Rayons perdus (1869)/Villanelle

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Alphonse Lemerre (p. 157-159).
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III.
VILLANELLE.


Et tant que nous vivrons, nous serons tous les deux.

Alfred de Musset.



Ô les charmants nuages roses,
Les jolis prés verts tout mouillés !
Après les vilains mois moroses,
Les petits oiseaux réveillés
S’envolent aux champs dépouillés.

Tout là-haut ce n’est que bruits d’ailes,
Rendez-vous, murmures, chansons ;
Aux toits courent les hirondelles,
Tandis que moineaux & pinsons
S’éparpillent dans les buissons.


Quittant aussi le coin de l’âtre
Resté désert & rembruni,
Comme tout ce peuple folâtre,
Les hôtes du foyer béni
S’en vont saluer l’infini.

Lui devant, elle après, ils viennent
Le long des sentiers dégelés.
Ils passent & tous se souviennent :
La terre où verdissent les blés
Crie aux villages : « Voyez-les ! »

Les aubépines sont plus blanches,
Les petits muguets plus nacrés,
Les violettes, les pervenches
Ont des airs plus délibérés
Quand par eux ils sont effleurés.

L’enfant sourit à leur présence,
Le paysan leur dit bonjour ;
Car on sait qu’en leur bienfaisance,
Dans tout le pays d’alentour,
Chaque malheureux a son tour.


Elle porte, malgré le cercle
Rouge dont son bras est meurtri,
Un très-grand panier à couvercle
Qu’à l’envi, le cœur attendri,
Ils vident, elle & son mari,

Quand près des grabats misérables,
Son œil, sur le sien arrêté,
Peut lire en traits inaltérables :
« — Pour toi l’amour, ô ma beauté !
« Pour les autres la charité. »