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Revue dramatique - Au théâtre libre/01

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Revue dramatique - Au théâtre libre
Revue des Deux Mondes3e période, tome 89 (p. 215-227).
REVUE DRAMATIQUE

AU THEATRE LIBRE

I.
LES MOEURS CONTEMPORAINES, D’APRÈS LES JEUNES NATURALISTES.

Le théâtre se meurt, le théâtre est mort ! Si quelque chose remue encore sur la scène, ce n’est qu’une momie galvanisée ; le public s’émeut difficilement de ses convulsions, se divertit à peine de ses grimaces : demain il fuira la Comédie-Française et l’Odéon, le Gymnase et le Vaudeville, la Porte Saint-Martin et l’Ambigu, les Variétés et le Palais-Royal, autant de sépulcres ! — Dans tous les coins de Paris cependant, sous un hangar où l’on dispose des rangées de fauteuils, ou dans une salle de concert, ou dans une salle de spectacle affectée jusqu’ici à des divertissemens moins littéraires, par l’industrie d’un homme ou d’une société, les amateurs sont invités à voir jouer la comédie. Théâtre d’application, Cercle dramatique des « Estourneaulx, » Théâtre des Jeunes ou Théâtre Moderne, Théâtre Indépendant, Théâtre Libre, — Oh ! j’en oubliai — tout cela presque à la fois réclame la curiosité des Parisiens. Avant peu, à ce compte, le théâtre sera partout excepté dans les théâtres. C’est que le théâtre est immortel, autant du moins que notre humanité : ceux-là mêmes le savent bien, qui dénoncent le plus haut son dépérissement, qui vont jusqu’à déclarer sa mort. Il peut seulement subir des crises, il peut se transformer, se rajeunir. Quoi d’étonnant si les docteurs Tant-Pis, — les plus novices peut-être, mais les plus hardis, voire les plus présomptueux, — mettent justement le plus de zèle à provoquer un état meilleur ? En somme, ils ne désespèrent que des autres, — de leurs confrères, non du malade : ils ont assez de foi en eux-mêmes pour être assurés qu’ils le sauveront. Puisqu’il n’en mourra pas, on me pardonnera de considérer leurs efforts avec philosophie.

Des institutions que j’ai nommées, deux sont dignes d’une attention particulière : c’est le Théâtre d’application et le Théâtre Libre. Il n’y a plus d’acteurs, il n’y a plus d’auteurs : ces deux raisons, que l’on donne couramment, expliqueraient assez bien qu’il n’y eût plus de théâtre ! Façons de parler, sans doute ; elles font allusion pourtant à quelque pénurie d’artistes ou d’écrivains dramatiques : M. Bodinier, M. Antoine, fondateurs des établissemens dont je parle, ont voulu remédier, selon leurs moyens, à cette pénurie.

Il n’y a plus d’acteurs ! — M. Bodinier, secrétaire de la Comédie-Française, connaît mieux que personne le sens de cette phrase. Il voit des acteurs, il en voit de consommés : il les voit qui cherchent leurs prochains remplaçans, avec le désir de les trouver, mais avec peu d’espoir d’y réussir. Ils sont mal satisfaits des recrues qui leur viennent du Conservatoire. Ils savent qu’on n’y reçoit que de bonnes leçons : c’est eux-mêmes qui les donnent. Accuser la nature ? Elle serait capable de ne pas réparer ses torts ! En attendant qu’elle s’y décide, on pourrait toujours assurer l’effet des leçons, autant qu’il se peut assurer, en permettant aux élèves un peu de pratique. Entre les murs du Conservatoire, si longtemps que durent ses études, songez que, pas une seule fois, un jeune homme, une jeune fille ne joue un rôle entier ! Que dis-je ? un rôle ! Pas une seule fois, ces écoliers ne jouent ensemble un acte entier de comédie ou de tragédie ! Pas une seule fois, ils ne s’essaient à porter le costume ! Ils apprennent, pour le concours public, une scène, un morceau ; ils obtiennent leur prix, et les voilà engagés à la Comédie-Française, à l’Odéon. Quelques répétitions, ou plutôt des parcelles de répétitions, — quelques raccords ; — et puis, c’est pour demain, pour aujourd’hui ; les trois coups sont frappés : va, mon ami, va comme je te pousse ! .. Il faut, à l’heure qu’il est, que tu aies compris tout le caractère, composé toute la figure d’Oreste ou de don Juan, il faut que tu abordes sans gaucherie Andromaque aussi bien qu’Hermione, M. Dimanche aussi bien qu’Elvire, et que tu manœuvres agilement parmi ces personnages, et que tu conspires avec eux pour l’action dramatique. Il faut surtout, il faut d’abord que tu ne perdes pas tes mains dans les plis de ta robe, ou que ton épée ne s’embarrasse pas entre tes jambes et ne te fasse pas choir…

Eh bien ! en dehors du Conservatoire, avec l’agrément des professeurs, avec leur aide (M. Delaunay, M. Got, M. Worms, M. Maubant, chacun à son tour, fait l’office de metteur en scène), M. Bodinier a fondé un petit théâtre où, deux fois la semaine, des élèves de notre école nationale de déclamation jouent la tragédie et la comédie, des ouvrages entiers, au moins des actes, en costume. Ne cherchez pas dans le budget mention de cette nouveauté : les frais sont couverts par les abonnemens, par le prix des fauteuils payés à la porte. M. Bodinier a persuadé quelques gens du bel air de s’intéresser à ces exercices : or si l’on savait dans Paris que le prince de X… et la vicomtesse de Z.., impatiens de juger quels seront nos meilleurs écrivains dans dix ans, ont pu s’abonner à la classe de rhétorique du lycée Condorcet ou du lycée Louis-le-Grand pour entendre lire, à certains jours, des discours français, on s’écraserait, ces jours-là, dans la rue du Havre ou dans la rue Saint-Jacques. Il faut dire, aussi bien, que M. Bodinier a pris soin de varier les spectacles et que, dans cette première saison, — du 18 janvier au 20 juin 1888, — ses jeunes artistes n’ont pas représenté seulement des tragédies, des comédies classiques, des pièces du répertoire moderne, qu’on peut voir au Théâtre-Français ou même à l’Odéon jouées avec plus d’expérience : ils ont remis à la scène, bravement, une quinzaine de pièces qui ont figuré naguère en compagnie de celles-là ou qui auraient pu y figurer, presque toutes curieuses, plusieurs agréables, depuis la Farce du cuvier jusqu’au Joueur de flûte, à l’Habit vert, jusqu’au Passant même, que la Comédie-Française, peut-être stimulée par cet exemple, a décidé de nous rendre. Après cela, je ne m’étonnerais pas que le prince et la vicomtesse et tous ceux qui les connaissent ou ne les connaissent pas, mais qui sont de leur suite, eussent renouvelé leur abonnement pour la saison prochaine. Il faudrait que Dorante, Uranie et M. Jourdain se fussent terriblement réduits sur l’article des menus plaisirs pour refuser à l’aimable et diligent secrétaire de la Comédie ce petit nombre d’écus ! Si d’ailleurs il arrivait, après plusieurs années, par satiété ou par quelque mode nouvelle, que le public se détachât de cette bonne œuvre, il resterait acquis, sans doute, qu’elle est bonne. L’état, j’imagine, assumerait les modiques charges de l’entreprise : elle serait rattachée officiellement au Conservatoire, peut-être ramenée dans ses murs. Le difficile, apparemment, pour le Théâtre d’application, puisque les critiques, les auteurs, les professeurs même le réclamaient en vain depuis longtemps, c’était d’exister ; l’important, c’est qu’il existe : il subsistera.

Il n’y a plus d’auteurs ! — M. Antoine… Qui cela, M. Antoine ? .. Un jeune homme, employé de la compagnie parisienne du Gaz. Avec des camarades, membres du « Cercle Pigalle, » du « Cercle Gaulois » et d’une société littéraire, « la Butte » (quelque chose, évidemment, comme l’académie de Montmartre), au printemps de 1887, il forma une troupe, et fit appel aux auteurs… Il y en a donc ? Hé ! oui. Même il y en a de deux sortes. Il y a d’abord ceux qui sont joués dans les théâtres, et qui donnent l’occasion, précisément, de dire qu’il n’y en a plus ! — Est-ce un auteur, auprès de M. Dumas et de M. Meilhac (je ne parle pas de M. Augier ni de M. Halévy, qui se reposent), auprès de M. Sardou et de M. Gondinet ou de M. Pailleron, auprès de ces favoris du public, est-ce un auteur au même titre qu’eux, et pour les remplacer un jour, que M. X… ou M. Z.., fournisseur ordinaire de telle ou telle scène, fabricant de drames ou de vaudevilles ? On doute qu’ils soient nombreux parmi les nouveau-venus, on prend le parti de les négliger dans une revue générale, ceux qui mériteraient ce nom plus que M. X… ou M. Z… Les vaudevilles, les drames de celui-ci ou de celui-là ne causent qu’un médiocre plaisir ; ils satisfont pourtant à quelques-unes des lois de l’art dramatique : ils rappellent d’autres pièces, qui furent acclamées, ils ne sont taillés que trop exactement d’après ces patrons. Le public, dans son malaise, en vient à se demander si d’aventure ces lois mêmes ne sont pas ennemies de son agrément, si l’art dramatique, ou ce qu’on est accoutumé à considérer comme tel, n’est pas un système de conventions mortes : il serait temps qu’une autre puissance occupât la scène. Plutôt que les hommes, c’est donc la méthode qui manquerait ; ou, — si le mot de méthode fait peur, — c’est le mode nouveau qui tarderait à paraître : il y aurait peut-être des auteurs, mais il y aurait, à proprement parler, interrègne d’art dramatique.

« Hé ! oui.., » s’écrient les auteurs de la seconde espèce, les auteurs qui ne sont pas joués. — Je ne parle pas, bien entendu, de ceux qui n’ont d’autre tort que de travailler moins habilement que M. X… ou M. Z.., dans le même genre : un jour ou l’autre, ils ont chance de séduire les directeurs. Je ne parle pas non plus de quelques-uns, presque entrés dans un théâtre, à qui tel accident, comme un coup de vent, aura fermé la porte au nez. — La bande que voici, écoutez-la plutôt : « Oui, cet art dramatique, celui qu’on voit sur les planches, est imbécile, inerte, caduc ! .. » Elle n’est composée, cette bande, que de gens qui veulent que leurs ouvrages ne ressemblent en rien à ceux qui sont joués : aussi ne les joue-t-on pas. Les directeurs préfèrent s’en tenir à leurs maquignons habituels et remplacer un cheval borgne par un cheval borgne, crainte de l’échanger contre un aveugle. Admettez qu’ils soient lettrés, qu’ils souhaitent personnellement quelque chose de neuf ou qui le paraisse, et qu’ils admirent ce qu’on leur propose : « Oh ! Oh ! diront-ils, ces bêtes-là sont magnifiques, mais il ne s’agit pas de notre service particulier. Nous avons bien peur que le public, même après s’être plaint d’être souvent traîné par des rosses, refusa de monter dans des omnibus attelés d’hippogriffes ou de buffles ! »

Il y a plusieurs façons, en effet, de concevoir un art dramatique, aujourd’hui, qui se moque de l’art dramatique. L’appel de M. Antoine s’adressait libéralement, sans distinction, à tous ceux qui font ce beau rêve. « Ce qui n’est pas du théâtre, vous le jouez sur votre théâtre : » il peut se glorifier de ce témoignage qu’un de ses hôtes lui a rendu ; mais celui-là même, dans la dédicace de sa pièce, constatait qu’il y a deux manières, au moins, de faire quelque chose qui ne soit pas du théâtre, et de marquer sa place en dehors des contemporains qui possèdent le monopole de la scène : on peut se rejeter en arrière, on peut se porter en avant. La tentative de M. Antoine s’est ainsi trouvée, — je cite encore M. Catulle Mendès, — a la consolation des vieux romantiques en même temps que l’espoir des jeunes naturalistes. » Dès la seconde soirée donnée par ces comédiens de bonne volonté, on avait reconnu ce double caractère du Théâtre Libre : avec la Nuit bergamasque, où la fantaisie de M. Bergerat s’échappait en feux d’artifice, on avait vu le premier ouvrage de M. Oscar Méténier, la Famille, emprunté à la réalité la plus basse ; le ragoût parut assez piquant.

C’est alors, justement, que M. Antoine osa donner au Théâtre Libre une constitution régulière : elle n’est pas restée lettre morte. En présence d’invités, — écrivains, artistes, la plupart curieux d’œuvres originales ou même bizarres, — en présence d’abonnés, — gens de métiers divers ou gens de loisir, tourmentés du même appétit, — la compagnie dont M. Antoine est le chef, dans la saison 1887-1888, a produit sept spectacles différens, composés en fin de compte de dix-huit pièces. Une représentation chaque mois, ou bien toutes les six semaines environ, qui peut être suivie de deux autres, voilà le régime de la troupe. Elle avait élu domicile, d’abord, dans un recoin d’une ruelle de Montmartre : il fallait, pour atteindre jusqu’à cette grange de « l’Elysée des Beaux-Arts, » accomplir un véritable pèlerinage ; ce n’était pas un mal. On se prenait pour des mages, c’est-à-dire pour des hommes supérieurs à la foule par la culture de leur esprit, voyageant vers la crèche où le dieu nouveau était né. Une fois arrivé, on était assis à l’étroit sur des banquettes fort dures : on se sentait devenir tout naturellement martyr de l’art révélé sur la scène. Fier d’être meurtri pour cette cause, à l’heure où les bonnes gens se prélassent dans les fauteuils des théâtres vulgaires, on était prêt à confesser la foi. Le nombre des catéchumènes s’accrut : le culte fut transporté de Montmartre à Montparnasse, dans une salle de théâtre excentrique, mais enfin dans une salle de théâtre ; et ce changement n’eut pas de mauvais effet ! Les catéchumènes, loin de se disperser, devinrent des fidèles ; j’entends, du moins, qu’ils pratiquèrent avec assiduité. A présent, on va déloger encore, pour occuper la salle des Menus-Plaisirs. A Montmartre, on était dans la bohème ; à Montparnasse, dans la banlieue ; aux Menus-Plaisirs, on sera dans Paris. Mais l’œuvre est assez vivace, elle l’a prouvé, pour durer une saison encore, même à côté de l’Eldorado. Il est connu maintenant que M. Antoine, qui paie de sa personne dans toutes les représentations, est un comédien fort singulier, minutieusement naturel. Ses compagnons, des amateurs, à l’ordinaire, ou bien des acteurs en liberté, règlent volontiers leur ton sur le sien : le bruit s’est répandu que ce jeu familier, même si les comparses ne valent pas le principal interprète, n’est pas désagréable. Enfin, les invités, gourmets ou bien goulus, ne sont pas rassasiés encore de plats nouveaux ; — pour quelques-uns, qui font la petite bouche et la grimace, disons qu’ils ne sont pas satisfaits : il faut donc qu’ils reviennent ! — Quant aux abonnés, si par hasard ils se plaignaient, ce ne serait que d’avoir obtenu un peu trop de ce qu’ils avaient demandé, pour si peu d’argent !

Cependant, de la part des romantiques, après la Nuit bergamasque, est-il venu beaucoup d’œuvres, et de considérables ? Assurément le Baiser, de M. de Banville, est une précieuse babiole, mais ce n’est qu’une babiole. La Femme de Tabarin, de M. Catulle Mendès, — un pastiche de certaine prose en usage dans le premier quart du XVIIe siècle, et puis un tableau de boucherie, — l’auteur lui-même en convient, cette « tragi-parade, » à la fois exquise et brutale, n’est proprement qu’un scénario. L’Évasion, de M. Villiers de l’Isle-Adam, cette histoire d’un forçat qui se laisse reprendre plutôt que d’étrangler deux jeunes mariés, qui se dresse alors de toute sa hauteur et murmure : « Il me semble que c’est maintenant que je m’évade.., » l’Évasion n’est qu’un épisode qui se rattache aux Misérables, comme un hymne homérique à l’Iliade ou à l’Odyssée. — Encore le héros de M. Mendès est-il un meurtrier en souquenille, et sa victime, sa femme, la gorge ouverte, le barbouille-t-elle de sang à plaisir ; encore le galérien de M. Villiers parle-t-il volontiers argot, et, s’il a des « mots d’auteur » qui sentent le genre sublime, en a-t-il qui sentent le genre canaille : ainsi M. Mendès et M. Villiers, comme attirés par les voisins, s’approchent de la frontière du naturalisme. — Et se laisserait-il réclamer comme romantique, M. Paul Margueritte, parce qu’il a remis sur la scène et revêtu lui-même, dans une pantomime, la blanche défroque de l’innocent ami de M. de Banville ? Non pas ! Ce Pierrot-ci est Pierrot assassin de sa femme, assassin tout de bon, et qui ne fraie pas avec Arlequin, mais avec un croque-mort… Tiens I c’est le père Bazouge, échappé de l’Assommoir ! Ou plutôt c’est Pierrot qui entre avec lui dans la littérature moderne. Il en possède l’esprit, et cet esprit le possède : savez-vous comment il a tué sa femme ? En lui chatouillant la plante des pieds ; procède scientifique ! Il avait lu, évidemment, quelque traité des maladies nerveuses : le seul récit de cette expérience, par gestes alternés, — Pierrot s’imitant lui-même et singeant l’agonisante tour à tour, — cette reproduction est aussi consciencieuse que celle du delirium tremens dans l’épopée clinique de M. Zola.

Personne, assurément, n’attribuera au naturalisme la satire dialoguée de M. Emile Moreau, Matapan ; mais il serait téméraire, malgré son aspect picaresque, de la porter au compte du romantisme. Entre les deux, pareillement, demeure le drame provençal de M. Paul Arène, le Pain du péché. Matapan n’avait pas mieux demandé que d’être joué sur un théâtre quelconque, voire à la Comédie-Française ; le Pain du péché, à moins que la légende ne soit calomnieuse, avait presque été représenté à l’Odéon : ces ouvrages ne prétendaient pas renouveler l’art dramatique. Aussi bien les romantique ? , dont nous venons de faire la revue, ne suppléaient pas au nombre par l’insolence. Même dans la force de l’âge et du talent, ils se qualifiaient de « vieux ; » c’est qu’ils savaient, apparemment, que le beau temps de leur doctrine était passé. Ils sollicitaient une petite place pour y prendre leurs ébats ; ils ne promettaient pas de conquérir le monde. Ils se promenaient en jouant de la flûte, ou bien du chapeau chinois, sous les murailles de Jéricho, ville des Philistins ; ils ne juraient pas de les faire tomber. Et, sans doute, ils faisaient bien d’être modestes : ce n’est plus guère de ceux-là qu’on attendait le miracle ; il y a trop longtemps que s’est assoupi, sans qu’une pierre eût bougé, l’écho des trompettes sonnées dans la préface de Cromwell.

Restent le naturalisme et ses œuvres. Il convient de mettre à part la Puissance des ténèbres : ce drame n’est pas de chez nous ; il nous vient d’un pays où Dieu existe encore, au-dessus de la nature et des naturalistes. A supposer qu’il soit le type d’une série, ce n’est pas. chez nous que cette série se déroulera. Il ne faut que saluer au passage Sœur Philomène et ces deux petites pièces, Tout pour l’honneur et Jacques Damour : la dernière, qui date de la représentation d’essai du Théâtre Libre, a reparu depuis à l’Odéon ; rien ne s’opposerait, je crois, à ce que l’autre eût le même sort ; je me suis laissé dire que Sœur Philomène avait réussi, tout comme à l’Elysée des Beaux-Arts, sur une scène ordinaire, à Bruxelles. Mais la raison, pour nous, de ne pas nous arrêter ai ces trois ouvrages, c’est que leurs véritables auteurs ne sont pas ces jeunes gens, MM. Jules Vidal et Arthur Byl, M. Henri Céard, M. Léon Hennique, dont la tâche n’a été que de les tirer aussi discrètement que possible d’un roman ou d’une nouvelle (Tout pour l’honneur, sous un titre original, n’est qu’une adaptation du Capitaine Burle) : de bonne foi, les auteurs véritables sont les créateurs du roman ou de la nouvelle, MM. de Concourt et M. Emile Zola. Or ce n’est pas à des maîtres, à des adultes, que nous devons demander le secret de l’avenir. On connaît ce qu’ils ont pu faire ; ils sont classés, n’est-ce pas, et qui sait ? les novateurs que nous, cherchons les rejetteront peut-être en courant, d’un coup de talon, dans la fosse commune des classiques ! Auprès d’Iphigénie, peut-être, ils enverront reposer Henriette Maréchal ; auprès d’Athalie, la Patrie en danger ; auprès de Rodogune, Thérèse Raquin. En avant, en avant ! .. Ah ! les gaillards, de ce train-là, ils iront loin. Atteignons-les, cependant : tous jeunes, à la bonne heure ! L’année parisienne a son printemps.

Voyons ses fleurs, à ce printemps. Hé ! mais, la société presque entière en paraît émaillée… Voici, à mi-côte, quatre comédies de mœurs bourgeoises : la Prose, la Sérénade, la Pelote, Esther Brandès, chacune en trois actes ; un peu au-dessus, voici une petite comédie et deux scènes de mœurs plus élégantes : Monsieur Lamblin, Au mois de mai, Entre frères ; au-dessous, trois tableaux de mœurs ignobles : Belle Petite, Lucie Pellegrin, En famille.

La Prose ! Un couple de négocians veut marier sa fille unique, la marier à un monsieur qu’elle n’a jamais vu, qui ne l’a jamais vue : les fortunes se conviennent. Cependant cette jeune personne est touchée de l’amour discret d’un ami d’enfance, d’un petit commis élevé par son père : un beau soir, elle le suit ; où cela ? Chez sa sœur, à lui, une blanchisseuse : il la laisse respectueusement, l’espace d’une nuit, sous ce misérable toit, pour l’éprouver. Le lendemain matin, sans attendre la visite de ce garçon, elle rentre chez ses parens ; séance tenante, elle accorde sa main au notable agréé par eux, qui n’ignore pas son escapade… Faut-il expliquer le titre ? « La prose » a raison de la poésie. — Et d’une !

La Sérénade… (Rien de Regnard ! D’ailleurs, « la Sérénade » en question n’est qu’une pièce de vers, composée par un des personnages que voilà, et déclamée par lui en diverses conjonctures, mais toujours dans la coulisse.) Autre ménage de commerçans ; ceux-ci ont une fille nubile et un petit garçon. Le petit garçon est pourvu d’un précepteur ; au premier acte, il appert que ce précepteur est l’amant de la mère ; à la fin du second, comme le père a surpris la chose, la fille se jette à genoux entre ses parens : « Pardon, pardon, mon père ! .. » Hé ! quoi, allez-vous dire, c’est l’air d’Henriette Maréchal ! Oui, mais, cette fois, la chanson dit vrai : l’amant de madame est aussi l’amant de mademoiselle, — depuis trois mois, au moins : on le verra bien dans six mois… Sans attendre jusque-là, au troisième acte, avec l’assentiment résigné de son plus vieil ami, de son associé, — qui d’abord lui conseillait un massacre général, — avec la pleine approbation de sa femme, à la grande joie de sa fille et du précepteur, le pare consent au mariage de ces jeunes gens : pour célébrer les fiançailles, tout le monde se met à table. — Et de deux !

Par la première de ces pièces, nous savons comment se fonde la famille ; par la seconde, ce qu’il en advient, — toujours dans la bourgeoisie. Un bourgeois fera-t-il sagement de ne pas se marier, ou, s’il a cette chance de se trouver veuf et sans enfans, indemne, aura-t-il raison de s’y tenir ? La Pelote nous répond. — Ainsi retiré du mariage, et même, entre temps, retiré des affaires, le brave homme que nous voyons n’est déjà plus que la chose de sa gouvernante ; il va devenir sa proie. Hier soir, pour la première fois depuis vingt ans, il n’est pas rentré ; la servante-maîtresse n’a pas envie de redescendre au rang de servante ; ayant prévu la crise, elle a fait venir de la campagne, elle attend ce matin, justement, une jeunesse qui sera son instrument de règne : sa nièce. Appelée à occuper peu à peu, au moins pour leur compte commun, la place de sa tante, à présent trop desséchée, elle arrive à point, cette fillette rebondie. — Au deuxième acte, avec la nièce, voici le neveu, qui n’est pas seulement son cousin mais son galant, voici même leur grand’mère, pour surcroît de renfort. Sous la haute direction de la tante, ces gens-là tous à l’envi grugent la maison : ils l’aident, comme elle dit, après qu’elle « sacrifié ses plus belles années, « à tirer son épingle du jeu. » J’oubliais un auxiliaire, — celui précisément qui s’écrie qu’elle met de côté, non pas une épingle, mais toute une « pelote : » — son beau-frère, premier clerc dans une agence de renseignemens. Il a pourtant une belle part dans les opérations : il doit combattre et dissiper le peu de parenté que notre homme, isolé chez lui par cette compagnie, peut avoir dans le voisinage, — une nièce, ou plutôt la veuve d’un neveu, et sa petite fille. En attendant qu’il ait démontré par de fausses lettres que cette jeune femme a couru les aventures, et que son enfant n’est pas né du neveu, toute la clique paraît un moment mise en péril. A force d’effronterie, pendant une visite que ces deux malheureuses font à leur oncle, — c’est le 1er janvier, — on tire de sa conscience amollie une étincelle, on fait éclater sa colère. On lui réplique aussitôt avec dignité, on lui met le marché à la main, on se laisse jeter dehors… Ah ! la bonne vie qu’il va mener, avec sa nièce en face de lui à table, et la petite fille entre les deux. Mais, après dîner, il faut qu’elles le quittent ; et, la soirée s’avançant, le silence, le désert de l’appartement l’effraie. Tout à coup, on frappe à la porte ; une voix fraîche se glisse par la serrure : c’est la nièce de l’autre, et l’autre qui la ramène ; elles rentrent dans la maison, — chez elles…

Oh ! oui, chez elles : au troisième acte, qui se passe quelques années après, ce n’est plus qu’un restant d’homme, un vieillard à peine capable de souffrir encore, tant sa moelle et ses nerfs sont usés, qui repose dans ce fauteuil, par tolérance, et fait pendant à cette vénérable mégère, installée dans le meilleur coin par sa fille et sa petite-fille, les propriétaires du logis. Et s’il n’est pas dans la rue, à l’hospice, au diable, c’est qu’il a réservé sa fortune mobilière, et ne l’a encore abandonnée que par testament à ces mêmes femmes, à qui la maison appartient en vertu d’une donation entre vifs… Entre vifs ! Il faut le croire, car ce cadavre est encore jaloux. Et, pour comble de malheur, il assiste aux amours de sa jeune légataire et du cousin ; il est contraint de la doter sans délai, de consentir à son mariage. Enfin, comme les fiancés et la tante l’ont laissé pour aller à une fête, laissé en tête-à-tête avec l’aïeule et sous sa garde, et comme elle s’est assoupie, la douleur qu’il éprouve d’être ainsi bafoué le ranime et le remet debout ; il appelle la concierge, il envoie chercher sa nièce ; il veut, pour lui remettre tout à l’heure des titres, ouvrir son coffre-fort : elles ont emporté la clé ! Pris de vertige, il défait de ses mains tremblantes une liasse de billets qu’il avait dans sa poche (il avait touché, à l’instant, une assez forte somme) : il commence de les fourrer dans des livres sans valeur, qu’il a laissés par testament à sa nièce, parce qu’ils venaient de son neveu. Soudain il s’abat, le nez sur le plancher, mort… Revenue un moment après, la famille de proie ou son homme de loi, l’agent d’affaires, peut demander à la nièce de faire poser les scellés : « A quoi bon ? » répond-elle. — Et de trois !

Et de quatre ! .. Esther Brandès va nous dire si un brave bourgeois, qui a passé la quarantaine, plutôt que de rester garçon, exposé aux gouvernantes, fait bien de se marier. Celui-ci a épousé une jeune fille ; et le voilà, peu d’années après, gravement malade. La moindre émotion doit le tuer ; c’est le médecin qui le dit à sa belle-sœur, — une vieille fille, celle-ci, habitant avec le ménage. Énigmatique personne, en vérité, cette noire Esther Brandès ; noire de vêtemens comme de cheveux, et presque de visage et d’âme. Le mot de l’énigme pourtant, si nous l’avons deviné, c’est amour ; mais l’amour dont il s’agit, ce n’est rien de moins que toute la sensibilité concentrée au profit d’un seul être, — la petite sœur, — par la volonté féminine la plus forte qui se puisse concevoir, dans le plus âpre naturel que puisse produire la race hébraïque : Esther Brandès, pour élever sa cadette, a étouffé son propre cœur ; l’ayant élevée, elle l’a mariée ; l’ayant mariée, elle n’est pas encore satisfaite : elle avait rêvé pour cette jeune tête, sur qui elle a reporté son droit au bonheur, un plus beau parti. Et cet homme, dont la maladie exerce continuellement et renforce l’égoïsme, devient chaque jour un plus maussade compagnon.. « La moindre émotion » a dit le docteur. Et le malheureux, persuadé qu’il est convalescent, a parlé d’assurer à un sien neveu, déshérité par son mariage, une somme payable à sa mort. Après avoir maugréé contre ce dessein, Esther y paraît convertie ; elle presse même son beau-frère de souscrire la police d’assurance : n’est-elle pas allée au bureau de la compagnie, — dans l’intervalle du premier acte au second, — avertir qu’il sortait de maladie, pour qu’on ne s’étonnât pas de sa mauvaise mine ? Le courtier amène un médecin, et le prie d’ausculter le client ; puis, sur un regard qui vaut une sentence, il propose d’ajourner le contrat. Le malade s’inquiète, s’emporte, injurie ses visiteurs : ceux-ci lui rendent ses insultes, l’accusent de tentative d’escroquerie. Demeuré seul, après une crise nerveuse, il tombe dans son fauteuil, hébété… Il survit cependant : c’est à recommencer ! Par bonheur, le neveu est épris de la femme de son oncle, de la cœur d’Esther. Il est honnête homme, elle est sage ; et sans la double confidence d’Esther, qui a voulu inquiéter la conscience de l’un et de l’autre pour les séparer, elle ne saurait pas qu’il l’aime, il ne saurait pas qu’il est payé de retour. Moyen dangereux, sans doute ; mais la rigoureuse vieille fille surveille les jeunes gens et les gouverne. Que ce brave garçon, pris de scrupules, s’éloigne de la maison : et l’oncle omettra, selon toute apparence, de lui assurer la somme promise. Il va partir, c’est décidé : ainsi, du même coup, l’aînée, — qui voit loin sur la route où elle dirige sa petite sœur, — l’aura débarrassée d’un cohéritier et d’un prétendant à sa main, encore inférieur à l’ancien rêve. Elle n’a pas négligé, d’ailleurs, de donner l’éveil à la jalousie de son beau-frère : d’un mot prononcé comme au hasard, elle met le moribond aux aguets, après avoir laissé les amoureux en tête-à-tête, pour qu’ils fussent tentés de se dire plus tendrement adieu. En effet, il les surprend qui s’embrassent, — pour la première fois, — en pleurant. Une explosion de colère, un cri, un geste : il a chassé le jeune homme ; un flux de paroles, précipitées par petits souilles : il invective la jeune femme. Deux minutes après, seul avec Esther, qui le sermonne sans le regarder (elle est assise au coin du feu ; lui, étendu sur un canapé), il cesse de vivre : elle continue sa réprimande, ses bons avis au cadavre… — Et voilà expédié, à peu près comme le précédent, notre dernier bourgeois.

Ce n’est pas que « Monsieur Lamblin » soit un grand seigneur ; mais il mène la vie qu’on est convenu d’appeler parisienne. Il en a même une particulière entente ; et, s’il est homme d’affaires, il l’est encore dans sa vie privée, justement, pour régler, combiner la pratique de ses devoirs et celle de ses plaisirs, l’un et l’autre n’étant pour lui que des commodités nécessaires à son parfait bonheur. Ayant dépassé quelque peu la trentaine, il a depuis six ans une charmante femme ; depuis un an ou deux, une amusante maîtresse, qui ne lui coûte rien ; il a, pour achever de peindre sa chance, une belle-mère philosophe, qu’il a établie auprès de sa femme dans sa maison, et qui l’aide à maintenir l’équilibre de sa félicité. Il passe trois soirées par semaine chez sa maîtresse, et quelquefois le dimanche, qu’il ne compte pas ; trois soirées de même, et quelquefois le dimanche, au foyer conjugal, où il trouve un repos dont il jouit délicieusement. Sa femme, ayant connaissance de sa liaison, paraît bien un peu mélancolique et inquiète ; mais quoi ! elle est toujours aux petits soins pour lui. Au demeurant, la belle-mère, femme d’expérience et qui se plaît chez son gendre, veille à ce que ce chagrin ne soit pas gênant et n’aille jamais jusqu’à produire d’éclat. Ce soir, cependant, — un soir consacré à la famille, — une visite surprend M. Lamblin : sa maîtresse ! .. Elle s’explique en déclarant une soudaine envie d’aller avec lui au théâtre. Il la tance vertement : il lui reproche de n’avoir pas compris son caractère, qui est celui d’un homme d’ordre, ni son affection pour sa femme, la seule personne qui lui soit entièrement dévouée. La maîtresse part furieuse ; l’épouse, qui l’a vue sortir, revient irritée, menace de quitter la maison. Pauvre Lamblin ! Il se désespère, un moment, resté seul entre les deux moitiés de son bonheur. Mais soudain reparaît la belle-mère : elle a déjà calmé sa fille ; bien plus, craignant une rupture autant qu’une séparation (Lamblin, à défaut de cette maîtresse, en pourrait trouver une pire), elle a rejoint la personne qui s’en allait, et lui a dit quelques bonnes paroles. Entre sa belle-mère et sa femme, Lamblin, rasséréné, continue le cours d’une édifiante soirée.

Il ne faut guère plus de cinq minutes pour représenter Au mois de mai et Entre frères, deux scènes réunies sous ce titre commun : les Quarts d’heure. La première n’est qu’un duo sans musique, romance alternativement soupirée par un jeune homme du monde, une jeune fille du monde, fiancés. Le jeune homme, phtisique au dernier degré, exhale sa tendresse en crachant ses poumons ; la jeune fille réplique en parlant toilette, bijoux, avantages consentis par Contrat de mariage au survivant des deux époux. — L’autre bluette est presque une pantomime. Personnages, une marquise douairière et ses trois fils : le marquis, le comte, le vicomte. (Pour une fois qu’on est dans le faubourg Saint-Germain ! .. ) La marquise est à l’agonie : « Mes enfans, dit-elle entre deux râles,.. j’ai trompé votre père… Un de vous n’est pas son fils… Et c’est… c’est… » Une syncope… Les fils, croyant que leur mère est morte, récapitulent rapidement toute sa vie : lequel d’entre eux, selon les probabilités, est un intrus ? Le second se dénonce et dit ses taisons. Assentiment de l’aîné, qui reçoit froidement ses adieux, sans que le cadet proteste. Mais, tout à coup, la mère rouvre les yeux et la bouche : « C’est le marquis ! »

Redescendons. « Chez les filles ! » à présent, — comme dit la couverture du récent volume de M. Hugues Le Roux… Belle Petite, c’est le dialogue à peu près quotidien d’une femme entretenue, entretenue d’une façon incertaine et médiocre, avec le gentleman ou le rastaquouère qui est son principal client, avec le camarade qui la distrait, avec sa bonne. — La Fin de Lucie Pellegrin, c’est la mort d’une Dame aux camélias, mais d’une Dame aux camélias de l’Élysée-Montmartre ; et l’Armand Duval qui reparait au chevet de son lit de mort, qui fait le coup de poing et tire la savate contre ses compagnes de bals publics, gardiennes de son agonie, c’est une petite femme habillée en homme… — Enfin la part du peuple ! .. En famille, dans une misérable boutique, c’est la réunion des enfans, sous la présidence du père, le jour de la fête de la mère. Il est receleur, le père, et sa femme l’aide dans son commerce ; les fils, qui reviennent chaque après-midi, rapportent généralement au fonds commun le fruit de leurs veilles ; la fille, installée dans ses meubles ; n’est plus qu’un ornement extérieur de la famille. En ce jour solennel, cependant, la nichée est au complet. Un des garçons est arrivé en retard : c’est que, ce matin, il a vu guillotiner son meilleur ami, le fournisseur le plus actif de la maison. Pour le consoler, il faut que sa sœur l’emmène à la promenade* « comme dans le temps, de l’autre côté des fortifications… »

… Les documens que nous venons d’avoir l’honneur de vous présenter sur les mœurs de la société contemporaine, il n’est que juste et opportun de le dire, nous les devons, pour la Prose, à M. Gaston Salandri, pour la Sérénade, à M. Jean Jullien ; pour la Pelote, à MM. Paul Bonnetain et Lucien Descaves ; pour Esther Brandès, à M. Léon Hennique ; pour Monsieur Lamblin, à M. George Ancey ; pour les Quarts d’heure, à MM. Gustave Guiches et Henri Lavedan ; pour Belle Petite, à M. André Corneau ; pour la Fin de Lucie Pellegrin (tirée d’une nouvelle du même auteur), à M. Paul Alexis ; pour En famille, à M. Oscar Méténier, — et pour l’ensemble donc ! à M. André Antoine… Il mérite assurément que le Dictionnaire des contemporains lui donne cette qualité, qu’il attribuait naguère à M. de Lesseps : « promoteur français ! » On connaît à présent la matière des pièces jouées au Théâtre Libre ; nous aurons bientôt l’honneur d’en étudier la façon, — et l’on jugera si elle constitue un nouvel art dramatique.


LOUIS GANDERAX.