Revue des Romans/Olivier Goldsmith

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Revue des Romans,
recueil d’analyses raisonnées des productions remarquables des plus célèbres romanciers français et étrangers.
contenant 1100 analyses raisonnées, faisant connaitre avec assez d'étendue pour en donner une idée exacte, le sujet, les personnages, l'intrigue et le dénoûment de chaque roman.
1839
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GOLDSMITH (Olivier),
né à Pallice, paroisse de Farney, comté de Longford, en Irlande, le 29 novembre 1728, mort le 4 avril 1774.


LE MINISTRE DE WAKEFIELD, trad. attr. à Mme  de Moutesson, in-12, 1767 ; idem sous ce titre : le Curé anglais, trad. par Éléonore de Flinville, 2 vol. in-18, 1799 ; id. sous le titre du : Curé de Wakefield, trad. par Voullaire, in-18 (traduction que les Anglais ont vantée comme la meilleure) ; id., sous le titre du : Ministre de Wakefield, trad. par Imbert, 2 vol. in-12, 1808 ; id., trad. par A. Aignan, in-12, 1803 ; id., trad. par Hennequin, in-8, 1825 ; id., trad. par Charles Nodier. — Le manuscrit de cet inimitable roman devenu classique, que toute l’Europe a lu, et qui fit la réputation de Goldsmith comme prosateur, fut vendu soixante livres sterling au libraire Newbury, lequel avait une si mince opinion de son acquisition, que le Vicaire de Wakefield resta chez lui en manuscrit pendant deux ans, et ne fut publié que lorsque le Voyageur (the Thraweller) eut mis l’auteur en réputation. Ce livre, qui a fait couler tant d’honnêtes larmes et attendri tant de jeunes âmes, est l’églogue la plus dramatique et la plus naïve que l’on ait jamais écrite, ou plutôt c’est l’épopée domestique ; c’est le coin du feu, sublime dans la pauvreté. D’une seule idée, celle de la famille, découlent toute la philosophie, toute la poésie, tout l’héroïsme du vicaire. C’est chose merveilleuse combien le cœur est soulevé doucement et profondément remué par cette lecture ; à peine introduit dans le petit ménage, vous partagez tous les intérêts de la bonne famille qui vous est donnée ; vous êtes à elle et elle est à vous : on ne vous impose aucune admiration, vous conservez votre liberté tout entière ; la vieille femme fait des conserves et des projets, la fille aînée est coquette, le bonhomme de vicaire est pédant, le fils aîné vagabonde, et le fils cadet se laisse attraper. Voilà bien toutes les taches et toutes les misères de notre nature : vanité, faiblesse, illusions, folles joies, longues espérances, prétentions, imperfections, légèreté, inconséquences. Mais le sentiment de la famille consacre le sentiment du devoir, et constitue, sous l’œil de Dieu, comme un sacerdoce primitif auquel viennent se rattacher tous les dévouements, et qui s’élève, par un imperceptible progrès, jusqu’aux sublimes vertus. À l’exception de quelques invraisemblances dans la composition du roman, la facilité et la grâce du style, et la vérité des principaux caractères, font du Vicaire de Wakefield une des plus délicieuses fictions imaginées par l’esprit humain. Quel caractère que celui du simple pasteur, doué de toutela bonté et de toute l’excellence qui doivent distinguer l’envoyé de la Divinité près de l’homme, et qui a cependant toute la pédanterie et la vanité littéraire qui sert à faire connaître en lui la créature jetée dans le même moule que ses ouailles, sujette aux mêmes imperfections ! Noble et simple à la fois, dans son triple caractère de pasteur, de père et d’époux, le bon vicaire nous offre une peinture de la fragile humanité placée dans l’attitude de sa dignité la plus naturelle. Il forme un vrai contraste avec son excellente compagne, qui, avec toute sa finesse de mère, son économie, son affection conjugale, déjoue ses plus sages projets par sa vanité et sa folle complaisance pour ses filles. Enfin, M. et mistress Primrose, entourés de leurs enfants, composent un tableau de famille si parfait, que peut-être il n’a jamais été égalé. Il est tiré, à la vérité, de la vie réelle, et s’éloigne de ces incidents extraordinaires auxquels ont recours les auteurs qui veulent surtout surprendre ; mais la simplicité de ce livre charmant rend plus durable le plaisir qu’il procure. On lit le Vicaire de Wakefield à tout âge ; on le relit sans cesse, et l’on bénit la mémoire de l’auteur qui a cherché à nous réconcilier avec la nature humaine. Soit que nous choisissions les incidents pathétiques et déchirants de l’incendie, les scènes de la prison, les parties plus gaies et plus légères du roman, nous trouvons toujours les sentiments les plus vrais et les plus purs exprimés avec une rare élégance. Peut-on citer un caractère plus pur et plus noble que celui de cet excellent pasteur s’élevant au-dessus de l’oppression, et travaillant à la conversion des criminels parmi lesquels l’a jeté son lâche créancier ? Dans beaucoup trop d’ouvrages de ce genre, les critiques sont obligés de chercher à justifier ou de censurer des passages qui sont dangereux pour l’innocence et la jeunesse ; mais le laurier de Goldsmith est sans tâche : il a écrit pour faire aimer la vertu, pour rendre le vice odieux, et il a réussi à se placer au premier rang parmi les écrivains anglais.

LE VILLAGE ABANDONNÉ. — On a plusieurs traductions françaises en vers et en prose de cette charmante nouvelle, qui se distingue par l’élégance, le naturel et le pathétique. Quelques-uns des amis de l’auteur, auxquels il avait communiqué le plan de son poëme, ne goûtaient pas ce plan, et pensaient que cette dépopulation de village n’existait point ; mais Goldsmith, qui était certain du fait et qui se rappelait avoir vu en Irlande des villages totalement dépeuplés, persista dans son idée et publia son poëme, que le public accueillit avec enthousiasme. Lissoy, village près de Ballymahon, où le frère de Goldsmith avait une cure, passe pour être le lieu décrit dans le poëme du Village abandonné. On montre encore l’église qui couronne la montagne voisine, le moulin et le lac, l’aubépine, etc. Il est à présumer que la description doit beaucoup à l’imagination du poëte, mais c’est un hommage qu’il s’est plu à rendre à la patrie de ses pères.

LE CITOYEN DU MONDE, ou Lettres d’un philosophe chinois dans l’Orient, 3 vol. in-12, 1763. — C’est une imitation des Lettres persanes de Montesquieu.

CONTES MORAUX, trad. par le prince de Galitzin, in-8, 1804. — Ces contes sont tirés des Essais de l’auteur. Ceux qui veulent prendre en quelques pages une idée de l’esprit naïf et jovial de Goldsmith, doivent lire son histoire d’un pauvre diable et celle d’un vieux matelot invalide, le plus plaisant optimiste qu’on puisse imaginer.