Recueil des lettres missives de Henri IV/1577/1 février ― À messieurs les gens assemblez pour les estats à Blois

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1577. — 1er février.

Cop. — B. R. Fonds Béthune, Ms. 8838, fol. 87, et Ms. 8842, fol. 12.

Cop. — B. R. Suppl. fr. n° 1009-3.

Imprimé. — La Popelinière, Histoire de France, l. XLIII, t. II, fol.348 verso, édit. de 1581, in-fol.
Mémoires de Nevers, t. I, p. 452. – Et Décade du Roy Henry le Grand, par Legrain, livre III.


À MESSIEURS LES GENS ASSEMBLEZ POUR LES ESTATS A BLOIS[1].

Messieurs, Je vous remercye tres affectionneement de ce qu’il vous a pleu envoyer devers moy, et mesme des personnages de toute qualité et merite[2] ; lesquels j’ay veus[3] et ouys tres volontiers ; comme je recevray tousjours avec toute affection et respect tout ce qui viendra de la part d’une si honorable et digne compagnie ; ayant un extreme regret de ce que je n’ay peu m’y trouver, et vous monstrer en personne en quelle estime j’ay et tiens une telle assemblée, et comme je seconde vos volontez et sainctes intentions en ce que vous desirés tous aider à mettre fin aux maulx et miseres dont ce Royaulme a esté si long-temps affligé ; et pour le remettre en quelque meilleur estat, promouvoir et procurer envers le Roy mon seigneur toutes bonnes et sainctes ordonnances et reglemens. Mais le succes et l’evenement d’une si haulte entreprise tendant à la restauration de ce Royaume despend, à mon advis, de ce que requeriés et conseillez le Roy touchant la paix. Si vos requestes et vos conseils tendent à la conserver, il vous sera aysé d’obtenir toutes bonnes provisions à toutes vos plainctes, remonstrances et doleances, et de faire executer et entretenir de poinct en poinct, et par ce moyen de recueillir vous mesmes, et transmettre à la posterité le fruict de vos bons advis et bons conseils. Que si, par le moyen de quelques uns qui suivent et servent à leurs passions ou à leur profict particulier, et ne se soucient de perdre la France, vous vous laissés eschapper des mains la paix tant necessaire, j’ay grand’peur que vostre dessein et le mien, avec celuy de tant de gens de bien qu’il y en a en ce Royaume, et toutes nos esperances de ceste assemblée ne soient vaines, et que tout ce Royaume ne demeure pas seulement frustré du grand bien qui luy estoit offert par ceste assemblée, mais qu’il soit encore pis : si tant est qu’il puisse seulement durer et subsister. Et partant, Messieurs, je vous prie de tout mon cœur et affection de vouloir encore desliberer sur ce poinct duquel despendent tous les aultres, et mesme la consolation et le contentement que vous desirés. Et attendu que l’estat de ce pauvre Royaume est de ceulx auxquels on ne peut faillir deux fois, de ma part je recognois que non seulement mon interest particulier, comme de tous aultres citoyens, est conjoinct avec le public, mais qu’aprés la personne du Roy mon seigneur et Monsieur son frere, j’ay plus grand interest à la conservation et restauration de ce Royaume que personne de ce monde. Par ainsi vous me trouverés tousjours prest et tres affectionné à faire avec vous tout ce qui tendra entierement au bien et repos d’iceluy, et à y exposer tout ce que Dieu m’a donné de moyens et ma propre vie, comme aussy à vous complaire et servir tous en general, et m’employer pour un chascun de vous en particulier, en tout ce qui me sera possible. Et parce que j’ay respondu plus particulierement à messieurs vos deputez, par escript, que je desire et demande estre receu et bien retenu de vous tous, je feray fin à la presente, priant Dieu, Messieurs, vous vouloir bien inspirer et illuminer par son Sainct Esprit. A Agen, ce premier de fevrier 1577.

Vostre plus affectionné et serviable amy,
HENRY.


  1. L’ouverture de ces états se fit le 6 décembre 1576 ; ils furent terminés au commencement de mars 1577.
  2. C’étaient Pierre de Villars, archevêque de Vienne, André de Bourbon, seigneur de Rubempré, et le sieur Mesnager, trésorier général de France. Le baron de Biron s’était joint à eux pour chercher à concilier aux intérêts de la cour madame Catherine, sœur du roi de Navarre.
  3. Au moment où ces députés arrivèrent à Agen, le roi de Navarre se trouvait au siége de Marmande ; mais il le quitta pour revenir à Agen donner audience aux députés. « Cependant, dit Legrain, ils avoient esté bien et honorablement receuz par son chancelier et conseil. » (Decade du Roy Henry, liv. III.) « Le roy de Navarre, dit la Popelinière, receut tout en bonne part ; si qu’avoir pleuré oiant l’archevesque de Vienne reciter les calamitez de la guerre sur ce povre roiaume ; fit responce ausdits estats tant par lettres que par instruction bien amples, dont la suscription portoit, A Messieurs les gens tenans les Estats à Blois, et au dessous des lettres : Vostre plus affectionné et serviable amy, Henry. »