Réflexions sur le divorce/Réflexions/Introduction

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Texte établi par Adolphe de LescureLibrairie des bibliophiles (p. 39-41).


RÉFLEXIONS
SUR
LE DIVORCE



ON vient donc de la publier cette loi dangereuse qui autorise et favorise le divorce ; ce n’étoit pas assez des divisions attachées à l’esprit de parti, il falloit encore disjoindre les époux, isoler les enfans, et combattre toutes les affections naturelles ; c’est cependant leur réunion qui forme la patrie et qui la protège ; ce sont les rameaux d’un arbre sacré, qu’on ne peut en séparer successivement sans laisser sa tige chauve et déshonorée.

Qu’il me soit permis de plaider la cause de l’indissolubilité du mariage. Je sais quelle défaveur est attachée à cette opinion ; je sais que le langage du sentiment s’affoiblit et plie en présence des passions ; mais malgré ces obstacles je m’abandonne à l’impulsion d’une âme tendre, inaccessible jusqu’à présent à nos secousses morales, et qui voudroit faire désirer et goûter le genre de bonheur dont elle jouit, pour en jouir davantage encore.

Toute loi nouvelle suppose quelques nouvelles observations propres à perfectionner l’ordre public ou particulier : il est donc à présumer qu’en permettant le divorce on a cru améliorer l’institution du mariage par tous les genres d’influence qu’elle peut avoir sur le bonheur des époux, pris individuellement, dans leur jeunesse et dans leur vieillesse sur celui de leurs enfans, et enfin sur le maintien des mœurs. Ces divers points de vue formeront la division naturelle des objections que j’entreprends de présenter contre le divorce ; je livre ce projet, sans rougir, à toute la dérision de nos philosophes : car l’on sait qu’ils voudroient nous faire abandonner cinq mille ans de douces habitudes, pour introduire dans l’espèce humaine, dans sa nature intime, morale et sensible, des nouveautés bizarres ou funestes ; et ils rappellent ce médecin impromptu de Molière qui disoit, en dénigrement des anatomistes : « Nous autres modernes, nous avons changé tout l’ordre du corps humain, qui n’étoit bon que pour nos ancêtres ; nous ne plaçons plus le cœur du même côté qu’eux. »