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Revue canadienne/Tome 1/Vol 17/Fleurs Printanières (Poésie)

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Collectif
Compagnie d’imprimerie canadienne (17p. 321-322).

FLEURS PRINTANIÈRES.



Fleurettes,
Pauvrettes,
Déjà vous naissez !
Hâtives,
Craintives,
Au vent vous bercez,
Si frêles,
Si belles,
Vos calices frais.
Fleurettes,
Coquettes,
En vous que d’attraits !

Vous voulez du printemps la première caresse,
Vous voulez du zéphyr le baiser le plus pur,
Vous voulez du soleil un rayon qui ne laisse
Aucun reflet terni sur vos robes d’azur.

Vous choisissez sur la colline
Un lieu propice à vos amours,
Et, sur la pente qui s’incline,
Dès que l’orient s’illumine,
Vous étalez vos frais atours.

Que de gracieuses pensées
Vous éveillez dans mon esprit,
Quand, sur vos tiges élancées,
Dans l’air mollement balancées,
Vous vous entretenez sans bruit.

Est-ce une légère sylphide,
Qui, surprise par le matin,
Dans une fuite trop rapide,
Aurait, sur le gazon humide,
Laissé tomber son riche écrin ?


Les pleurs que dans votre calice
La Nuit épanche de ses yeux,
Sont le vin pur du sacrifice
Que l’aurore offre avec délice
Au Maître des fleurs et des cieux.

Tout autour de vous est en fête :
L’air est rempli des champs d’oiseaux,
Le lézard sort de sa cachette,
Et la brise, en passant, vous jette
Le doux murmure des ruisseaux.

L’amour anime toute chose
D’un souffle divin, créateur :
Le papillon qui se repose
Sur la corolle à peine éclose,
L’ornant d’une corolle sœur ;

L’insecte qui déjà bourdonne
La chanson qu’il apprit de Dieu,
Le brin d’herbe qui s’abandonne
À la caresse que lui donne
L’onde qui sourit au ciel bleu.

Les nids s’emplissent de promesses
Et retrouvent leurs douces voix ;
Tout buisson cache des tendresses
Et des bonheurs, et des caresses,
Qui vont bientôt peupler les bois.

Espérance, joie infinie.
Amour, précieux don du ciel,
Voix de la forêt rajeunie,
Torrents de divine harmonie,
Montez, montez, vers l’Éternel !

Avec vous mon âme s’élance
Jusqu’au pied du trône de Dieu ;
Ma prière monte en silence,
Comme ces parfums que balance
La main du lévite au saint lieu.


Mai, 1879. Ernest Marceau.