Recueil de tombeaux des quatre cimetières de Paris/Épitre au peuple

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FRAGMENT.


Extrait de l’Épître au peuple, par Thomas.
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Peuple, les passions ne brûlent pas ton cœur,
Le travail entretient la robuste vigueur.
Hélas ! sans la santé que m’importe un royaume.
On veille dans les cours, et tu dors sous le chaume ;
Tu conserves des sens : chez-toi le doux plaisir
S’aiguise par la peine, et vit par le désir ;
Le souris d’une épouse, un fils qui te caresse,
Des fêtes d’un hameau la rustique allégresse,
Les rayons d’un beau jour, la fraîcheur d’un matin,
Te font bénir le ciel et charment ton destin.
Tes plaisirs sont puisés dans une source pure
Ce n’est plus que pour toi qu’existe la nature.
Qui vécut sans remords, doit mourir sans tourment,
Tu ne regrettes rien dans cet affreux moment,
Plus on fut élevé, plus la mort est terrible,
Et du trône au cercueil le passage est horrible ;
Sur l’univers entier la mort étend ses droits :
Tout périt, les héros, les ministres, les rois.
Rien ne surnagera sur l’abyme des âges.
Ce globe est une mer, couverte de naufrages,
Qu’importe, lorsqu’on dort dans la nuit du tombeau,
D’avoir porté le spectre, ou traîné le râteau ?
L’on n’y distingue point l’orgueil du diadème ;
De l’esclave et du roi la poussière est la même.
Peuple, d’un œil serein envisage ton sort.
N’accuse point la vie, et méprise la mort.
La vie est un éclair ; la mort est un asile ;
Ton sort est d’être heureux ; ta gloire est d’être utile ;
Le vice seul est bas ; la vertu fait le rang ;
Et l’homme le plus juste est aussi le plus grand.