Psyché au cinéma/Adieu Psyché

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Paradis-Vincent (p. 108-110).


ADIEU PSYCHÉ



Adieu, Psyché !

Je romps avec toi : tu me deviens presque une étrangère, et, à coup sûr, une morte vivante ; tu seras comme si tu n’existais plus. Je te ferai désormais la vie dure, et rares les heures où j’écouterai tes reproches, les désirs du moment et tes retours vers le passé.

Je nais à une autre forme de vivre. Déjà, je t’avais infligé une humiliation profonde en te condamnant au cinéma. J’aurais pu te laisser dans la solitude où tu savais trop bien te parer et jouir de tes ruses et de tes désespoirs. Mais, j’ai choisi de te conduire à ces lieux infâmes où se précipite la cohue des profanes. Je t’ai détruite en te révélant !

Adieu, Psyché !

J’ai ramassé en faisceau, avec quelques instruments de ton supplice, des roses fanées, des sensations refroidies, toute une moisson de désirs crucifiés, de vœux inassouvis. Emporte-les.

Dans un moment, ô Psyché, le propriétaire du cinéma viendra annoncer que tu es morte. Bois ce breuvage amer que ma cruauté a su distiller : c’est ta ciguë ! Et sache mourir en écoutant geindre une dernière fois tes blessures.

Meurs, ô Psyché, parce que tu fus juste et que tu as chéri ta vérité. Je garderai le souvenir de tes yeux glauques où semblait s’être arrêtée une mer.

Je ricanerai éternellement de la fièvre qui montait de tes veines, et de ces biens qui, en toi, se changeaient en angoisses.

Mais avant qu’il ne subsiste de ta vertu qu’un souvenir indécis, je te presse en ma poitrine dilatée, chère pauvresse éblouie, si morte d’avoir vécue, et pourtant encore frémissante d’être rivée à la loi commune du sacrifice et de la mort.

Adieu, ma tragique Psyché !