Revue Musicale de Lyon 1903-12-08/Nouvelles Diverses

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Nouvelles Diverses

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À rapprocher des comptes rendus enthousiastes consacrés par une partie de la presse parisienne à Hérodiade de Massenet, le filet suivant extrait de la Semaine d’Anvers :

« Bien que l’on eût annoncé les seconds débuts du ténor Ansaldi dans Hérodiade, la scie à grand spectacle de Massenet, la dite scie, espèce d’adaptation grotesque de l’ancien orient juif à l’orient juif moderne qu’on exhibe dans les expositions universelles, n’avait pas du tout attiré le public. »

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Nos étrangleurs de ténors vont fulminer !… Le ténor Dufriche — qui la saison passée eut à subir la mauvaise volonté de M. Mondaud et les coups de griffe d’une critique par trop nerveuse — triomphe en ce moment sur la scène de Bordeaux.

« Ce n’est que justice et les gens de goût, qui n’ont pu oublier le talent personnel de cet artiste dans les rôles de don José et surtout de Lohengrin — auquel il imprima une note artistique remarquable — se réjouiront de ce succès mérité que nous sommes heureux

de signaler. »
(Le Spectacle)

Faisant appel à ses souvenirs, le peintre Ziem, qui fut un intime de Chopin, raconte dans quelles circonstances vraiment étranges l’artiste composa sa marche funèbre.

Chopin était dans son cabinet de travail. Dans un angle se dressait le piano ; dans un autre coin un squelette humain revêtu d’un voile blanc. Je remarquai, dit Ziem, que le regard de Chopin errait, çà et là, et comme je le connaissais, je savais que sa pensée était loin de moi et de tout ce qui l’entourait. Mieux que cela, je savais qu’il composait. Tout à coup il se leva de sa place sans proférer une parole, se dirigea vers le squelette, le porta au piano et le prit sur ses genoux en s’asseyant devant l’instrument. Étrange représentation de la Vie et de la Mort ! L’artiste avait étendu le voile blanc sur lui et le squelette, placé les mains de celui-ci dans les siennes et commencé à jouer.

Aucune hésitation dans la lente et mesurée évocation des sons qui naissaient sous les doigts de l’artiste. Comme les sonorités devenaient plus puissantes, je fermais les yeux car le spectacle d’un homme assis au piano avec un squelette avait quelque chose d’effroyable. Les ombres du soir s’épaississaient autour d’eux et les ondes musicales secouaient l’air mystérieusement. Je savais que la composition que j’entendais était immortelle… Mais la musique cessa. J’ouvris les yeux… plus personne au clavier, Chopin gisait à terre, et, à côté de lui, le squelette brisé. Le grand compositeur était anéanti, mais sa marche était trouvée.

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Le Théâtre de Bordeaux étudie les Maîtres Chanteurs de Nuremberg dont l’interprétation sera confiée à MM. Gibert, Séveillac, Boussa, Blancard, Hyacinthe (dans le rôle de David qu’il a créé à Lyon le 30 décembre 1896), Mmes Bourgeois et Blancard.

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Il y a des métiers que l’on peut exercer sans les aimer, par nécessité simplement ; mais les arts, ceux qui les cultivent, le font généralement par amour.

Il paraît qu’il n’en était pas ainsi d’Auber, et que ce compositeur célèbre détestait la musique !

— L’amour-propre musical me manque, disait-il. Si j’en avais, j’aurais plus de talent.

Le fait est qu’il ne considérait la composition musicale que comme un moyen d’assurer son existence, ainsi que le démontre bien cette phrase qu’il écrivait à l’un de ses amis : « Pour un contrait de mille écus de rentes, j’aurais un grand bonheur à jeter mon piano par la fenêtre ! »

Personne n’a eu l’idée bizarre de lui proposer ce marché, heureusement pour les amateurs de la Muette de Portici

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Voici, d’après un de nos confrères, la formule pour la fabrication des Cavalleria rusticana, des Bohémes et autres œuvres des Mascagni et des Léoncavallo :

1o Il faut d’abord trouver — c’est déjà un mérite — une action dramatique pleine de feu, d’action, de vie, de mouvement, de furia avec de la passion à jet continu ;

2o Débiter de la mélodie, celle qui a traîné un peu partout ; qu’importe si elle est vulgaire, banale, triviale, pourvu qu’elle soit remplie de crescendo, de pâmoisons, de points d’orgue, où la voix des chanteurs pourra s’épanouir et s’étaler à g…orge déployée…

3o Mettre à l’orchestre de voluptueux unissons, assaisonnés par des trombones et appuyés par la grosse caisse ; se servir à point des procédés d’instrumentation innovés par les prédécesseurs ; et, de temps à autre pour rafraîchir le cerveau, une valse ou une polka bien rythmées qui feront hocher la tête en cadence et mettront en mouvement les orgues de Barbarie.

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Gustave Charpentier, lauréat du prix de Rom, en attendant de partir pour la Villa Médicis, se trouvait dans un état de dénuement extrême, qu’il supportait du reste avec la bonne humeur qui le caractérise. Possesseur d’une canne-flûte dont il jouait passablement, il avait imaginé, pour se procurer le pain quotidien, de jouer de sa canne dans les cours.

Un beau jour, un agent lui demande d’exhiber sa patente de colportage. Charpentier n’avait jamais songé, naturellement, à se mettre en règle avec la Préfecture. Une contravention imminait. Son super aplomb le sauva : « Les Prix de Rome n’en ont pas besoin », affirma-t-il. L’agent, pas très sûr de son fait, le laissa courir. Ce jour-là, il s’en fallut d’un cheveu que le futur auteur de Louise ne couchât au dépôt.

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Un nouveau théâtre populaire vient de s’ouvrir à Munich. Il a été construit par l’architecte Vittrich, et a été inauguré la semaine dernière. Il est de style grec ancien, avec des colonnes doriques, un peu à l’imitation du temple célèbre d’Égine, dont la ville possède quelques marbres archaïques du fronton. Le programme de la soirée comprenait un prologue de Gœthe, une ouverture de Lortzing et le drame de Schiller, Cabale et Amour. On dit que l’acoustique est bonne et que la vue n’est gênée d’aucune place. La scène a quinze mètres et demi de haut, la salle en a douze et peut contenir environ douze cents spectateurs.

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