Rayons perdus (1869)/La Lande aux rochers

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Alphonse Lemerre (p. 37-38).
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LA LANDE AUX ROCHERS.


Qu’il faisait calme & beau, ce soir-là ! L’Angelus
Tintait naïvement de village en village,
Les flots du lac roulaient déferlant sur la plage,
La rainette chantait au revers du talus.

Une charrette au loin, de deux bœufs attelée,
Passait. Nonchalamment assis sur le brancard,
Gaule au poing, pieds pendants, le bouvier nasillard
Éveillait en sifflant l’écho de la vallée,

Tandis que d’un beau ciel, or & pourpre au couchant,
Vert & bleu sombre à l’est, tombait sur les collines
Un vague crépuscule aux teintes opalines,
Qui confondait le bois, le marais & le champ.


C’était la paix partout, la paix sereine & grave ;
Et ceux qui descendaient de la lande aux rochers,
Ce soir-là, relevaient aussi leurs fronts penchés
Et se sentaient le cœur plus joyeux & plus brave.


Juin 18…