Revue de métaphysique et de morale/1912/Supplément 5

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REVUE DE MÉTAPHYSIQUE ET DE MORALE


SUPPLÉMENT
Ce supplément ne doit pas être détaché pour la reliure.
(No DE SEPTEMBRE 1912)



NÉCROLOGIE

Henri Poincaré.
(1854-1912)

Quand fut fondée cette Revue, avec le dessein peut-être ambitieux d’imprimer à la spéculation une direction déterminée, de travailler en particulier à restaurer dans notre pays l’unité des disciplines scientifiques et de la culture philosophique, ceux qui avaient assumé la responsabilité de l’entreprise, s’adressèrent à celui dont le nom était comme le symbole de la science elle-même. Henri Poincaré accueillit leur démarche avec une bienveillance qu’ils n’ont pas oubliée : l’audace de ces jeunes gens de vingt ans ne déplut point à son esprit généreux. Il voulut apporter, dès le début, à leur tentative, le concours de son incomparable autorité.

Puis, chaque année pour ainsi dire, avec une libéralité et une simplicité touchantes, Henri Poincaré répondit à l’appel que nous lui adressions. Presque le jour même où il est mort, il y a deux mois, paraissait, dans notre Revue, son dernier article. C’est véritablement sous son égide que la Revue a acquis ses titres scientifiques, et réuni autour d’elle un groupe de savants, ses collaborateurs et ses lecteurs.

On voit tout ce que la Revue doit à Henri Poincaré, et tout ce qu’elle perd avec lui. Le deuil qui la frappe est comme un deuil de famille. Dans la douleur que nous éprouvons, une consolation nous reste : peut-être la Revue de Métaphysique et de Morale a-t-elle, en quelque manière, contribué à enrichir l’œuvre, déjà immense, du grand mathématicien. Sans elle, sa pensée ne se serait peut-être pas orientée d’une manière aussi déterminée vers les problèmes de la philosophie des mathématiques. Tels de ses livres n’auraient peut être pas été écrits qui ont tant servi à populariser sa gloire.

La Revue entend rendre à Henri Poincaré l’hommage qui lui est dû : elle a sollicité, elle a obtenu le concours des savants les plus qualifiés pour étudier les divers aspects de son œuvre. Mais elle se devait à elle-même d’adresser tout de suite un suprême et douloureux adieu à celui par la mort duquel elle se sent irréparablement diminuée.

Alfred Fouillée.
(1838-1912)

Alfred Fouillée vient de mourir, après une longue vie remplie par une production abondante. Lorsqu’il inaugura, en 1867, sa carrière d’écrivain par sa Philosophie de Platon, que suivait bientôt sa Philosophie de Socrate, il semblait que le jeune écrivain dût renouveler toutes les audaces spéculatives d’un Schelling ou d’un Hegel. Mais les temps n’étaient guère propices. Taine publiait l’Intelligence, M. T. Ribot la Psychologie anglaise contemporaine, Littré passait presque pour un grand philosophe. Lorsque, bien peu d’années après avoir écrit son grand ouvrage sur la philosophie de Platon, Fouillée soutint sa thèse de doctorat sur la Liberté et le Déterminisme, il fut visible à quel point sa pensée avait été accessible aux influences régnantes. Dorénavant il adopta l’attitude d’un conciliateur entre cet idéalisme métaphysique et moral, point de départ de sa pensée, et les méthodes du positivisme scientifique, dont il subissait l’action croissante. Lange, Renan, Vacherot, avant lui, avaient suggéré de chercher un substitut à un déisme ontologiquement impossible dans l’action psychologiquement réelle de l’idée de Dieu, de la catégorie de l’idéal. Fouillée pensait de même qu’à vouloir résoudre le problème du libre arbitre comme un problème de physique, on aboutissait fatalement à la négation de la liberté : l’idée de liberté n’en restait pas moins une réalité psychologique, une force de l’âme humaine qui permet a celle-ci, quotidiennement, de réagir par le déterminisme contre le déterminisme. Première ébauche de cette « Philosophie des Idées-Forces » au développement de laquelle il devait consacrer dorénavant toute son existence. De même encore, libéral, républicain, démocrate, Fouillée, toujours vivement préoccupé de philosophie politique et de morale civique, proposait son système comme étant de nature a amortir les oppositions courantes : organicisme et contractualisme, individualisme et socialisme. La Revue, d’ici peu, consacrera une étude approfondie à l’œuvre si considérable d’Alfred Fouillée. Est-il permis dès à présent de définir, en quelques mots, l’importance historique de cette œuvre ? Sans doute, en raison du rôle auquel il prétendait se borner, d’un inventeur de transactions entre systèmes rivaux, Fouillée s’interdisait d’occuper, parmi les philosophes de son temps, la place prééminente prise par ceux qui se donnent pour des novateurs absolus, des révolutionnaires ; ajoutons que, condamné par le mauvais état de sa santé a plus de trente années de vie solitaire, il se trouva privé de ce dont une pensée aussi souple que la sienne avait le plus besoin : le contact immédiat avec l’intelligence vivante de son temps. Mais il sut conserver intacte, à travers une période difficile, les plus hautes traditions de la spéculation française. Dans tout le monde latin, il avait un public immense de lecteurs fidèles ; et précisément parce qu’il était, à beaucoup d’égards, un demi-positiviste, il réussissait à entretenir, dans des milieux en apparence fort réfractaires, le goût des problèmes fondamentaux de la pensée et de l’action. Il eut, en outre, au moins un élève, un disciple, pendant ses années de solitude ; et, dans la manière même dont Guyau pose le problème philosophique, dans sa préoccupation initiale de trouver une situation intermédiaire entre l’idéalisme traditionnel et le naturalisme, on reconnaît l’action immédiate de son parent et de son maître. Or, on est trop disposé à oublier aujourd’hui combien les livres de Guyau eurent de lecteurs et d’admirateurs entre 1880 et 1890 ; ceux mêmes qui, vivants encore, subirent alors sa fascination, en ont peut-être aujourd’hui perdu le souvenir. Si cependant la réaction contre le naturalisme d’alors a pris depuis une vingtaine d’années une tournure vitaliste, ou pragmatiste, l’influence de Guyau, et par suite indirectement, celle de Fouillée y est peut-être pour plus qu’on ne croit.

LA PHILOSOPHIE DANS LES UNIVERSITÉS

(1912-1913)


FRANCE


Paris.
Collège de France

Philosophie moderne : M. H. Bergson, professeur.

Psychologie expérimentale et comparée ; M. le Dr Pierre Janet : Les tendances intellectuelles et les idées générales.

Faculté des Lettres.

Philosophie : M. Gabriel Séailles, professeur.

Histoire de la philosophie moderne : M. L. Lévy-Bruhl, professeur.

Histoire de la philosophie ancienne : M. G. Rodier, professeur.

Philosophie et psychologie : M. Victor Delbos, professeur. Cours public : le Spinozisme (mercredi à 4 h. 45). — Conférences : Exercices et explications des textes en vue de la licence (jeudi, à 3 h.). — Exercices et explications de textes en vue de l’agrégation (mercredi, à 9 h. 15).

Logique et méthodologie des sciences : M. André Lalande, professeur.

Histoire de la philosophie dans ses rapports avec les sciences : M. G. Milhaud, professeur.

Psychologie expérimentale : M. G. Dumas, professeur. Cours fermé : les sensations et les mouvements (mardi de 2 à 3 h.). — Travaux pratiques et conférences de psychologie pathologique à Sainte-Anne, le samedi.

Psychologie : M. H. Delacroix, maître de conférences.

Histoire de l’Économie sociale : M. G. Bouglé, chargé du cours. — Le mardi, à 3 h. 30 : Cours fermé, premier semestre : Morale et Sociologie. Cours public, deuxième semestre : L’Économie sociale du Positivisme. — Le jeudi, à 9 h. : J.-J. Rousseau, Contrat social (explications en vue de l’agrégation) ; à 4 h. : Recherches sur l’économie politique et la science de la morale ; à 5 h. : Direction de travaux (diplôme d’études supérieures).

Littérature allemande : M. Ch. Andler, professeur : La Pensée religieuse en Allemagne de 1800 à 1848.

Histoire générale et comparée des philosophies médiévales : M. François Picavet, professeur. — Lundi, 4 h. 45 : Plotin chez les mystiques latins, byzantins, arabes et juifs du VIIIe au XIIIe siècle. — Samedi : Bibliographie critique de l’histoire générale et comparée des philosophies médiévales avec explication des textes les plus importants du VIIIe au XIIIe siècle.

Histoire des doctrines et des dogmes (École des Hautes Études) : M. François Picavet, professeur. — Jeudi, 8 h. : Persistance des doctrines philosophiques et théologiques du moyen âge chez Spinoza, Thomassin et Kant. Jeudi, 4 h. : Les rapports de Dieu et des hommes, les formes de la révélation d’après l’Ancien et le Nouveau Testament.

Aix-Marseille.


Philosophie : M. Maurice Blondel, professeur. — Cours : Tradition et Progrès en philosophie : la continuité historique et le renouvellement actuel des méthodes philosophiques. — Première conférence : Problèmes de logique générale : les éléments d’une logique de la vie, d’une logique de la pensée et d’une logique de l’action. — Deuxième conférence : Exercices pratiques et préparation des auteurs du programme de la licence ès lettres.

Philosophie : M. L. Segond, maître de conférences.

Besançon.


Philosophie : M. Coisenet, professeur. Cours fermé : Origines de la philosophie moderne. — Conférences : Philosophie grecque. Prédécesseurs de Socrate. Questions de psychologie et de morale.

Bordeaux.


Philosophie : M. Bréhier, professeur.

Science sociale : M. Gaston Richard, professeur. — Sociologie : L’opinion publique. — Philosophie : Licence. Exercices pratiques. Explication des auteurs inscrits au programme. – Agrégation (2e semestre) : Explication de textes inscrits au programme. — Pédagogie : Stage pédagogique : Histoire et organisation de l’enseignement secondaire.

Histoire de la philosophie : M. Th. Ruyssen. — 1° Cours public : Recherches sur les origines du monisme et du pluralisme (suite). Des Atomistes à Plotin. — 2° Conférences d’agrégation. Explications : Platon, République, livre VI, de 502 c à livre VII, 535 a ; Saint Augustin. Confessions, livre X, chap. viii-xxi et livre XI ; Kant, Critique de la Raison pratique. — 3° Conférences de licence : La Philosophie grecque, des origines à Platon (inclus). Explications : Sénèque, Questiones naturales, livre VIII ; — Epictète, Entretiens, livre II : — Schopenhauer, La Liberté.

Caen.


Philosophie : M. L. Robin, professeur. 1er semestre. — La philosophie grecque depuis la mort d’Aristote jusqu’à la fin du IIIe siècle (suite). — 2e semestre. – Maine de Biran : Questions d’histoire de la philosophie. — Explication des auteurs du programme de licence. — Leçons des étudiants. — Correction de travaux écrits.

Clermont-Ferrand.


Philosophie : M. E. Joyau, professeur. — De l’objet des sciences et de la métaphysique, de la classification des sciences, des sciences occultes, du positivisme et du pragmatisme. — Histoire de l’école écossaise, de l’école empirique anglaise, de la philosophie en France et au XIXe siècle. — Ouvrages de Platon et d’Aristote inscrits au programme de la licence.

Dijon.


Philosophie : M. A. Rey, professeur. — Mercredi 2 h. : Conférence de philosophie (licence et diplôme) ; — 3 h. 45 : Études sur la philosophie des sciences (le pragmatisme) et travaux de laboratoire de psychologie, alternativement. — Jeudi 2 h. 45 : Conférence d’histoire de la philosophie (licence et diplôme). — L’Enseignement porte plus spécialement sur la philosophie dans ses rapports avec les sciences et sur l’histoire de la philosophie dans ses rapports avec l’histoire des sciences. — Jeudi 1 h. 30 : Psychologie, morale et pédagogie générale. Explication de textes pédagogiques (préparation aux concours supérieurs de l’Enseignemement primaire).

Grenoble.


Philosophie : M. Georges Dumesnil, professeur. — Cours public (semestre d’hiver) : Psychologie d’enfants. — Conférences (semestre d’hiver) : La philosophie ancienne à partir de Sacrate, (semestre d’été) : La philosophie contemporaine. — Science de l’éducation : M. Georges Dumesnil, professeur. — Cours fermé (semestre d’hiver) : L’enseignement secondaire. — Cours public (semestre d’été) : Sujet a déterminer ultérieurement.

Lille.


Philosophie : M. Penjon, professeur. — Le jeudi, de 2 à 4 h. : Préparation à l’agrégation, exercices pratiques. — Le vendredi, de 3 à 4 h. : Agrégation et licence ; Cours d’histoire de la philosophie, Philosophie moderne, Descartes, Spinoza et Leibnitz.

Philosophie : M. G. Lefèvre, professeur, chargé des conférences. — Le lundi de 9 h. à 10 h. du matin : Le Problème moral. — Le lundi de 10 h. 15 à 11 h. 15 du matin : Explication de textes et Exercices pratiques en vue de l’agrégation de philosophie.

Science de l’Education : M. G. Lefèvre, professeur. — Le jeudi de 9 h. à 10 h. du matin (1er semestre) : Psychologie de l’élève et du maître. — Le jeudi de 9 h. à 10 h. du matin (1er semestre) : Conférences sur l’Enseignement secondaire destinées aux candidats à toutes les agrégations. — Le jeudi de 2 h. à 3 h. : Explication de textes et Exercices pratiques en vue de l’Inspection primaire et de la Direction des Écoles normales.

Lyon.


Philosophie : M. A. Bertrand, professeur.

Philosophie : M. E. Goblot, professeur.

Pédagogie : M. C. Chabot, professeur. — Cours public : Pragmatisme et Éducation. — Conférence de Morale : Leçons de Morale pratique. — Psychologie appliquée à l’Education : La pédagogie expérimentale. — Conférences de pédagogie préparatoires à l’Agrégation à l’Inspection primaire, au Professorat des Écoles normales.

Montpellier.


Philosophie : M. Foucault, professeur. — Lundi à 5 h. : Cours public de Psychologie : La Perception. — Jeudi de 2 à 4 h. : Leçons sur la Psychologie des sentiments. Explication d’auteurs. Exercices pratiques. — Laboratoire de Psychologie : l’horaire des séances est établi au début de l’année scolaire.

Philosophie : M. Delvolvé, maître de conférences.

Poitiers.


Philosophie : M. A. Rivaud, professeur. — Conférences : Aristote. — Cours public : La doctrine de l’évolution. — Exercices pratiques : Logique et philosophie des sciences.

Rennes.


Philosophie : M. B. Bourdon, professeur. – 1. Psychologie du langage (Cours public : 1 heure par semaine). — 2. Leçons de philosophie (Conférence : 1 heure). — 3. Travaux pratiques de psychologie expérimentale (1 h. 30).

Toulouse.


Philosophie : M. E. Thouverez, professeur.

Philosophie sociale : M. Paul Fauconnet, chargé de cours. — Cours fermé (Licence) : Cours élémentaire de Sociologie. — Conférence (Licence) : Exercices pratiques ; Questions de Sociologie et de Morale. — Conférence (Aspirantes aux divers certificats) : Morale et Pédagogie.

BELGIQUE


Bruxelles.


Philosophie : M. G. Dwelshauvers, professeur.

Philosophie : M. E. Dupréel, professeur. — 1° À la Faculté de Philosophie et Lettres : Logique (2e année d’études), 2 heures par semaine ; — Histoire de la philosophie (3e année), 2 heures par semaine ; — Études approfondies de questions de logique (3e année), 1 heure par semaine. — 2° À la Faculté des Sciences (Cours de la candidature en sciences) : Logique et Morale, 2 heures par semaine.

Gand.


Philosophie : M. P. Hoffmann, professeur. — 1° Philosophie morale, 2 heures par semaine, pendant toute l’année. — 2° Histoire de la philosophie moderne, 3 heures par semaine, pendant le premier trimestre. — 3° Méthodologie, 3 heures par semaine, pendant le second semestre. — 4° Exercices pratiques de philosophie. Sujet : La philosophie de H. Bergson, 2 heures par semaine, pendant toute l’année.

Louvain.
(1912-1913)
Institut supérieur de philosophie
(École Saint-Thomas-d’Aquin).

Président : S. Deploige.

Secrétaire : M. Defourny.

1re année. — Baccalauréat.

D. Nys, Prof. ord. de la Faculté de Philosophie et Lettres. La Cosmologie, lundi de 10 1/2 h. à 12 h., mardi à 11 h. et vendredi de 11 1/2 h. à 13 h., pendant le second semestre.

A. Thiéry, Prof. ord. de la Faculté de Médecine. La Psychologie physiologique, mardi et mercredi à 8 h. et jeudi à 11 h., pendant le second semestre.

L. Noel, Prof. ord. de la Faculté de Théologie. L’Introduction à la Philosophie (Encyclopédie de la Philosophie), jeudi à 18 h., pendant le premier semestre. — La Psychologie et la Logique, mercredi, jeudi et vendredi à 9 h., pendant le second semestre.

A. Michotte, Prof. extraord. de la Faculté de Médecine. La Psychologie, lundi à 11 h.., pendant le premier semestre. — L’Introduction à la Psychologie physiologique, vendredi à 15 h., pendant le premier semestre.


2e année. — Licence.
cours généraux.

D. Nys, Prof. ord. de la Faculté de Philosophie et Lettres. Questions spéciales de Cosmologie : le Temps et l’Espace, samedi à 9 h. pendant le premier semestre ; mardi à 11 h. pendant le second semestre.

M. De Wulf, Prof. ord. de la Faculté de Philosophie et Lettres. L’Histoire de la philosophie médiévale (2e partie), et de la philosophie moderne, vendredi de 16 h. à 17 1/2 h., pendant le premier semestre ; jeudi de 15 1/2 h. à 17 h., pendant le second semestre.

A. Thiéry, Prof. ord. de la Faculté de Médecine. L’explication du traité « De Anima » de Saint-Thomas, mercredi à 12 h., pendant le premier semestre, et mardi à 11 h., pendant le second semestre.

L. Noël, Prof. ord. de la Faculté de Théologie. Questions spéciales de Psychologie et de Logique (cours de deux années) : La théorie thomiste de la connaissance, lundi à 9 h. et mardi à 10 h. pendant le premier semestre ; le Problème de la Connaissance au XIXe siècle, lundi et samedi à 12 h., pendant le second semestre.

A. Michotte, Prof. extraord. de la Faculté de Médecine. La Psychologie physiologique, mardi à 11 h., mercredi et jeudi à 10 1/2 h., pendant le premier semestre.

N. Balthasar, Prof. extraord. de la Faculté de Théologie, La Métaphysique générale et l’Analyse critique du traité « de Ente et Essentia » de Saint-Thomas et du traité « in Boët. de Trinit. », lect. IIIe inter opusc. S. T. op. 34, lundi à 17 1/2 h., jeudi et vendredi à 16 1/2 h., pendant le premier semestre ; mercredi, jeudi et vendredi à 12 h., pendant le second semestre.

J. Forget, Prof. ord. de la Faculté de Théologie. La Philosophie morale, jeudi et vendredi de 9 h. à 10 1/2 h., pendant toute l’année.

A. Mansion, chargé de cours. La Philosophie d’Aristote : le traité de la Physique.


3e année. — Doctorat.
cours généraux.

S. Deploige, Prof. ord. de la Faculté de Droit. Le Droit naturel, mercredi et vendredi de 8h. 1/2 à 10 h., pendant le premier semestre. — La Philosophie sociale, mardi de 8 h. à 9 h. 1/2 et vendredi de 8 h. 1/2 à 10 h., pendant le second semestre.

D. Nys, Prof. ord. de la Faculté de Philosophie et Lettres. Questions spéciales de Cosmologie : le Temps et l’Espace, cours indiqué ci-dessus.

A. Thiéry, Prof. ord. de la Faculté de Médecine. L’explication du traité « De Anima » de S. Thomas, cours indiqué ci-dessus.

M. de Wulf, Prof. ord. de la Faculté de Philosophie et Lettres. L’Histoire de la philosophie médiévale (2me partie) et de la philosophie moderne, cours indiqué ci-dessus.

L. Noel, Prof. ord. de la Faculté de Théologie, Questions spéciales de Psychologie et de Logique (cours de deux années), indiqué ci-dessus.

M. Balthasar, Prof. extraord. de la Faculté de Théologie. La Théodicée (première partie : Existence de Dieu), mardi et mercredi à 17 h. 1/2, pendant le premier semestre.

L. Becker, Prof. ord. de la Faculté de Théologie. La Théodicée, lundi, mardi, mercredi et jeudi, de 9 h. 1/2 à 11 h., pendant le second semestre.

J. C. de la Vallée Poussin, Prof. ord. de la Faculté des Sciences. La Méthodologie mathématique, vendredi et samedi à 10 h., pendant le second semestre.

M. Defourny, Prof. ord. de la Faculté de Droit. L’histoire des théories économiques au XIXe siècle, cours indiqué ci-dessus.

conférences.
B) Le lundi à 13 heures :

L. de Lantsheere, Le mouvement néo-kantien et l’école de Marbourg.

H. Lebrun, La théorie de l’évolution devant l’expérience.

G. Kurth, Le matérialisme historique.

Johannes Joergensen, La mystique italienne au XIVe siècle.

A. Diès. La transposition platonicienne.

Edgar Janssens, La morale d’Aristote.

M. S. Gillet, Les postulats religieux de la pédagogie.

T. De Hovre, La pédagogie sociale en Allemagne.

C. Jacquart, La criminalité des principaux pays d’Europe.


cours pratiques.

Laboratoire de psychologie expérimentale, sous la direction de A. Thiêry et A. Michotte.

Conférence de philosophie sociale, sous direction de S. Deploige et M. Defourny, le mardi a 17 h. 1/2.

Séminaire d’histoire de la philosophie du moyen âge, sous la direction de M. De Wulf.

Séminaire d’histoire de la philosophie moderne, sous la direction de L. Noël.

Séminaire de psychologie expérimentale, sous la direction de A. Michotte.

Séminaire de métaphysique, sous la direction de N. Balthasar.


cercles d’études.

Société philosophique, sous la direction de A. Thiéry.

Cercle d’études sociales, sous la direction de S. Deploige.


SUISSE
Genève.

Philosophie : M. Adrien Naville, professeur. — Semestre d’hiver : Logique, 3 h. — Semestre d’été : Classification des Sciences, 3 h.

M. Charles Werner, Prof. ord. — Histoire de la philosophie : La philosophie depuis les origines de la pensée grecque jusqu’à la Renaissance. Lundi, mercredi et samedi à 4 h. — Philosophie : Les principales théories de l’esthétique depuis Kant jusqu’à nos jours. Mercredi à 10 h. — Conférence de philosophie : Lecture et interprétation des Méditations métaphysiques de Descartes. Vendredi et samedi à 2 h.

Psychologie expérimentale : M. Ed. Claparède, professeur. Psychologie de l’enfant, 1 h. par semaine. — Psychologie expérimentale, 2 h. par semaine. — Recherches spéciales, tous les jours.

Philosophie : M. Otto Karmin, Doct. en philosophie, privat-docent. Le socialisme libéral : Dühring, Hertzka, Oppenheimer.

Lausanne.

Philosophie : M. Maurice Millioud, professeur, Histoire de la philosophie, de la Renaissance à nos jours, 3 h. — Philosophie générale : les problèmes, les applications, 2 h. – Sociologie générale : 2 h. – Séminaire de Sociologie, une soirée par quinzaine.

Neuchâtel.

Philosophie : M. Arnold Reymond, prof. — Histoire de la philosophie ancienne, 3 h. – Conférences philosophiques. Sujet : Leibniz, Nouveaux essais sur l’entendement humain, publié par E. Boutroux, Paris, Delagrave, 1 h. — Les grands courants de la pensée scientifique dans l’antiquité, 2 h. — Pédagogie : Questions concernant les méthodes et la matière de l’enseignement secondaire, 1 h.

Philosophie : M. Archibald Alexander, privat-docent. — Histoire de la philosophie anglaise, 1 h. (c. l.). — Kant, Critique de la raison pure, 1 b. (c. l.). — Le Pragmatisme, 1 h. (c. l.). – Philosophie : M. Emile Lombard, privat-docent. – : Psychologie de la religion, 1 h, (c. 1.).

Philosophie sociale : M. André de Madany, professeur. — Philosophie du droit, 2 h. — Sociologie : hiver, partie spéciale : Sociologie de la paix et du pacifisme, 1 h. — Été, partie générale, 1 h. — Législation sociale, 2 h. — Séminaire de législation sociale, 1 h.

Berne.
(Cours de langue française.)

Philosophie : M. A. Leclère, professeur agrégé. — Mercredi à 10 h. : Nature, Culture et Moralité. — Mercredi à 3 h. : Les principaux courants de la Philosophie contemporaine. — Mercredi à 6 h. 15 : Discussion de problèmes de Pédagogie.


DIPLÔME D’ÉTUDES SUPÉRIEURES DE PHILOSOPHIE

Paris.

1. La théorie des classes dans la Philosophie de l’histoire de Barnave.

Texte : Lucrèce, De natura rerum, livre II.

2. Platon dans Schopenhauer.

Texte : Aristote, Politique, livre III.

3. Une méthode de vie intérieure : Les Exercices spirituels, d’Ignace de Loyola. — Étude d’histoire et de psychologie religieuse.

Texte : Descartes. Méditations. I, II et III.

4. La notion de Science chez Renan et le positivisme.

Texte : Spinoza. Ethica, pars tertia.

5. La logique de Gassendi.

Texte : Platon. République, livre VII.

6. La doctrine du temps et de l’espace chez Plotin.

Texte : A. Comte, Discours sur l’Esprit positif.

7. Contribution à l’étude de la dissolution de la vie affective dans les démences.

Texte : Correspondance de Leibniz et d’Arnauld.

8. Les postulats de la dynamique.

Texte : Descartes. Regulæ ad directionem ingenu, les 12 premières règles.

9. Essai sur les rapports de la théorie de la connaissance et de la théorie des passions chez Spinoza.

Texte : Kant. Critique de la Raison pure. Préface et Introduction.

10. L’esthétique de la peinture classique au xviie siècle.

Texte : Sénèque, Lettres à Lucilius 63, 66, 67, 70, 71, 106, 118, 121.

11. Les formes morbides de l’Imitation.

Texte : Berkeley, De motu.

12. Contribution à l’étude des mouvements inconscients.

Texte : Correspondance entre Spinoza et Blyenberg. Lettres XVIII-XXIV de l’édition Van Vloten et Land.

13. Les principes de la philosophie de la nature de Schelling, dans leurs rapports avec la philosophie de Kant.

Texte : Maine de Biran. Décomposition de la pensée, 1re partie. Édition Cousin. t. I. pp. 1-132.

14. Contribution à l’étude psychologique et physiologique de l’émotion musicale.

Texte : Cicéron, Académiques, livre I.

15. La perception extérieure chez les aveugles.

Texte : Cicéron. De Fato.

16. Le jugement esthétique chez Kant comme pouvoir de connaissance a priori.

Texte : Platon, Phèdre, 245 C jusqu’à la fin.

17. Les idées morales et sociales de Littré.

Texte : Leibniz. Nouveaux Essais sur l’entendement. Avant-propos et livre I.

18. L’intuition cartésienne.

Texte : Platon, Le Timée, 27 A-47 E.

19. Saint Cyrille Plotinien.

Texte : A. Comte, Système de politique positive, ou Traité de Sociologie. T. II, ch. ii. pp. 138-177.

20. Le droit dans ses rapports avec la philosophie et la théologie chez Roger Bacon.

Texte : Traité de Cournot, livre I. (L’ordre et la forme).

21. L’attention dans la démence précoce.

Texte : Spencer, Les bases de la morale évolutionniste.

22. La théologie de Berkeley.

Texte : Platon, Théétète, 112-164 E.

23. Néocriticisme et Pragmatisme (Ch. Renouvier et W. James).

Texte : Kant, Critique de la Raison pure. Esthétique transcendantale.

24. L’art et l’action.

Texte : Hobbes, De Cive, Préface et 4 premiers chapitres (Libertas).

25. Rapport des théories biologiques de M. René Quinton avec la théorie de l’évolution.

Texte : Spinoza, Ethica, pars quinta.

26. Les théories psychologiques et toxiques des hallucinations.

Texte : Leibniz, Meditationes de cognitione et ideis. De rerum originatione radicali.

27. Exposé sommaire de quelques théories de la suggestion.

Texte : Lucrèce, De natura rerum, livre III.




Quelques sujets de diplôme, dans la section germanique, présentent un intérêt philosophique :

1. Le système politique de Justus Moeser.

2. Les idées de Novalis sur la biologie.

3. La théorie de l’Église dans Goerres.

4. F. C. de Savigny étudié dans ses rapports avec le romantisme allemand.

5. Kant, philosophe de l’histoire et du droit.

6. L’esthétique de Hegel.

Besançon.

1. Cournot, historien de la philosophie.

Bordeaux.

1. La psychologie de J.-J. Rousseau d’après les deux premiers livres de l’Emile.

Texte : Sénèque, De Clementia.

Caen.

1. Le principe d’individuation selon saint Thomas et selon Duns Scot.

Texte : Spinoza, De Intellectus Emendatione.

Lille.

1. De l’influence de Carlyle sur John Stuart Mill.

2. La Morale de Malebranche.

3. Le Souverain Bien selon Aristote et selon Zénon.

Lyon.

1. La représentation de l’étendue chez les aveugles-nés. Le sens de l’espace.

2. Le temps et l’espace chez Schopenhauer.

3. La Différenciation et le Mécanisme. Études historiques et critiques sur les rapports de la métaphysique et de la science dans l’étude des problèmes de la vie.

4. L’anti-intellectualisme bergsonien.

Montpellier.

1. Les idées politiques et sociales de Saint Thomas d’Aquin.

Texte : Hume, Traité de la Nature humaine, les deux premières parties (texte anglais).

Poitiers.

1. La Philosophie de la Religion de M. Émile Boutroux.

Rennes.

1. L’interprétation du Spinozisme par Leibniz.

Texte : Cicéron, Académiques, livre II, Lucullus.


AGRÉGATION DE PHILOSOPHIE

Concours de 1912.
sujets proposés pour les épreuves écrites

1. Le parallélisme psycho-physique.

2. Rapports de l’induction et de la déduction.

3. De la connexion des phénomènes dans Malebranche et dans Berkeley.

sujets des leçons données aux épreuves orales

1. Les effets de l’habitude.

2. L’analogie.

3. La relativité de la connaissance.

4. L’art et le jeu.

5. De l’idée de science normative.

6. Valeur objective des idées générales.

7. Rapports des idées d’espace et de temps.

8. L’expérimentation en psychologie.

9. Théorie intellectualiste de la volonté.

10. « Étatisme » et libéralisme.

11. Place du sentiment en morale.

12. Le progrès moral.

13. La reconnaissance des souvenirs.

14. Une nation peut-elle être considérée comme une réalité morale ?

15. Individualité et Personnalité.

16. Histoire et Sociologie.

17. Qu’est-ce qu’expliquer ?

18. L’autorité de la conscience morale.


LIVRES NOUVEAUX

Les étapes de la Philosophie mathématique, par Léon Brunschvicg, docteur ès lettres, professeur de philosophie au lycée Henri IV, 1 vol. in-8° de xi-591 p., Paris, Alcan, 1912. — « Le philosophe, écrit M. Brunschvicg (p. 462), n’a pas à inventer une solution du problème de la vérité ; il a seulement à découvrir comment, en fait, l’humanité l’a résolu. De ce point de vue, il n’y a pas de meilleur instrument de travail qu’une enquête aussi complète que possible sur le passé de la science, suppléant par l’observation ethnographique aux lacunes de la tradition écrite, de là s’efforçant de suivre la filiation des idées à travers l’influence réciproque des recherches techniques et des vues philosophiques. » Ainsi se trouvent excellemment définis, par l’auteur même, l’objet et la méthode du curieux et bel ouvrage que nous avons sous les yeux. M. Brunschvicg montre successivement comment les tâtonnements des peuples primitifs ont abouti à la constitution d’une arithmétique organisée, et comment cette arithmétique a produit l’arithmétisme des Pythagoriciens ; comment les recherches géométriques et le paradoxe des grandeurs irrationnelles ont provoqué la naissance de l’idéalisme platonicien ; comment se sont développées, l’une en opposition directe à la dialectique platonicienne et sous l’influence des recherches biologiques, l’autre dans les écoles platoniciennes elles-mêmes, la logique aristotélicienne et la géométrie euclidienne ; comment enfin la découverte de la géométrie analytique soulève des problèmes nouveaux concernant la nature de l’intelligence, et comment, sur ce point, l’histoire des mathématiques éclaire d’un jour nouveau l’histoire des systèmes de Descartes, de Pascal, de Spinoza, de Malebranche.

La découverte du calcul infinitésimal constitue un stade nouveau, à laquelle répond, dans l’ordre philosophique, l’idéalisme leibnizien. Mais Leibniz ne tire pas, de sa grande découverte, les conséquences purement idéalistes qu’il devrait. Puis le succès de la physique newtonienne, les difficultés où s’embarrassent les métaphysiciens trop réalistes du calcul infinitésimal, expliquent comment la philosophie mathématique d’un Kant ou d’un Comte constitue, d’une manière à certains égards commune aux deux systèmes, une sorte d’arrêt dans le développement de l’idéalisme occidental. Mais l’invention mathématique continue ses progrès : les recherches sur la géométrie non-euclidienne, les audacieuses découvertes de l’analyse, brisent les cadres établis de la mathématique et de la philosophie. De là de nouveaux conflits de systèmes, qu’explique l’histoire de la pensée mathématique. Réalisme finitiste d’un Renouvier ; nominalisme d’un Paul Tannery ; panlogisme d’un Russell ; intuitionisme irrationaliste d’un Bergson.

M. Brunschvieg rejette le rationalisme abstrait et statique des logisticiens : « Le véritable objet d’une théorie des relations, ce n’est pas la forme vide et indéterminée de la relation : ce sont les opérations effectives que l’esprit humain a dû accomplir pour se rendre maître des rapports entre les événements et entre les choses ; c’est le mouvement intellectuel qui progressivement a rapproché les unes des autres ces diverses opérations et en a découvert l’unité systématique (p. 559). Il n’admet pas davantage la prétention émise par le pragmatisme d’être la seule doctrine véritablement concrète et dynamique : « Cette fécondité, cette imprévisibilité, que le pragmatisme et l’intuitionisme contemporains ont, un peu à la légère, présentées comme les marques d’une activité étrangère à la raison… nulle part n’apparaissent d’une façon plus saisissante et plus caractéristique que dans le rayonnement » des notions mathématiques les plus abstraites (p. 544).

La pensée mathématique ne va pas, comme le veulent, d’accord sur ce point, les logiciens de l’école aristotélicienne, les logisticiens modernes et les pragmatistes, du général au particulier ; elle n’est pas classificatrice d’une matière antérieurement donnée dans l’intuition ; elle va du particulier au général, elle est progressive, divinatrice, créatrice. « La psychologie de l’intuition mathématique finit par rejoindre dans leur interprétation authentique l’intellectualisme de Platon et l’intellectualisme de Descartes ; elle nous interdit d’apercevoir dans l’opposition de nature que l’on a établie de nos jours entre l’intelligence et l’intuition autre chose qu’un accident malheureux de l’histoire » (p. 452).

Nous savons que ce résumé succinct fait très mal sentir la variété, l’ingéniosité, la profondeur des recherches érudites qui servent de support aux conjectures philosophiques de l’auteur. Nous ne prétendons pas, d’autre part, chercher sur quels points déterminés, de théorie ou d’histoire, la philosophie de M. Brunschvieg pourrait soulever des difficultés, appeler des réserves : elle sera d’ici peu, nous n’en doutons pas, l’objet de fécondes discussions. Nous nous bornons à saluer l’apparition d’un livre qui nous paraît destiné à renouveler, à bien des égards, l’histoire de la philosophie classique, l’histoire même des sciences, et qui exprime, d’une manière plus adéquate qu’aucun livre encore paru, la philosophie d’une génération, l’idée qui présida jadis à la fondation de la Revue de Métaphysque et de Morale.

Une philosophie nouvelle. Henri Bergson, par Édouard Le Roy, 1 vol. in-16 de 209 p., Paris, Alcan, 1912. — En publiant ce livre, qui était si attendu, M. Le Roy s’est proposé un double but : préparer à l’étude des ouvrages de M. Bergson, et d’autre part dissiper quelques-unes des méprises auxquelles cette étude a déjà donné lieu. À ce double but correspondent, dans une certaine mesure, les deux parties du livre. D’une part, une vue d’ensemble ; d’autre part, des explications complémentaires sur divers points de la doctrine : sur l’immédiat, sur la théorie de la perception et la critique du discours ; sur les problèmes de la conscience (durée et liberté), de l’évolution (vie et matière), de la connaissance (analyse et intuition). Nous n’avons pas besoin de dire avec quelle parfaite probité intellectuelle, avec quel talent d’exposition M. Le Roy a réussi à faire des conceptions bergsoniennes le résumé à la fois le plus pénétrant et le plus personnel ; d’ailleurs M. Bergson lui-même a prononcé sur ce résumé un jugement décisif que M. Le Roy a recueilli dans sa Préface. Les traits caractéristiques de ce résumé nous paraissent être la subordination de la doctrine, nécessairement déterminée et finie, à la méthode dont les promesses sont indéfinies ; d’autre part, dans la méthode elle-même, et quoique M. Le Roy ait recours à un texte intéressant de Sainte-Beuve pour faire entendre la démarche de la pensée bergsonienne, la subordination de la vision esthétique du monde à une forme de connaissance qui, tout en le dépassant, aurait quelques-uns des caractères du savoir scientifique : « La philosophie diffère donc de l’art en deux points essentiels : d’abord, elle s’appuie sur la science, l’enveloppe et la suppose ; puis elle implique l’épreuve de vérification proprement dite » ; enfin l’effort pour faire entrevoir, au delà des résultats aujourd’hui atteints par M. Bergson et comme une conséquence dernière de l’application de sa méthode, l’affirmation la plus nette de la transcendance religieuse.

Solidarité, par Léon Bourgeois, 7e éd. revue et augmentée ; 1 vol. in-8° de ii-294 p., Paris, Armand Colin, 1912. — Cette nouvelle édition atteste le succès obtenu par la doctrine de M. Bourgeois. Depuis la publication, en 1896, des quatre études réunies sous le titre de Solidarité, cette doctrine n’a cessé de s’enrichir, dans la pensée de son auteur, de points de vue et de corollaires nouveaux, en même temps que les applications pratiques s’en multipliaient, dans la vie sociale, soit par des mesures législatives, soit par des œuvres nouvelles de solidarité et de mutualité : M. Bourgeois a eu la fortune, assez rare de nos jours, d’attacher son nom à une doctrine morale, et de doter tout un parti d’une idéologie, d’une philosophie originales. C’est cette philosophie que l’on retrouvera, une et cohérente, dans les développements divers que lui a donnés, en diverses occasions, son auteur. À la suite de l’étude de 1896 on lira les rapports lus en 1900 par M. Bourgeois au Congrès international d’Éducation sociale, sur la solidarité dans ses rapports avec la justice et la liberté ; les conférences faites en 1901, 1902 et 1903 à l’École des hautes études sociales sur l’idée de solidarité et ses conséquences sociales (la justice sociale — la dette sociale et le quasi-contrat social, les risques sociaux et l’assurance sociale — les applications sociales de la solidarité), avec le compte rendu des discussions auxquelles ces conférences ont donné lieu. Plus récent est le rapport présenté au VIIe Congrès de l’Institut international de Sociologie à Berne sur les Limites sociales de la solidarité. M. Bourgeois constate la décadence du vieil esprit individualiste, les progrès de l’esprit d’association, la multiplication des cartels, des trusts, des sociétés mutuelles et corporatives, des syndicats ouvriers et patronaux : « Chacun des groupements ainsi constitués est animé d’un esprit de corps particulier souvent exclusif, et se réclame, pour légitimer ses actes, des principes de la solidarité » (p. 288). Or il arrive que ces actes corporatifs troublent la vie nationale, compromettent la sécurité et la prospérité du pays. Le promoteur de la doctrine de la solidarité se devait donc d’examiner si de telles entreprises peuvent légitimement se réclamer de l’idée de solidarité, s’il n’y a pas là, au contraire, « une méconnaissance profonde des lois de justice mutuelle et d’harmonie organique qui conditionnent la solidarité sociale ». Et il ne pouvait pas ne pas observer que si, dans chaque corporation, l’intérêt général du groupe doit prévaloir sur l’intérêt égoïste de chacun de ses membres dans l’ensemble de la vie sociale l’intérêt général du groupe total ne saurait non plus être sacrifié à l’intérêt égoïste de l’un ou de plusieurs des groupes partiels ; la loi de justice mutuelle doit se soumettre l’égoïsme collectif aussi bien que l’égoïsme individuel. Peut-être pourrait-on trouver inexacte l’expression de « limites » de la solidarité, quand il s’agit, comme ici, non point d’une restriction quelconque apportée au principe de la doctrine solidariste, mais tout au contraire d’un corollaire immédiat et essentiel de ce principe.

Sancti Thomæ Aquinatis Quæstiones Disputatæ. De Anima, par F. Hedde. Édition nouvelle avec introduction et notes. 1 vol. in-16 de 48-348 p., Paris, Lecoffre, 1912. — Cette réédition d’un opuscule célèbre de Saint Thomas a été faite pour des étudiants et spécialement en vue de l’enseignement. L’introduction qui la précède se limite donc à des considérations assez générales et à un résumé sommaire du De anima. Les notes qui accompagnent le texte ont également le caractère élémentaire qui convient à un livre scolaire, ce qui ne veut pas dire que toutes soient inutiles même à un lecteur déjà quelque peu familier avec la doctrine de Saint Thomas. Cependant l’érudition de ce commentaire est parfois un peu flottante, et il se pourrait que la simplification n’ait pas toujours été volontaire. On aurait aimé que des nombreux « quidam dicunt » dont le texte est semé quelques-uns au moins fussent déterminés. L’une des grandes difficultés de Saint Thomas est l’ignorance où nous sommes souvent des doctrines qu’il réfute ; un commentaire ne saurait être vraiment utile s’il ne s’efforce pas de les retrouver et de nous les faire connaître. C’est qu’en réalité l’auteur envisage plus volontiers Saint Thomas par rapport au temps présent que par rapport à celui dans lequel il a vécu. Et c’est ce qui explique le peu de familiarité qu’il semble avoir avec la philosophie médiévale. Il en est réduit à conjecturer que la doctrine d’une âme composée de matière et de forme était courante à l’époque de Saint Thomas (p. 87) ; nul n’ignore que Saint Bonaventure l’enseignait et bien d’autres avant lui. C’est encore Saint Bonaventure que l’auteur a sous les yeux sans paraître s’en douter (p. 184) et aussi Albert le Grand, à propos de l’introduction des formes dans le corps ; mais on nous présente cette page comme une réfutation anticipée de Rosmini. Ailleurs on se demande si Saint Thomas est sincère ou ironique dans un témoignage d’estime décerné à Maïmonide ; la question est surprenante. Rabbi Moyses est une source capitale de Saint Thomas, et l’influence en est sensible dans son œuvre, même lorsqu’il n’est pas cité. L’attitude de Saint Thomas à son égard a toujours été une attitude de déférence et d’estime. Il y a donc bien à dire sur tout cela. Et néanmoins l’auteur a fait une œuvre très méritoire en s’efforçant de ramener ceux que la scolastique intéresse à l’étude directe de Saint Thomas. Que les théologiens modernes substituent la Somme au manuel de Reinstadler, personne ne s’en plaindra. Et nous y gagnerons peut-être des éditions critiques et explicatives où les préoccupations dogmatiques n’apparaîtront pas nécessairement comme inconciliables avec une connaissance suffisante de la philosophie médiévale.

Du Luthéranisme au Protestantisme, évolution de Luther de 1517 à 1528, par Léon Cristiani. 1 vol. in-8 de xxi-403 p., Paris, Bloud, 1911. — « La Réforme, a dit Harnack, se conclut dans une contradiction ». C’est ce que le présent ouvrage se propose d’établir en opposant les deux termes de : luthéranisme et protestantisme. Étudier l’évolution de Luther et montrer comment après avoir conçu une religion de liberté, tout intérieure, sans prêtres, sans hiérarchie, sans organisation extérieure, il en est venu à reconstituer les cadres d’une nouvelle Eglise et ériger sa propre pensée en dogme intangible, tel est le plan que l’auteur s’est efforcé de réaliser. Il s’agit en somme pour lui d’établir cette conclusion dogmatique : une religion, dans la mesure où elle est vraiment « religieuse », doit inévitablement prendre corps dans une Église. Mais cette thèse ne nous est présentée que comme la conclusion qu’impose à l’esprit la constatation des faits historiques. L’auteur a fait un effort considérable pour atteindre à l’impartialité dans un sujet où son parti était pris d’avance, et il y a vraiment réussi. Décidé à parler de Luther avec une sympathie qu’il déclare lui-même « méthodologique », il semble avoir été parfois conduit à une sympathie réelle non moins conciliable que la précédente avec la liberté critique. C’est dans cet esprit que l’analyse des états d’âme différents par lesquels passa Luther se trouve abordée, analyse psychologique et doctrinale à la fois, les deux points de vue se confondant inévitablement dans bien des cas. Les exposés historiques qui nous conduisent de l’évolution intérieure de Luther à la constitution du protestantisme et à la fondation d’une Eglise d’Etat sont très précis en ce qui concerne la personne même de Luther ; ils le sont moins en ce qui concerne les circonstances extérieures, l’état du milieu social qui permet à la réforme intérieure de Luther d’engendrer un mouvement collectif dont la portée a été incalculable. Cette réserve n’est d’ailleurs pas destinée à diminuer la valeur de l’ouvrage, mais à préciser les limites dans lesquelles on aura intérêt à le consulter.

Étude sur la « Théologie Germanique », suivie d’une traduction française faite sur les éditions originales de 1516 et de 1518, par Maria Windstosser. 1 vol. in-8 de xi-218 p., Paris, Alcan, s. d. — L’opuscule anonyme publié pour la première fois par Luther en 1516 sous le nom de Theologia Deutsch, et dont les réimpressions ont été extrêmement nombreuses, méritait assurément de retenir l’attention des historiens. La monographie qui vient de lui être consacrée et qui comprend une étude sur la « Théologie Germanique », suivie d’une traduction de ce texte, n’était pas superflue, les travaux antérieurs n’étant généralement que des études partielles insérées dans les ouvrages relatifs à Luther et au mysticisme allemand. En tous cas le plan adopté par l’auteur semble épuiser plus complètement qu’on ne l’avait jamais fait l’ensemble des problèmes que soulève l’étude de ce livre célèbre. Texte, sources, influence de la Théologie Germanique sont successivement examinés ; mais il faut bien dire que de grosses difficultés sont subtilisées ou demeurent sans solution. La plus grave de toutes peut-être est relative au texte même ; celui qui nous est donné est celui de Luther, alors que le seul manuscrit subsistant donne un texte sensiblement différent. Sans aller jusqu’à suivre les historiens qui attribuent à Luther la paternité du traité, on peut et l’on doit se demander s’il n’en a pas rédigé une bonne partie. Du moins aurait-il été souhaitable que le lecteur français pût comparer les différents textes par des tables de variantes. Pfeiffer, qui a publié l’unique manuscrit de l’opuscule, prétendait avoir retrouvé le texte original. On nous dit que « cette opinion serait à discuter ». Nous ajoutons qu’il est regrettable que la discussion n’en ait pas été faite, car l’établissement du texte fait défaut à la présente édition. En ce qui concerne les sources de la Théologie Germanique, bien des réserves s’imposeraient. L’auteur les fait à notre gré trop exclusivement néo-platoniciennes, nous concéderons volontiers que la pensée de Plotin ait fortement influencé ce traité par l’intermédiaire du pseudo-Denys, mais lorsqu’il s’agit de théories telles que l’incompréhensibilité et l’ineffabilité divines il est bien inutile de citer Plotin et Denys. Cette doctrine était au xive siècle universellement reçue et l’auteur anonyme pouvait la tenir de Duns Scot, Saint Bonaventure, Saint Thomas ou tout autre théologien antérieur. Enfin il semblera peut-être que l’étude de l’influence que la Théologie Germanique a exercée soit imprégnée à l’excès d’une exégèse plus dogmatique qu’historique ; toute la partie relative à saint Paul et qui se fonde sur l’autorité de Renan, de A. Sabatier et de F. Baur, parait supposer des thèses religieuses sous-jacentes dont la présence inquiète l’historien. Ces réserves ne doivent pas nous faire oublier que l’introduction qui précède l’ouvrage contient nombre de renseignements précieux. Mais surtout la traduction française du texte si difficile de la Theologia Deutsche est un travail méritoire et utile. Cet allemand théologique et archaïque, hérissé de difficultés continuelles, constituait un obstacle sérieux contre lequel de vieilles traductions françaises n’étaient que d’un faible secours. Il sera désormais très aisé de consulter un texte dont l’importance est capitale au point de vue de l’histoire du mysticisme médiéval et de l’évolution du protestantisme naissant. Et cela seul constituerait un apport qui n’est pas négligeable.

Hegel. Sa vie et ses œuvres, par P. Roques, professeur agrégé d’allemand au lycée de Chartres. 1 vol. in-8 de 358 p., Paris, F. Alcan, 1912. — H. Roques, regrettant que la France se laisse dépasser dans la connaissance de l’hégélianisme non seulement par l’Allemagne, mais par l’Angleterre, les États-Unis et l’Italie, a « rédigé le présent ouvrage dans la simple intention de donner au lecteur français non spécialiste un fil d’Ariane à travers l’œuvre cyclopéenne de Hegel ». Bien que M. Roques ait lu tous les manuscrits de Hegel, encore en partie inédits, il ne faut pas chercher dans son travail de minutieuses recherches d’érudition, ni de nouvelles interprétations dogmatiques ; on y trouvera une biographie assez détaillée de Hegel et le résumé naturellement extrêmement rapide de ses principales œuvres. Certes nous ne reprocherons pas à M. Roques d’avoir préféré, à une méthode d’exposition dogmatique du système définitif, tel qu’il se trouve dans la dernière édition de l’Encyclopédie, une méthode génétique consistant « à suivre Hegel, à nous intéresser à l’homme au moins autant qu’à l’œuvre, à accorder une importance assez grande à ses petits travaux non systématiques » ; nous reconnaîtrons même qu’en suivant cette méthode, M. Roques a écrit un livre « littéraire, agréable et vivant ». À la vérité, le choix de ce procédé n’excluait nullement, et impliquait au contraire, semble-t-il, des analyses fouillées du système à chacune de ses périodes, des recherches approfondies sur les rapports de Hegel avec ses contemporains, sur les influences subies et exercées par lui, sur les dates critiques de son histoire intellectuelle. À partir de quel moment Hegel s’émancipe-t-il de l’influence de Schelling ? À partir de quel moment sa philosophie religieuse cesse-t-elle d’être toute critique et négative pour devenir positive et respectueuse de l’essence, sinon des dogmes de la religion ? Quelles ont été les relations de Hegel avec les philosophes romantiques, avec Frédéric Schlegel, avec Baader ? À ces questions et à toutes les questions analogues que l’on pourrait se poser, M. Roques n’apporte point de réponse précise. D’ailleurs il ne le pouvait pas : l’évolution de l’hégélianisme est encore trop mal connue dans le détail, l’œuvre de Hegel est trop considérable, trop dense, trop obscure souvent, pour que la méthode génétique puisse être appliquée avec succès à l’œuvre tout entière de Hegel en moins de quatre cents pages ; un volume semblable à celui-ci eût été nécessaire pour exposer la formation et l’état définitif de l’une quelconque des parties du système de Hegel, de la Philosophie du Droit, par exemple, ou de la Logique. Quels que soient les dons d’exposition de l’historien, son intelligence philosophique, son information générale — et M. Roques a tout cela, nous avons plaisir à le dire — c’est une entreprise désespérée de vouloir donner en quatorze pages (pp. 299-313) une idée d’une philosophie de la religion que Hegel a exposée en plus de neuf cents pages. On ne peut que faire des résumés extrêmement généraux et qui laissent échapper précisément tout ce contenu concret auquel Hegel tenait tant et dont il savait remplir ses ouvrages, comme M. Roques a eu grandement raison de le faire observer dans son intéressante Préface. Les défauts du livre de M. Roques sont de ceux auxquels l’auteur ne peut échapper, parce qu’ils sont donnés dans le plan même et l’idée de son ouvrage, et auxquels il se résigne parce qu’il croit utile d’écrire son livre de telle manière, en vue de tel but, pour tel public. « Y avait-il lieu, se demande M. Roques, d’écrire un ouvrage aussi sommaire et qui, nous le savons, fait tort à Hegel en présentant sa pensée sous une forme trop simple ? Nous serions sans excuse s’il était aisé à tous d’aller au texte et aux ouvrages de critique étrangers, mais ce n’est malheureusement pas le cas. Que les lecteurs que notre livre mécontentera veuillent bien prendre en mains le texte de Hegel, l’étudier avec soin, et donner à notre philosophie française de solides études de détail. Nous serions pleinement satisfait si notre livre, bientôt surpassé, devenait inutile. Mais tel qu’il est, et provisoirement, il fournit peut-être une introduction à une étude du hégélisme et aidera peut-être aussi à dissiper quelques-uns des préjugés qui règnent encore chez nous à l’égard de Hegel. » Nous citons ces lignes parce qu’elles marquent fort bien à la fois les qualités et les lacunes de l’ouvrage de M. Roques. Il a bien écrit le livre qu’il voulait écrire, et il serait assez vain de lui reprocher de n’avoir pas voulu en écrire un autre.

Éloges Académiques et Discours, par Gaston Darboux. Volume publié par le Comité du Jubilé scientifique de M. Gaston Darboux. 525 p. in-16, A. Hermann et fils, 1912. – La tradition veut que le secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences prenne rang parmi les premiers, parmi les plus philosophiques, écrivains de sa génération ; et M. Darboux ne dément pas cette tradition. Il a raison de protester, quoiqu’il ait peut-être tort d’en rendre Pascal responsable, contre le préjugé qui exclut les géomètres de l’esprit de finesse. Nul n’est plus disposé qu’un mathématicien à tenir compte de l’individuel et de l’original ; et l’on verra dans ce volume comme M. Darboux fait ressortir à merveille, avec une précision qui n’est pas exempte d’une pointe de malice, les traits qui fixent la physionomie particulière d’un Joseph Bertrand, d’un Charles Hermite, ou d’un Antoine d’Abbadie. Nul n’a plus le sens de l’universel, qu’il s’agisse de mettre en lumière l’unité intrinsèque de la science, ou d’insister sur le rôle grandissant que joue dans le progrès scientifique l’organisation internationale. Sur ce dernier point, qui marque le caractère propre de la science dans la génération actuelle, on trouvera le plus grand intérêt à relire les pages consacrées par M. Darboux à la Carte du Ciel, et surtout à l’Association internationale des Académies.

Der Wahrheitsgehalt der Religion, par Rudolf Eucken, 3e éd. remaniée. 1 vol. in-8 de 421 p. Leipzig, Veit, 1912. — On connait cet ouvrage où le philosophe d’Iéna s’interroge sur la religion, et s’efforce à distinguer de ses formes contingentes et périssables son contenu de vérité et son essence immortelle. Cette troisième édition se distingue des précédentes par quelques modifications dans la forme et par des additions qui concernent surtout les réalisations pratiques du besoin religieux.

Der menschliche Weltbegriff, par le Dr Richard Avenarius, 3e éd. augmentée. 2 vol. in-8 de 274 p. Leipzig, Reisland, 1912. — Les lecteurs de cette revue se souviennent des articles que M. Delacroix a consacrés à l’empirio-criticisme de Richard Avenarius. L’ouvrage dont nous signalons la troisième édition est, avec la Critique de l’expérience pure, l’œuvre essentielle d’Avenarius. Les éditeurs y ont joint de très importantes Remarques sur le concept de l’objet de la psychologie, qui avaient paru en 1894 et 1895 dans la Vierteljahrsschrift für wissenschaftliche Philosophie (vol. {{romain|xviii et xix) : Avenarius y donne une définition du concept d’introjection « légèrement différente de celle qui est contenue dans Der menschliche Weltbegriff » et il « semble que cette première définition soit plus propre que l’autre à faciliter l’intelligence de la notion fondamentale de l’empirio-criticisme ». D’une manière générale la forme de ces Remarques est moins abstruse, plus vivante que celle des grands ouvrages d’Avenarius, et, pour cette raison, les éditeurs ont eu une idée heureuse en les ramenant au jour. Ce volume contient enfin un article de Wilhelm Schuppe qui avait paru en 1893 dans la Vierteljahrsschrift sous le titre La confirmation du réalisme naïf. Lettre ouverte au Prof. R. Avenarius. M. Schuppe y signale la concordance de ses vues avec bon nombre des théories d’Avenarius, et s’efforce d’établir que sa doctrine, classée à tort d’ordinaire parmi les doctrines idéalistes est, en vérité, réaliste (p. 151). Cet article peut être considéré comme une exposition à peu près complète et particulièrement dense des idées de M. Schuppe.

Wissenschaftliche Beilage, supplément au 24e rapport annuel de la Société de Philosophie à l’Université de Vienne. 1 vol. in-8 de 111 p., Leipzig, J. A. Barth, 1912. — Ce volume contient cinq conférences dont voici le contenu.

Le Dr Robert Reininger étudie l’idéalisme critique de Kant au point de vue de la théorie de la connaissance. L’esthétique transcendantale est la partie la plus obscure de la critique kantienne ; Kant apparaît tantôt comme un hyper-idéaliste, tantôt comme un demi-idéaliste, selon que l’on insiste sur le fait que le moi n’est pour lui qu’un phénomène du sens interne, ou sur le fait qu’il reconnaît la réalité de choses en soi. On a tort de croire, en exagérant l’importance relative des Prolégomènes, que le point de départ de Kant est le système des jugements synthétiques a priori, quand ce point de départ est en réalité dans l’intuition empirique de la conscience naturelle. De l’analyse de ce donné résulte la doctrine de l’idéalité de l’espace et du temps, et cela non pas en vertu de preuves, mais par la considération intuitive de la nature de l’expérience. L’idéalisme critique de Kant consiste essentiellement à caractériser la réalité empirique en en découvrant les facteurs constitutifs et nécessaires. Son résultat le plus important est l’idée que ces différences, au point de vue de la théorie de la connaissance, dans l’expérience totale, n’entraînent pas par elles-mêmes de différences de rang au point de vue de la réalité métaphysique. Cet idéalisme critique est un anti-idéalisme si l’on entend par idéalisme une doctrine qui transforme les choses en simples représentations, en processus internes se déroulant dans les consciences. Tout idéalisme repose sur la supériorité que l’on accorde a l’expérience interne sur l’expérience externe : l’esthétique transcendantale de Kant, en montrant leur parité, détruit tout idéalisme, aussi bien l’idéalisme cartésien, pour lequel les perceptions extérieures sont des images de réalités placées dans l’espace métaphysique, que l’idéalisme berkeleyien pour lequel ces perceptions, avec leurs déterminations spatiales et temporelles, sont des processus subjectifs. Cette conception de l’idéalisme critique est réaliste, positiviste : elle accorde une valeur de réalité à l’expérience pour la conscience connaissante, et met cette valeur à l’abri des interprétations illusionnistes comme des attaques sceptiques. Seul, cet idéalisme critique permet la constitution d’une théorie de la connaissance indépendante de la métaphysique.

Le Dr Kreibig apporte une Contribution à la théorie de la perception. Il démêle les éléments de la perception, sensation, attention, jugement, affirmation d’existence, coefficient émotionnel, etc. L’objet perçu a des qualités, et, dans l’espace, de l’extension, des limites, un lieu (le temps est pour M. Kreibig quelque chose de psychologique, qui n’appartient pas à l’objet réel du monde extérieur). Mais la simple somme des qualités et des déterminations spatiales ne suffit pas à définir l’objet individuel donné : il y faut quelque chose d’autre, quelque chose qui appartienne au tout concret, et qui n’appartienne qu’à lui : c’est la Gestalt qui constitue la « chose » individuelle ; cette qualité n’est pas pour M. Kreibig une relation, mais le produit des relations entre qualités et déterminations spatiales. Ce qui distingue la perception du souvenir, l’image perçue de l’image reproduite, c’est le jugement d’existence lié à la perception : car il est impossible de trouver, soit dans la qualité soit dans l’intensité du contenu de l’impression, un signe qui permette de distinguer la perception.

Le Dr Karl Schrötter étudie la psychologie et la logique du mensonge. Il y a mensonge quand le dehors ne répond pas au dedans. Schrötter étudie la question des rapports du mensonge avec le psittacisme, avec le jugement ou la tendance. Il analyse ensuite la technique du mensonge et passe en revue les tendances sous l’influence desquelles on ment. Il distingue trois formes principales du mensonge : les mensonges de défense qui sont toujours provoqués du dehors, les falsifications intéressées qui naissent spontanément dans l’individu, enfin les mensonges qui naissent d’un besoin de fiction et qu’on pourrait appeler mensonges esthétiques. M. Schrötter donne à son étude une conclusion pédagogique : les leçons, les prônes, les bons exemples ne peuvent rien contre le mensonge ; ce qu’il faut pour le combattre, c’est donner aux enfants un sens vigoureux de la réalité, faire de la réalité une idée-force, ce que l’éducation néglige trop souvent. Enfin on peut dire aux adversaires du mensonge ce qu’un médecin disait aux adversaires de la tuberculose : « Détruisez la misère, et il n’y aura plus de mensonge ! »

Le Professeur Stöhr a parlé du cerveau et de l’excitation représentative. M. Stöhr localise dans la périphérie les excitations sensorielles et représentatives.

Le Dr Oskar Ewald analyse le problème de l’immortalité. On ne peut se dérober à ce problème même si on se refuse à le résoudre ; car il reste à savoir comment est née l’idée de l’immortalité. En fait, le problème préoccupe, non seulement des métaphysiciens comme Schopenhauer, Hartmann et Wundt, mais des adversaires de la métaphysique, comme Nietsche (idée du retour éternel), comme les positivistes, les évolutionnistes. M. Ewald trouve dans le fait psychologique de l’unité et de l’identité du moi, dans sa transcendance par rapport au temps, dans la nature supra-temporelle du moi, la base profonde du problème de l’immortalité. Ce qui existe hors du temps est par là-même éternel ; si l’identité du moi était absolument étrangère au temps, l’immortalité ne serait pas un problème : elle serait sous-entendue. S’il y a problème, c’est qu’à l’identité intemporelle du moi se mêlent sans cesse des éléments temporels, que ce moi intemporel apparaît comme impliqué, inséré dans le temps. L’antinomie est insoluble ; on n’a le droit de sacrifier aucun des deux termes de cette antinomie l’un à l’autre, ni le moi au temps, ni le temps au moi. Le métaphysicien ne peut prouver l’existence d’un moi absolument indépendant de conditions temporelles ; et le psychologue empiriste ne peut arriver, comme le voudrait l’associationnisme, à construire le moi avec des éléments temporels. L’idée de l’immortalité, c’est la conscience du moi élevée à une puissance supérieure ; or ce moi s’apparaît à lui-même comme à la fois dans le temps et hors du temps : d’où le caractère tragique du problème de l’immortalité et l’impossibilité de donner à l’idée d’immortalité une formule conséquente et unique.

Einführung in die Psychologie, par W. Wundt. 1 vol. in-8 de 129 p., Voigtländer, Leipzig, 1911. — Cette Introduction à la Psychologie est la première publication régulière de la nouvelle collection pédagogique Neue Bahnen, à Leipzig. Elle nous donne un excellent aperçu de la psychologie de Wundt par lui-même, et aborde les problèmes suivants : Conscience et attention, Éléments de la conscience, Association, Aperception, Lois de la vie mentale. Même à côté du Grundriss, ce bref aperçu ne manque pas de mérite propre et garde sa raison d’être. Il subordonne l’étude des éléments à celle des lois fondamentales de l’esprit, et il sait unir la clarté concrète à la concision synthétique. On peut dire que cette Introduction est à beaucoup d’égards une conclusion, et que non seulement les débutants, mais les initiés mêmes auront avantage à la lire.

Perceptionalismus und Modalismus, par Edward John Hamilton. Eine Erkenntnistheorie, trad. allem. de Martin Klose (Philosophisch-soziologische Bücherei, t. XXVIII, Leipzig, Dr. W. Klinkhardt. 1 vol. in-8 de 115 p. — Ce petit livre est le résumé des ouvrages précédents du Prof. Hamilton : The Human Mind, The Perceptionalist or Mental Science, The Modalist or the laws of rational conviction, a logic. C’est un essai de logique pratique « qui ne contredit pas les règles établies, mais les éclaire et les confirme. Ces explications logiques dérivent d’une théorie générale de la connaissance. Le modalisme doit sa naissance à l’application des principes perceptionalistes aux problèmes de la logique » (p. 99). Le perceptionalisme, c’est la doctrine optimiste de la connaissance, celle d’Aristote, des Stoïciens et des Épicuriens, opposée au scepticisme transcendantal, et qui se résume en cette proposition : les perceptions des choses sont vraies. Le modalisme montre comment en beaucoup de cas on peut arriver à une connaissance certaine et en d’autres à une croyance probable par l’inférence et la déduction. Le perceptionalisme est en accord avec les lois de la recherche scientifique ; il jette une vive lumière sur les règles et les formes reconnues de la conviction rationnelle (p. 2) ; ses principes sont immédiatement dérivés de l’analyse des opérations mentales de l’homme : toute science de l’intellect a pour base l’introspection, les perceptions immédiates de l’entendement propre (p. 3). Sur le fondement de ces principes M. Hamilton établit une série de propositions, dont le lien ne nous est pas toujours très nettement apparu, et dont l’ensemble constitue une théorie de la connaissance et une logique bourrées de définitions et d’exemples et où les questions de terminologie tiennent une grande place (voir notamment p. 23 et suiv.). — Les deux dispositions fondamentales de l’esprit ou entendement sont la faculté de penser et celle de croire (p. 4) ; la pensée est l’activité de l’esprit qui dans sa nature ou sa forme coïncide avec la nature ou forme des choses : c’est l’objectivité. La croyance est une sorte de confiance spirituelle ou intellectuelle dont le caractère essentiel est l’assertivité ou capacité d’affirmation. La pensée est objective : cela ne veut pas dire qu’elle est toujours d’accord avec les choses, mais que son essence correspond à l’essence des choses (p. 5). L’objectivité, c’est ce qui est dirigé vers des objets et d’accord avec eux, non ce qui appartient à des objets et est identique avec eux (pour ce dernier sens Hamilton propose objectuel, p. 6). La croyance n’apparaît qu’à la suite de la pensée et plus précisément des idées absolument simples d’existence et de non-existence qui ne requièrent ni ne comportent aucune analyse : ce ne sont pas des choses, mais on peut les affirmer réellement des choses (p. 7). — La perception, premier degré de la connaissance, n’est qu’une espèce particulière de jugement ; la connaissance est la plus parfaite espèce de croyance ; le jugement est toujours, contrairement aux théories d’Aristote, Locke et Kant, l’affirmation de l’existence ou de la non-existence de quelque chose par l’esprit (p. 9). Il est faux que toute proposition soit l’expression déterminée d’un jugement : il y a des propositions purement énonciatives de pensées ou de représentations, d’autres affirmatives. Il est faux que toute proposition affirme ou nie une chose d’une autre, car l’existence n’est pas une chose (p. 10 ; cf. distinction des propositions présententielles et inhérentielles). — Le savoir est une croyance absolue et bien fondée : l’homme peut être sûr de quelque chose qui est faux, auquel cas il ne sait pas, mais est dans l’erreur : pourtant l’homme à l’entendement mûri et sain est capable de savoir et de savoir qu’il sait ; tout acte de pensée n’est pas un acte de savoir, n’a pas un objet réel qui lui corresponde (p. 15). La vérité est l’accord avec les choses, selon la formule fameuse de saint Thomas (p. 15). Le réel, le fait, c’est ce qui existe (p. 16). — Toutes les vérités universelles sont hypothétiques, ce sont des constructions de la pensée formées par l’esprit pour servir de règle aux jugements : car rien ne peut réellement exister sinon en un lieu et un temps déterminés, avec distinction numérique et particularités individuelles (p. 17). Les universaux sont des entités impossibles, toute chose existante est individuelle. — Toute énonciation universelle est une proposition hypothétique : son sujet est l’antécédent et son conséquent le prédicat d’une inférence. — La perception sensible est un acte purement intellectuel : les sujets suprasensibles sont donc pour nous perceptibles aussi bien que les objets sensibles : toute perception, produit de la faculté de l’entendement, est absolument distincte tant des mouvements de l’âme que de l’activité nerveuse (p. 20). — Les formes fondamentales de la connaissance doivent représenter les éléments fondamentaux de l’être (p. 27). — Il y a deux espèces de substances : âme et corps, matière et esprit ; toutes les substances remplissent ou pénètrent l’espace, même les substances spirituelles : la doctrine cartésienne de l’inextension de la substance pensante est contraire à la raison et à l’expérience (p. 29). — L’espace et le temps ne sont pas relations, mais fondements de relations (p. 30) : ils sont perçus aussi bien que les objets. — Lois des conditions : Tout ce qui existe existe en relations nécessaires avec d’autres choses ; des choses de même nature existent dans les mêmes conditions nécessaires (p. 50).

Le reste de l’ouvrage est un résumé de logique formelle où l’on trouvera quelques remarques intéressantes sur la contingence intuitive et inductive, sur la possibilité (pp. 54-61), sur la conversion des propositions (pp. 63-64), sur la conclusion (p. 67), sur les figures et les modes du syllogisme. Le grand reproche qu’on peut faire à M. Hamilton est qu’il laisse obscures les idées mêmes de perceptionalisme et de modalisme, qui tantôt apparaissent comme synonymes de théorie de la connaissance et de logique, tantôt comme désignations de théories propres à l’auteur.

Abriss der Geschichte der Philosophie, par Ch. J. Deter, 10e et 11e éd. remaniées par M. Frischeisen-Köhler, privat-docent à l’université de Berlin. 1 vol. in-8 de vi-192 p. Berlin, Weber, 1912. — Nous avons signalé la neuvième édition de ce bon petit manuel d’histoire de la philosophie (Rev. de mét., mai 1910, supplément, p. 18). Dans cette édition nouvelle et profondément remaniée, les diverses interprétations des grandes philosophies du passé sont développées avec plus de détail et l’état actuel des recherches qui leur ont été consacrées est brièvement indiqué. Signalons, parmi les additions faites dans ce nouveau tirage, les pages consacrées aux conceptions nouvelles de l’histoire de la philosophie, celles de Windelband et de l’école de Marbourg (p. 4-5), à l’interprétation du spinosisme (p. 90), du leibnizianisme (p. 93-94), du système de Schopenhauer (p. 152), à MM. Bergson et Poincaré (p. 171), à la philosophie catholique contemporaine dont M. Frischeisen rattache la stérilité à la rénovation du thomisme par l’encyclique Æterni Patris (p. 177). Nous avions remarqué la place vraiment trop mesurée faite par l’auteur à la philosophie française contemporaine ; nous avions noté aussi que, dans la bibliographie, des ouvrages fondamentaux d’historiens français étaient oubliés, tandis que des articles assez insignifiants d’écrivains allemands étaient cités. Nous ne pouvons que renouveler ici ce double regret, et nous étonner de n’avoir pas trouvé parmi les références bibliographiques les Sceptiques grecs de Brochard, le Saint Thomas de M. Sertillanges, le Böhme de M. Boutroux, le Descartes de Hamelin, le Spinosa de M. Delbos et celui de M. Brunschvicg, le Jacobi de M. Lévy-Bruhl, le Fichte de M. Léon, le Feuerback de M. Lévy, etc. Des oublis aussi graves et aussi nombreux suggèrent l’idée d’un parti pris qui serait indigne à la fois d’un philosophe et d’un historien.

Wilhelm von Humboldts Forschungen über Asthetik, par Hans aus der fuente, doct. phil. (Philosophische Arbeiten, publiées par H. Cohen et P. Natorp, vol. IV. 3e cahier, 1 vol. in-8 de 144 p., Giessen, Töpelmann, 1912). — Guillaume de Humboldt est une personnalité représentative de l’époque idéaliste et, au sens propre du mot, « humaniste », où il a vécu. En lui se retrouvent, avec les idées essentielles de la philosophie de Kant et de Schiller, les aspirations sentimentales et les tendances morales des poètes, des hommes et des femmes les plus remarquables de son temps. En esthétique, Humboldt prolonge la direction ouverte par Kant et Schiller ; il tire les conséquences rigoureuses de l’interprétation que Schiller avait donnée de l’esthétique kantienne. Et l’on trouve que, chez lui, comme chez Schiller, la préoccupation dominante est une préoccupation psychologique, celle de saisir dans son essence propre l’activité esthétique. Kant avait dit que la beauté est une finalité subjective sans fin objective ; Schiller avait découvert que la beauté n’est pas une propriété de l’objet, mais une qualité du sujet. M. de la Fuente, s’inspirant des idées de son maître Cohen, met en lumière les lacunes essentielles de l’esthétique kantienne (p. 2-3), puis les notions fondamentales de l’esthétique de Schiller (p. 4-14) : et ces remarques ne sont nullement des hors-d’œuvre, car, si l’on ne fait leur part à l’influence de l’auteur de la Critique du jugement et à celle de l’écrivain des Lettres sur l’éducation esthétique, il est impossible de se rendre un compte exact de l’évolution de la pensée de Humboldt. En revanche, M. de la Fuente, d’accord sur ce point avec Pott, mais contredisant, à tort, croyons-nous, Ed. Spranger, nie que Schelling ait exercé sur Humboldt aucune influence notable et cette négation entraîne chez lui une certaine exagération du caractère esthétique de la pensée de Humboldt. Laissons de côté ce qui regarde la métaphysique, puisque aussi bien les quelques pages consacrées par M. de la Fuente à cette question (notamment p. 109), d’un caractère surtout polémique, manquent un peu de clarté ; mais il paraît difficile de nier, comme le fait pourtant M. de la Fuente, que la philosophie de Humboldt soit surtout une éthique. Ce que dit M. de la Fuente de l’individualisme de Humboldt au début du volume n’est point inexact : mais on ne se douterait pas, à le lire, qu’il existe un individualisme juridique et politique de Humboldt, et que celui-ci ait écrit un essai pour déterminer les limites de l’activité de l’État. Il semble que l’indépendance attribuée par M. Cohen à l’esthétique dans l’édifice systématique de la philosophie soit pour quelque chose dans cette position un peu artificielle et forcée du problème de l’esthétique de Humboldt ; et d’une manière générale on peut regretter que M. de la Fuente ait écrit son utile et intéressant travail sous l’empire et comme sous l’obsession des constructions théoriques et du langage même de son maître. Il arrive qu’en certains passages on ne sache plus si on lit du Humboldt ou du Cohen. Des expressions telles que « le concept de Stimmung, comme Eros esthétique du génie » étonnent et détonnent un peu : M. de la Fuente eût pu sans doute exposer les idées de Humboldt sans se servir des notions à l’aide desquelles, comme il le dit lui-même (p. 33, note 4), M. Cohen a fondé en 1912 l’Esthétique du sentiment pur. Le lecteur y eût gagné de ressentir plus pleinement, pour l’exposé pénétrant et judicieux de M. de la Fuente, la confiance que celui-ci mérite.

Les Grands Hommes, par W. Ostwald. 1 vol. in-18 jésus de 328 p., Paris, E. Flammarion. — « Pour comprendre scientifiquement les grands hommes, il faut admettre qu’ils ont été des hommes, avec des qualités humaines. Cette manière de voir échappe à la plupart des biographes (et je songe ici à des faits très récents) ; leur but, avoué ou non, est de dire de leur héros tout le bien possible » (p. 17). « Il y a, parmi ceux qui font de grandes découvertes ou de grandes inventions, deux types extrêmes que j’appellerai provisoirement les romantiques et les classiques. Les caractères du classique sont la perfection, à tous les points de vue, de chacune de ses œuvres, une existence retirée, et une action personnelle assez faible sur son entourage ; le romantique présente au contraire d’une façon frappante les qualités opposées » (p. 27). « Les travaux les plus marquants sont faits à un âge relativement peu avancé… Quand, chez un savant, on peut reconnaître nettement un point culminant… à peu près sans exception, ce summum est atteint avant la trentième année » (p. 35). « Tendances et capacités poussent le savant qui vieillit à s’occuper de problèmes pratiques » (p. 41). « Mayer n’eut aucun succès au gymnase, il était un des plus mauvais élèves pour les langues anciennes ; cela arrive régulièrement pour ceux qui seront de grands savants » (p. 65). « L’instruction personnelle par les livres est justement celle qui convient le mieux au génie futur » (p. 235). « L’idéaliste n’est pas celui qui s’occupe de choses inutiles, c’est plutôt celui qui, selon sa profession, met sa vie au service de son pays et de l’humanité, c’est-à-dire leur est utile » (p. 245). « Il est d’autant plus difficile de reconnaître la valeur d’un nouveau progrès que ce progrès est plus grand » (p. 257). « On donnera aux romantiques toute facilité pour faire de l’enseignement, et on en dispensera les classiques autant que possible » (p. 294). Ces citations peuvent donner une idée de la saveur de cet ouvrage. Voici les titres des chapitres : Humphry Davy, Julius Robert Mayer, Michel Faraday, Justus Liebig, Charles Gerhardt, Hermann Helmholz. Idées générales (Supériorité des Allemands, Mouvement rétrograde en Italie et en France, pp. 218-223). La jeunesse. L’œuvre importante. Classiques et romantiques. Ce livre est tonique partout, par une sérénité en face des passions.

Hegels Doctrine of Formal Logic, being a translation of the first section of the subjective logic, avec une introduction et des notes par S. Macran, Fellow of Trinity College and Professor of Moral Philosophy in the University of Dublin, 1 vol. de 315 p., Oxford, Clarendon Press, 1912. — La Wissenschaft der Logik écrite par Hegel à Königsberg, comprend, comme livre III ou deuxième partie, une Subjektive Logik dont la première section est consacrée a ce que l’on appelle communément logique formelle : c’est cette première section, divisée en trois chapitres, dont le premier traite du concept, le second du jugement, le troisième du syllogisme, que M. Macran a traduite avec beaucoup de soin et dans une langue fort claire. Il l’a traduite, d’une part pour donner quelque idée de ce que Hegel entend par logique, au jeune étudiant à qui l’on dit que la doctrine de Hegel est un panlogisme, et qui s’imagine en conséquence que Hegel voit l’explication ultime de toute réalité dans des idées telles que celle-ci : « de ce que tous les porcs sont des animaux, il résulte que quelques animaux sont des porcs » ; et d’autre part, pour montrer que la Logique, la science du λόγος, de la raison divine ou du Verbe, peut être autre chose qu’un ensemble de remarques puériles sur la compréhension et l’extension de « John Smith », d’hexamètres détestables destinés à rappeler des distinctions bonnes à oublier, etc. (p. 3-5). À sa traduction, M. Macran a joint des notes où il précise utilement le sens que certaines notions traditionnelles ont pris dans la langue de Hegel ; deux appendices sur la différence de la conception hégélienne et des conceptions populaires de la logique formelle, et sur la théorie hégélienne des figures du syllogisme, et une introduction étendue (p. 7-111) où il examine très brièvement, mais avec précision et clarté, un certain nombre de points délicats de la logique de Hegel ou même du système hégélien en général : la conception de la philosophie ; l’ordo cognoscendi ; la vérité absolue ; la pensée, sa forme et son contenu ; l’idée d’évolution ; la méthode logique ; les divisions de la logique ; la conception de la logique formelle ; la valeur de la vérité ; la réalisation de la pensée ; la philosophie de la nature ; la philosophie de l’esprit ; les rapports de l’hégélianisme et du christianisme ; le caractère synthétique de la philosophie hégélienne. Il est visible que M. Macran est animé pour cette philosophie d’une très grande admiration, d’une vive sympathie, qu’il y trouve « la plus véridique défense et la plus juste explication du vrai, du bien et du beau » (p. 110). Cette admiration et cette sympathie font fort bien servi, lui ont fait noter avec un tact très sûr les points où la pensée de Hegel est la plus concrète, la plus plausible, la plus vivante aussi et la plus actuelle. Ses interprétations, lors même qu’on pourrait les contester, sont exposées avec une fermeté remarquable (exemple p. 98). Ce volume sera certainement apprécié en Angleterre comme une utile introduction à l’étude de l’hégélianisme.

La reazione idealistica contro la scienza, par A. Aliotta. 1 vol. in-8 de 526 p., Casa éditrice « Optima » Palerme, 1912. — Répondant à un sujet de concours ainsi proposé : Des principales tendances contemporaines de la théorie de la connaissance, avec référence spéciale à la philosophie des sciences, M. Aliotta voit d’une manière générale le caractère prédominant de la philosophie contemporaine dans la réaction contre l’intellectualisme. Par intellectualisme, il entend, en un sens très large, les théories de la connaissance qui accordent une valeur propre et autonome à la fonction cognitive ; et il englobe sous le nom de réaction toutes les tendances pour qui la valeur de la connaissance dépend d’autres fonctions de l’esprit, et qui placent au-dessus de l’intelligence le vouloir et l’imagination.

Dans une première partie, il étudie d’abord la genèse de la réaction contre l’intellectualisme, dans l’agnosticisme, le néo-criticisme, l’empirio-criticisme et le néo-hégélianisme anglais ; puis les trois formes principales de réaction, c’est-à-dire la nouvelle philosophie française, le pragmatisme anglo-américain, et la philosophie des valeurs ; enfin les doctrines restées fidèles à la vieille tradition intellectualiste (Schuppe, Cohen, Nouvelle École de Fries, Meinong). Dans une deuxième partie plus brève, il examine les essais de révision critique qui se sont produits dans le domaine spécial des théories scientifiques, mathématiques et physiques.

M. Aliotta conclut que les doctrines contemporaines qui s’opposent à l’intellectualisme ont le mérite d’avoir proclamé, contre les intempérances du matérialisme scientifique et la froide indifférence du positivisme agnostique, les droits du sentiment et de la volonté, mais que, d’autre part, elles se sont laissé entraîner trop loin par le mouvement de réaction. Pour lui, il n’accepte ni le pragmatisme, ni l’intuitionisme ; mais il n’accepte pas davantage l’intellectualisme entendu en un sens étroit, sous la forme excessive qui conduisit à la réaction. « Restaurer la plénitude de la personnalité consciente, reconnaître aux trois fonctions fondamentales de l’esprit une valeur propre et autonome, en cherchant dans l’unité du sujet humain leur synthèse concrète : telle est, à son avis (p. 526), l’unique manière efficace d’apaiser la lutte séculaire des puissances spirituelles en conflit. » L’effort personnel de M. Aliotta, par opposition à ce que l’on peut appeler le romantisme philosophique contemporain, consiste à revendiquer les droits de l’intelligence et a défendre sa valeur propre. La raison reste l’organe de la philosophie ; et elle a pour tâche d’extraire de toutes les données de divers ordres une synthèse supérieure, pour les transformer en une idée qui comprenne dans son universalité toutes les manifestations de l’être et les contemple sous l’aspect de l’éternité.

Ce travail remarquable témoigne d’une vaste et solide documentation ; il se distingue par la clarté de l’exposition et la vigueur de la discussion. On pourrait trouver sans doute que le point de vue spécial de l’auteur ne permet pas toujours de rendre pleine justice aux théories examinées, et que ses critiques bien souvent ne serrent pas d’assez près les problèmes. Mais cet ouvrage n’en est pas moins une très utile contribution à l’étude du mouvement intellectuel contemporain, et il constitue pour son jeune auteur un excellent début, plein de promesses pour l’avenir.

L’Infinito, par Luigi Botti. 1 vol. in-8 de 529 p. A. F. Formiggini, Gênes, 1912. — L’auteur a réuni avec intelligence un grand nombre de matériaux utiles sur ce vaste sujet. Il a beaucoup utilisé notamment les ouvrages de H. Cohen et de Jonas Cohn ; et il suit de près les considérations et les conclusions de V. Wundt (Cf. pp. 68, 206-227, 440-529.)

Étudiant successivement l’infini dans la nature et dans la science, l’infini de la connaissance théorique, et l’infini mathématique, il aboutit à un point de vue nettement psychologique, et il conclut ainsi : « L’infini est au fond un processus de pensée, et il est, comme tel, interminable, en tant qu’il est activité volontaire. Ce caractère volontariste devient d’autant plus évident, que les termes constitutifs sont plus rigoureusement synthétisés et abstraitement déterminés » (p. 528).

Il y aurait bien des observations à faire, si l’on voulait entrer dans le détail. Les données accumulées ne sont pas assez élaborées, ni ramenées à une systématisation concise et rigoureuse. Pourtant cet ouvrage pourra rendre des services, à titre de revue générale de la question ; il serait seulement désirable qu’il fût muni d’un bon index alphabétique des noms et des matières.

Sigieri di Brabante nella Divina Commedia e le fonti della filosofia di Dante, par Bruno Nardi. 1 vol. in-8 de viii-72 p., chez l’auteur, Spianate (Pescia), 1912. — Cet opuscule est la réimpression d’articles publiés dans la Rivista di filosofia neo-scolastica (avril et octobre 1911 ; février et avril 1912) et se présente comme une contribution à l’étude des sources de la philosophie de Dante. Son point de départ est le texte du Paradis qui place dans le cercle des docteurs illustres, à côté de Thomas d’Aquin, Pierre le Lombard et du pseudo-Denys, un certain Siger qui ne serait autre que Siger de Brabant. Comment concilier cette citation et les éloges décernés au théologien averroïste avec la thèse généralement reçue qui fait de Dante un disciple fidèle de Thomas d’Aquin ? Mandonnet, constatant que « toute la philosophie de Dante est la contradiction même de celle d’Averroès », en conclut qu’il n’était pas renseigné sur les œuvres de Siger. L’auteur en conclut au contraire que Dante fut moins fidèle qu’on ne l’affirme à la doctrine de Thomas d’Aquin et qu’il subit fortement d’autres influences. Pour établir cette thèse il montre que la doctrine d’Averroès a pu venir à la connaissance de Dante et agir sur sa pensée, ainsi d’ailleurs que celle d’Avicenne, l’averroïsme, l’avicennisme, le thomisme et l’augustinisme constituant les quatre courants de pensée auxquels les contemporains de Dante ont puisé. Par l’examen des textes mêmes du poète, il établit ensuite que la cosmologie dantesque, principalement en ce qui concerne la création et la conception du devenir de l’univers, témoignent d’une influence avicenniste et augustinienne. Dieu conçu comme une source perpétuelle de lumière, la causalité attribuée à l’empyrée rappellent le néo-platonisme et la doctrine de la création médiate enseignée par Avicenne. De même dans la conception que Dante se fait de l’âme humaine, de la connaissance et de la moralité des influences non thomistes, se font évidemment sentir. Il est donc permis de conclure contre Mandonnet que Dante n’a pas ignoré la doctrine de Siger de Brabant et l’a citée au contraire en connaissance de cause, puisque l’un et l’autre empruntent beaucoup de leurs idées à la conception néo-platonicienne et avicenniste de l’univers.

Il Metcdo Attivo nell’Emilio. Ripensando l’Emilio. Saggi, par G.-A. Colozza. 1 vol. in-12 de 266 p., Ant. Trimarchi, Palerme, 1912. — À l’occasion du bicentenaire de J.-J. Rousseau, M. Colozza nous présente sur les idées pédagogiques du penseur deux excellentes études, dont la première, La méthode active dans l’ « Emile », a paru d’abord dans la Rivista di Pedagogia (nos de mars et d’avril 1912). M. Colozza veut revenir à la méditation directe des textes, éclairée par la critique, mais sans parti pris ; et il y découvre une doctrine sur certains points assez différente de celle qu’on attribue traditionnellement à son auteur. Il ne conteste pas que la méthode pédagogique préconisée par Rousseau soit, à un premier stade, négative ; mais il démontre, avec un grand nombre de preuves à l’appui, que cette méthode est aussi, sous un autre aspect de plus en plus prépondérant, essentiellement active.

Dans une deuxième étude, En repensant l’ « Emile », il établit que cet ouvrage a pour seul but l’éducation de l’homme en tant qu’homme, la préparation à la fonction d’homme, et qu’il présente ainsi le caractère d’un traité de pédagogie générale ; mais Rousseau n’a pas voulu par là exclure l’éducation sociale et politique, et il en ébauche les grandes lignes, quand l’occasion s’offre à lui, par exemple dans le Discours sur l’économie politique et ailleurs.

M. Colozza n’ignore pas les difficultés et les obscurités de son auteur, et il fait assez large la part du paradoxe et de l’artifice. Mais par là il ne se sent que stimulé davantage à mieux mettre en lumière ce qu’il y a d’original et de fécond dans la nouvelle doctrine ; et il atteint fort bien le but qu’il se propose dans ces pages si vives et si pénétrantes, qui méritent d’être lues et méditées ailleurs qu’en Italie.

L’Idealismo Etico di Fichte e il Socialismo Contemporaneo (Per una religione socialista), par Perego Luigi, 1 vol. in-8 de 268 p., A.-F. Formiggini, Modène, 1911. — Dans cet essai actuel et intéressant de conciliation du socialisme avec l’idéalisme éthique de Fichte, on peut distinguer trois aspects ou trois moments de la démonstration : 1° une certaine conception du socialisme ; 2° une certaine conception de la pensée de Fichte ; et 3° la synthèse proprement dite de l’une avec l’autre, sur le terrain théorique et pratique.

M. Perego estime que le socialisme ne peut plus se soutenir sur une base exclusivement économique, comme doctrine matérialiste (Marx), ni d’autre part comme théorie purement critique (Bernheim) ; mais qu’il doit s’affranchir à la fois du fatalisme historique et du libéralisme néo-kantien. Il pense que le socialisme ne doit pas être un système étroitement utilitaire, ne visant qu’à la plus grande somme de bonheur ici-bas ; mais qu’il est en son fond, et qu’il aspire toujours plus à être, la morale de la solidarité et la religion sociale.

En ce qui concerne la pensée philosophique de Fichte, M. Perego n’a pas voulu en donner une analyse complète et rigoureuse, mais seulement en dégager l’esprit et les thèses les plus vitales. Il suit l’excellent exposé que nous en a donné M. Xavier Léon ; mais il croit voir un changement radical de point de vue entre la première période et la deuxième période de la pensée de Fichte, et il fait abstraction de l’idéalisme ontologique et mystique, pour s’en tenir exclusivement à l’idéalisme moral.

À son avis, cet idéalisme moral apporte au socialisme contemporain la doctrine dont il a besoin pour se justifier, s’élargir et s’approfondir. Le socialisme, hostile au libéralisme vulgaire, postule au contraire la liberté au sens exact où l’entend Fichte, comme acte pur, union de la volonté et de la connaissance, expression dynamique de la justice. Le socialisme trouve une inspiration et un guide dans la théorie du droit de Fichte, dans les principes de l’État conforme à la raison, dans le monisme de la morale. Enfin, sur le modèle de la religion purement éthique, le socialisme peut et doit constituer une religion véritable sans surnaturel, où la foi sociale s’affirme et se développe dans les formes disciplinées du travail. À ces seules conditions, par la réalisation théorique et pratique de cette synthèse, le socialisme pourra acquérir une signification philosophique, une valeur éducative et civilisatrice, qui lui assureront de vastes conquêtes et un triomphe définitif.

Le livre de M. Perego est sur la limite de la philosophie et de la croyance, de la théorie et de la pratique ; il soulève beaucoup de problèmes et de très graves, sans les approfondir suffisamment, et il propose des solutions plutôt qu’il ne les démontre. Pourtant il nous semble digne d’attention, et notamment d’être pris en sérieuse considération par les théoriciens du socialisme, qui ne savent pas assez tout ce qu’ils doivent déjà à Fichte, et surtout combien ils pourraient encore profiter à son école.


REVUES ET PÉRIODIQUES


L’Année Philosophique, publiée sous la direction de F. Pillon, ancien rédacteur de la « Critique philosophique ». Vingt-deuxième année (1911), 1 vol. de 290 p., in-8, Alcan, 1912.

G. Rodier. – Note sur la politique d’Antisthène, destinée à expliquer le mythe du Politique sur les formes primitives du gouvernement. La critique du règne de Zeus où les hommes vivaient pour ainsi dire à l’état de troupeau, ne vise pas la doctrine d’Antisthène ; elle marque chez Platon lui-même « le passage de l’optimisme au méliorisme politique, qui s’affirme décidément dans les Lois ».

G. Lechalas. — Les années d’apprentissage d’Eugène Fromentin, d’après l’ouvrage de M. Blanchon : Correspondance et Fragments inédits d’Eugène Fromentin.

V. Delbos. — L’idéalisme et le réalisme dans la philosophie de Descartes. Étude serrée et profonde, consacrée à la critique, ou plus exactement à la limitation, de l’interprétation idéaliste de la doctrine cartésienne. Il y a dans les processus initiaux de la méthode cartésienne des traits qui sont bien caractéristiques de la démarche idéaliste ; c’est sur la pensée que Descartes s’appuie pour atteindre l’être ; mais l’être qu’il atteint ainsi est extérieur à la pensée, à commencer, pourrait-on dire, par l’être même de la pensée.

L. Dauriac. — Quelques réflexions sur la philosophie de M. Henri Bergson. Dans leur tendance générale, ces réflexions présentent la doctrine de M. Bergson comme en opposition directe sans doute avec le cartésianisme, mais comme continuant en un certain sens le kantisme. Kant voulait que le temps fût une intuition. Il n’a pas fait la preuve de cette thèse, et c’est pourquoi Renouvier et O. Hamelin ont abandonné la thèse kantienne. M. Bergson a repris la thèse, en apportant la preuve.

F. Pillon. — La troisième antinomie de Kant, la croyance à la liberté, le dilemme de Lequier et le primat de la Raison pratique. M. Pillon reprend le problème métaphysique de la liberté, tel qu’il était posé au xviie siècle ; et il en donne une solution dogmatique, en s’appuyant sur le principe du nombre, mais en abandonnant sur certains points essentiels le relativisme de Kant et de Renouvier, comme il fait bon marché, avec toute raison suivant nous, du trop fameux dilemme de Lequier. La base de son argumentation est dans l’opposition de l’espace et du temps ; la critique idéaliste permet de ne pas appliquer au temps la continuité, qui est caractéristique de l’espace, et de concevoir une liberté créatrice qui aurait existé en puissance dans l’esprit suprême, et qui serait passée à l’acte par la création : « Dieu, en créant le monde, serait sorti de son immutabilité et se serait fait temporel. »

C. Maillard. — À propos de quelques ouvrages récents sur La philosophie allemande postérieure à Kant. L’auteur s’est proposé de réfuter la philosophie de Fichte en sept pages, et celle de Hegel en trois et demie ; la méthode est plus expéditive que convaincante. Par exemple M. Maillard croit enfermer Fichte dans le dilemme : ou le moi empirique est seul réel, et le moi absolu n’a pas d’existence propre ; ou le moi absolu est toute la réalité, et le monde se dissout dans son illusionnisme universel, non moins radical que ceux de Schopenhauer et de Spir. Or l’une et l’autre des alternatives impliquent manifestement que la doctrine de Fichte est un réalisme métaphysique et manifestement Fichte est idéaliste.

H. Bois. — L’idéalisme personnel d’Oxford. M. Hastings Radshall. Dans cette étude, qui sera complétée l’an prochain. M. H. Bois éclaire la pensée de M. Radshall par la méthode historique : l’idéalisme personnel procède de Berkeley, corrigé par Kant ; il pose, comme une absolue nécessité de la pensée, l’existence d’un « Penseur universel », qui est Dieu. Cet idéalisme tend vers Leibniz, sans arriver pourtant au monadisme absolu, puisque le spiritualisme de M. Radshall se borne a ajouter à Dieu et aux êtres humains des âmes animales.

L. Dauriac. — Une philosophie de la Religion. Éloge pénétrant et justifié de l’œuvre de J.-J. Gourd, où M. Dauriac marque avec finesse l’appui que le criticisme donne au pragmatisme et qui lui paraît nécessaire à l’existence philosophique du pragmatisme.

F. Pillon. — Bibliographie philosophique française de l’année 1911, avec la collaboration de M. Dauriac.

The Philosophical Review, t. XIX (1910).

N° 1. — J. A. Leighton. La perception et la réalité physique. Le problème de la relation de l’esprit connaissant à l’objet connu a été remis sur le tapis par les récentes discussions des nouvelles écoles réalistes et idéalistes. Il est donc opportun de l’examiner une fois de plus du point de vue de la perception, qui est, en définitive, le point de vue initial. L’auteur commence par écarter un certain nombre d’erreurs historiques : distinction cartésienne des qualités premières et secondes, attribution aux idées, par Descartes et Locke, d’un rôle de médiation entre l’esprit et les choses, interprétation du rapport entre l’esprit et l’objet envisagé comme un rapport de causalité. Dès lors, il n’y a plus lieu de séparer essentiellement sujet et objet : tous deux rentrent en corrélation fonctionnelle dans un système unique, qui est celui de l’ « expérience » réelle et totale. Quant à la « réalité du monde extérieur », c’est un problème de nature purement sociale ; il se ramène à la question de savoir si nous avons des raisons d’admettre un « royaume social » d’êtres pourvus d’une conscience analogue à la nôtre.

Frank Thilly. – Le Moi. L’expérience intime ne peut saisir en nous un moi pur, vide de tout contenu. Mais, de cette impossibilité, on ne peut conclure avec Hume à l’inexistence du moi lui-même. Au fond, toutes les théories qui s’efforcent de se passer de l’hypothèse d’un moi substance la réintroduisent subrepticement : tel est le cas de Ribot, expliquant l’idée du moi par la cœnesthésie, ou encore celui de James, se bornant à expliquer l’identité apparente du moi par la « ressemblance » des états qui se succèdent dans la continuité de la conscience ; et l’auteur esquisse pour conclure un substantialisme spiritualiste dans lequel l’âme est définie comme un principe de vie, engendrant ses propres états.

C. Williams. — Le schématisme dans la logique de Baldwin. Exposé des vues logiques de Baldwin dans son livre Thought and Things.

J. E. Creighton. — La notion de l’implicite en logique. Article consacré comme le précédent à la discussion du récent ouvrage logique de Baldwin, notamment de la théorie de l’implicite, c’est-à-dire du « potentiel » en logique.

N° 2. — G. Grier Hibben. — Les aspects philosophiques de l’Évolution. Article écrit, ou plutôt conférence prononcée à l’occasion du cinquantenaire de l’Origine des espèces de Darwin. L’auteur constate que, contrairement à tout ce qu’on aurait pu supposer, l’idée d’évolution n’a pas été inventée par les praticiens des sciences naturelles, mais par des philosophes spéculatifs, depuis Bacon jusqu’à Hegel. Mais réciproquement le darwinisme a remis en question, sous une forme nouvelle, un certain nombre de problèmes proprement philosophiques : quelle est la place de l’homme dans l’Univers ? — L’Évolution, une fois admise, implique-t-elle ou exclut-elle une conception téléologique de la nature ? — Le processus de la vie est-il, dans son fond, mécanique ou suppose-t-il un principe spécial ? L’auteur examine chacun de ces problèmes et conclut qu’en définitive le darwinisme n’apporte pas le concours qu’on aurait pu croire au pragmatisme, notamment au bergsonisme, car, loin de mettre l’intelligence en présence de l’inexplicable et de requérir une « intuition » spéciale de l’être, il tend à montrer que la vie la plus riche, la plus multiple, procède du simple et s’explique au moyen de facteurs essentiellement intelligibles.

W. Makintire Salten. — Les points de contact de Schopenhauer et du pragmatisme. Étude bien peu approfondie d’un sujet intéressant. L’auteur, qui déclare ne pas très bien comprendre le pragmatisme, n’affirme pas expressément les relations du pragmatisme avec la philosophie de la volonté ; il montre simplement qu’une doctrine qui fait de l’intelligence un instrument, une « invention » de la volonté offre bien des analogies avec le pragmatisme. Toutefois il se demande si Schopenhauer n’a pas dépassé le pragmatisme et, avec de nouvelles hésitations, répond par l’affirmative, en considérant que l’entendement, après avoir satisfait les exigences de la volonté, se crée un mode d’activité désintéressé dans la contemplation esthétique.

Arthur S. Dewing. — La théorie de la connaissance de Schelling. Exposé de cette théorie ; l’auteur insiste principalement sur l’intuition intellectuelle, considérée comme la synthèse de l’intuition du particulier et de la connaissance transcendantale.

Compte rendu du IXe Meeting de l’Association américaine de philosophie.

N° 3. — H. S. Shelton. — La formule de l’Évolution chez Spencer. Cette formule, ainsi que le principe de la persistance de la force, est purement physique et, par suite, la vérité ou l’erreur qu’elle contient est indépendante de toute métaphysique. Par « persistance de la force », Spencer entend les deux formules générales classiques : conservation de l’énergie, indestructibilité de la matière. Or l’ensemble du système de Spencer apporte a son principe une vérification inductive extrêmement forte, et la déduction, c’est-à-dire l’application à l’expérience, lui est généralement favorable ; si même elle ne l’est pas davantage, c’est qu’une loi qualitative ne comporte pas de conséquences aussi précises qu’une loi quantitative. L’article finit par une discussion des principales critiques de Ward contre Spencer (dans Naturalism and Agnosticism).

J. Lindsay. — La philosophie de Schelling. Distinction dans le système de Schelling de trois périodes : spinozisme, principalement consacré au problème de Dieu, — naturalisme, — idéalisme transcendantal.

E. G. Spaulding. — La structure logique des systèmes qui se réfutent eux-mêmes. Article entièrement consacré à la critique du phénoménisme. On peut dire que ce dernier fournit sa propre réfutation, en ce sens qu’il admet toujours une relation interne entre l’esprit et les choses.

W. E. Hocking. — Comment les idées atteignent la réalité. L’idéalisme est dans son droit quand il affirme que l’attitude primaire et naïve vis-à-vis des objets doit être soumise à une interprétation critique ; mais il a tort de pousser celle critique jusqu’à nier l’indépendance des choses à l’égard de l’esprit, car la distinction existe toujours, tout au moins entre le moi que je suis et le moi qui pense des objets. D’autre part, le fait que le sujet prend des attitudes volontaires vis-à-vis du non-moi suppose chez celui-ci un germe d’indépendance. Cette indépendance se manifeste, non seulement dans la sensation, mais dans l’idée, qui n’est qu’une élaboration du sensible. Sans doute l’esprit porte en lui des principes propres qui président à l’expérience, à savoir les catégories de cause et de substance ; mais par ces catégories mêmes le sujet est donné à lui-même comme partie de la nature, c’est-à-dire, en un sens, comme objet. Ainsi nous sommes ramenés à la conception spinoziste de la substance. Elle est « ce qui est en soi et est conçu par soi », non pas en ce sens que la logique contrôle la nature, mais parce que la logique est la nature même.


INFORMATIONS

L’Institut International de Sociologie est une association scientifique, fondée en 1893 à Paris et reconnue d’utilité publique par décret du président de la République française en 1909. Il réunit ses membres et ses associés en des Congrès périodiques, qui se tiennent dans les différentes capitales successivement et sont consacrés à l’étude des plus importantes questions de la philosophie sociale. Les 5e, 6e et 7e Congrès ont siégé aux Universités de Paris, de Londres et de Berne en 1903, 1906 et 1909. Ils ont eu respectivement comme sujets : les rapports de la sociologie et de la psychologie ; les luttes sociales ; la solidarité sociale. Le 8e Congrès va se tenir à l’université de Rome, du 7 au 12 octobre 1912. Il aura comme sujet : le progrès. Ce grand fait sera envisagé, tant dans ses différentes formes particulières (anthropologique, économique, intellectuelle, morale, politique, etc…), que dans sa nature et ses lois générales.

Toutes les communications relatives au Congrès doivent être adressées à son secrétaire général, M. René Worms, directeur de la Revue internationale de Sociologie (115, boulevard Saint-Germain, Paris).


RECTIFICATION

Nous écrivions dans notre Supplément de mai (p. 20, col. 2) : « C’est M. Berth, si nous ne nous trompons, qui a inspiré la fondation, à côté de l’Institut d’Action française, d’un cercle P. J. Proudhon ». Cette information est inexacte : des renseignements fournis par les fondateurs de ce cercle, il ressort que ce groupe d’études a été constitué sur l’initiative de MM. Georges Valois et Henri Lagrange.




Coulommiers. — Imp. P. Brodard.