Rayons perdus (1869)/Lendemain

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Alphonse Lemerre (p. 104-105).

LENDEMAIN.


Hé bien ! j’ai triomphé, l’on m’a fort applaudie,
J’ai su rire, chanter, jouer la comédie,
Être jeune une fois & répondre à chacun,
Sur son salut banal, un autre lieu commun.
L’éclair à la prunelle & le rose à la joue,
Hé bien ! c’est vrai, j’ai fait tout cela, je l’avoue.
Et cependant, malgré tant de sérénité,
De mouvement, de bruit, de plaisir, de gaîté,
Malgré tous les amis dont j’étais entourée,
Comme le flux montant de la grosse marée,
J’écoutais, je sentais, à ce même moment,
Aux portes de mon cœur gronder incessamment
Les flots graves & sourds de mes larmes anciennes.
Un seul s’en est douté, quand, mes mains dans les siennes,

Il a jeté sur moi son beau regard profond,
Et, d’un coup d’œil rapide, a plongé jusqu’au fond.
Pour tous les autres, non ! de l’angoisse soufferte
Ils n’ont rien deviné. Moi, toujours vive, alerte,
J’allais & je venais de plus en plus gaîment.
Puis, lorsqu’ils sont partis, tous m’ont fait compliment
Sur l’exquis naturel & la verve étourdie
Avec lesquels j’avais joué la comédie.


Janvier 18…