Proclamation du Président de la République (Le Figaro)

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Le Figaro, 2 août 1914
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Proclamation du Président de la République
(Raymond Poincaré)


La proclamation suivante adressée par le Président de la République à la nation française a été affichée sur tous les murs :

« À la nation française,

Depuis quelques jours, l’état de l’Europe s’est considérablement aggravé en dépit des efforts de la diplomatie. L’horizon s’est assombri. À l’heure présente, la plupart des nations ont mobilisé leurs forces, même des pays protégés par leur neutralité ont cru devoir prendre cette mesure à titre de précaution. Des puissances dont la législation constitutionnelle ne ressemble pas à la nôtre ont, sans avoir pris un décret de mobilisation, commencé et poursuivi les préparatifs, qui équivalent, en réalité, à la mobilisation même et qui n’en sont que l’exécution anticipée.

La France, qui a toujours affirmé sa volonté pacifique, qui a dans des jours tragiques donné à l’Europe des conseils de modération et un vivant exemple de sagesse, qui a multiplié ses efforts pour maintenir la paix du monde, s’est elle-même préparée à toutes les éventualités et a pris dès maintenant les premières dispositions, indispensables à la sauvegarde de son territoire. Mais notre législation ne permet pas de rendre ces préparatifs complets s’il n’intervient pas de décret de mobilisation.

Soucieux de sa responsabilité, sachant qu’il manquerait à un devoir sacré s’il laissait les choses en l’état, le gouvernement vient de prendre les décrets qu’impose la situation. La mobilisation n’est pas la guerre ; dans les circonstances présentes elle apparaît au contraire comme le meilleur moyen d’assurer la paix dans l’honneur. Fort de son ardent désir d’aboutir à une solution pacifique de la crise, le gouvernement, à l’abri de ces précautions nécessaires, continuera ses efforts diplomatiques et il espère encore réussir.

Il compte sur le sang-froid de la noble nation pour qu’elle ne se laisse pas aller à une émotion injustifiée ; il compte sur le patriotisme de tous les Français et sait qu’il n’en est pas un seul qui ne soit prêt à faire son devoir.

À cette heure, il n’y a plus de partis, il y a la France éternelle, la France pacifique et résolue. Il y a la patrie du droit et de la justice tout entière unie dans le calme, la vigilance et la dignité.

Paris, le 1er août.
Le Président de la République française,
Raymond Poincaré.
Le Président du Conseil,
René Viviani. »

Suivent les signatures de tous les ministres et sous-secrétaires d’État.


M. Malvy, ministre de l’intérieur, est venu communiquer aux journalistes qui attendaient place Beauvau les décisions du Conseil et cette proclamation.

C’est avec une profonde émotion que le ministre de l’intérieur leur a fait part de la délibération du Conseil et leur a donné lecture de l’appel adressé par le Président de la République.

Dans le cabinet du ministre de l’intérieur il y eut pendant cette lecture une minute d’émotion profonde. Lorsque M. Malvy l’eut achevée, d’une seule voix, d’un seul cœur les représentants de la presse applaudirent en criant : « Vive la France ! »

Le Conseil des ministres de l’après-midi a pris fin à sept heures.