Répertoire national/Vol 1/L’Érable

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Collectif
Texte établi par J. Huston, Imprimerie de Lovell et Gibson (Volume 1p. 339-340).

1836.

L’ÉRABLE.


Parti du nord, l’hiver, en frissonnant,
Déroule aux champs son froid manteau de neige
L’arbuste meurt, et le hêtre se fend.
Seul au désert comme un roi sur son siège,
Un arbre encor ose lever son front,
Par les frimats couronné d’un glaçon ;
Cristal immense, où brillent scintillantes,
D’or et de feux mille aigrettes flottantes,

Flambeau de glace, étincellant la nuit,
Pour diriger le chasseur qui le suit
Du Canada c’est l’érable chérie,
L’arbre sacré, l’arbre de la patrie.

Mais quand zéphyr amollit les sillons,
Que le printemps reparaît dans la plaine,
Le charme cesse ; ils tombent ces glaçons.
Comme des bals la parure mondaine
Dont la beauté s’orne tous les hivers.
L’arbre grisâtre échauffé par les airs,
Verse des pleurs de sa souche entr’ouverte,
Comme un rocher suinte une écume verte ;
Mais douces pleurs, nectar délicieux,
C’est un breuvage, un mets digne des Dieux
Du Canada c’est l’érable chérie,
L’arbre sacré, l’arbre de la patrie.

L’été s’avance avec ses verts tapis ;
Et libre enfin du bourgeon qui la couvre,
En festons verts sur chaque rameau gris,
Comme un trident une feuille s’entr’ouvre
L’arbre s’ombrage, épaissit ses rameaux,
Fait pour l’amour des voûtes, des berceaux.
Sur le chasseur, l’émigré qui voyage,
Le paysan, il étend son feuillage,
Dôme serré qui brave tour-à-tour,
Les vents d’orage, et les rayons du jour :
Du Canada c’est l’érable chérie,
L’arbre sacré, l’arbre de la patrie,

L’automne enfin sur l’aile d'Aquilon,
Comme un nuage emporte la feuillée,
Et verse à flots sur l’humide vallon,
Brume, torrent, froid, brouillard et gelée.
L’érable aussi dépouille son orgueil,
Et des forêts sait partager le deuil ;
Mais en mourant, sa feuille, belle encore.
Des feux d’iris, et du fard de l’aurore,
Tombe et frémit, en quittant son rameau,
Comme le vent siffle aux mâts d’un vaisseau :
Du Canada c’est l’érable chérie,
L’arbre sacré, l’arbre de la patrie.

R.