Quand vient l’hiver

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Au delàFischbacher éd. (p. 200-202).

QUAND VIENT L’HIVER.


 
Sur sa tige la fleur se penche,
L’herbe jaunit dans le sillon,
La feuille tombe de la branche,
Le soleil baisse à l’horizon ;

Les bois ont perdu leur mystère,
Les flots du lac leur bleu miroir,
Et le sourire de la terre
A disparu dans le ciel noir.


Laissant à quelque rameau frêle
Son pauvre nid vide et glacé,
L’oiseau s’enfuit à tire d’aile
Dans un vol hâtif et pressé.

Il sait qu’une terre fleurie,
Où luit toujours un rayon d’or,
Nouvelle et seconde patrie,
L’attend loin des brouillards du nord.

C’est pourquoi, dans un cri de joie,
Lorsqu’il voit pâlir le soleil,
Son aile au vent froid se déploie
Et l’emporte au pays vermeil.

Notre âme est cet oiseau volage
Que pourchasse l’hiver cruel ;
Mais notre hiver, à nous, c’est l’âge,
Et notre patrie est le ciel.

Et quand les glaces de la vie
Couvriront notre front chenu,
Lorsque, sur la route suivie,
Le temps mauvais sera venu,


Comme l’oiseau, pleins d’allégresse,
Sûrs de notre immortalité,
Sachons, sans regrets, sans tristesse.
Nous enfuir dans l’éternité !


Bevaix, 28 octobre 1882.