Recueil de tombeaux des quatre cimetières de Paris/Vaugirard

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DESCRIPTION
DES
CIMETIÈRES DE VAUGIRARD
ET DE SAINTE-CATHERINE.




La première fois qu’on entre dans le cimetière de Vaugirard, on ne peut s’empêcher d’être frappé du contraste qu’il offre avec l’arrondissement auquel il appartient. Un ancien marais où rien n’appelle les regards de l’observateur ; un carré long, plat, entouré d’une muraille construite de moellons apparens, ombragé de quelques marronniers et le faubourg Saint-Germain, habité par tant de familles opulentes et illustres, décoré d’un si grand nombre d’hôtels et de palais… Quelle opposition !

Ce cimetière, qui a la forme d’un carré, est situé entre les faubourgs de Sèvres et de Vaugirard, et dans le voisinage des deux barrières de ces noms, c’est-à-dire, au milieu des guinguettes où une partie du peuple de Paris va se délasser tous les dimanches des fatigues du travail. Le terrain est coupé en deux parties par un mur, et le tout contient à peu près quatre arpens. On y entre par deux portes opposées. La partie la plus étendue du cimetière commence près de la porte de la rue du faubourg de Vaugirard, et paraît destinée aux monumens funéraires qui déjà en couvrent plus de la moitié ; la partie la plus courte est réservée aux fosses communes. Le long des quatre murs on voit un grand nombre de monumens qui y sont adossés ou enclavés.

Si quelque chose devait ôter à l’aspect de ce cimetière une partie de sa tristesse, c’étaient les tombeaux et les arbrisseaux qui les entourent. Cependant, rien n’est plus vrai ; l’état d’abandon où les familles paraissent les livrer, établissent, dans l’enceinte où ils sont placés, une confusion, un désordre, un chaos que l’œil ne peut supporter. Ici c’est une balustrade dont les débris tombent sur celle qui l’avoisine ; là c’est un arbuste desséché qui entrelace hideusement ses rameaux, privés de vie et de feuillage, avec ceux d’un arbrisseau verdoyant. Un peu plus loin, on voit plusieurs tombes ou brisées, ou couvertes de mousse et débroussailles, et par tout les herbes parasites et sauvages qui déclarent la guerre aux sépulcres qui s’élèvent au-dessus d’elles. C’est en vain que le voyageur sentimental s’efforce de visiter les monumens élevés depuis quelques années ; il ne le peut faire sans marcher sur ceux d’une date plus récente, conséquemment sans violer la religion des tombeaux.

Nous dirons peu de choses du cimetière Sainte-Catherine, parce que ni sa situation irrégulière, ni les ornemens qu’il renferme ne présentent le sujet d’une intéressante description. Resserré dans un fond, et contigu à l’ancien cimetière de Clamart, il ne mérite d’être vu que pour quelques monumens un peu plus élevés et un peu mieux décorés que beaucoup d’autres enfermés dans son étroite enceinte, qui a à peu près deux arpens. Comme le terrain ne suffirait pas pour des fosses en longueur, on en a creusé une pour les sépultures communes, laquelle est un trou profond et couvert de planches dans lequel on descend les cercueils avec des cordes. On peut s’imaginer la quantité de miasmes putrides qui s’exhalent de cet antre ténébreux lorsque les fossoyeurs le découvrent pour recevoir un cercueil.