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Remonstrance aux nouveaux mariez et mariées et ceux qui desirent de l’estre

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Remonstrance aux nouveaux mariez et mariées et ceux qui desirent de l’estre, ensemble pour cognoistre les humeurs des femmes.

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Remontrance aux nouveaux mariez et mariées et ceux qui desirent de l’estre, ensemble pour cognoistre les humeurs des femmes, trouvées dans le cabinet d’une femme après sa mort. Sur l’imprimé à Troyes, chez Jean Oudot.
M.DC.XXXXIIII.
In-8.

Deux choses desplaisent :

Rire souvent, et parler superbement.

Deux choses sont mauvaises :

Estre vaincu de ses ennemis, estre surmonté en bien-fait de ses amis.

Deux sortes de larmes aux yeux des femmes :

Les unes de douleur, et les autres de finesse et tromperie.

Trois choses belles et agreables :

La concorde entre les frères, l’amitié entre les voisins, et l’amour entre l’homme et sa femme.

Trois choses sont desagreables :

Un pauvre superbe, un riche menteur, et un vieillard lascif et des­honneste.

Trois choses sont dignes de compassion :

Un pauvre soldat estropiat, un sage meprisé, et celuy qui se destourne de son chemin.

Il se faut souvenir de trois choses :

Des commandemens de Dieu, du bienfait de ses amis, et des trespassez qui ont fait du bien.

Trois choses contentent l’homme :

Estre sain, beau et prudent.

À trois personnes faut dire verité :

Au confesseur, au medecin et à l’advocat.

Trois choses difficiles à supporter :

Attendre quelqu’un qui ne vient point, estre au lict ne pouvant dormir, et servir sans guerdon et recompense.

On trouve trois choses qu’on ne voudroit point trouver :

Les souliers rompus, un serviteur vilain, et femme lubrique.

De grande depense sont trois choses :

Amour des femmes qui toujours demandent, caresses des chiens, et invist1 d’hostes.

La fille à marier trois choses doit avoir :

Qu’elle soit belle, bien née, et instruite aux bonnes mœurs.

Trois choses necessaires pour entretenir un amy :

L’honorer en sa presence, le loüer en son absence, et le secourir au besoin.

Trois choses resjouïssent l’homme :

Estre en la grace de Dieu, parler de Dieu, et penser à Dieu.

À trois choses on doit obeyr :

À la parole de Dieu, à ceux qui conseillent le bien, et aux commandemens du père et de la mère.

Trois choses doit avoir le pecheur :

Contrition de cœur, confession de bouche, et satisfaction d’œuvre.

Un bon chapon requiert trois choses :

Bien gras, bien cuit, et un bon compagnon qui ait bon appetit.

Trois qualitez doit avoir le bon vin :

Bon de saveur, beau de couleur, et qu’il resjouïsse l’esprit.

Trois qualitez au bon soldat :

Plein de courage, adroit aux armes, et patient à la fatigue.

Quatre choses ne te doivent estre fascheuses :

Te marier legitimement, aller à l’estude, ayder à celuy qui est oppressé, et ne delaisser celuy qui se convertit de sa mauvaise vie.

Quatre choses sont bonnes en un logis :

Bonne cheminée, bonne gelinière, bon chat, et une bonne femme.

Quatre choses nuisent au logis :

Un degré rompu, un serviteur amoureux, une cheminée fumeuse et une femme de mauvaise vie.

On ne se doit vanter de quatre choses :

D’avoir du bon vin, du bon formage, une belle femme, et d’avoir force pistoles.

Quatre choses doit avoir un comedien :

La hardiesse, se plaire à ce qu’il dit, estre sçavant, et avoir l’usage.

On ne doit prester quatre choses :

Un bon cheval, une femme loyale, un serviteur fidèle, et une belle armure.

Quatre choses crient vengeance devant Dieu :

Espandre le sang innocent2, opprimer les pauvres, pecher contre nature, et retenir le salaire des serviteurs.

Quatre choses sont inestimables :

Sagesse, santé, liberté, et vertu.

Quatre choses arrivent sans y penser :

Ennemis, pechez, ans, et debtes.

Quatre choses sont meilleures vieilles que nouvelles :

Vin vieil, formage vieil, vieil huille, et vieil amy.

Garde-toi de quatre choses :

De faim, de feu, de rivière, et de mauvaise femme.

Quatre choses sont bonnes :

Un œuf d’une heure, un pain d’un jour, chair d’un an, et vin de deux.

Quatre choses desire la fille à marier :

Avoir un beau mary, du bien à son desir, avoir de beaux enfans, et estre maistresse en l’opinion.

Le mary souhaite quatre choses :

Richesse à suffisance, parfaite conscience, continuel repos, et plaisir d’ame et de corps.

Le père doit procurer quatre choses à son fils :

Le faire instruire aux bonnes mœurs, luy faire apprendre ung mestier, le reduire à son obeyssance, et le chastier mediocrement.

L’enfant doit quatre choses au père :

Honneur et respect, luy obeyr en bien faisant, ne le provoquer à courroux, et procurer le bien et utilité de la maison.

Quatre choses doit faire un mary à sa femme :

La tenir en crainte, la maintenir en santé de l’ame et du corps, luy porter amour, et l’habiller honnestement.

Quatre choses doit faire la femme à son mary :

L’aymer avec plaisir et patience, ne lui respondre point quand il est fasché, le tenir en bon regime de vivre, et le tenir net.

Quatre choses doit avoir une fille :

Sobre en son manger, propre en habits, modeste en parler, et grave à marcher.

La femme doit avoir quatre qualilez :

Honneste en son alleure, soigneuse de son mesnage, devote en l’eglise, et obeyssante à son mary.

Quatre choses doivent avoir l’homme et la femme envers Dieu :

Foy, esperance, charité, humilité.

Quatre fins dernières de l’homme :

La mort, le jugement, l’enfer, et le royaume des cieux.

Cinq choses deplaisent à Dieu :

La langue mensongère, le sang innocent espandu, le cœur qui pense en mal, le faux temoignage, et celuy qui allume la discorde.

Cinq pauvretez acquièrent les chercheurs de pierre philosophale :

Faim, froid, puanteur, travail, et fumée.

Six choses sans profit à la maison :

Femme jeune esventée, enfans desobeyssans, serviteurs qui se mirent, servante enceinte, bource sans argent, et geline qui ne pont point.

Cinq choses contre nature :

Belle femme sans amour, ville marchande sans larrons, jeunes enfans sans gaillardise, greniers sans rats, et chiens sans puces.

Cinq choses appauvrissent l’homme :

La femme de mauvaise vie, hanter mauvaise compagnie, procez mal intenté, l’ivrognerie, et ne croire bon conseil.

Neuf choses s’accordent bien ensemble :

Bonne compagnie et le plaisir, une poste3 et un goulu, une belle femme et un bel habit, femme opiniastre et un baston, mauvais enfant et les verges, avare et force argent, bon escolier et beaux livres, larron et bonne foire, grand appetit et table bien garnie.

La lune et la femme legère sont d’une mesme qualité.

La lune seroit tousjours noire
Si le soleil ne la baisoit,
Et la femme seroit sans gloire
Si l’homme ne la caressoit.

Souvent la lune entre en furie,
Jalouse des amours des dieux,
Et la femme, par jalousie,
Trouble l’air, la terre et les cieux.

La lune renverse, cruelle,
L’esprit leger et vacillant ;
Mais il n’est si ferme cervelle
Que la femme n’aille troublant.

Il est bien vray qu’en contre-eschange
Ces deux ne se suivent tousjours :
Car tous les mois la lune change ;
La femme change tous les jours.

La lune pleine enfle les sources
Et les moësles des os creux ;
La femme desenfle nos bourses
Et vuide nos os moësleux.

La lune est fidèle et n’estime
Qu’Endimion, son bel amant ;
Mais la femme n’est qu’un abisme
Qui n’a point d’assouvissement.

Donc la lune, en tout peu constante,
Est constante en fidelité ;
Mais la femme, en tout inconstante,
Est constante en desloyauté.

Bref, ce qui plante plus de bornes
Et qui les fait plus differer,
C’est que la lune porte cornes,
Et les femmes les font porter.




1. Pour invitation.

2. Dans les comédies pieuses de ce temps-là, s’il s’agissoit, comme ici, du sang de quelque innocent criant vengeance, par exemple du sang d’Abel, on trouvoit moyen de mettre la chose en action. Voici ce que Tallemant fait raconter à ce sujet par Bois-Robert (Historiettes, édit. in-12, t. 3, p.142) : « Il dit que, de ce temps-là, on s’avisa de jouer dans un quartier de Rouen une tragédie de la Mort d’Abel. Une femme vint prier que son fils en fût, et qu’elle fourniroit ce qu’on voudroit. Tous les personnages étoient donnés ; cependant les offres étoient grandes. On s’avisa de lui donner le personnage du Sang d’Abel. On le mit dans un porte-manteau de satin rouge cramoisi ; on le rouloit de derrière le théâtre, et il crioit : Vengeance ! vengeance ! »

3. Pour trouver un sens ici, il faut lire toste, je crois. On appeloit toste, et, mieux encore, tostée ou toustée, la tranche de pain rôtie qu’on mettoit au fond du verre, et qui restoit à celui à la santé de qui l’on buvoit, et qui le dernier prenoit le verre passé de main en main. Le mot toast en vient. Dans l’Histoyre et plaisante cronicque du petit Jehan de Saintré (édit. Guichard, p. 230, 234, 235), il est parlé de « tostées à l’ypocras blanc, à la pouldre de duc, etc. »