Rayons perdus (1869)/En passant en chemin de fer

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Alphonse Lemerre (p. 30-32).
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EN PASSANT EN CHEMIN DE FER.

PANTOUM.

 
Discrets, furtifs & solitaires,
Où menez-vous, petits chemins ?
Vous qu’on voit, pleins de frais mystères,
Vous cachant aux regards humains.

Où menez-vous, petits chemins
Tapissés de fleurs & de mousse ?
Vous cachant aux regards humains,
Que votre ombre doit être douce !

Tapissés de fleurs & de mousse,
Abrités du froid & du vent,

Que votre ombre doit être douce
À celui qui s’en va rêvant !

Abrités du froid & du vent,
Le voyageur vous voit & passe.
À celui qui s’en va rêvant,
Peut-être ouvririez-vous l’espace ?

Le voyageur vous voit & passe,
Il se retourne en soupirant :
Peut-être ouvririez-vous l’espace
À son cœur malade & souffrant ?

Il se retourne en soupirant,
Emporté plus loin dans la vie.
À son cœur malade & souffrant
Votre silence fait envie.

Emporté plus loin dans la vie,
Le voyageur reviendra-t-il ?
Votre silence fait envie,
Ô chers petits chemins d’avril !

Le voyageur reviendra-t-il

Fouler l’herbe que l’agneau broute,
Ô chers petits chemins d’avril !
Qui l’attend au bout de sa route ?

Fouler l’herbe que l’agneau broute,
Au moins, ç’aurait été la paix.
Qui l’attend au bout de sa route ?
Pourquoi fuit-il l’ombrage épais ?

Au moins, ç’aurait été la paix,
La fraîcheur sauvage & champêtre.
Pourquoi fuit-il l’ombrage épais ?
Le bonheur était là, peut-être.

La fraîcheur sauvage & champêtre,
Loin de tous les regards humains,
Le bonheur était là, peut-être,
Dans un de ces petits chemins.

Loin de tous les regards humains,
Mes rêves cachent leurs mystères,
Dans un de ces petits chemins
Discrets, furtifs & solitaires !