demandant l’aide de la famine et de la peste pour maintenir l’équilibre ; — les doctrines de Malthus ne sont simplement que la description de l’état de choses qui s’est produit dans tous les pays soumis à cette politique anglaise, si chaudement dénoncée par Adam Smith, et qui a pour objet de créer sur un point unique l’atelier central pour tout le globe.

§ 6. — Augmentation rapide dans l’approvisionnement de subsistances pour la population des États-Unis, alors qu’ils ont obéi à cette loi.

Venant aux États-Unis, nous trouvons un pays dont la politique générale, — étant celle qu’on enseigne dans les écoles d’Angleterre, — tend à disperser la population, à annihiler le pouvoir de coopération, à épuiser le sol et à soumettre davantage le fermier aux chances qui accompagnent la culture ; aussi l’agriculture devient de moins en moins une science, le rendement de la terre diminue ; la culture du blé se retire peu à peu vers l’ouest, et la faculté déchoit d’entretenir commerce avec le monde. La comparaison des périodes de protection, toutes courtes qu’elles ont été, avec les périodes plus longues de libre-échange, nous montre que l’agriculture suit toujours les fabriques, et que le pays qui se propose d’augmenter l’offre des denrées premières doit, s’il veut en avoir la faculté, chercher d’abord à augmenter son atelier de conversion. À aucune époque, l’offre de subsistances n’a été aussi complète que dans les dernières années de la période de protection qui se termine en 1834 ; et pourtant, sous le système de libre-échange, les subsistances devinrent » au bout de peu d’années, tellement rares, qu’on fut réduit à en importer de l’étranger. Sous le tarif de 1842, l’abondance reparut si bien, que la production de 1847 dépasse de 40  % celle de 1840, comme on le peut voir dans ce tableau.

__________ __________ 1840 __________ 1847 ________ Revenu
Blé. 84.833.000 114.345.000 29.422.000
Orge. 4.161.000 5.649.000 1.488.000
Avoine. 123.071.000 167.867.000 44.796.000
Seigle. 18.645.000 29.222.000 10.577.000
Sarrasin 7.291.000 11.673.000 4.382.000
Maïs. 377.531.000 539.350.000 161.819.000
.
Totaux. 615.522.000 867.826.000 252.304.000

Néanmoins, la production du fer avait augmenté, dans cette courte période, d’au moins 600.000 tonnes et la consommation de coton a pleinement doublé. Depuis lors, on a adopté la marche contraire qui a eu pour effets:que la production du fer est tombée au-dessous de ce qu’elle était dix ans auparavant ; — que la consommation domestique du coton a diminué, — que c’est à peine s’il reste un excédant de subsistances qui puisse acheter au dehors de l’étoffe ou du fer. Tous les phénomènes de l’histoire d’Amérique tendent à confirmer que plus une population est limitée au travail rural, moins elle a d’excédant de subsistances à mettre de côté, et plus les prix s’avilissent ; tandis que, plus il lui est permis de diversifier les professions, plus le rendement de l’agriculture s’élève, et plus il y a tendance à de bons prix. Dans un cas, l’on retourne par degrés, mais infailliblement, à la situation qu’occupait l’Angleterre il y a un siècle ; dans l’autre cas, on marche régulièrement à celle qu’occupent aujourd’hui l’Allemagne et la France[12].

§ 7. — Désastreux effets de la politique anglaise ; elle est la cause de l’épuisement des contrées qui se guident d’après ses économistes. Tendance chez toutes à la centralisation, à l’esclavage, à la mort sociale.

Passons maintenant à l’Angleterre ; nous trouvons un pays où la population devient d’année en année plus dépendante de pays lointains pour l’approvisionnement des denrées premières de la terre, en même temps qu’elle épuise tous ceux de qui elle les tire à si grande distance. C’est à peine si l’Irlande donne aujourd’hui au-delà de sa consommation. Le Portugal et la Turquie sont à peu près rayés de la liste des nations. La production de l’Inde diminue d’année en année. La Jamaïque et Demarara ont entièrement perdu leur ancienne importance[13]. L’œuvre de destruction marche vite au Brésil[14]. La Virginie et la Caroline vont en décaannée. Le blé et le tabac, comme objets de culture, passent à l’ouest et abandonnent les États de l’Atlantique. L’ancien territoire à coton de l’Amérique il y a un demi-siècle, est aujourd’hui épuisé, celui de la dernière période prend vite le même train, et fournit la preuve que la fin du présent siècle verra l’épuisement presque complet des terres à coton américaines[15]. N’importe où votre regard tombe, « la ronce et le chardon, la plante inutile ou vénéneuse, » marquent la trace du négociant anglais sur toute la terre. — C’est le résultat nécessaire du système qui donne au trafic la prédominance sur le commerce, et qui accroît ainsi la taxe épuisante du transport, « Devant lui, la nature s’épanouit dans sa sauvage et sublime beauté ; » mais, derrière lui, il laisse le désert, « une terre ruinée et déformée. » — « Un désir puéril de détruire, un gaspillage insensé des trésors de la végétation, ont détruit le caractère de la nature, » — « L’émigrant, dit un Allemand distingué, roule avec une rapidité effroyable de l’est à l’ouest à travers l’Amérique, et le planteur aujourd’hui quitte la terre déjà épuisée, afin d’opérer une pareille révolution dans l’Ouest[16]. »

Les effets de cette politique si désastreuse retombent sur la nation même à laquelle le monde en est redevable. Ils se manifestent par une fraude qui s’ingénie constamment à grossir en apparence la quantité des denrées, même aux dépens de la santé et de la vie. — Tout ce qui sert d’aliment est plus ou moins sophistiqué. Le vinaigre est de l’eau aiguisée par de l’acide sulfurique ; le thé est un mélange de gypse et de bleu de Prusse, un poison ; le café se fait avec de la chicorée, et la chicorée elle-même est mélangée avec une terre jaunâtre pour ajouter au poids. Le poivre se fabrique avec le tourteau de lin réduit en poudre. Le saucisson se fait avec de la chair gâtée, et l’oxyde de plomb forme l’ingrédient principal de la poudre curry. Le vert-de-gris empoisonne les pickles (conserves au vinaigre). Le vermillon, — sophistiqué lui-même avec de l’oxyde de plomb, — colore le fromage. Si peu donc que le travailleur est en mesure d’acheter des utilités, ce peu se trouve amoindri et souvent nuisible par le mélange de substances qui n’ont aucune qualité nutritive, — qui ne peuvent que causer des maladies, peut-être mortelles.

Si nous passons de la nourriture au vêtement, nous trouvons partout des fraudes du même genre. — Le pauvre travailleur achète des chemises auxquelles une profusion d’amidon donne l’apparence d’un tissu solide. La filasse et le coton ont fourni pour beaucoup les matériaux de son paletot de laine. Il en est de même pour le fer : — le rebut des temps passés s’emploie à fournir les diverses nations de la terre de matériaux pour chaudières à vapeur et pour rails, de qualité tellement inférieure que la vie des voyageurs se trouve compromise, et qu’il y a désappointement de tons leurs calculs pour ceux qui se sont trouvés obligés de se servir d’un tel fer[17].

Comment se fait-il qu’il y ait manque de telles choses ? Comment se fait-il que sur un globe qu’on peut dire presque inoccupé, les hommes aient à souffrir, quand toutefois ils n’en meurent pas, du manque d’aliment, de vêtement, de combustible ? Pourquoi ne bâtit-on pas plus de maisons ? pourquoi n’extrait-on pas plus de houille ? pourquoi ne produit-on pas plus d’aliments ? La réponse est dans ces simples propositions : — que la production augmente avec le rapprochement entre les prix des denrées premières et des utilités achevées, lequel suit toujours le rapprochement du consommateur et du producteur ; qu’elle diminue lorsqu’il y a écart plus prononcé et que c’est cette dernière tendance qui existe chez toutes les nations qui marchent à la suite de l’Angleterre, c’est-à-dire à peu près le monde, — à l’exception de quelques parties, par nous mentionnées, de l’Europe du Nord et de l’Europe centrale. Dans ces dernières, l’offre de subsistance est en avance sur les demandes d’une population qui s’accroît ; dans les autres, nous trouvons les phénomènes dont on s’autorise pour appuyer la doctrine Malthusienne de l’excès de population, — la tendance chez elle étant vers la centralisation, l’esclavage et la mort.

§ 8. — Simplicité et beauté des lois qui règlent la demande et l’offre des subsistances. Parfaite harmonie dans la nature de l’adaptation des moyens aux fins.

Les lois simples et belles par l’action desquelles l’offre de subsistances et de denrées premières s’adapte pour faire face aux besoins et satisfaire les goûts d’une population qui augmente, nous semble contenues dans les propositions suivantes :

Que dans l’enfance d’une société, les hommes, — peu nombreux, pauvres et fait des, sont peu en état de faire des demandes à la nature, — qui, en conséquence, ne leur offre qu’une substance peu abondante et incertaine.

Que leur nombre augmentant les met à même de combiner entre eux, — ce qui augmente considérablement leur force.

Que plus se perfectionne la facilité d’association, plus augmente le pouvoir de faire des demandes sur le trésor de la nature, plus la certitude augmente que les mandats tirés seront payés et qu’on obtiendra une quantité plus considérable d’aliments et de denrées premières, en retour d’une certaine quantité donnée de travail.

Que plus la terre donne et plus s’accroît l’aptitude à utiliser les différentes parties des utilités obtenues, — la faculté d’accumulation croissant ainsi avec une force constamment accélérée et facilitant la construction d’un nouvel outillage amélioré, qui sert à acquérir de plus en plus le commandement des services de la nature.

Que plus l’outillage est parfait, moindre devient la dépense de force musculaire, — moindre est la déperdition de puissance de l’homme et moindre la quantité d’aliment nécessaire pour remplacer les matériaux dépensés.

Que moindre est cette quantité, plus il y a tendance à substituer les produits du règne végétal et minéral à ceux du règne animal seulement, — le besoin d’obtenir des subsistances augmentant ainsi à mesure que le besoin diminue.

Plus s’accroît la tendance à cette substitution, plus s’accroît aussi celle à créer des centres locaux, plus augmente la proportion de force obtenue qui peut être employée à mettre de plus en plus au jour les trésors latents de la terre, plus vite s’accroît le pouvoir de combinaison, plus se perfectionne le développement des facultés de l’homme, plus s’accroît la tendance à produire l’homme véritable, — capable de devenir le maître absolu de la nature et maître de lui-même.

Que plus il y a tendance à développer les trésors latents de la terre, plus s’accroît la concurrence pour l’achat du travail, — plus, grande est la valeur de l’homme, — plus équitable la distribution des produits du travailleur — et plus forte la tendance au développement général du sentiment d’espoir dans l’avenir et de responsabilité pour l’exercice du pouvoir acquis par les moyens d’action dans le passé.

Que plus le sentiment d’espoir est élevé, plus forte est la tendance à chercher dans le mariage la satisfaction des sentiments tendre pour la femme et les enfants et l’amour du foyer, et moindre la tendance à n’y chercher qu’une satisfaction purement animale.

Qu’ici la nature coopère avec l’homme, — la force vitale tendant de plus en plus à renforcer les qualités qui raisonnent, et se portant moins vers celles de procréation.

Qu’en conséquence, chaque pas du progrès vers la civilisation réelle conduit à augmenter le pouvoir de demander à la nature des moyens de subsistance, — tandis qu’en même temps diminue la proportion d’aliment que demande le nombre de bouches pour être nourri ; et qu’aussi le nombre de bouches lui-même perd lentement, mais d’une manière certaine la tendance à augmenter, — le résultat final étant une élévation considérable du rapport des subsistances à la population.

Telles sont les différentes forces dont il s’agit de considérer l’action combinée pour que l’offre de subsistances et de denrées premières s’accorde convenablement avec la demande, — forces qui agissent à l’intérieur et en dehors du système humain, et tendent à établir parmi ses différentes fonctions un équilibre régulier, tout en développant leur pouvoir à élever les subsistances au niveau d’une demande qui, elle-même, diminue constamment dans son rapport au chiffre des besoins à satisfaire. Les sciences et les arts qui sont subordonnés à la production des denrées premières doivent marcher du même pas, à mesure que la moralité et l’intelligence de la race se développent de plus en plus. Les forces qui combattent contre la vie humaine et celles auxquelles cette vie doit recourir pour son entretien, tendent à s’équilibrer ; la prépondérance des unes sur les autres dépend de l’homme lui-même. — La loi qui régit le cours des choses tend à un exact équilibre. Dans l’homme, et uniquement dans l’homme, l’exercice de la faculté procréatrice est placé sous la conduite de l’intelligence, — cette intelligence lui ayant été donnée afin qu’il puisse s’éleva à l’empire et la direction de toutes les forces merveilleuses de la nature, y compris sa propre force.

Même dans le désaccord d’une disproportion accidentelle, l’harmonie des moyens adaptée à l’accomplissement des fins désirées se montre encore partout et quand cet ordre providentiel sera obtenu finalement, par le plein développement des pouvoirs de la terre, toute disproportion apparente doit disparaître, — la loi brillera au-dessus de toutes les tentatives de mauvaise interprétation. L’erreur et l’abus diminuant dans leur proportion, l’harmonie et la beauté de la vérité éternelle deviendront plus clairement visibles et les voies de la Providence seront justifiées à l’homme.

  1. Un fait nous montre combien l’augmentation était lente, même dans les circonstances les plus favorables, chez les aborigènes américains. À l’époque où les Européens visitèrent pour la première fois le pays des cinq tribus qui formaient la ligue des Iroquois, le chiffre était de 25.000. Certainement, de tous les territoires dont se compose la république des États-Unis, aucun n’était plus propre à se prêter aux desseins de l’homme que celui dont ils avaient le libre usage.
  2. « Chez les animaux domestiques, nous sommes toujours maîtres de régler la fécondité ; nous pouvons toujours avoir autant d’espèces particulières qu’il nous plaît, que nous en pouvons nourrir. — Paley. Natural Theology, »
  3. En Italie, même actuellement, on peut voir un homme labourer avec une paire de vaches attachées à une souche d’arbre qui fait l’office de charrue. — Il est vêtu d’une peau à laquelle on a conservé le poil. Dans quelques parties de nos États à esclaves, l’outillage de culture est à peine meilleur.
  4. Le prix du blé en Angleterre, en 1499, était 4 sh. le quarter. — En 1557, il monte à 53 sh. 4 d., il tombe, en 1558, à 8 sh. ; — en 1562, il est à 8 sh., et en 1574 il est à 56 sh. En 1597, il était à 5 liv. st., et en 1601 à 34 sh. 10 d. Aujourd’hui encore, , la Russie présente des variations tout à fait semblables, ainsi que l’Amérique et tous les pays qui sont encore sous la dépendance des marchés étrangers. En Espagne, les prix varient de 150 Ve rien qu’à une distance de 300 milles. Voy. précéd. vol. II.
  5. « En admettant (ce qui est à peu près au-dessus du doute) qu’une moyenne de six litres de nourriture animale par jour soit nécessaire pour chaque individu qui ne devrait exclusivement que de viande, et qu’une acre de terre, consacrée à nourrir du bétail, ne produise pas plus que huit ou dix onces de chair par jour, il faudrait dix ou douze acres pour la subsistance d’un individu par an, tandis qu’une acre cultivée en blé en peut nourrir trois, et que, selon Gurwen, une acre en pommes de terres en peut nourrir au moins neuf ; de sorte qu’un régime de pommes de terre et de fruits pourrait nourrir une population à peu près cent fois plus considérable qu’un régime exclusif de viande. Aux prix courants de Londres, dit le docteur Lyon Playfair, un homme peut fabriquer une livre de chair sur son corps avec du lait, à raison de trois shillings et neuf pences ; avec des pommes de terre, des carottes et de la viande de boucherie, sans os ni graisse, à raison de deux shillings ; avec la farine d’avoine, à raison d’un shilling et dix pences ; avec du pain, farine et farine d’orge, à raison d’un shilling et deux pences ; avec des fèves et des pois, à moins de six pences. » — Fruits et Farinacea, p. 288, 289.
  6. « Les fruits, les racines, les parties succulentes des végétaux semblent être l’aliment naturel de l’homme ; ses mains lui donnent facilité de les recueillir ; ses mâchoires courtes et comparativement faibles, ses dents canines qui sont courtes et ne dépassent pas les autres en longueur, ses molaires, tout cela se prête mal à manger l’herbe ou dévorer la chair, à moins que ces aliments n’aient subi la préparation culinaire. » — Cuvier.
      « Il n’est en vérité permis de douter si la viande de boucherie est nécessaire à la vie. Les céréales et d’autres végétaux, en y joignant le lait, le beurre, le fromage, ou l’huile si l’on n’a pas de beurre, peuvent (et l’on en a l’expérience), sans la moindre viande de boucherie, composer le régime le plus copieux, le plus sain, le plus nourrissant, le plus fortifiant. » — Smith. Wealth of Nations.
  7. Voy. vol. II, p. 22.
  8. « Pour économiser dans les locomotives la dépense en pure perte de combustible qui résulterait de la prompte diminution d’excitation, si on les exposait nues aux rigueurs de l’hiver, on a soin de couvrir d’une enveloppe de bois, substance non conductrice, le corps des bouilleurs. C’est ainsi que, pour économiser la consommation en pure perte des aliments chez les animaux, qui résulterait de la prompte diminution d’excitation, s’ils restaient exposés nus dans les régions polaires, ils ont été couverts naturellement de fourrure et de duvet, qui sont matières, au plus haut degré, non conductrices. Bien plus, pour économiser la combustion de la provision limitée de carbone et d’hydrogène mise en réserve dans leur corps sous forme de graisse, pour être brûlés en combustible dans leurs poumons, ils sont constitués de manière à passer les longs hivers dans un état d’immobile torpeur. Il est clair qu’ils évitent ainsi toute dépense de combustible, que nécessiterait le mouvement, dans le but de réserver toute entière son efficacité pour l’entretien de l’excitation électrodynamique qui doit préserver leur corps de la congélation.
    « Et finalement, comme pour part à la perfection l’application pratique de la science électro-dynamique, les couleurs foncées de l’enveloppe des animaux se changent en couleur blanche lorsqu’ils habitent les régions polaires ; on sait que le blanc diminue le rayonnement de la chaleur.
      « Des motifs d’intérêt personnel, aussi bien que de compassion, dictent aux cultivateurs et à d’autres qui ont des animaux à entretenir pour le travail ou la boucherie, de leur procurer des abris convenables contre les vents incléments de l’hiver, afin d’éviter une consommation inutile d’aliments qui seraient brûlés dans leurs poumons pour entretenir leur corps à la température convenable. À force d’attention, il est praticable de réorganiser en formations utiles de chair et de muscles d’animaux de boucherie ou de travail, la plus grande partie de moissons hâtives d’aliments de formation organique végétale, qui sont produites chaque année par l’excitation du soleil sur une acre de terre. » Allen. Philosophy of the Mechanic of Nature, p. 472.
  9. Voy. précéd. vol. II.
  10. Voy. précéd, vol. I, p. 78.
  11. Allen. Philosophy of the Mechanics of Nature, p. 736.
  12. « Vous avez compté uniquement sur le pouvoir de l’agriculture, — et quelle agriculture. Vos forêts de joncs obscurcissent le soleil. Votre incurie pour votre unique source de richesse a desséché le sein de la terre. Au lieu d’avoir un bétail qui pâture sur un millier de collines, vous avez eu à chasser le daim à grosse queue dans vos forêts de joncs, pour vous procurer un simple beefsteak. L’état de choses actuel a duré trop longtemps dans la Virginie. Le propriétaire a dépouillé le tenancier, et le tenancier a dépouillé la terre, au point que tous deux sont pauvres à la fois. » — Gov. Wise. Address to the People of Virginia.
      Le travail qui se perd aux États-Unis par manque de ce pouvoir de coopération qui résulte de la diversité des professions, peut se calculer, même estimé à bon marché, à 10 millions de dollars par jour, soit plus de 3 milliards de dollars par an. Les désastreux effets, pour l’intérêt agricole, du système de dispersion, aujourd’hui en faveur, se manifestent aujourd’hui (1858) par la ruine générale des récoltes. — L’avoine, le seigle, le blé, le foin ont manqué dans une grande partie de l’Union. Les hommes, en se rapprochant, deviennent maîtres de la nature ; en se séparant, ils retournent à l’esclavage. — L’agriculture à l’état de science vient toujours dans le sillage de l’industrie manufacturière ; jamais elle ne la précède.
  13. Il y a trente ans, Demarava exportait annuellement plus de 8 millions de livres de coton ; mais cette culture a cessé, et l’on achèterait aujourd’hui la meilleure terre à coton à raison de cinquante cents l’acre. Notez qu’il s’agit ici du cotonnier-arbrisseau, — qui, une fois venu, exige peu de travail. Bien taillé, il peut produire pendant un demi-siècle.
  14. Voy. précéd. vol, II.
  15. Voy. précéd. vol. II.
  16. Voy. précéd. vol. I.
  17. « Dans plusieurs travaux qui ont attiré notre attention, nous regrettons de trouver que les tôles de chaudière laissent à désirer beaucoup plus de force. Nous tremblons pour les conséquences, lorsque ces tôles seront soumises au rude service que les bouilleurs sont parfois appelés à faire dans notre pays et en Amérique. — Les constructeurs de chaudières doivent tenir pour certain qu’il est impossible de faire une bonne tôle aux prix auxquels on les leur fournit aujourd’hui. La rage pour le fer à bon marché nous inspire les plus graves appréhensions, et nous désirons soulever contre elle un grand cri d’alarme. La sûreté on le danger de centaines d’existences dépend souvent de la qualité excellente ou inférieure d’un morceau de fer d’un pied de long. » — Engineer. London, July 1858.