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Proverbes dramatiques/Les Deux Amis

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Proverbes dramatiquesLejaytome I (p. 145-154).


LES
DEUX AMIS.

NEUVIEME PROVERBE.


PERSONNAGES


RASIGNAC, Perruquier, habit blanc, perruque à nœuds, mauvais chapeau sous le bras.
LA CORNE, Marchand de peignes, habit canelle, veste noire, mauvaise perruque, chapeau sur la tête.
Un GARÇON Caffetier, veste blanche & tablier.


La Scène est à la porte d’un Caffé du Boulevard.

Scène premiere.

RASIGNAC, LA CORDE.


RASIGNAC.

Hé sandis, Monsieur de la Corne, je vous trouve donc enfin ; je viens de chez vous pour avoir des peignes, l’on m’a dit que vous étiez sorti.


LA CORNE.

Oui, j’étois allé voir jouer à la boule sur le Boulevard. Est-ce que ma femme ne vous en a pas donné, des peignes ?


RASIGNAC.

Si fait, si fait ; mais c’est que je voulois boire une bouteille de vin avec vous.


LA CORNE.

Hé bien, au lieu de vin, buvons de la biere, il fait assez chaud aujourd’hui pour cela.


RASIGNAC.

Voilà justement une table, mettons-nous-là.


LA CORNE.

Oui, nous serons plus à l’air.


RASIGNAC.

Garçon ? Ils s’asseyent.


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Scène II.

RASIGNAC, LA CORNE, Un GARÇON.


Le GARÇON.

Qu’est-ce qu’il y a pour ces Messieurs ?


RASIGNAC.

Une bouteille de biere.


Le GARÇON.

Vous assez être servi dans le moment.


LA CORNE.

Donnez-nous de la meilleure au moins.


Le GARÇON.

Monsieur, nous n’en avons pas d’autre.


LA CORNE.

C’est qu’il faut un peu parler à ces Messieurs-là.


RASIGNAC.

Sans doute, sans doute, je n’y manque jamais, moi.


Le GARÇON.

Tenez, Messieurs, voilà ce qu’on appelle une bonne bouteille de biere.


LA CORNE.

C’est bon.


Le GARÇON.

Il ne faut pas autre chose à ces Messieurs ?


RASIGNAC.

Non, non.


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Scène III.

RASIGNAC, LA CORNE.


LA CORNE.

Nous allons boire à la santé de Madame Rasignac.


RASIGNAC.

Et à celle de Madame de la Corne.


LA CORNE.

Ah, Madame de la Corne, elle ne ressemble pas à Madame Rasignac.


RASIGNAC.

Vous lui faites bien de l’honneur, mais il ne faut pas parler de corde, dans la maison, d’un pendu.


LA CORNE.

Comment, Monsieur Rasignac, qu’est-ce que vous voulez dire.


RASIGNAC.

Hé, mon Dieu, vous le savez mieux que moi ; quand on est dans le cas où nous sommes tous les deux… Cependant, je ne veux pas dire… Allons, allons, avalez cela… vous m’entendez bien, à votre santé, Monsieur de la Corne.


LA CORNE.

À la vôtre. Ils choquent & boivent.


RASIGNAC.

Tenez, quand on a un ami comme vous, Monsieur de la Corne, cela console de tout.


LA CORNE.

C’est vrai, au moins cela, il faut se faire un calus sur le front, les paroles ne puent pas.


RASIGNAC.

Non ; mais c’est que vous savez bien ma petite Javotte, qui est si gentille ?


LA CORNE.

Oui, oui.


RASIGNAC.

Hé bien, tenez, je trouve qu’elle ressemble à du Croc.


LA CORNE.

Votre Garçon de boutique ?


RASIGNAC.

Oui, entre amis, là, qu’en dites-vous ? personne ne nous entend.


LA CORNE.

Non ; je ne le trouve pas, à vous parler naturellement. Vous sentez bien que je ne veux pas vous tromper, je suis trop de vos amis pour cela.


RASIGNAC.

Tout de bon ?


LA CORNE.

D’honneur.


RASIGNAC.

Hé bien, vous me remettez l’esprit.


LA CORNE.

Et si vous voulez que je vous parle en honnête homme, comme cela se doit, je vous dirai que je trouve qu’elle ressemble plutôt…


RASIGNAC.

À sa mère ?


LA CORNE.

Non, non.


RASIGNAC.

À moi ?


LA CORNE.

Non pas ; à chose…


RASIGNAC.

Qui cela ?


LA CORNE.

Et, que vous aviez avant du Croc.


RASIGNAC.

Morin ?


LA CORNE.

Justement.


RASIGNAC.

Hé, mais écoutez donc, il étoit son parain, & les parains… tout cela… vous entendez bien, souvent…


LA CORNE.

Oui, oui ; voilà pourquoi j’ai été le parain de votre derniere petite.


RASIGNAC.

Louison ?


LA CORNE.

Oui, oui.


RASIGNAC.

Et moi donc, n’ai-je pas été le parain de votre petite Javotte ?


LA CORNE.

Sans doute, mais étoit-ce aussi à cause de…


RASIGNAC.

Oui, voilà pourquoi.


LA CORNE.

Ah, cela fait une différence ; je ne m’étonne plus si ma femme ne vouloit pas que ce fût mon oncle.


RASIGNAC.

Nous avions arrangé cela ensemble tous les deux.


LA CORNE.

Voyez ce que c’est ; je ne l’aurois jamais crû.


RASIGNAC.

Convenez que c’étoit bien imaginé ; parce que voilà qu’est bien, on dit, tout-ci tout-ça, & par ce moyen, on fait taire les mauvaises langues.


LA CORNE.

Comme vous dites, & l’on n’en est pas moins amis.


RASIGNAC, choquant.

À vous de tout mon cœur, mon compère.


LA CORNE.

Et moi, du mien. Ils boivent.


RASIGNAC.

Ah ça, une autre fois, nous parlerons de cela un peu plus au long. Il se lève.


LA CORNE.

Où allez vous donc ?


RASIGNAC.

Chez moi, emballer des vieilles perruques pour des Joueurs de Proverbes.


LA CORNE.

C’est bien fait. Je vais m’en aller avec vous, nous causerons en chemin. Ils s’en vont.


Fin du neuvieme Proverbe.


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Explication du Proverbe :

9. Les deux font la paire.