Procès-verbaux des séances de la Société du 5 juin au 5 décembre 1878

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SÉANCE DU 5 JUIN 1878.


Présidence de M. Aymard

À l’ouverture de la séance, M. le Président annonce à l’assemblée que le Comice agricole du Puy est définitivement constitué.

M. A. Jacotin raconte ensuite, en quelques mots, la visite faite par la Société, à la gare du Puy, des bestiaux que les éleveurs de notre département conduisaient au concours international de Paris.

« Un public nombreux, dit-il, se pressait à la gare, où s’étaient aussi rendus la plupart des sociétaires et les membres du conseil municipal du Puy. On admirait surtout les nombreux et beaux spécimens de notre race du Mezenc, et les sujets remarquables de la race tarentaise. MM. Aymard, président de la Société, et M. le docteur Morel, maire de la ville du Puy, ont adressé des félicitations et souhaité de nombreux lauriers à nos concitoyens qui se sont si bien empressés de répondre aux appels du Comité départemental et de notre Société. »

M. le Président dit que la situation agricole de l’arrondissement du Puy donne de bonnes espérances. Une culture surtout a frappé son attention, c’est celle de l’esparcette, à laquelle se livre, avec grand profit, notre confrère, M. Schaffner, dans son domaine situé sur la route du Puy au Monastier. La Société ne saurait trop encourager les agriculteurs à propager ce fourrage excellent, surtout dans les terrains argilo-marneux.

M. I. Hedde fait observer que, dans les hautes régions du département, les paysans se plaignent de n’avoir pu, à cause de la pluie, ensemencer, en temps utile, les céréales de mars.

Sur la proposition de M. le Président, la Société émet le vœu unanime que des étiquettes, indiquant les noms scientifiques et vulgaires des arbres, arbustes et plantes, soient placées dans le jardin public. Il y a, on effet, une grande importance à ce que nos concitoyens soient à même de connaître la collection très variée et nombreuse des richesses végétales de ce beau square ; aussi M. le docteur Morel, maire de la ville du Puy, présent à la séance, promet-il de donner une prompte satisfaction au désir exprimé par l’assemblée.

M. le Président énumère les divers congres internationaux qui auront lieu à l’occasion de l’Exposition universelle, et exprime le désir que plusieurs membres de la Société y prennent part.

M. Moullade fait ensuite une très intéressante communication sur une essence similaire de la vanille, obtenue avec la résine du pin sylvestre, arbre de notre contrée.

En 1861, un chimiste distingué trouva dans l’aubier des pins une substance, qu’il nomma coniférine ; en 1874, deux autres chimistes commencèrent de savantes recherches, qui les conduisirent à la production artificielle d’un corps absolument identique à la vanilline naturelle.

Sous l’influence d’un ferment, l’émulsine, la coniférine se dédouble, en effet, en sucre et en un autre corps qui, séparé au moyen de l’éther, recueilli et traité par un agent oxydant, le bichromate de potasse et par l’acide sulfurique, se transforme en une matière blanche, cristallisée, qui a tout à fait le parfum de la vanille.

M. Moullade ajoute que ce produit, qui se trouve déjà dans le commerce, est de beaucoup meilleur marché que la vanille véritable.

M. I. Hedde présente la nomenclature des sources minérales médicinales du département de la Haute-Loire. Il rappelle, à ce propos, les sérieux travaux du docteur Arnaud, et des Joyeux, Déribier, Bertrand et docteurs Martel et Langlois, qui ont traité cette question intéressant à un si haut point l’hygiène et la santé, et se liant si intimément aux sciences naturelles, surtout à la géologie.

Il passe en revue les cinquante-quatre sources minérales connues dans notre département, et ajoute que trois seulement sont autorisées : celles de Mautour, commune de Bas, de Serville ou Margeaix, commune de Beaulieu, et enfin celle de Prades, dite la Souveraine, qui se trouve dans le canton de Langeac.

Notre confrère indique la nature des terrains, les curiosités qui s’y révèlent, les traditions et les légendes qui se rattachent à ces eaux, leur débit et leur volume, et rappelle que les plus abondantes sont celles des Estreys qui, grâce aux soins intelligents de M. le docteur Langlois, donnent vingt-cinq litres à la minute.

En terminant, M. I. Hedde, sur la demande de l’assemblée, promet de résumer, en une notice qui sera insérée dans nos publications, ses travaux sur les sources minérales de la Haute-Loire.

M. Rocher donne lecture d’un mémoire sur la Ligue du bien public. La Société décide l’impression de ce travail historique[1].

M. le Président signale la découverte d’une dent fossile d’éléphant et d’os de cheval dans un terrain alluvio-volcanique près de Chadrac. La dent, qui est mise sous les yeux de la Société, est une molaire dont les lames moins serrées que dans le mammouth (elephas primigenius), dénote une espèce antérieure à l’époque glaciaire. Elle appartiendrait ainsi à la faune du pliocène supérieur volcanique, signalée déjà à Solilhac, à la Malouteyre, Communac, etc., et qui diffère beaucoup de celle de notre pliocène inférieur dans laquelle les proboscidiens sont représentés, comme on l’a remarqué, à Vialette, au Monteil, à Mons, etc., par diverses espèces de mastodontes.

Notre confrère entretient aussi l’assemblée d’une autre découverte d’os et de cornes de bœuf de la race du Mezenc (variété frontosus du bos primigenius), parmi les restes d’une villa romaine à Tressac, près Saint-Paulien.

L’un des Secrétaires,
L. Gratuze.



SÉANCE DU 4 JUILLET 1878.


Présidence de M. Aymard.

MM. A. Jacotin et L. Gratuze, secrétaires, s’excusent par lettres de ne pouvoir assister à la séance. M. Lascombe est prié de remplir les fonctions de secrétaire.

Il est donné communication du rapport annuel présenté par M. A. Jacotin, au nom de la Société, à M. le Préfet, pour être soumis au Conseil général, en vue des subventions départementales. Ce rapport sera probablement publié aux annexes des procès-verbaux du Conseil général de la session du mois d’août[2].

M. le Président fait connaître un usage que les Sociétés savantes tendent généralement à adopter, celui de pérégrinations scientifiques, agricoles, industrielles, etc. Plusieurs de ces excursions nous sont annoncées, cette année, pour la Haute-Loire. Une mesure importante les favoriserait, celle d’obtenir de certaines compagnies de chemins de fer, en particulier de la Compagnie P.-L.-M., assez peu disposée à y consentir, une réduction de tarif en faveur des associations d’excursionnistes. M. Aymard cite à ce sujet une Société, parfaitement constituée à Lyon, par le savant M. Chantre et qui, chaque année, visite les départements voisins. Elle avait manifesté à notre confrère un vif désir de venir dans la Haute-Loire, pour y explorer nos nombreuses curiosités naturelles et historiques, mais, dans l’impossibilité d’obtenir de l’administration des chemins de fer cette faveur dont cette Société a été gratifiée par une autre compagnie, elle a dirigé ailleurs son excursion annuelle.

Dans ces conditions regrettables, l’assemblée émet le vœu qu’une demande soit faite au gouvernement pour qu’il veuille bien intervenir à ce sujet auprès de la Compagnie P.-L.-M.

M. le Président expose que la question de nos chemins de fer vient d’entrer dans une phase nouvelle. M. de Freycinet, ministre des travaux publics, va présenter à l’examen des Conseils généraux les projets de lignes complémentaires du grand réseau national, et il a compris dans les propositions à soumettre ensuite aux Chambres les chemins de fer suivants pour la Haute-Loire :

1o Chemin de fer du Puy à Mende, par Langogne ;

2o Continuation jusqu’au Puy de la ligne de Saint-Germain-des-Fossés à Ambert, avec raccordement sur un point de la ligne du Puy à Arvant ;

3o Chemin de fer d’Yssingeaux à Lavoulte-sur-Rhône, avec embranchement sur Tournon.

Les deux premières de ces lignes ont les chances les plus favorables d’être adoptées. À l’égard de la troisième, principalement utile à l’arrondissement d’Yssingeaux, le département, ajoute M. le Président, n’a pas un réel intérêt à s’y opposer et même, considérée à un point de vue élevé, celui de la défense du territoire, cette ligne, dont le prolongement jusqu’au Puy devrait être adopté, pourra constituer un jour, au moyen des raccords existant déjà entre notre chef-lieu et Nantes, une grande voie stratégique du Nord-Ouest au Sud-Est. Mais, dans ces conditions, il est essentiel que le raccordement entre Yssingeaux et le Puy, soit, suivant la plus brève direction et non par Retournac. C’est aussi une ligne qui devrait se relier à celle de Firminy à Annonay par un tronçon entre Yssingeaux et Dunières, de façon, d’une part, à faciliter l’adoption d’une autre grande voie stratégique de Bordeaux à Grenoble, par Dunières et Annonay, et, d’autre part, à offrir une direction très utile à l’arrondissement d’Yssingeaux par Dunières et le Pont-Salomon vers Firminy.

Il est un autre chemin de fer sollicité depuis plusieurs années par le Conseil général et qui, à défaut d’une proposition formelle émanant du ministère, sera certainement demandé par le département ; il s’agit de celui du Puy à Aubenas par la vallée de la Loire, prolongement obligé de la ligne d’Ambert au Puy, qui ouvrira ainsi la voie la plus directe de Paris à Marseille.

L’assemblée, après en avoir délibéré, émet le vœu que le conseil départemental veuille bien approuver les vues ci-dessus exprimées, lesquelles sont conformes, en très grande partie, aux conclusions du rapport de la commission municipale du Puy.

Notre confrère, M. Nicolas, directeur de la Ferme-École de Nolhac, a adressé la lettre suivante sur le fonctionnement d’une faucheuse :


Monsieur le Président,

Dans l’ordre du jour du 4 juillet de la Société des amis des sciences, je trouve inscrit au cinquième paragraphe : Communication sur le fonctionnement d’une faucheuse à la Ferme-École de Nolhac.

Ne pouvant vous donner de vive voix les renseignements que la Société désire avoir au sujet de cet utile appareil, j’ai l’honneur de vous faire connaître les résultats de nos premiers essais. La faucheuse que M. Paul-Visconte a bien voulu me prêter, sort des ateliers de M. Picard, constructeur à Nevers. C’est lundi et mardi derniers que nous l’avons fait fonctionner ; d’abord, dans une prairie sèche et composée d’un fourrage fin et de bonne qualité ; en second lieu, dans une prairie un peu humide et contenant du foin plus fort. Au début de l’opération, nous avons éprouvé quelques difficultés : la scie se garnissait trop vite d’herbe et était arrêtée dans son mouvement. Ce même effet se produisait dans les angles du quadrilatère, si l’on tournait trop brusquement et si l’on n’avait pas la précaution de graisser souvent tous les Organes. Après quelques tâtonnements, nous avons obtenu un bon travail de cette faucheuse. Nous avons remarqué surtout qu’il faut donner aux bœufs qui la conduisent une allure un peu rapide, et qu’il importe de mettre la scie en mouvement avant qu’elle ne rencontre l’herbe.

Éviter de faucher dans les tournants brusques, et huiler fréquemment toutes les parties de la machine.

Veuillez agréer, etc.

Nicolas.


M. le Ministre de l’agriculture et du commerce avait précédemment alloué à la Société la somme de 1,000 francs pour le concours des animaux gras. Il vient encore de l’informer, par une lettre, dont il est donné lecture, d’un nouveau crédit de 4,000 francs, dont 2,000 pour le concours de la race bovine du Mezenc, et 2,000 pour celui de septembre. L’assemblée exprime sa vive gratitude.

M. Aymard signale une découverte d’ossements fossiles de mammifères, faite par lui dans la commune de Vals, au terroir de Lou Bau, non loin du domaine de Bauzit. Le terrain qui les renferme est alluvio-volcanique, et paraît se rapporter à l’une des époques de la volcanisation dans notre pays. On y rencontre des débris d’éléphants, de cerfs, bœufs, chevaux, etc. Des fouilles ultérieures seront pratiquées dans cette localité.

M. Lascombe informe l’assemblée qu’il a reçu du ministère pour la bibliothèque de la ville, un très bel ouvrage d’archéologie préhistorique sur l’âge du bronze, par M. Ernest Chantre. Cette œuvre intéresse la région supérieure du plateau central, et surtout notre département, par la mention de tous les objets trouvés dans cette région, au nombre desquels figurent ceux recueillis et donnés par M. Aymard à notre Musée d’antiquités préhistoriques.

Des travaux récents, effectués auprès du grand escalier de la Cathédrale du Puy, dans un terrain cédé à l’État, par la famille Gallien, ont mis au jour de grandes pierres de taille, en grès, offrant des trous de louve et de crampons, indices certains de provenance romains. L’une d’elles, offerte par M. Séjalon, entrepreneur, au Musée, présente des moulures caractérisant la partie inférieure d’une architrave dont la face inférieure, ou soffite, offre un système de décor, d’ailleurs assez simple, qui n’avait pas encore été rencontré dans de semblables morceaux d’architecture découverts au Puy.

Une commission de la Société, composée de MM. Aymard, Moullade, Th. Varenne et Deribier, négociant à Saint-Paulien, a visité, il y a quelques jours, le village de Tressac près de cette ville, où l’un des habitants, dans un terrain profondément fouillé, avait exhumé des vestiges de murs d’une antique villa. La commission y a trouvé des fragments de poterie romaine, d’un goût assez recherché, et de verres à vitres, des morceaux de fer ayant servi à divers usages, des os d’animaux domestiques, entre autres d’un bœuf, qui, comme il a été dit à la précédente séance, se rapporte à la race actuelle du Mezenc. En outre, on a extrait des tambours de fût de colonnes en grès. La Commission, ayant exploré les murs des maisons du même hameau, a vu dans une cour un très grand bloc, en grès, paraissant avoir fait partie de la base d’un piédestal. La commission s’est demandée, sans toutefois résoudre absolument la question, si ce piédestal n’aurait pas été celui d’une statue érigée à l’impératrice Étrucille, par la Cité libre des Vellaves (Civitas Vellavorum libera) dont une des inscriptions romaines de Saint-Paulien nous a conservé la mémoire.

L’assemblée remercie la commission de cette intéressante excursion et, en particulier, M. Varenne qui avait voulu en faire les honneurs à ses confrères.

M. Rocher lit un procès-verbal d’élection d’un évêque du Puy en 1485 et diverses pièces importantes sur le Velay[3].

M. Louis Paul fait don aux archives de la ville, par l’entremise de la Société, d’un imprimé contenant les statuts consulaires de la ville du Puy en 1667[4].

Les documents fournis par MM. Rocher et Paul seront publiés dans le recueil de nos Mémoires.

M. Henri Mosnier fait part d’un prix-fait de tableau peint pour la cathédrale du Puy, convenu le 19 septembre 1632 entre le peintre Guy François et Jacques Pradier, chanoine[5].

La Société vote l’impression de cette pièce.

MM. Henri Mosnier, Jacotin et Gervais présentent, comme membre résidant, M. Émile Brousse, secrétaire général de la Haute-Loire, et sont invités à faire un rapport sur cette candidature, à la prochaine séance.

M. Boyer, avoué, présente, au titre de membre non-résidant, M. Breysse, notaire au Bouchet-Saint-Nicolas. MM. Guelle, Mauras et Bonnet sont désignés pour faire le rapport.

A. Lascombe.



SÉANCE DU 8 AOÛT 1878.


Présidence de M. Aymard.

M. le Président signale les principaux articles du premier fascicule des mémoires de la Société.

Il est ensuite donné communication du procès-verbal de la séance du Comice agricole, en date du 25 juillet dernier, dans laquelle a été arrêté le programme du prochain concours de la race bovine du Mezenc. Ce programme, qui sera publié en affiches, est approuvé par l’assemblée.

M. le Président, revenant sur la question des chemins de fer, qui a été exposée à la précédente séance, énumère celles de ces voies qui intéressent le plus notre département. Il indique que, sous le rapport de la priorité d’exécution, il serait utile, selon lui, de les classer dans l’ordre suivant :

1o Chemin de fer du Puy à Mende, lequel emprunte une réelle importance à sa direction qui est celle de la route nationale no 88 ;

2o Chemin de fer du Puy à Aubenas, par les vallées de la Loire et de l’Ardèche, en suivant toute la partie de la route nationale no 102, comprise entre ces deux villes ;

3o Chemin de fer de Bordeaux à Grenoble, sections du Puy à Dunières et d’Yssingeaux au Puy, dans la plus courte direction possible ;

4o Chemin de fer d’Ambert au Puy, qui est une partie de la grande artère, devant établir une communication directe de l’Océan à la Méditerranée ;

5o Chemin de fer du Puy à Lavoulte-sur-Rhône.

En terminant, M. le Président annonce que le rapport de la commission municipale sur cette question des chemins de fer est en voie d’impression[6] ; on y trouvera développées toutes les raisons qui ont motivé les vœux de la commission.

M. Mazat, instituteur de la commune de Saint-Geneys, près Saint-Paulien, écrit à M. le Président que des vestiges d’antiquités romaines ont été découverts dans le hameau de Montredon, près Saint-Just. C’est dans un réduit en maçonnerie, d’une profondeur de 18 à 20 centimètres, qu’un agriculteur a mis au jour des débris de tuiles romaines, ainsi que des fragments de poteries qui, par leurs formes et dimensions, paraissent avoir appartenu à des vases ou amphores. Quant au réduit, il a une profondeur de 50 à 60 centimètres ; sa forme est rectangulaire, d’environ 4 mètres pour les plus grands côtés, et l mètre 50 centimètres pour les plus petits. L’un des grands côtés offre à son centre un hémicycle de 80 centimètres de rayon. Le pavé et les parois sont revêtus de dalles taillées en brèche volcanique.

M. le Président ajoute que, sous peu, il espère être à même de donner des renseignements complémentaires qui pourront lui permettre d’assigner un usage à ce monument. Des félicitations sont votées à M. l’instituteur de Saint-Geneys pour son intéressante communication.

M. Rocher fait part d’un travail sur la création du conseil municipal du Puy, en 1349, et promet de l’insérer dans les publications[7].

M. Lascombe fait le récit d’une pénitence publique infligée, en 1378, à un sergent du baron de Saugues, pour avoir enlevé l’épée d’un sergent de l’évêque de Mende. La Société décide l’impression de ce récit[8].

M. I. Hedde signale les découvertes faites dans la station paléontologique de Solutré (Saône-et-Loire). Cette station, qui appartient à l’époque quaternaire, (âge paléolithique), contient de nombreux ossements du renne, avec lesquels on a trouvé aussi des restes de squelettes humains. À ce sujet, M. Aymard rappelle que la salle des antiquités préhistoriques du Musée de notre ville possède une collection très-intéressante d’objets provenant de Solutré et offerts par M. E. Chantre.

Il est donné lecture de la notice suivante sur le Stabat Mater, son origine et ses transformations, par M. Maxime Guffroy, membre de la Société des auteurs et compositeurs de musique :


« Si, dans toute la liturgie catholique, il n’est pas de chant plus beau, plus attendrissant que le Stabat, il n’en n’est pas non plus qui ait subi plus de changements et d’altérations, soit dans le texte, soit dans la composition musicale. » « L’auteur de cette prose rimée ou séquence (comme on disait autrefois) est resté longtemps incertain. Les divers dictionnaires liturgiques qui se sont succédés, diffèrent presque tous d’opinion à ce sujet. »

« Mais aujourd’hui la lumière s’est faite, et le moine Giacomo-Benedetti-Jacopone da Todi (1305 de J.-C.) est généralement regardé comme l’auteur de cette complainte religieuse[9]. »

« Me trouvant à Rome, en 1868, je fis, à propos du Stabat, une curieuse découverte. Jacopone da Todie[sic], paraît-il, ne composa point son Stabat Mater pour la fête de la Compassion de la Vierge, mais pour celle de la Nativité de Jésus-Christ (Noël). On en trouve la preuve dans une brochure italienne intitulée : Il Cristo, Oratorio sacro, dat commendato francesco Liszt. Roma, tipografia Tiberina, 1867, pages 6 et 12. »

« Le Stabat originel fut donc un chant de joie et de triomphe. Il commence ainsi :

Stabat mater speciosa
Juxta fœnum gaudiosa,
Dum jaccbat parvulus.

Cujus animam gaudentem,
Lœtabundam et ferventem
Pertransivit jubilus.

« Il n’est pas besoin, je pense, de faire remarquer l’analogie et, mieux, la parité de ce Stabat avec le Stabat Mater dolorosa, que l’Église chante au temps de la Passion. »

« Que Jacopone da Todi soit l’auteur de l’un et de l’autre, ceci paraît être hors de doute, abstraction faite même des témoignages précieux de Vadingo, de Sbaraglia, de Fontanini et d’Ozanam. »

« Arrivons maintenant aux transformations, je devrais dire aux mutilations qu’a subies le Stabat, depuis son origine jusqu’à nos jours. En passant sous silence quelques altérations peu saillantes qui se sont glissées dans le texte, attachons-nous surtout aux deux dernières stances qui ont été complètement défigurées dans les deux derniers siècles. Pour rendre plus sensible la différence qui existe entre les nombreuses versions, je mettrai ci-dessous en regard les trois plus importantes. »


texte primitif XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles idem

Christe, cùm sit hinc exire,
Da per Matrem me venire
Ad palmam victoriæ

Quandò corpus morietur
Fac ut animæ donentur
[10]
Paradisi gloriæ.

Fac me cruce custodiri,
Morte Christi præmuniri,
Confoveri gratià.

Quandò corpus morietur,
Fac ut animæ donetur
Paradisi gloria.

٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠
٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠idem٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠
٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠gratià.

Quandò corpus morietur,
Fac ut anima donetur
Paradisi glorià.


« Mais si nous ouvrons les livres de chant et les Paroissiens généralement en usage aujourd’hui, depuis la réforme liturgique en France, ordonnée par le défunt pape Pie IX, nous lisons les mêmes stances ainsi qu’il suit :

Christe, cum sit hinc exire,
Da par Matrem me venire
Ad palmam victoriæ.

Quandò corpus morietur,
Fac ut anima donetur
Paradisi gloria.

« Dans cette version, comparée avec le texte primitif donné plus haut, le mot donentur a été remplacé par le mot donetur, et le nominatif pluriel gloriæ a été remplacé par le nominatif singulier gloria : ce qui constitue une faute, une rime tout à fait défectueuse, car gloria ne saurait rimer avec victoriæ. »

« Il eût été si facile et si simple de conserver le texte primitif dans son intégrité !… Laisser subsister une pareille incorrection, c’est briser l’harmonie du rythme, l’agencement des stances du Stabat, où l’on remarque aisément que le dernier mot d’une stance rime (ainsi l’a voulu l’auteur) avec le dernier mot de la stance suivante. S’il en est ainsi pour toutes les autres, pourquoi n’en serait-il pas de même pour les deux dernières ?… C’est là surtout le point que je voulais établir. »

« N. B. — Il existe un troisième Stabat, jadis en usage dans le diocèse d’Auxerre, et inséré ad calcem dans le Graduel d’Auxerre (année 1777, page 120). Je n’en parlerai ici que pour mémoire. Il commence par cette stance :

Stabat Mater juxtà crucem.
Cùm pro nobis ferret trucem
Spontè mortem filius.
٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠

Et il finit comme suit :

Det nos cruce custodiri,
Suà morte præmuniri,
Confoveri gratià.

Et cùm tandem moriemur,
Præstet ut jugi donemur
Paradisi glorià.

« Un autre article pourrait traiter des différents chants adaptés à cette sublime complainte, en y comprenant le célèbre Stabat de Rossini. Mais, à mon avis, le plain-chant pur et simple, le chant primitif de cette admirable séquence restera toujours un des plus beaux spécimens de la musique religieuse. »


Après la lecture de cette notice qui intéresse vivement l’assemblée, M. H. Mosnier, au nom de la commission chargée d’examiner les titres de M. E. Brousse, secrétaire général du département de la Haute-Loire et auteur d’une remarquable étude sur l’assistance publique et privée chez les Romains[11], fait un rapport concluant à la nomination comme membre résidant de la Société, de ce candidat présenté par MM. Gervais et A. Jacotin. On passe au scrutin sur ces conclusions qui sont adoptées à l’unanimité ; en conséquence, M. le Président proclame membre résidant de la Société M. E. Brousse.

M. Breysse, notaire au Bouchet-Saint-Nicolas, sur les conclusions conformes du rapport présenté par M. Boyer, est nommé membre non-résidant.

L’un des Secrétaires,
L. Gratuze.



SÉANCE DU 5 NOVEMBRE 1878.


Présidence de M. Aymard.

Après la lecture et l’approbation du procès-verbal, M. le Président informe l’assemblée qu’il a adressé à M. le Ministre de l’Instruction publique, par l’entremise de M. le Préfet, une lettre ayant pour objet d’exposer les droits que la compagnie peut avoir aux subventions accordées, chaque année, comme encouragement aux associations scientifiques. À cette lettre étaient joints deux exemplaires du premier fascicule de nos mémoires. M. le Ministre a répondu, le 19 septembre, qu’il soumettra la demande au Comité des travaux historiques[12].

Nous pouvons d’autant plus espérer une solution favorable que le Conseil général, dans sa session d’avril, ayant eu connaissance des efforts laborieux de la Société, a décidé l’impression d’un rapport général de notre Président dans ses procès-verbaux, et nous a voté pour l’exercice courant 2,500 fr., dont 500 pour frais de premier établissement, ainsi que deux crédits, un de 500 fr. affecté au concours des animaux gras, l’autre de 1,500 fr. à celui de l’espèce chevaline. Il a, en outre, émis le vœu que le ministère accorde à la Société une allocation de 600 fr.

Le Conseil, dans sa deuxième session du mois d’août, satisfait des encouragements pécuniaires dont M. le Ministre de l’Agriculture nous a gratifiés pour 1878, a demandé de semblables subventions applicables en 1879, savoir : 1,000 fr. au concours des animaux gras, 1,000 fr. à celui de la race bovine du Mezenc, et 2,000 fr. au concours départemental et à d’autres Opérations agricoles[13]. À cette même session d’août, le Conseil a inscrit au budget de 1879, en faveur de la Société, 2,000 fr. sans emploi déterminé, 500 fr. pour le concours des animaux gras et 1,500 fr. pour le concours hippique.

L’assemblée, vivement intéressée par cette communication, remercie M. le Préfet et le Conseil général de ces témoignages de leur sympathie, ainsi que M. le Président qui s’est fait l’organe de la Société auprès du gouvernement et de l’autorité départementale.

La question des chemins de fer de la Haute-Loire, inscrite à l’ordre du jour, appelle M. Aymard à en résumer la situation qui, en ce moment, emprunte surtout de l’intérêt aux délibérations du Conseil général. Consulté par M. le Préfet, au nom de M. le Ministre des Travaux publics, à l’occasion du classement de nos voies ferrées dans le réseau général, il a nommé une commission dont le rapporteur, M. de Mars, a traité la question sous tous ses aspects, soit relativement aux lignes indiquées au projet ministériel, soit à l’égard d’autres voies complémentaires. Voici, pour chacune de ces deux séries, les lignes qui ont reçu l’assentiment du Conseil :

La première comprend, outre la ligne de Firminy à Annonay, par le Pont-Salomon et Dunières, dont l’exécution est commencée : 1o la portion du chemin de Lyon à Toulouse entre le Puy, Langogne et Mende ; 2o la ligne d’Ambert au chemin de fer du Puy à Saint-Georges-d’Aurac ; 3o la ligne de Lavoulte-sur-Rhône à Yssingeaux et de cette ville au chemin de fer du Puy à Saint-Étienne.

La deuxième série comporte : 1o un tronçon d’Yssingeaux à Dunières pour relier le chef-lieu de l’arrondissement à la ligne de Firminy à Annonay et, dans ce cas, le raccordement de celle de Lavoulte-sur-Rhône à la Loire devrait avoir lieu à Lavoûte-sur-Loire et non à Retournac, comme on semble en avoir eu la pensée ; 2o le chemin de fer du Puy à Aubenas, par les vallées de la Loire et de l’Ardèche.

On voit, d’après cet aperçu, que les lignes qui avaient été réclamées dans le rapport de la commission municipale du Puy, ont été agréées par le Conseil général. De notre côté, nous devons applaudir à l’adjonction du chemin de fer de Lavoulte-sur-Rhône à Yssingeaux, à la condition qu’il soit continué jusqu’au Puy, — ainsi que le Conseil l’a proposé, — par un tronçon d’Yssingeaux à Lavoûte-sur-Loire. Le département est, sans aucun doute, intéressé à cette direction rationnelle de la ligne qui, de plus, aura pour l’État l’avantage de créer une grande voie stratégique, non-seulement de Clermont à Digne, mais même de Nantes à la frontière du Sud-Est, surtout, si pour abréger, il est fait un tronçon de Murat ou Neussargues à un point de la ligne du Puy à Arvant. Espérons donc que le gouvernement et les Chambres accepteront les avis du Conseil général. M. le Président ajoute qu’en attendant, l’administration des ponts et chaussées a été invitée à faire certaines études pour plusieurs de nos voies ferrées.

L’assemblée accueille avec satisfaction l’exposé des vues du Conseil départemental, dont elle désire la prochaine réalisation.

Il est donné communication d’un projet de création d’un asile de convalescents, établissement pour lequel l’un de nos confrères, M. Eyraud-Hégnier, ancien maire du Puy, et sa famille ont donné aux hospices de cette ville, entr’autres libéralités, le château de Chadrac, le parc et le domaine attenants. Ces immeubles recevront cette bienfaisante destination dans un avenir déterminé.

M. Hedde dit qu’on a fait d’heureuses expériences de ce genre d’institution à Vincennes, près Paris, et à Longchêne, près Lyon. Dans ce dernier établissement, fondé en 1867, sont placés, outre des convalescents, quelques malades dont le traitement exige une résidence à la campagne. La moyenne des séjours y est d’environ un mois. Les malades y sont bien traités sous tous les rapports, soit de la nourriture, des vêtements et de l’habitation, soit des exercices salutaires auxquels ils se livrent. Un personnel convenable d’administrateurs et d’employés est affecté à l’établissement qui est régulièrement visité par des médecins et internes.

Sur la proposition de M. Rocher, des félicitations seront transmises par M. le Président à notre généreux confrère, M. Eyraud-Régnier.

La situation des récoltes est ensuite l’objet d’observations présentées par M. Couderchet qui signale un déficit notable pour les récoltes en céréales et lentilles, et moindre à l’égard des pommes de terre, déficit qui, d’ailleurs, a été compensé par une production assez abondante des fourrages de toute nature.

À propos du millet cultivé avec succès par M. Musnier et dont il avait exposé un spécimen au dernier concours, M. Gazanion père pense que cet essai pourra servir d’exemple pour l’extension, désirable dans certains cas, de ce genre de culture. Le même membre recommande aussi le sorgho et signale comme le meilleur moyen de tirer du maïs un fourrage très productif, est d’espacer les pieds à 40 centimètres et de les châtrer, c’est-à-dire de couper la tige au premier épi, aussitôt que la fleur est fanée.

L’ordre du jour appelle ensuite la lecture d’un travail historique sur la première croisade. Cet intéressant mémoire de M. Rocher, dont il ne pourrait être fait qu’une analyse très insuffisante, sera publié dans le recueil de nos Mémoires.

M. A. Jacotin signale la découverte d’un acte de vente consenti, en 1343, à deux bourgeois du Puy, de la baronnie de Queyrières, l’une des dix-huit principales seigneuries qui donnaient à leurs possesseurs droit d’entrée aux États du Velay. À cette occasion, il résume l’histoire de cette baronnie dont il publiera la monographie dans le recueil de nos Mémoires.

La Société, sur la proposition de M. le Président, félicite MM. les exposants des dentelles du Puy au sujet des récompenses qui ont été accordées par le jury de l’Exposition universelle et qui consistent en un diplôme d’honneur décerné à la chambre syndicale, et en médailles d’argent et de bronze aux exposants ainsi qu’à leurs coopérateurs.

M. le Président fait connaître qu’au nom de la Société, il s’est empressé d’accueillir au Musée une caravane de jeunes touristes venus au Puy, le 20 août, sous la conduite d’un professeur au collège Rollin de Paris. « C’est la première fois, dit-il, que la Haute-Loire est explorée par des membres du Club Alpin institué par M. Joanne, l’éminent auteur des Guides. Après avoir visité les sites et monuments de nos environs, ces jeunes gens ont continué leur voyage, presque toujours à pied, jusqu’au mont Mezenc dont ils ont opéré l’ascension, et de là se sont dirigés vers les profondes et pittoresques vallées de la Haute Ardèche. On ne saurait trop applaudir à cette nouvelle institution d’exercursionnistes[sic] qui, à peu de frais, complètent, pendant les vacances, leur instruction par la contemplation des beautés de la nature, par les aspects topographiques et la vue des monuments du passé. »

L’assemblée est informée par le Secrétaire que MM. les Conservateurs du musée Crozatier ont été nommés en vertu d’un arrêté de M. le Maire, en date du 16 août dernier. Ils sont tous membres de la Société et s’étant constitués en commission administrative, ils ont été invités par M. le Maire à élire leurs officiers, qui sont : MM. Aymard, Président, directeur du Musée ; A. Jacotin, secrétaire ; Alix, trésorier.

Après le renvoi à la prochaine réunion, de quelques questions qui n’ont pu être traitées dans celle-ci, la séance est levée à six heures.

L’un des Secrétaires,
A. Jacotin.



SÉANCE DU 5 DÉCEMBRE 1878.


Présidence de M. Aymard.

Le procès-verbal est lu et adopté.

M. le Président expose combien il serait utile qu’une station agronomique fût créée au Puy, comme il en existe dans quelques départements. Cette institution comporte surtout un laboratoire de chimie qui rend de grands services à l’agriculture par des analyses d’engrais et du sol végétal. Le Conseil général, en attendant un établissement de ce genre, avait alloué, il y a quelques années, un crédit pour que ces analyses fussent faites au laboratoire du lycée, lequel malheureusement n’est pas pourvu d’appareils suffisants. Dans ces conditions, il y a lieu d’avoir recours à ceux de nos confrères auxquels leurs connaissances chimiques permettent de suppléer à l’absence de la station agronomique.

Ces vues qui sont bien accueillies par l’assemblée, donnent occasion à divers membres de signaler les variations du sol assez nombreuses dans notre pays, bien que la terre emprunte ses éléments géologiques seulement à cinq catégories de terrains : les gnéiss et granit, les argiles, les marnes, les déjections volcaniques et les alluvions ; éléments dont les mélanges dans différentes proportions, joints à d’autres causes, produisent la diversité des terres végétales.

M. Moullade, répondant au désir qui lui est exprimé par M. le Président, promet de s’occuper d’analyses de terres et d’engrais dont il fera connaître les résultats.

À la demande d’un membre, la Société émet le vœu que le Conseil général facilite ces études, en rétablissant le crédit précédemment porté au budget départemental, ou mieux, s’il est possible, pour la création au Puy d’une station agronomique.

M. le Président parle de la dernière et très instructive conférence que notre confrère M. le docteur Langlois, président du Comité départemental de vigilance, a faite à l’Hôtel-de-Ville. Il le prie de résumer ses recherches sur les dévastations phylloxériques dans la Haute-Loire et de les publier dans les Mémoires de la Société[14].

Notre compatriote M. Chabrier, directeur de la station agronomique de Morlaix, dans une lettre adressée à M. Mauras, président du comice agricole, annonce un envoi de graines de panais (pastinaca sativa), plante dont la culture est ancienne et fructueuse dans le Finistère et produit la meilleure graine. À cette lettre est jointe une notice sur ce genre de culture.

M. Nicolas, directeur de la Ferme-École, est prié de faire un essai d’ensemencement de cette graine, après avoir pris connaissance du travail de M. Chabrier.

M. Aymard informe la Société que notre pays, n’ayant pas encore été suffisamment exploré par les géologues sous le rapport des phénomènes glaciaires, lui a offert des témoignages de la phase quaternaire à laquelle ces phénomènes sont attribués. Il a récemment étudié de très grands blocs basaltiques qui forment une longue traînée au travers de la vallée de la Loire près de Choussiol et de Charentus, dans la commune de Coubon. Notre confrère avait déjà observé des blocs de lave basaltique disséminés et reposant sur une sorte de moraine formée de sable alluvial près de Boussoulet, sur les bords de la route de Fay-le-Froid ; enfin il rappelle la présence aux Rivaux, près d’Espaly, d’un atterrissement qui contient des restes d’une faune fossile caractéristique de l’époque glaciaire et qui comprend des os du mammouth, du rhinocéros, du grand ours, etc., associés avec des coquilles de mollusques terrestres disparus du pays, mais existant dans d’autres parties de la France qui sont moins sujettes que chez nous à des écarts de température extrême. En outre, un morceau de tibia humain, trouvé dans le même gisement, rappelle, comme les fossiles de Denise, l’immémoriale existence de l’homme dans la contrée.

« À l’époque de ce dépôt quaternaire, ajoute M. Aymard, nos volcans n’étaient pas encore éteints, car, non loin du gisement des fossiles, et dans le même terrain, la berge qui borde la rivière a montré un filon de déjections volcaniques. Ce fait amènera peut-être à voir dans un amas considérable d’alluvions sableuses qui constituent en grande partie l’éminence de Montredon sur la même rivière de Borne, une large et profonde moraine, et dans un lit de galets supérieur, un produit de la fonte des glaciers, surmonté, lui même, d’une coulée de lave basaltique probablement comtemporaine de ces grands phénomènes climatologiques. »

Ces intéressantes remarques de M. le Président font espérer à la Société qu’elles provoqueront la recherche d’autres données concernant la question des glaciers dans notre pays.

M. Rocher entretient l’assemblée d’un fait historique peu connu et très curieux, une conspiration dans le Velay au XVIIe siècle. Notre confrère a voulu donner à la Société la primeur de son travail.

M. Balme communique à l’assemblée deux lettres de bourgeoisie accordées à des habitants de la ville du Puy en 1699 et 1703. Ces documents avec les pièces de la procédure, provenant des archives de sa famille, sont le sujet d’explications sur les prérogatives de la bourgeoisie. Notre confrère fait remarquer aussi les formalités judiciaires assez compliquées qu’exigeait l’obtention de ces sortes d’actes.

M. le Président félicite M. Balme d’avoir ajouté aux témoignages de l’histoire locale un genre de documents jusqu’à ce jour inédit. Leur intérét historique engagera, sans doute, d’autres membres de la Société qui, à ce que l’on croit, ont connaissance de semblables pièces, à nous en faire part, pour être publiées ensemble dans le deuxième fascicule des Mémoires.

M. Aymard appelle l’attention de la Société sur les monuments dits pierres à bassins ou à écuelles dont il a fait connaître, plusieurs fois depuis 1861, la présence dans le département. Notre confrère, à l’exemple d’autres observateurs qui, surtout en France et en Angleterre, avaient signalé de semblables antiquités, considérait les cavités de ces pierres comme évidemment creusées de main d’homme. Néanmoins tous les archéologues ne partageaient pas cette opinion. La plupart, sans en avoir jugé de visu, étaient portés à attribuer ces cavités à des jeux de la nature, ou à des effets d’érosion. Mais depuis quelque temps les découvertes de ce genre se sont multipliées, et les roches à bassins ont été si bien étudiées que, pour beaucoup de ces monuments, le scepticisme a été désarmé. Aussi s’empresse-t-on aujourd’hui d’en signaler partout en France et dans les pays étrangers.

M. le Président énumère ensuite les divers spécimens trouvés dans la Haute-Loire, ainsi que d’autres roches de structure extraordinaire qui, vénérées dans nos campagnes, comme les pierres à creux, sont l’objet de superstitieuses croyances. Il conjecture leurs antiques destinations et, les désignant sous le nom d’archéites, il assigne à leur origine une époque antérieure à celle des mégalithes ; enfin, désireux d’avoir de plus amples informations pour un travail qui sera publié au recueil de nos Mémoires, il se propose d’ouvrir une enquête dans toute la région supérieure du plateau central. À cet effet un questionnaire sera envoyé dans diverses communes du département et aux principaux archéologues de la région.

La Société, après avoir approuvé ce projet, entend la lecture d’une notice de M. Aymard sur un nouveau genre de pierres de petite dimension, mobiles et portatives, paraissant avoir été des imitations réduites de paléites avec ou sans bassins et qu’il considère comme ayant pu être des pierres sacrées ou bétyles.

À cet effet, il met sous les yeux de la Société deux spécimens de galets, l’un en quartzite trouvé dans le sol du cimetière de Coubon et qui offre des trous ou cupules faits de main d’homme comme on en voit sur des roches à écuelles ; l’autre d’une espèce de serpentine qui, n’existant pas dans le pays, dénote l’importation de ce petit monument.

Ce dernier a été exhumé près d’Estroulhas, non loin du Puy. De savantes comparaisons avec des bétyles cités dans les écrivains de l’antiquité permettent de leur assimiler ceux-ci.

L’assemblée, intéressée par cette communication, décide l’impression de la notice de notre confrère dans le recueil de nos Mémoires.

M. Louis Gueyffier présente des morceaux de poteries romaines et quelques autres petits objets provenant d’une fouille faite à Saint-Bauzire. Les explications données par notre confrère font présager d’autres trouvailles qui éclaireront les antiques origines de la localité : aussi M. Gueyffier promet-il à la Société de la tenir au courant de tout ce qui sera mis au jour.

M. le Président fait part à la Société d’une offrande d’objets antiques faite au musée par Mme la baronne de Boxberg qui, depuis plusieurs années, ne cesse de recueillir en diverses régions de la France et des pays étrangers, des spécimens types d’études comparatives pour enrichir nos collections archéologiques. Ce nouvel envoi, non moins intéressant que les précédents, comprend :

1o Deux antiques vases en poterie trouvés près de Breslau en Silésie, contrée des anciens Suèves ;

2o Onze moulages et une copie peinte de pièces préhistoriques et d’autres antiquités conservées au musée de Dresde (Saxe). Les moulages ont été habilement coloriés par la donatrice qui a fait aussi la copie peinte à l’aquarelle.

Dans une lettre adressée le 4 novembre à M. le président, Mme de Boxberg donne des explications sur chacune de ces pièces. Nous en extrayons les suivantes :


« 1o Les deux vases proviennent d’une sépulture. L’un est une urne cinéraire avec inscription (graffito) qui n’a pas encore été déchiffrée ; l’autre est un petit vase de libations. Ils étaient enfermés dans un réduit muré. L’urne avait un couvercle hermétiquement fixé par du ciment ; je l’ai détaché avec soin et le vase s’est trouvé rempli de cendres entremêlées de fragments d’os. M. le professeur Reichenbach, directeur du musée de Dresde, à qui j’ai soumis les débris osseux, y a reconnu des restes d’un paon et d’un lièvre, symboles peut-être de la mort considérée comme un léger sommeil ;

« 2o Au nombre des moulages sont ceux de quatre glaives en bronze, armes dont les formes et le travail dénotent une fabricalion germaine. On ne sait pas dans quelle circonstance ces beaux glaives ont été trouvés ; on suppose qu’ils proviennent de tombeaux maçonnés et non enfouis sous terre ;

« 3o Un autre moulage est celui d’un objet en bronze formé de deux disques qui sont réunis par une tige coudée. Il s’agit ici d’un fragment de fibule trouvé près de Meissen, d’après ce qui m’a été dit par M. le professeur Hettner. L’ornementation des parures en spirale à l’âge de bronze, est éminemment germaine ;

« 4o Moulage d’une faucille de l’âge de bronze trouvée aussi près de Meissen ;

« 5o Moulage d’un rasoir en bronze, extrait d’un vase cinéraire. À cette occasion, je vous rappelle que, pendant mon séjour à Dresde en 1870, un foyer slave fut déblayé on Poméranie et qu’on y trouva des urnes qui étaient rehaussées par des figures d’hommes portant une longue barbe tressée, ce qui excluait, pour l’époque de ces poteries, l’emploi général des rasoirs ;

« 6o Moulage d’une lancette trouvée dans une urne cinéraire slave ;

« 7o J’ai représenté dans un dessin à l’aquarelle, joint à mon envoi, des feuilles de chêne en bronze d’après les fragments d’une couronne formée de ces feuilles, fragments qui ont été recueillis dans un autre vase cinéraire.

« Parmi les cendres contenues dans ce vase, se trouvait, avec ces débris de feuilles, un morceau d’un crâne humain, non calciné, parfaitement conservé et « teint de rouge ». Il y avait aussi des fibules et anneaux de bronze en partie fondus ; le tout dénotant l’incinération d’un personnage, sacrificateur ou chef de tribu germaine ;

« 8o J’appelle encore votre attention sur des reproductions de deux moules en grès pour faucille et bout de lance, indiquant une fonderie, de l’âge du bronze, établie à Grottenhain, non loin de Dresde, où ces moules ont été trouvés ;

« 9o Étudiez également une statuette d’enfant dans un berceau, trouvée en 1868 en jetant les fondements d’un pont à Hipity, à quelques lieues de Dresde. On croit y reconnaître l’image de l’enfant Jésus portant dans ses mains le globe terrestre. Cette statuette, dont l’original est en terre cuite, se rapporterait, au dire de M. le professeur Geinity, à une ancienne époque de l’établissement du christianisme en Saxe. »


À la suite de cette intéressante communication, M. le Président est prié de transmettre à Mme la baronne de Boxberg les sentiments de gratitude de la Société.

L’intérêt que présentent les collections préhistoriques du musée et celles de l’ethnographie générale qui en sont le complément, ont engagé M. Aymard à leur adjoindre un ensemble d’objets ethnographiques du département.

Les spécimens qu’il a déjà recueillis dans nos campagnes : armes, ustensiles, engins de pêches, poteries, meubles, pièces de parure et de harnachement, talismans ou amulettes, rappellent des usages anciens, quelques-uns même d’origine préhistorique.

Les vues que M. le Président énonce à ce sujet ouvrent un champ nouveau aux investigations de la science anthropologique. L’assemblée en témoigne sa satisfaction et recommande à nos confrères de fournir à la Société tous les renseignements qui aideront à compléter cette utile collection.

La Société accueille aussi avec intérêt la communication qui lui est faite par notre confrère M. Moullade, conservateur du musée d’histoire naturelle, de l’achat pour cet établissement d’une série de trois cents insectes coléoptères des principaux genres de France.

À sept heures, la séance est levée.

L’un des Secrétaires,
L. Gratuze.





  1. V. Premier fascicule, Mémoires, p. 1.
  2. Voyez les comptes-rendus du Conseil général de 1878. Le Puy, 1878, p. 610.
  3. V. deuxième fascicule, Mémoires, p. 198.
  4. V. premier fascicule, Mémoires, p. 109.
  5. V. deuxième fascicule, Mémoires, p. 290.
  6. V. premier fascicule, Mémoires, p. 86.
  7. V. deuxième fascicule, Mémoires, p. 153.
  8. V. deuxième fascicule, Mémoires, p. 239.
  9. Origines et raisons de la Liturgie catholique en forme de dictionnaire, par l’abbé J.-B.-E. Pascal Collection Migne. Petit-Montrouge, 1844… aux mots : « la Compassion de la Vierge. »
  10. Le texte portait sans doute donetur, par abréviation : ce qui aura induit en erreur le copiste, comme on le voit à la colonne suivante.
  11. Paris, Derenne, 1876, in-8o.
  12. Nous n’avons pas reçu avis de la décision du Comité.
  13. M. le Ministre de l’Agriculture a fait droit au vœu du Conseil général.
  14. Ce travail est inséré au présent volume.