Recueil des lettres missives de Henri IV/1571/30 juin ― À monsieur mon cousin, monsieur le duc Julles de Brunsvich

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1571. — 30 juin.

Orig. – Arch. de Wolfenbüttel. Envoi de M. le chargé d’affaires de France en Hanovre.

À MONSIEUR MON COUSIN, MONSIEUR LE DUC JULLES DE BRUNSVICH.

PRINCE DU SAINCT EMPIRE.

Monsieur mon Cousin, Apres avoir soigneusement tenté toutes les secretes adresses et moyens que nous avons peu rechercher pour conduire honorablement et ainsi que la qualité d’un si grand prince le merite, le corps de feu nostre cousin, monsieur le duc Wolfgand, duc des Deux Pontz[1], pour respondre en quelque partie à l’obligation que nous luy avons tous et aurons à jamais ce pendant que la moindre trace de l’Eglise de Dieu apparoistra en ce royaume, nous avons en fin resolu, par l’advis et conseil du docteur Wolf, present porteur, l’un des principaulx conseillers de vos cousins, messieurs les ducs des Deux Pontz, qu’il n’y avoit chemyn plus seur, ayant esgard à la malice et à l’injure de ce temps, que de le faire embarquer en ce port pour le mener par mer en Allemaigne. Si, d’autant que nous sçavons bien que, pour ignorer les raisons qui nous ont meu d’ainsy le faire, on nous pourroit justement accuzer d’une ingratitude incroyable, de n’avoir faict accompaigner ledict corps ainsi que nous devions, nous avons bien voullu vous en escrire la presente, d’autant que nous avons congneu qu’il passera dedans vostre pays et estat, où nous sommes tres asseurez que pour sa dignité, l’amitié et intelligence que vous aviez, lorsqu’il vivoit, ensemble, il sera honoré ainsy qu’il le merite. Que si la suffizance de ce present porteur n’estoit de soy assez cogneuë pour de bouche vous declarer les raisons qui l’ont meu avec nous de faire conduire le dit corps le plus secrettement qu’il a esté possible, nous les eussions escrites ; mais congnoissant qu’il pourra mieulx les remarquer de vive voix, nous nous contenterons de vous prier de le croyre comme nous mesmes, tant sur ce faict que sur tous aultres qui concernent l’estat des Eglises de ce Royaulme, vous presentant en cest endroict nos tres affectionnées recommandations, priant le Createur qu’il vous doint, Monsieur mon Cousin, en parfaicte santé, bonne et longue vye. A la Rochelle, ce dernier jour de juin 1571.

Vos bien affectionnés cousins et meilleurs amys,

HENRY,

HENRY DE BOURBON.


  1. Wolfgang, de la maison palatine du Rhin, dont les différentes branches remontaient à l’empereur Étienne, était fils de Louis II, duc de Deux-Ponts et d’Élisabeth de Hesse. Il était né le 26 septembre 1526 et succéda à son père en 1532. Sa minorité, puis son règne, furent paisibles jusqu’en 1571. Mais alors « Les huguenots de France, à force de promesses et de sollicitations, l’engagèrent à venir à leur secours. Il partit à la tête de sept mille cinq cents chevaux, traversa la Bourgogne, malgré le duc d’Aumale envoyé pour l’arrêter, prit la Charité-sur-Loire le 20 mai, passa la Loire pour se joindre à l’amiral de Coligny, et s’avança jusqu’à la rivière de Vienne. Mais la mort le surprit à Escars, le 11 juin de la même année, pour s’être enivré du vin d’Avallon, dont il avait emporté deux cents bouteilles ; après avoir brûlé les faubourgs de cette ville. » (Art de vérifier les dates.) Le corps de Wolfgang avait été déposé à la Rochelle, et y resta jusqu’à la date de cette lettre.