Psychologie politique et défense sociale/Livre IV/Chapitre III

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CHAPITRE III

L’évolution anarchique du syndicalisme


Le don de prophétie constituait, jadis, un exceptionnel présent des dieux. La Bible ne cite qu’un petit nombre de prophètes et témoigne à leur égard d’une respectueuse vénération.

Grâce sans doute aux incontestables progrès de la religiosité contemporaine, la faculté de deviner l’avenir est devenue générale. On rencontre peu d’hommes qui n’utilisent plusieurs fois par jour cette aptitude, autrefois si rare. Je ne fais pas allusion seulement aux socialistes, perpétuels prophètes, dont tous les verbes se conjuguent invariablement au futur, ainsi qu’on le leur a déjà fait observer. Je parle simplement d’individus quelconques, habitués comme la plupart de leurs contemporains à disserter longuement sur les sujets qu’ils ignorent. Vous causerez difficilement dix minutes avec eux sans entendre une prédiction. Si elle ne concerne pas l’avenir de la France ou des autres États, elle touche au sort de leurs voisins.

On ne saurait donc tirer vanité d’une faculté que tous possèdent, ou au moins exercent, d’une si continue façon. Ne pas la pratiquer serait vouloir se distinguer.

Donc, me conformant à l’usage universel, il m’arrive parfois de tenter des prédictions. Elles sont le plus souvent à longue échéance, pour m’éviter d’assister à leur irréalisation.

J’en ai cependant risqué quelques-unes à brève échéance. Parmi ces prédictions appuyées uniquement d’ailleurs sur des notions psychologiques très simples, je citerai celle publiée dans un grand journal parisien, le lendemain même de l’exécution de Ferrer et où je prédisais que cet événement si bruyamment commenté à Paris ne produirait aucune espèce d’émotion en Espagne. Vérifiée aussi fut la prédiction où j’annonçais que la C.G.T. finirait par subir l’absorbtion des éléments anarchiques qu’elle s’était si maladroitement annexés.

Sur ce dernier point voici comment s’est exprimé, juste une année après mon pronostic, le secrétaire démissionnaire de la C.G.T., monsieur Niel :

Tous nos efforts pour arrêter l’envahissement du syndicalisme par la politique ont tout bonnement abouti à ceci : c’est qu’on a fermé la porte de devant au virus socialiste pour ouvrir celle de derrière au poison anarchiste… Peu à peu, goutte à goutte, les politiciens anarchistes incorporent tout l’anarchisme au syndicalisme, à tel point qu’ils n’ont plus besoin d’employer l’expression compromettante, anarchisme, pour faire triompher leur politique anarchiste, celle plus sympathique de syndicalisme leur suffisant de plus en plus… Le syndicalisme, c’est l’anarchisme sans le mot.

Arrêtons-nous sur cette dernière définition qui synthétise fort justement le syndicalisme latin actuel : "de l’anarchisme sans le mot."

Les fondateurs du syndicalisme pacifique ont mis quelque temps à le découvrir. Les ouvriers le découvriront peut-être également et finiront par comprendre que l’anarchisme ne constitue pas une doctrine politique, mais un état mental, spécial à des variétés bien définies de dégénérés, catalogués depuis longtemps par les pathologistes. Ils s’apercevront alors que le sabotage des machines, l’incendie des usines, l’assassinat des soldats est une œuvre de demi-aliénés, ne pouvant améliorer le sort de personne.

Hallucinés par leurs impulsions morbides, les anarchistes se soucient peu d’ailleurs d’améliorer l’existence des classes ouvrières, comme réussirait à le faire un syndicalisme intelligent, celui d’Angleterre, d’Allemagne ou d’Amérique par exemple.

Une très utile leçon fut récemment donnée, sur ce sujet, aux syndicalistes français par monsieur Samuel Gompers, président de la C.G.T. américaine (American Federation of Labour). Cette association compte deux millions d’ouvriers, alors que la nôtre en comprend seulement 300.000. Leur richesse est considérable et ils possèdent plus de 300 journaux.

Le mépris professé par les syndicalistes américains pour les agitations stériles des syndicalistes français est visible. Ils considèrent les conceptions de ces derniers comme fort puériles.

Autrefois, est-il dit dans le discours de monsieur Gompers, alors que nous étions dans l’enfance, nous avions nous aussi nos communistes, nos anarchistes, nos chevaliers du travail, nous étions impuissants.
… Le syndicalisme ne doit pas être destructif, il doit être constructif… Ruiner l’industrie nationale par le sabotage et les grèves est un mouvement incohérent comme les Jacqueries du Moyen Age. Le prolétariat français n’a rien appris, il est resté impulsif.

L’assertion qui a le plus frappé les syndicalistes français et les a remplis d’horreur, est celle du président de la grande Confédération américaine leur disant "n’être nullement certain que la suppression du patronat serait un progrès. Ce pourrait même être un retour à l’esclavage."

Nos syndicalistes auraient entendu des affirmations analogues en Angleterre et en Allemagne, mais leur mentalité étroite ne leur permet pas la compréhension de pareilles vérités. Seul le travailleur, capable d’observer, comprend que le produit de l’atelier, et par conséquent le salaire, dépend avant tout de la valeur du patron.

Cette dernière conception n’est jamais admise par les syndicalistes latins. Quand on leur demande de préciser leur rêve, ils répondent invariablement : "l’atelier sans maître."

Ce sont là évidemment utopie d’intellectuels qui n’ont pas dû fréquenter beaucoup d’ateliers ou ne les ont jamais regardés bien attentivement. Un superficiel examen leur eût vite prouvé que l’usine vaut surtout par son chef. Tel maître, telle usine.

La grande difficulté actuelle, avec les complications énormes de la technique moderne, n’est pas de recruter les soldats de l’industrie, mais leurs chefs.

Une usine prospérant sous un directeur habile dépérit promptement entre des mains inexpérimentées. L’atelier libre, c’est-à-dire sans chef, serait le vaisseau sans capitaine. Anarchie aujourd’hui, ruine demain.

Ces vérités sont au surplus dénuées d’intérêt pour les anarchistes devenus les maîtres du syndicalisme, puisqu’ils ne poursuivent d’autre but que de détruire la société, pour la remplacer par un vague communisme. Ils sont en réalité autant ennemis du syndicalisme que du collectivisme, ou de toute autre forme d’organisation sociale.

Bien que redevables à la faiblesse de l’État moderne des lois qui leur permettent de vivre, ils se dressent maintenant contre lui et nous avons la naïveté de les supporter.

J’ai exposé dans un précédent chapitre quelques-uns des méfaits des lois que les législateurs s’obstinent à entasser, sans en prévoir les incidences. Parmi elles, on peut mentionner encore la loi créée en 1884 par un ministre, orateur excellent mais psychologue détestable, sur les syndicats professionnels.

Les avertissements ne lui manquèrent pas. En réponse à un sénateur, craignant "qu’il ne vienne un jour où le Parlement sera dominé par une Fédération d’ouvriers obéissant à un mot d’ordre donné par un grand syndicat", il se borna à railler "ce pouvoir indicible, supérieur à celui qui a pu être exercé par toutes les dictatures, qui serait attribué à je ne sais quel conseil général des syndicats."

On lui avait pourtant signalé le danger en termes d’une psychologie très sûre : "La domination, déclarait un judicieux sénateur, sera inévitablement absolue, car il n’y a pas de milieu, ou elle n’existera pas ou elle sera absolue. Ou il n’y aura pas de Fédération de syndicats professionnels ou l’union aura une autorité sans limites, car on sait comment parmi les ouvriers l’autorité sait s’imposer et se faire obéir."

On indiqua également comme conséquences du projet, le développement de l’antimilitarisme, et de l’antipatriotisme. Rien n’y fit. L’aveuglement demeura général et la loi dont se déroulent, grandissants chaque jour, les désastreux effets fut votée.

Grâce à elle, la C.G.T. peut se maintenir impunément en guerre contre la patrie, l’armée, la société, le capital, ne cessant sa propagande antimilitariste, provoquant les pillages d’usines et les incendies.

Tous ces fanatiques vivent dans le royaume de l’illusion pure. À l’ouverture de l’École socialiste, monsieur Jean Jaurès lui-même a montré, par l’examen d’un livre récent de deux syndicalistes révolutionnaires, que ces bruyants révoltés n’arrivaient qu’à proposer le rétablissement exact de ce qu’ils auraient détruit par une révolution violente.

Un des traits qui me frappent le plus dans la révolution qu’on nous raconte, écrit monsieur Jaurès, c’est son invraisemblable facilité ! Le Gouvernement disparaît comme un fantôme, le parlementarisme s’évanouit comme une fumée, l’armée passe au peuple. Tout cède…

Mais voilà qu’aussitôt, dans la réorganisation sociale à laquelle les syndicats président, apparaît une série de transactions et d’arrangements si opportunistes, que le plus modéré des parlementaires d’aujourd’hui y pourrait prendre des leçons !

Le paysan garde son champ, le petit boutiquier sa boutique. La Révolution s’empare des banques, mais c’est pour remettre aux déposants des carnets de chèques nouveaux…

L’État détruit renaît. Le Parlement reparaît dans le Congrès Confédéral, où l’on ne résoud pas seulement des questions corporatives, mais la question agraire entière, la question de la monnaie et bien d’autres aussi.

Tous les éléments de la société s’y trouvent, c’est la loi de la démocratie qui les régit. Nous avons bien sauté la barricade, mais toutes les difficultés actuelles se retrouvent de l’autre côté…

Ceux qui souvent nous ont traités, non sans dédain, d’opportunistes, tombent à notre triste niveau dès qu’ils essaient de prendre contact avec la réalité.

l’Humanité du 30 novembre 1909)


En attendant son rôle futur, la C.G.T. exerce dans le présent une action destructrice indubitable. Elle tend à ruiner beaucoup d’industries, sans se douter d’ailleurs que ce sera la misère des ouvriers vivant de ces industries. Son influence contribua fortement par les grèves maritimes et l’élévation des salaires, à la décadence de notre marine marchande. On peut juger de son état actuel par le tableau suivant, indiquant la chute des dividendes de nos grandes compagnies de navigation en moins de 10 ans.

Dividendes payés en 1900 1908
Chargeurs Réunis 50 frs. néant
Compagnie Havraise 50 20
Messageries Maritimes 25,50 néant
Compagnie Générale Transatlantique 16 12


Dans un discours prononcé au Sénat et dont voici quelques extraits empruntés à l’Officiel du 11 mars 1910, monsieur Méline montra parfaitement les résultats créés par l’anarchie législative et l’état mental actuel de la population ouvrière :

"Je vis dans le monde industriel. Eh bien ! laissez-moi vous dire que je constate que l’esprit d’entreprise et d’initiative est découragé. Les menaces dirigées contre le capital, les grèves à jet continu, les attentats trop souvent impunis à la liberté du travail, les menaces fiscales dirigées contre tous ceux qui possèdent et qui épargnent, sont peut-être pour beaucoup dans ce découragement.

"Les révolutionnaires qui nous poussent dans cette voie sont bien imprudents. Ils sont en train de tuer la poule aux œufs d’or. Ils espèrent qu’avant peu il n’y aura plus de riches. S’il n’y a plus de riches, tout le monde sera pauvre, les pauvres seront plus pauvres et ce sera la misère générale."

Quant à l’objection tirée des bilans commerciaux très avantageux en apparence, attestés par nos statistiques, l’orateur n’eut pas de peine à montrer de quelles illusions optimistes les hommes d’État qui les invoquent étaient victimes. Alors que depuis vingt ans le commerce de la plupart des pays : Allemagne, États-Unis, Belgique, etc., a doublé, le nôtre, au point de vue de la progression, est lentement tombé au dixième rang.

Et pendant que nous nous ralentissons ainsi, tous les peuples devenant de plus en plus industriels trouvent de moins en moins de débouchés. Ces derniers se ferment successivement. "Un jour peut venir où les difficultés de cet encombrement général ne seront plus d’ordre économique et pourront tourner en conflits de peuple à peuple."

Une des causes contribuant aussi, en dehors de l’ordre qui y règne, à la puissance de certains pays étrangers, c’est qu’au lieu de la sinistre armée des déclassés fabriqués par notre Université, ils possèdent "une jeunesse ardente et nombreuse qui se répand d’un bout du monde à l’autre et qui travaille à la prospérité des affaires de son pays d’origine."

Monsieur Méline espère que nous aurons cette jeunesse le jour où nous serons guéris de la plaie du fonctionnarisme. plus grave est la plaie de notre Université. Le fonctionnarisme n’en constitue que la conséquence nécessaire.


Dès qu’un parti politique se fonde et quelles que soient ses doctrines, eût-il pour but de saccager des machines ou de "planter le drapeau national dans le fumier", on est toujours sûr de voir accourir à son aide une nuée de demi-intellectuels sans emploi. Notre éducation classique en fabrique des légions, incapables de remplir d’autre fonctions. Ne nous étonnons donc pas que les pires formes du syndicalisme anarchique puissent recruter de nombreux avocats.

Le sabotage des usines ou la destruction des fils télégraphiques, constituant des opérations qu’on évite de recommander trop ouvertement, par crainte des lois, les professeurs d’anarchie finirent par essayer de découvrir une philosophie, d’où pourraient se déduire, grâce à d’habiles subterfuges de langage, les pratiques du syndicalisme anarchiste.

La tentative étant malaisée réussit médiocrement. On vit avec étonnement les doctrines enseignées au Collège de France par le plus doux et le plus sagace des philosophes, monsieur Bergson, devenir l’Évangile du syndicalisme révolutionnaire. "C’est de monsieur Bergson que se réclame l’école nouvelle", nous dit monsieur le professeur Bouglé. Il est vrai que les modernistes, les néo-catholiques et d’autres sectes s’en prévalent également. "Ce que demandent les uns et les autres à leur maître involontaire, ce sont des leçons d’anti-intellectualisme."

On doit remplacer le raisonnement "par des intuitions illuminantes, qui seules nous permettent de comprendre la vie par une sorte de sympathie inexprimable… Il faut s’en fier en tout et pour tout, aux inspirations de l’élan ouvrier, frère de l’élan vital."

Vous ne comprenez peut-être pas très bien ? Moi non plus, et les syndicalistes encore moins. Cela n’a du reste aucune importance. La grande force d’une doctrine est souvent d’être incompréhensible. Les foules ne se passionnent guère que pour ce qu’elles ne comprennent pas. À l’époque du Jansénisme, l’Europe faillit être bouleversée par une doctrine de la Grâce, dont aucun théologien n’est jamais parvenu à nettement exposer les principes ni à voir l’immoralité.

En fait les théoriciens du syndicalisme ont simplement pressenti l’utilité pour une doctrine politique de posséder une philosophie. Celles d’Hegel, Comte et quelques autres avaient déjà servi à des partis très divers et d’ailleurs étaient bien vieilles. Il fallait donc en choisir une autre et naturellement on prit la plus neuve. Lorsque les anarchistes incendieront une usine, ils pourront assurer désormais le faire au nom d’une philosophie et avoir pour guides "les intuitions illuminantes de l’instinct."

Et ceci nous montre en passant combien est dangereuse la tendance de la philosophie pragmatiste à dédaigner la raison pour lui substituer l’instinct. On oublie trop facilement qu’il fallut à l’homme des entassements d’âges, pour sortir de l’instinctif et entrer dans le rationnel. Ce n’est qu’en se dégageant progressivement de ses impulsions instinctives, que l’humanité put s’élever sur l’échelle de la civilisation.

Une civilisation, c’est la domination de l’instinctif par le rationnel. Une révolution et l’état de barbarie qui l’accompagne, c’est la revanche de l’instinctif contre le rationnel.

Si donc, comme l’affirme monsieur Bouglé, la philosophie anti-intellectualiste doit conduire "les constructions intellectuelles à retourner spontanément en poussière", on peut assurer que le même jour l’humanité retombera au plus inférieur degré de la basse barbarie. La philosophie de l’instinct a toujours été pratiquée en réalité par les sauvages et les apaches de tous les temps. Il faut la leur laisser.

Les doctrines du syndicalisme révolutionnaire et la faiblesse gouvernementale nous préparent de furieux bouleversements. Peut-être finalement en résultera-t-il quelque utilité. L’âme des peuples est parfois si stable que la modification, même légère, du moindre élément de leur vie sociale, réclame un temps fort long ou une révolution très violente. Les révolutions coûtent cher et produisent peu, mais enfin il en reste parfois quelque chose.

La Terreur, vingt ans de guerres européennes et la mort violente de trois millions d’hommes furent nécessaires pour donner simplement aux Français la similitude des droits et l’égalité devant la loi. Ils eussent fini par les obtenir sans révolution, car la locomotive est une niveleuse plus puissante que la guillotine. Mais il aurait fallu attendre un peu, et les dieux n’ont pas accordé aux Latins la faculté d’attendre.


L’examen du rôle, assurément très important, joué par le syndicalisme dans l’Évolution économique du monde nous entraînerait au delà des limites possibles d’un chapitre. Voulant nous restreindre au point le plus intéressant, nous remarquerons simplement que le syndicalisme pourra peut-être, s’il réussit à se débarrasser des anarchistes, s’opposer utilement au développement du collectivisme, forme suprême de l’Étatisme, dans lequel nous nous enlisons chaque jour davantage et dont le terme ultime serait la misère dans l’égalité et la servitude.

Il ne faut pas oublier, en effet, et cesser de répéter, que le syndicalisme est l’ennemi irréductible du collectivisme. Associer les deux mots, c’est comme si on parlait de chrétiens musulmans ou de cléricaux libres penseurs.

Aux personnes ignorantes de cette divergence absolue de doctrines, que persistent à méconnaître les socialistes, je recommande la lecture d’un opuscule intéressant, dû à la plume d’un syndicaliste fervent, monsieur Edouard Berth. Il y démontre fort bien l’irréductible différence séparant le collectivisme, expression finale de l’Étatisme, du syndicalisme qui repousse de toutes ses forces l’intervention de l’État. L’auteur considère, non sans raison, que le développement du socialisme est une conséquence de la décadence bourgeoise. Il combat également l’anarchisme qui, explique-t-il judicieusement, "représente la résistance au progrès ou la dissolution du progrès". Quant au capitalisme si persécuté par les socialistes, les syndicalistes en comprennent parfaitement au contraire la puissance.

Le syndicalisme, dit monsieur Berth, considère le capitalisme comme un merveilleux magicien qui a su, grâce à l’audace combinée de l’initiative individuelle et de la coopération, faire sortir du travail social où elles dormaient l’infinité des forces productives humaines.

De plus en plus effacés devant leurs rivaux, les socialistes savent cependant aujourd’hui que le syndicalisme "travaille à déposséder le parti socialiste de ses électeurs ouvriers."

Ces rivalités nous présagent bien des combats. Ne les redoutons pas trop, puisqu’ils sont inévitables et que la nature n’a pas encore trouvé d’autre moyen de réaliser ses progrès. La lutte, elle est partout. Luttes entre les espèces animales, luttes entre les peuples, luttes entre les individus, luttes entre les sexes, luttes enfin entre les cellules mêmes de notre organisme. Et ces dernières, quoique cachées, sont justement les plus impitoyables. Il faut donc se résigner à toutes ces batailles que ne sauraient prévenir nos discours. Le monde marche avec nous ou contre nous suivant la manière dont nous savons nous orienter. Les nécessités naturelles nous conduisent, et vainement chercherions-nous à les fuir. On peut les maudire. Il faut les subir.