Problèmes (Verhaeren)

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Les Flammes hautesMercure de France (p. 87-88).
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Et vous, phrases solennelles et séculaires,
Et vous, problèmes noirs et sombres corollaires,
Et vous, mots lourds qui défilez au pas,
Le sens qui sous vos syllabes s’arrange
Change,
Alors que vous ne changez pas.

Non, vous n’enfermez plus les modernes pensées
Tant vous êtes usées,


Paroles d’aujourd’hui,
Et seul parfois l’écho vide et fortuit
Répond à la poussée
Que font dans l’air vos mille bruits.

Pourtant, jamais avec autant de violence,
L’homme n’a voulu rompre le silence
Pour se confesser mieux
Et s’affirmer sur la terre sacrée
Le Dieu
Qui se cherche sans cesse et toujours se recrée.

Oh ! guetter la pensée et la voir qui s’engendre
Comme se forme en plein brasier la salamandre,
Et la saisir au fond de l’âme
Toute brûlante encor de sa première flamme

Dites, si dans un cri de tout mon être,
Si dans mon vers ferme et soudain
Ceux-là qui penseront demain
Pouvaient un jour se reconnaître !