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Remarques de médecine sur différents sujets/Partie III

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TROISIEME PARTIE.


Des qualitez de l’Eau, & de celles du Vin. De l’usage de la Veronique & du Thé. De la nature du sang, &c.



On a vû jusqu’ici qu’avec le seul secours de la saignée on pouvoit guérir toutes les maladies ; on va voir à present qu’avec l’eau seule, on peut operer les mesmes miracles. La proposition surprendra peut-estre d’abord, mais elle est si bien prouvée dans la These sur la boisson, qu’il est difficile de ne s’y pas rendre. « On pourroit, dit l’Auteur, appeller l’eau, le specifique universel, puisque par specifique on entend une sorte de remede qui guerit plûtôt en domptant la cause du mal, qu’en produisant quelque évacuation sensible. Aucune des drogues, poursuit-il, que la vanité des Chymistes voudroit debiter pour specifique, ne pourra si bien que l’eau, rendre au sang & aux parties leur ordre & leurs dispositions naturelles, parce qu’ils n’en ont aucune qui puisse si bien rétablir les liqueurs dans leur fluidité, & les parties dans leur souplesse. La cause la plus ordinaire de la pluspart des maux opiniâtres[1], vient, dit-il, d’une salure habituelle du sang, d’un alcali brûlant qui y domine, d’une bile caustique qui roidit les fibres, qui tient le sang en colliquation, & qui rompt l’ordre & la consonnance des fonctions. Il est vrai que tout est en obstructions, en glaires, en phlegmes, & en mucilages dans les maladies chroniques ; mais ces obstructions viennent d’un âcre brûlant qui calcine tout. Ces glaires sont les suites d’un sel fondant & colliquatif qui tient tout en fonte & en fusion. Or, l’eau seule remedie à tous ces désordres. »

M. Hecquet, pour faire voir combien l’eau convient au corps, rapporte l’exemple mesme de la nature, qui se sert d’un vehicule aqueux, quand elle doit faire passer le sang par des routes difficiles & tortueuses, puis il s’écrie : « Bon Dieu ! quelle étrange difference donc que celle qu’il y a entre la Chymie naturelle, & la Chymie artificielle ! Tout ce qui sort de celle-ci, distillations, esprits, teintures, essences, élixirs, toutes ces préparations ne paroîtront presque faites que pour nuire, tant elles tiennent toutes de l’impression du feu qui les a mises au monde ; au lieu que les sucs qui partent des mains de la nature, paroissent uniquement faits pour soulager, parce que ce n’est ni la force des sels, ni l’âcreté de leurs parties, ni l’exaltation de leurs souphres, ni la force de leur goût, qui les rendent capables d’agir & de pénétrer. »

Tous les Medecins sçavent que l’eau convient dans bien des maladies, & souvent dans la santé ; ils sçavent qu’elle convient aux enfans & aux jeunes gens ; mais tous ne sçavent pas qu’elle convienne toûjours dans la vieillesse : M. Hecquet le leur apprend, voici ses preuves. La vieillesse, quoiqu’on en dise, vient moins du trop que du trop peu d’humiditez, & ne consiste pas tant dans le relâchement des parties, que dans leur secheresse ; ensorte qu’on peut dire, que la vieillesse, est une phtisie naturelle, qui nous consume & nous desseche. De cette proposition, qui est très-vraye en bonne Physiologie, l’Auteur conclud, que c’est avec peu de fondement qu’on appelle le vin, le lait des Vieillards. Et puis il dit, que le vin est pour eux, comme pour tout le monde, un ami qui trahit, & un plaisir qui trompe : Que les Vieillards, comme les autres, ne doivent se l’accorder qu’en petite quantité, & fort trempé, plûtôt pour adoucir les ennuis d’un âge pénible par lui-mesme, que pour prolonger la santé : Que sans ces précautions, comme le vin allume dans les jeunes personnes une flâme trop souvent criminelle[2], & rarement necessaire, il entretient dans les personnes âgées un feu qui les use & les détruit. Quoique cet Auteur semble se relâcher ici en faveur du vin trempé, il avertit néanmoins, qu’on seroit encore plus heureux de se passer de vin, & que si on craint la fadeur de l’eau, on a des secours plus innocens pour corriger cette fadeur. Ces secours, selon lui, sont les œillets, les violettes, les fleurs de romarin, le coquelicot, la Veronique, le Thé &c. Tous assaisonnemens, reprend-il, qui corrigent la fadeur de l’eau, & qui la rendent amie de l’estomach, sur tout si elle est chaude, parce qu’ainsi apprestée, elle sert comme de bain de vapeur aux visceres. Après ces paroles, il fait part à ses Lecteurs des réflexions suivantes : elles sont d’un grand goût ; & s’il est permis de reveler ici ce qu’on a appris, c’est le morceau précieux d’une composition qui lui fut donnée autrefois au College pour les vacances du Carnaval. Elles commencent d’abord par une exclamation vive, & pleine d’un beau feu.

« Mille fois donc plus estimables & plus innocens que les Cabarets de nos jours, ces Thermopoles des siecles passez, où l’on n’alloit pas honteusement prostituer son bien & sa vie en se gorgeant de vin, mais où l’on s’assembloit pour s’amuser honnestement & sans risque à boire de l’eau chaude. En ceci on ne peut trop admirer la sage prévoyance de ces anciens Maistres de la vie civile qui avoient établi des Cabarets où l’on pust donner librement & à tout venant l’eau à boire, mais qui avoient renfermé le vin dans les Boutiques des Apoticaires, pour n’en permettre l’usage que par ordonnance des Medecins. Du moins sçait-on qu’il y avoit des Loix qui ôtoient à qui que ce fust le droit d’en vendre sans leur permission ; & par un autre trait de sagesse, les Loix Romaines interdisoient l’usage de cette dangereuse boisson aux hommes & aux femmes, voulant pourvoir ainsi à la sagesse des uns, & à la conservation des autres. C’est comme par un heureux reste de cette ancienne frugalité digne du siecle d’or, qu’il se trouve encore aujourd’hui des personnes, qui croyent se préserver, ou se guerir de tous maux en beuvant de l’eau chaude, &c. »

Il faut donc, selon nôtre Auteur, que les Vieillards mesme ne boivent que de l’eau, la vieillesse venant plus du trop peu que du trop d’humidité ; par où on voit que, selon lui, l’eau est beaucoup plus propre que le vin pour reparer l’humide nourricier qui manque aux Vieillards, & pour empêcher la production des humiditez superfluës qui régnent chez eux. Hippocrate, Celse, Sennert, & plusieurs autres Medecins, n’ont point esté assez penetrans pour faire une si heureuse découverte. Ils croyoient que l’eau nourissant moins que le vin, estoit par consequent moins capable de réparer cette substance nourriciere, cette seve qui commence à manquer dans la vieillesse, & dont le défaut fait le dessechement du corps, c’est ce qui a porté Hippocrate[3] à conseiller quelquefois l’usage de l’eau, comme un régime dessechant, ainsi qu’on le voit dans le premier Livre des Maladies des Femmes, où parlant d’une maladie de matrice, dont le traitement demande qu’on desseche le corps de la femme, il dit que le Medecin doit ordonner un regime dessechant, & que pour cela il faut qu’il fasse prendre à la malade du pain pour son aliment, & de l’eau pour sa boisson, ne lui permettant le vin que pour y tremper quelquefois un peu son pain, seulement, comme remarque Martiani[4], pour accorder quelque chose à la coûtume, tout le monde ne pouvant pas se réduire uniquement au pain & à l’eau. De plus, ajoute Martiani, le vin estant pris de cette maniere, séjourne plus long-temps dans l’estomach ; & ne portant pas si-tost aux parties du corps, l’humeur nourriciere qu’il contient, contrarie moins le dessein qu’on a de les dessecher.

D’ailleurs, Hippocrate craignoit que l’eau ne fust quelquefois nuisible, si elle n’estoit corrigée par un peu de vin pris par-dessus. C’est pourquoi il ordonnoit souvent de boire une goûte de vin après la ptisanne, ainsi qu’on le peut voir en plusieurs endroits de ses livres, & sur tout dans le second livre des Maladies : Methode, dit Martiani, que tous les Médecins devroient suivre en certaines occasions, parce qu’on prévient par là le tort que la ptisanne peut faire quelquefois à l’estomach. Outre cela, poursuit-il, quand on prend un peu de vin après la ptisanne, ce vin sert de vehicule à la boisson, & fait qu’elle se distribuë mieux. Praxis admodùm rationabilis, & imitanda Medicis, quia si ex ptisanâ, alia læsio ratione ventriculi timetur, hæc à superpotato vino præcaveri potest, simulque ptisanæ vehiculum datur[5].

Celse n’estoit pas d’un autre sentiment[6] qu’Hippocrate sur le fait du vin. Il croyoit bonnement que se vin moderément pris estoit plus propre que l’eau pour réparer la substance nourriciere ; & sur ce fondement il prétendoit, que comme les vieillards ont moins de cette substance, ils devoient boire le vin plus pur que les jeunes gens : Vinum, dit-il, dilutiùs pueris, meraciùs senibus convenit. Sennert dit en termes exprès[7], que le vin augmente l’humide nourricier, facilè nutrit sanguinem & humidum corpori alendo necessarium auget. Cette erreur trouve encore aujourd’hui des partisans. Le sçavant[8] Frederic Hofman dit, que le vin est aux vieillards un excellent moyen de prolonger leur vie, vina ad vitam longam optima censemus, præsertim senibus. Il ajoûte[9], que l’usage modéré du vin est un puissant secours pour soûtenir la nature défaillante, pour fomenter la chaleur naturelle, pour aider les secretions, & pour empêcher les humeurs de se corrompre. Mais il n’est pas possible que M. Hofman eust osé parler de la sorte, s’il avoit lû la These sur la boisson.

Au reste, c’est se mettre assez à la raison, que de substituer au vin trempé, le Thé ou la Veronique, pour corriger la fadeur de l’eau : c’est ce que M. Francus a bien oublié de conseiller dans son Traité de la Veronique. Il y recommande seulement cette herbe, comme un simple excellent, dont on peut se servir quelquefois contre certaines maladies ; & il ne songe point d’avertir qu’on peut en user ordinairement à la place du vin trempé qu’on boit aux repas. Ceux qui ont lû la These en Latin, diront, que l’Auteur s’appuye néanmoins ici de l’autorité de M. Francus, par une citation à la marge, où il met : Francus Veronica theesans ; mais ce n’est, sans doute, que pour avertir que M. Francus a fait sur la Veronique un Traité qui porte ce titre. Au regard du Thée, peu de Medecins conseilleront d’en boire aux repas ; & si les Chinois en boivent à toute heure avec succès ; il ne s’ensuit pas, dira-t-on, qu’un usage aussi fréquent nous puisse convenir comme à eux. On peut lire là-dessus Simon Pauli, dans son Traité du Thé, où il dit, que le frequent usage du Thé n’est pas propre aux Europeans, comme aux Chinois ; & que la pluspart des Europeans, qui ont passé un certain âge, ne doivent pas sans de fortes raisons en boire beaucoup, parce que cette herbe est trop desséchante pour eux, & peut abreger leur vie ; mais nôtre Auteur est un bon garant du contraire.

On apprend encore de lui, que l’eau simple bûë en abondance, est admirable dans les maladies aiguës, & dans les maladies chroniques[10], pour calmer la bile en fureur. Les Disciples d’Hippocrate ont grand besoin de cet avis, pour ne pas se laisser aller à l’erreur de leur Maistre, qui dans le Livre de la Diette des maladies aiguës[11], prétend que l’eau simple bûë en quantité, est dangereuse dans ces maladies ; qu’elle est alors bilieuse aux bilieux ; qu’elle endommage les visceres ; qu’elle gonfle la ratte, & le foye enflammez ; qu’elle passe difficilement ; qu’au lieu de rafraichir les malades, elle ne sert quelquefois qu’à rendre leur soif plus ardente : que dans les peripneumonies elle n’adoucit point la toux ; qu’elle ne fait point cracher, &c. qu’elle coule difficilement par les urines[12] ; qu’elle s’arreste dans le corps, & qu’elle flotte autour des visceres.

Martiani, sur le premier passage, demande comment l’eau peut estre bilieuse. Il répond, que l’eau en se corrompant contracte naturellement de l’amertume ; il apporte l’exemple de l’eau qui se gâte en Esté, & qui devient amere en croupissant. Il ajoûte que si on boit de l’eau simple, quand on a la bouche amere, cette eau, bien loin de corriger l’amertume de la bouche, l’augmentera ; mais que si l’on boit du vin, l’amertume se dissipera. Ensorte, dit-il, que l’eau est aussi mal-faisante à ceux qui ont des amertumes, que le vin est malfaisant à ceux qui ont des aigreurs. Quibus ab aliquâ causâ os amarescit, ii si aquam potaverint, statim os amarius fit quàm anteà, & à vino corrigitur & remittitur. Unde sicuti oris amaritudini vinum occurrit, aqua verò contrà adversatur, ita iis quibus cibus in ventriculo acescit, nihil est quod eos magis lædat, quàm vinum potatum.

Quelques Medecins ajoûtent, que l’eau est si propre à produire de la bile, que si on y veut faire attention, on remarquera que la pluspart des beuveurs d’eau sont beaucoup plus coleres & plus emportez que les autres : qu’il n’y a gueres de gens qui entendent moins raillerie, & qui soient plus vindicatifs. Sur quoi un Auteur François a dit en s’égayant :


D’un Beuveur d’eau, comme avez debattu,
Le sang n’est pas de glace revestu,
Mais si boüillant & si chaud au contraire,
Que chaque veine en eux est une artere
Pleine de sang, de force & de vertu.

Le feu par l’eau foiblement combattu,
Croissant sa force au lieu d’estre abbatu,
Va redoublant la chaleur ordinaire
        D’un Beuveur d’eau.

Toujours de preux le renom ils ont eu,
Chauds en amour, & plus chauds en colere.
Si que ferez fort bien de vous en taire,
Qu’un de ces jours, vous ne soyez battu
        D’un Beuveur d’eau.

Quoiqu’il en soit, Prosper Martiani a donné bonnement dans le sentiment d’Hippocrate. L’Auteur de la These fait paroître plus de discernement, l’autorité ne le séduit point, & il prononce que l’eau pure, pourvu qu’elle soit bûë en quantité, est admirable dans les maladies, pour calmer la bile en fureur. On dira qu’il n’a peut-estre pas sçu qu’Hippocrate, qui estoit, sans doute, bon observateur, eust remarqué le contraire ; mais il paroist trop versé dans la lecture des Medecins Grecs, pour meriter ce soupçon. Tout ce qu’on peut faire ici pour sauver Hippocrate de la censure de nôtre Auteur, c’est de soûtenir que quand Hippocrate dit avoir remarqué, que l’eau bûë en abondance se convertit en bile, & qu’elle produit de mauvais effets, il n’entend parler apparemment que d’une eau mal choisie, d’une eau impure, d’une eau grossiere, qui par les souffres terrestres, dont elle est chargée, devient paresseuse & croupissante dans les entrailles[13].

Un autre article qu’on vient de voir, c’est que le vin allume une flâme souvent criminelle, & rarement necessaire. L’Auteur fait fort bien de travailler à desabuser sur ce point le commun du monde, qui croit au contraire que les beuveurs d’eau ont plus à se defendre que les autres, de la passion de l’amour. Ce qui a fait dire à l’Ecrivain François qu’on vient de citer :


Venus d’Amour la gracieuse mere,
Nâquit de l’eau sur les bords de Cythere.
Aussi son fils favorise sur tous
        Un Beuveur d’eau.


Plusieurs Philosophes prétendent que ce sentiment est appuyé sur des bonnes raisons physiques ; & effectivement on apperçoit dans l’eau un principe de fecondité qui doit, ce semble, la justifier dans l’esprit de ceux qui la croyent sans force & sans action. Mais, après tout, le meilleur moyen pour découvrir en ceci la vérité, c’est de s’en remettre au témoignage de quelque beuveur d’eau digne de foi, & qui ne parle pas en badinant, comme fait ici M. de Voiture. Or M. Hecquet qui ne boit que de l’eau, & qui ne songe pas ici à rire, assûre que l’eau calme la passion dont il s’agit, & que le vin l’allume, cela decide la question. On ne manquera pas d’objecter que dans son Traité de l’Indécence aux hommes d’accoucher les femmes, il paroist avoir l’imagination un peu trop susceptible, pour donner lieu de croire que l’eau ait produit chez lui beaucoup de calme ; peut-estre mesme qu’à refléchir sur la nature des sujets dont il y paroist blessé, se croira-t-on en droit de lui dire, ce que dit Dorine à un personnage assez connu.


Vous estes donc bien tendre à la tentation,
Et la chair sur vos sens fait grande impression.


Mais on auroit tort de rien conclure de tel, du langage que tient notre Auteur dans le Livre en question, puisqu’il n’y dit rien qui puisse estre mis sur son compte, & qu’il n’y fait que copier les paroles d’un autre qui a écrit avant lui sur le mesme sujet : D’ailleurs, à prendre la chose au pis, quand il seroit vrai que l’Auteur de la These seroit plus susceptible que ceux mesme qui le sont le plus, que sçait-on s’il ne le seroit pas encore davantage sans le secours de l’eau ?

On sçait que les assaisonnemens d’un goût moins relevé sont préferables pour la santé à ceux dont le goust est plus piquant. On va plus loin dans la These sur la boisson, on y fait valoir cette maxime à l’avantage de l’eau, & on conclud, que les viandes mesme, dont le suc est fade & insipide, comme de l’eau, sont les meilleures. On en apporte une raison bien sensible[14], c’est que le sang n’ayant par lui-mesme aucun goust, ne s’accomode pour sa conservation que de tout ce qui tient du fade & de l’insipide. Cela estant, il y a lieu de s’étonner, que la nature, au lieu de chasser avec le superflu des alimens, un suc aussi éloigné du fade & de l’insipide, que le suc bilieux[15], le fasse rentrer dans les vaisseaux, où, bien loin d’estre le baume du sang, & de le garantir de corruption, comme se l’imaginent les Medecins, il ne peut produire au contraire que du desordre, le sang ne s’accommodant pour sa conservation, que de ce qui tient du fade & de l’insipide. Il n’est pas moins étonnant que tant de sortes de poissons vivent si long-temps au milieu d’une eau aussi peu insipide que celle de la mer, tandis que les poissons d’eau douce, si l’on excepte le brochet & un petit nombre d’autres, vivent si peu. La nature viole visiblement en cela toutes les regles. Mais comme c’est un abus, on n’en sçauroit tirer aucune consequence contre le sentiment de M. Hecquet. Les alimens fades & insipides sont donc les meilleurs, parce qu’ayant plus de rapport avec le sang qui n’a point de goust, le sang s’en accommode mieux pour sa conservation. Ce raisonnement découvre bien l’erreur des Medecins, qui veulent qu’entre les alimens de mesme espece on choisisse toûjours les plus savoureux, parce qu’ayant meilleur goust, ils picotent plus agréablement les glandes salivales, qui par ce moyen déchargent une plus grande quantité de salive ; car ils croyent que la salive contribuë à la dissolution des alimens. L’Auteur du Traité des Alimens dit, par exemple, dans le Chapitre de la Perdrix, qu’il faut choisir les Perdrix jeunes, tendres, grasses, bien nourries & d’un bon goust : Dans celui des Pesches, que les Pesches doivent estre choisies d’une chair succulente & vineuse : mais il faut esperer que, s’il fait une nouvelle édition de son Livre, il profitera de l’avis de nôtre Auteur, & qu’il avertira que les Perdrix, pour eftre bonnes, doivent estre sans goust ; que quand on choisit des Pesches, il faut toûjours chercher, non les plus succulentes & les plus vineuses, mais les plus fades & les plus insipides, & ainsi de tous les autres alimens.

L’Auteur de la These, pour relever encore davantage le merite du fade, avertit que les alimens fades sont plus propres à donner de la force & de la vigueur ; il apporte l’exemple des pauvres de la campagne, qui, ne se nourrissant, dit-il, que de pitoyables alimens, que d’alimens plus capables d’amasser de la terre & de l’eau, que du sang, sont neanmoins plus forts & plus robustes que les autres ; ce qu’il appuye du témoignage de M. Baglivi[16]. Ceux qui auront quelque curiosité de voir ici un exemple de la fidelité de l’Auteur dans ses citations, peuvent consulter l’endroit de M. Baglivi, c’est au Livre de Fibrâ motrice, p. 77. de l’Edition de Rome, & p. 81. de celle de Lyon. M. Baglivi y dit, que les gens de la campagne sont forts & robustes, nonobstant leur mauvaise nourriture, parce qu’ils font un exercice qui leur durcit les parties solides, & qui rend par ce moyen, leurs corps plus capables de travail, au lieu que les riches, avec une nourriture beaucoup meilleure, ne laissent pas d’estre plus foibles, parce qu’ils ne font pas assez d’exercice. Après quoi il ajoûte, que le suc vital qui se produit dans les pauvres gens de travail par l’eau & les herbes, dont ils vivent, n’est donc pas ce qui leur donne la force qu’ils ont ; mais que cette force leur vient de l’exercice qui augmente en eux le ressort des fibres[17]. La These sur la boisson est chargée d’une infinité d’autres citations aussi fidelles, qui font voir l’extrême exactitude de l’Auteur, c’est dequoi chacun peut se convaincre par soi-mesme[18].

On passe plusieurs autres endroits, de peur de se trop étendre : on ne sçauroit cependant s’empêcher d’en rapporter ici un qui peut instruire bien des sçavans ; c’est que le sang dans l’estat naturel n’a aucun mouvement intestin. La remarque merite d’estre rapportée[19]. Le sang qui dans l’estat naturel est mû & ne se meust pas, parce qu’il n’a alors aucun mouvement intestin, ni de fermentation, en maladie il se meut par lui-mesme, s’agite, & agite tout le corps. C’est un bonheur pour la Physique, que l’Auteur ait déclaré son sentiment sur cet article ; on auroit sans doute continué de croire que le sang estant un corps liquide, devoit avoir par consequent un mouvement intestin, c’est-à-dire, un mouvement de ses parties insensibles ; car les Physiciens, comme on sçait, enseignent que le liquide est liquide par le mouvement continuel de ses parties insensibles, & que c’est ce mouvement qui est cause que certains corps durs, comme le sel, le sucre, & quelques autres, se fondent de telle maniere dans l’eau, quand ils y sont en une quantité proportionnée, qu’ils y disparoissent entierement. On peut voir là-dessus M. Rohault[20]. Mais si les Physiciens avoient pû découvrir, comme M. Hecquet, que le sang dans son estat naturel, & lorsqu’on se porte bien, n’a aucun mouvement intestin, ils se seroient bien gardé, sans doute, d’avancer, comme ils ont fait, que la nature du corps liquide consiste dans le mouvement de ses parties insensibles. Car enfin, le sang dans l’estat de santé, n’est pas un corps dur, c’est un corps liquide. Ce corps, cependant, tout liquide qu’il est, n’a aucun mouvement intestin, selon nôtre Auteur, donc la nature du liquide ne consiste pas dans le mouvement intestin des parties, la preuve est pressante. Cet Auteur ajoute, que le sang n’a aucun mouvement de fermentation ; outre que cela est certain, s’il est vrai que le sang n’ait aucun mouvement intestin, la proposition suit naturellement du principe qu’on a établi dans cette These, & dans celle de la saignée[21], sçavoir, que cette liqueur contenue dans les vaisseaux, laquelle passe pour estre si composée, & qu’on nomme, sang, bile, lymphe, &c. n’est dans le fond qu’une mesme & seule matiere qui reçoit differens noms & differentes qualitez, suivant qu’elle est plus ou moins affinée, & suivant les differentes filieres, ou les divers diamettres de vaisseaux qu’elle a traversez. En effet, on ne conçoit pas qu’une liqueur, où il n’y a nul mêlange, puisse estre capable de fermentation. Mais seroit-il bien vrai, demanderont quelques Medecins, que le sang qui vient d’un chyle si composé, soit une liqueur si simple[22] ? De plus, diront-ils, les sels qu’on remarque dans l’urine, sans employer aucune opération Chymique, d’où viennent-ils, que de l’urine ? Or le sang, à quelque heure qu’on le prenne, estant toûjours mêlé d’urine, puisqu’à toute heure il en fournit aux reins ; comment prétendre que les sels qu’on trouve dans le sang par les analyses chymiques, n’y estoient pas auparavant ? On pourroit à la vérité faire ces demandes ; mais ce seroit chercher à plaisir des difficultez, pour favoriser un sentiment dangereux, dont nôtre Auteur prie le Ciel de nous préserver. « A Dieu ne plaise, dit-il, que sous le nom de sang on se figure un amas de sucs acides, âcres, salins, ou de semblables liqueurs turbulentes & séditieuses. Des matières aussi fougueuses, & si contraires à l’ordre & à la paix, conviendroient mal à la nature de l’homme. Il est bien vrai que 24 onces de sang donnent par la distillation 14 onces d’esprit volatil, & 8 onces de teste morte ; on conviendra encore, si on veut, qu’on trouve par une semblable manœuvre un sel fixe dans le sang, qui tient plus de l’acide que de l’alcali. Mais qui est encore à sçavoir combien les opérations des Chymistes sont sujettes à caution ? Car enfin, qui nous répondra que tous ces sels, ces volatils, & ces fixes ne soient point de nouveaux estres, ou des fruits bâtards & dégénérez, que l’art invente, & que le feu fabrique ; du moins est-il seur que les feux des Chymistes donnent souvent de fausses lueurs & de faux brillants, d’autant plus capables de séduire l’esprit, qu’ils le flattent & l’ébloüissent[23]. »

On répliquera peut-estre, qu’il est constant que plusieurs des principes qu’on découvre dans les mixtes par le moyen du feu, ne sont point formez par le feu, puisqu’on les découvre aussi sans ce secours. On dira par exemple, qu’il y a de l’huile dans les olives & dans les amandes, parce qu’on en tire en les exprimant : on dira qu’il y a du sel dans les plantes, parce que si on les pile, qu’on en prenne le suc, & qu’on le laisse reposer dans un lieu frais, on trouve, quand il est reposé, de petits christaux de sel attachez autour du vaisseau. On dira, qu’il y a plusieurs sortes de sels dans le sang[24] ; parce que si on prend un peu de cette serosité qui se sépare du sang, & qu’on en mouille un morceau de verre, le Microscope découvre sur la superficie du verre differentes figures de sels, les uns simples, les autres composez. Peut-estre mesme, ajoûtera-t-on, qu’encore qu’il ne faille pas toûjours se fier à ce que le feu découvre, on ne sçauroit néanmoins disconvenir qu’il n’y ait des souphres dans le sang, puisque le sang seché & mis en poudre s’allume dans le feu, & qu’en Chymie le sang de l’homme & de tous les animaux qui vivent d’alimens gras & huileux, fournit plus de souphre que le sang des autres animaux, comme on le voit dans celui de cerf & de bouc, qui en donne beaucoup moins. Mais que peuvent toutes ces expériences contre la raison qu’allegue l’Auteur de la These ? Il ne faut rien admettre de turbulent & de seditieux dans le sang. Or qu’y a-t-il de plus turbulent que des souphres & des sels ; & sur tout des souphres qui sont si sujets à prendre feu ? Des matieres aussi fougueuses & si contraires à l’ordre & à la paix, conviendroient mal à la nature de l’homme. A Dieu ne plaise donc qu’on se laisse aller à croire qu’il y ait ni sels, ni souphres dans le sang.

Le sang, dans l’estat naturel, n’a donc aucun mouvement, ni intestin, ni de fermentation. Ce seroit ici le lieu de rapporter une explication merveilleuse que l’Auteur tire de cette proposition, pour faire comprendre que c’est que la fiévre : mais comme tant d’excellentes choses présentées à la fois pourroient fatiguer l’attention, il vaut mieux en laisser regretter quelques-unes aux Lecteurs, que de courir le risque de les ennuyer. Sans cela on ajoûteroit plusieurs autres articles curieux : mais pour suppléer à ce défaut, on renvoye aux Memoires de Trevoux du mois de Février 1708. article XVII. où les Lecteurs trouveront un fidele Extrait de la These sur la boisson, ils y verront à la page 204. l’excellente comparaison que l’Auteur fait de la Mechanique du corps humain, avec celle d’une Clepsydre ou Horloge à eau. Ils y verront que, comme dans une Horloge à eau, c’est un certain volume d’eau mis en équilibre qui en fait tout l’artifice, c’est aussi une certaine quantité de sang qui tient son équilibre du ressort des solides, ressort qui fait tout dans nos corps.

Il seroit difficile de trouver ailleurs plus de justesse d’esprit qu’on en trouve dans cette comparaison. On voit encore à la page 205. des mesmes Memoires que ce Medecin examine le sang, non par des operations chymiques qui l’alterent, & le falsifient, mais par une analyse qui le divise en deux sortes de substances, une purement fluide, de couleur rouge, & l’autre plus grossiere. Remarque dont on doit sçavoir d’autant plus de gré à l’Auteur, que jusqu’ici on a cru que la substance rouge du sang & la blanche, estoit qu’il y avoit de moins fluide dans le sang.

On passe à regret avec les Journalistes de Trevoux, l’explication curieuse que l’Auteur donne de la Mechanique du corps, & des moyens que Dieu a choisis pour y entretenir l’équilibre général des vaisseaux & des liqueurs, & l’équilibre particulier de chaque viscere avec la liqueur qui l’arrose ; mais il faut sçavoir se prescrire des bornes. Tout ce qu’on peut faire, c’est d’exhorter les Lecteurs à lire attentivement dans les Memoires qu’on vient de citer, l’Extrait qu’ils y trouveront de cette These.

On finira, en remarquant que la conclusion de la These est, qu’il ne faut pas défendre aux malades de boire, c’est une décision generale qui n’excepte, comme on voit, aucun genre de maladie ; mais elle est conforme à la These, où on recommande en plusieurs endroits, de boire abondamment en quelque maladie que ce soit, mesme dans les hydropisies, de quelque nature qu’on les suppose. Il est bon de sçavoir sur ceci le sentiment de nôtre Auteur, de peur de se laisser séduire par la lecture d’un grand nombre d’autres, qui soûtiennent que dans les hydropisies, dans plusieurs fiévres, dans la goutte, &c. il est souvent à propos d’empêcher les malades de boire. Celse dit, que pour guérir plus facilement l’hydropisie, il faut faire endurer au malade la faim & la soif. Il dit[25], que dans les fiévres, on doit dès le commencement retrancher le manger & le boire, initia febrium famem sitimque desiderant. Mercurial, en parlant de la passion iliaque, prétend que les personnes qui en sont attaquées, doivent se priver le plus qu’elles peuvent de manger & de boire. La These sur la boisson est un excellent préservatif contre ces erreurs ; on y voit clairement, que l’eau, pourvû qu’on la boive chaude & à longs traits, est le veritable specifique contre toutes les maladies, & que les autres remedes, sur tout ceux qui se tirent de la Chymie, sont des remedes pernicieux, & qui ne paroissent presque faits que pour nuire. Cette derniere proposition pourroit bien n’estre pas du goût de tous les Medecins, & principalement de ceux de la Faculté de Paris, lesquels sans doute, ne se laisseront pas aisément persuader, que la Chymie, cette science que depuis quelques années ils enseignent avec de nouveaux soins dans leurs Ecoles, soit une science aussi nuisible que le prétend l’Auteur de cette These. Toûjours peut-on assurer avoir oüi dire à plusieurs d’entre eux, qu’il devoit au moins avoir eu cette déference pour la Faculté de Medecine de Paris, de croire qu’elle n’entretiendroit pas des Professeurs publics qui enseignassent des préparations pernicieuses. Mais il ne s’aveugle point sur le mérite de ses Confreres, il voit qu’ils enseignent dans leurs Ecoles une science qui ne va qu’à nuire, il se croit obligé en conscience de s’opposer à cet abus, & de s’y opposer par des Theses publiques, afin de montrer que la verité n’est pas absolument bannie des Ecoles de Medecine de Paris, & qu’il s’y trouve encore des Genies capables d’en soûtenir la gloire. Il ne faut que l’écouter lui-mesme, pour voir combien ses vûës sont louables.

« Pour aider, dit-il[26], les jeunes Medecins à se déprendre de tous les Systemes incertains, parce qu’ils estoient établis sur des observations empruntées d’ailleurs, on a songé à leur donner des principes moins fautifs, parce qu’ils sont fondez sur la nature mesme du corps humain, ou des parties qui le composent. Dans cette vûë, on a travaillé la These sur la saignée, qui contient le plan d’une Physiologie aussi seure qu’elle paroist nouvelle, puisque tout y est fondé sur des observations, des faits & des calculs, la maniere de toutes la moins incertaine pour raisonner en Medecine. Pour en faire sentir l’utilité par rapport à la pratique, on y a examiné sur ces principes la doctrine des secretions, & principalement de l’insensible transpiration, la plus ample de toutes, & la plus efficace pour entretenir la santé, & causer des maladies. Dans cette recherche on a découvert l’inutilité & le mal entendu des levains, & on donne des manieres plus simples & plus naturelles, soit pour expliquer les secretions dans leur estat naturel, soit pour y suppléer dans le temps des maladies. Par les mesmes principes on a fait comprendre, que le Systeme des humeurs croupissantes dans les premieres voyes, estoit insoûtenable en bonne Physique & en bonne Anatomie, & que l’embarras de ces premieres voyes, ne devoit s’entendre que du délay du sang dans les visceres du bas-ventre, & de l’interception de toutes les liqueurs dans leurs vaisseaux ; de là on a prouvé l’abus & les dangers des purgatifs précipitamment donnez dans le commencement des maladies, pour arrester la petulance des jeunes Praticiens trop prévenus en faveur des purgatifs, trompez qu’ils sont qu’il ne faut pour guerir les plus grandes maladies, que vuider brusquement de prétendus sucs croupissans dans le bas-ventre. A ces idées grossieres & notoirement fausses, on a substitué des notions mechaniques tirées de la nature du corps & de sa structure. On s’est encore appliqué à accoûtumer les jeunes Medecins à des raisonnemens plus suivis & plus géometriques ; à donner à leurs esprits plus de justesse, & plus de noblesse ou de dignité, à leurs expressions. Enfin, on leur a insinué les regles & la methode d’une pratique plus seure, & non moins satisfaisante. »

Après ces paroles, qui n’avoüera que l’Auteur, loin de meriter les reproches de ses Confreres, est digne de toute leur reconnoissance ; sur tout, si on fait reflexion, que cette pratique si seure & si satisfaisante, dont il dit ici qu’il a insinué la methode, est veritablement le fruit qu’on peut tirer du Livre dont on vient de voir l’exposé. En effet, toute la These sur la saignée, aussi-bien que la Réponse à l’Extrait qui en a esté fait dans le Journal, ne tend qu’à prouver, que la meilleure methode pour guerir tous les malades, c’est de les saigner, & toute la These sur la boisson, qu’à montrer, que c’est de leur faire boire de l’eau, sans qu’on doive recourir aux remedes de la Pharmacie, qui, selon nôtre Auteur, ne paroissent presque faits que pour nuire. Peut-on trouver une methode plus satisfaisante ? Elle ne demande point cette methode, que l’on s’applique à étudier la Physique, la Pharmacie, la Botanique, l’Anatomie, &c. Qu’y a-t-si de plus consolant pour ceux qui connoissent le prix du temps ? L’Auteur a fait reflexion sans doute à la brieveté de la vie ; il a bien vû que la Medecine n’auroit jamais de fin tandis qu’on la feroit dépendre de tant de connoissances : il a donc jugé à propos de renfermer cet Art salutaire, dans des bornes plus proportionnées au peu de durée de la vie des ’hommes ; persuadé, que si l’on ne peut rendre la vie plus longue, il faut au moins travailler à rendre l’Art plus court. Il y a si bien réüssi, que si on veut suivre sa methode, la Medecine ne sera plus ce pays immense, où l’on ne voyoit point de terme. La Carte s’en trouvera reduite à deux points, à tirer le sang des malades, & à leur faire boire de l’eau. Jusques ici on avoit cru qu’il falloit s’attacher à l’étude de la Chymie ; qu’il estoit important de sçavoir les préparations de la Pharmacie. Mais à quoi bon toutes ces connoissances, qu’à faire perdre le temps aux Medecins, & à porter un préjudice considerable au genre humain ? Car, pour le repeter encore, distillations, esprits, teintures, essences, élixirs, &c. toutes ces préparations ne paroissent presque estre faites que pour nuire. L’eau seule vaut mieux que toutes les drogues des Chymistes, c’est là le veritable specifique ; & les chymistes n’en ont point qui puisse si bien que celui-là rendre au sang & aux esprits, leur ordre & leurs dispositions naturelles.

Voilà la Medecine universelle de nôtre Auteur, communiquée au Public ; il ne faut pas douter, qu’après une si heureuse découverte, on ne voye bien-tôt fermer dans l’Europe les Jardins des Simples, & qu’il ne soit dans peu défendu aux Apoticaires d’ouvrir leurs Boutiques, à moins que ce ne soit pour y tenir de l’eau chaude, à la place de leurs élixirs, de leurs essences, de leurs teintures, &c. & faire enfin revivre ces anciens Thermopoles que M. Hecquet regrette si fort. Il faut du moins esperer que les jeunes Medecins se rendront aux avis d’un si grand Maistre ; qu’on ne les verra plus prodiguer leur temps à cultiver des sciences longues & pénibles ; & qu’embrassant enfin la pratique seure & satisfaisante, dont il leur a insinué la methode, ils ne reconnoîtront desormais d’autre devoir dans l’exercice de la Medecine que celui de tirer du sang, & de faire boire de l’eau.


FIN.



  1. p. 47.
  2. p. 37.
  3. Hippocrate des Maladies des femmes, art. 91. Edition de Vander-Linden.
  4. Vinum ulteriùs concedit Hipocrates pro obsonio, pane scilicet, in eo, intincto. Hoc enim modo assumptum, in ventriculo moram trahens, ad corpus humectandum actuali humiditate pervenire citò non potest, quod quidem eâ ratione videtur concessum, quia non omnes solo pane & aquâ victitare possunt. Martian. in hunc locum.
  5. Martian. p. 171.
  6. Cels. 1. cap. 3.
  7. Senn. Epit. de Potu.
  8. Frideric. Hosman. Dissert. de methodo acquirendi vitam longam.
  9. Temperans usus excitat naturam, promovet excretiones, calorem nativum fovet, omnemque ad putredinem dispositionem depellit. Frider. Hofmann. Dissert de temporib. anni insalubribus.
  10. p. 84 p. 31. 37. & 38.
  11. Art. 30 Edition de Vander Linden.
  12. Ibid. Art. 58.
  13. These sur la boisson.
  14. p. 22.
  15. M. Hecquet envient que la bile rentre dans le sang, quand elle est venue dans les intestins. Voyez sa These sur la saignée.
  16. Voyez la These Latine.
  17. Non igitur à fluido vitali ex aquâ & herbis elicito, in rusticâ gente ingentes illæ vires, & robur producuntur, sed ab aucto per exercitationem fibrarum elatere, & indè ntâ oscillatione. Bagliv. de Fibrâ motrice.
  18. Voyez la These Latine.
  19. p. 65.
  20. Physiq. de Rohault, I. part. ch. 22.
  21. These sur la saignée art 11. p. 24.
  22. Patere cuilibet potest non crassa nimis minervâ philosophanti, sanguinem præsertim in adultis animalibus, humorem esse valdè heterogeneum, sive dissimilatem, atque hoc non solùm ex ejus Anatomia, sive solutione compertum habemus, cujus ope partes aqueæ pingues tartareæ, hoc est salino tartareæ, feorsum exhibentur. Verùm etiam ex ejusdem ortu, ac natalibus clarè deprehendimus, præterquam enim quod ex liquoribus ut cerevisiâ, vino, lacte aliisque quæ & ipsa non parùm sunt heterogenea, incrementum sumere soleat, ex plurimis etiam stabilium corporum, ut carnium, herbarum, piscium, frugum, aromatum partibus enutritur, atque augescit. Malach. Struthon. de respirationis isu primaria Diatriba, p. 10. Edit. in 12. Lugd. Batav. 1708.
  23. These sur la boisson, art. 1. p. 15.
  24. Guillelmini de sanguinis naturâ.
  25. Hydrops faciliùs in servis quàm in libertis tollitur ; quia cùm desideret famem & sitim, & mille alia tædia, longamque patientam, promptius iis succuritur qui facilè conguntur, quàm quibus inutilis libertas est.

    Initia febrium famem sitimque desiderant. Cels. lib. 3. cap. 22.

  26. Préface.