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Revue littéraire - Bossuet historien du protestantisme

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Revue littéraire - Bossuet historien du protestantisme
Revue des Deux Mondes3e période, tome 109 (p. 694-706).

Bossuet, historien du protestantisme, par M. Alfred Rébelliau, 1 vol. in-8°. Paris, 1891 ; Hachette.


L’Histoire des variations des églises protestantes, qui est assurément l’un des plus beaux ouvrages de Bossuet, — le plus beau, peut-être, et le plus accompli, — en est pourtant aussi l’un des moins lus. Cela n’empêche pas qu’on en parle. On s’étonne, par exemple, et on s’indigne au besoin, que « le sublime orateur des idées communes, » — c’est une expression de Sainte-Beuve ou de ce bel esprit de Charles de Rémusat, — ait conçu la pensée seulement de faire œuvre d’historien. On établit doctement qu’en sa qualité de catholique et d’évêque, ne pouvant rien comprendre à la Réforme, il eût mieux fait, plus sagement et plus prudemment, de s’en taire. On ajoute qu’entraîné par son goût naturel de la déclamation… « Cessez, princes et potentats… Ile pacifique, île mémorable… Venez, peuples, venez maintenant… » il n’a pu, sous le titre d’Histoire des variations, que fulminer un réquisitoire contre les protestans. On insinue, d’ailleurs, qu’impitoyable aux vaincus, complaisant aux puissans, créature du prince qui venait de révoquer l’édit de Nantes, il a sans doute su qu’en écrivant son livre, c’était un service qu’il rendait, de ceux qui font la fortune, mais qui déshonorent la mémoire d’un homme. Et, de toutes ces raisons, — dont il n’y en a pas une qui résiste à l’examen, mais qui ont toutes quelque chose de spécieux, — on conclut, sans le dire clairement, mais on conclut que, pour se faire une juste idée de l’Histoire des variations, il n’en est pas de meilleur moyen que de commencer par s’abstenir curieusement de la lire. Et, en effet, puisqu’il importe à une certaine opinion que Bossuet ne soit qu’un « orateur, » et son œuvre elle-même, y compris le Discours sur l’Histoire universelle ou les Élévations sur les mystères, que ce que l’on appelle assez dédaigneusement de la « littérature, » je conviens qu’il vaut mieux en croire sur leur parole nos « penseurs » et nos « historiens, » que d’y regarder de plus près…

Ce n’est heureusement pas l’avis de tout le monde, et, en particulier, ce n’est pas celui de M. Alfred Rébelliau dans son excellent livre sur Bossuet, historien du protestantisme. Si quelques admirateurs sincères de Bossuet, — que l’on pourrait nommer, — ont eux-mêmes presque passé condamnation sur l’Histoire des variations, et n’en ont retenu, pour l’admirer, que la « forme, » M. Rébelliau les a trouvés, en vérité, trop tièdes, et bien peu courageux. Connaissant mieux son Bossuet, et, comme tous ceux qui le connaissent, l’ayant d’autant plus admiré ou aimé qu’il le connaissait davantage, il a voulu le venger des accusations ou des insinuations de ceux qui le connaissent moins. Il s’est proposé de montrer que, si Bossuet n’a pas compris la Réforme, c’est exactement dans la mesure où ses contemporains, — je dis les protestans, — ne l’ont pas comprise, ni depuis eux beaucoup de ceux qui croient le mieux la comprendre. Enfin, ne pensant pas que la première vertu que l’on doive exiger d’un historien, ce soit de mal écrire, ou de ne pas écrire du tout, M. Rébelliau s’est fait fort de prouver qu’après deux cents ans, l’Histoire des variations demeurait encore l’un des meilleurs livres et des mieux informés qu’on puisse lire sur l’histoire du protestantisme. J’estime qu’il y a réussi ; et son Bossuet historien, qui fait le plus grand honneur à son talent d’écrivain, n’en fait pas moins, s’il n’en fait davantage encore, à sa conscience d’érudit, à sa probité de critique, et à son courage d’esprit.

Non qu’il ait tout loué de l’Histoire des variations, et que, par exemple, il y ait méconnu des traces d’impatience, d’irritation, de passion, si l’on veut, ou, pour mieux dire, d’humanité. Bossuet, — dont tous ceux qui l’ont connu d’un peu près ont vanté la douceur, et je ne parle pas de ceux qui la lui ont même reprochée, — Bossuet n’était pas un ange. Lorsque Jurieu, le pasteur Jurieu, un homme de Dieu, cependant, l’attaquait sur « son ignorance crasse et surprenante, » ou parlait de son « front d’airain, » nous aimerions mieux que Bossuet n’eût pas senti la piqûre, mais, véritablement, nous ne pouvons pas nous étonner ou le reprendre, s’il l’a sentie. Dans ce siècle poli, c’était avec cette aménité de langage que l’on discutait trop souvent. En plus d’un endroit de l’Histoire des variations, on retrouvera donc l’homme sous le prêtre, et le lutteur dans le théologien, et le polémiste dans l’historien. On y retrouvera aussi le catholique… Mais ce n’est pas là le point. Il s’agit de savoir si, dans l’entraînement de la controverse et dans l’ardeur de la bataille, Bossuet a manqué aux devoirs de l’historien ; — car pour ceux du chrétien ce n’est pas à nous qu’il appartient de nous en faire juges. L’Histoire des variations n’est pas l’histoire de la Réforme ; c’est un livre de controverse ; mais la controverse est ici de telle nature qu’elle se lie presque par tous ses points à l’histoire générale de l’Europe du XVIe siècle. Ces parties d’histoire générale, engagées, pour ainsi parler, dans la dispute théologique, et qu’aussi bien si Bossuet avait par hasard affecté de les négliger, on le lui reprocherait, et avec raison, comment donc les a-t-il traitées ? Comment a-t-il usé des textes ? A-t-il essayé, comme tant d’historiens, — qui ne font pourtant pas de théologie, — d’en faire sortir peut-être ce que ces textes ne contenaient pas ? ou a-t-il méprisé cet art de les « solliciter, » qui depuis lors a fait tant de progrès parmi nous ? Quels témoins, encore, a-t-il interrogés ? de quelle qualité ? dignes de quelle confiance ? N’en a-t-il pas omis ou écarté d’essentiels ? Mais ceux qu’il a retenus, comment, par quels moyens s’est-il assuré de l’authenticité, de la véracité, de la portée de leur témoignage ? Voilà toute la question : elle était, sans doute, assez complexe, assez délicate ; et elle est assez importante pour qu’on ne puisse trop féliciter M. Rébelliau de la manière dont il l’a résolue.

Car, de lui opposer je ne sais quel historien idéal, ou plutôt imaginaire, dont l’impartialité prétendue ne serait au fond que de l’indifférence pour les questions qu’il traite, je ne dirai pas que ce soit une moquerie… mais je le pense. Où est-il donc, cet historien ? et comment s’appelle-t-il ? Henri Martin ou Michelet ? Mommsen ou Droysen ? Carlyle ou Macaulay ? Tacite ou Tite-Live ? Polybe ou Thucydide ? C’est peut-être Louis Blanc, dans son Histoire de la révolution française, à moins que ce ne soit Merle d’Aubigné, dans son Histoire de la réformation ! Mais le fait est que l’on n’en connaît pas ; et on n’en connaît pas parce qu’il ne peut pas y en avoir ; et il ne peut pas y en avoir, parce que l’histoire serait le dernier des emplois de l’esprit, s’il n’y allait que de la satisfaction d’une curiosité platonique. L’historien digne de ce nom veut toujours prouver quelque chose. Comme une monographie d’histoire naturelle n’a d’intérêt qu’autant que les conclusions en dépassent l’objet, de même la biographie d’un militaire ou d’un artiste, que dis-je ! un mémoire d’archéologie, — la description d’une statue grecque ou d’une cruche étrusque, — n’ont d’intérêt que celui des rapports qu’ils soutiennent avec l’ensemble de l’histoire de l’art ou de la civilisation générale. Et l’on voudrait qu’un Bossuet, dans une Histoire des variations des églises protestantes, se fût abstenu de juger le protestantisme ! Que ne lui reprochons-nous plutôt d’en avoir osé parler ! .. Et, en y songeant, c’est effectivement ce que l’on veut dire. Comme si l’on oubliait que l’Histoire des variations est elle-même aujourd’hui dans l’histoire et de l’histoire, on s’efforce de prouver que Bossuet ne pouvait pas être impartial ; que, comme catholique, ses conclusions lui étaient dictées ou imposées d’avance ; et que, si Luther ou Calvin eussent eu cent fois raison, il fallait qu’il leur donnât tort.

C’est ce que j’ose hardiment nier. « C’est la demi-foi qui est craintive, dit à ce propos M. Rébelliau. Ce sont les hommes de croyance incomplète et mal assurée que la contradiction déconcerte, exaspère, et qui sont tentés de remédier par la chicane, la dissimulation ou le mensonge aux réalités qui les gênent. Bossuet, lui, a dans la vision mystique cette paix hardie qui ne craint pas la science. Ce que l’incrédulité fait pour d’autres, la foi le fait pour lui : elle l’affranchit. » On ne saurait mieux dire ; — mais on peut dire autre chose encore. Quand Calvin et Luther, sur la question de l’eucharistie, par exemple, ou sur la matière de la justification, auraient eu cent fois raison contre la théologie catholique, ils auraient toujours eu tort, pour Bossuet, de s’être détachés de l’Église, parce qu’il n’y a pas d’Église sans un pouvoir absolu de définir ses propres dogmes, et que d’un autre côté, sans Église, il n’y a plus de christianisme, ni de religion peut-être. Sauf ce seul point, que l’on voudra bien remarquer que les protestans du XVIIe siècle ne niaient pas, qu’ils embrouillaient seulement, — ce qui était une matière de le reconnaître. — il n’y avait donc rien dans la foi de Bossuet qui bornât sa liberté de penser, ni conséquemment qui nuisît à son impartialité. Mais, si d’autre part, on fait attention qu’il n’avait pas attendu pour affermir et raisonner sa foi la quarante-cinquième année de son âge ; que vivant, comme il faisait depuis déjà vingt-cinq ans, au milieu même des controverses, il n’a pas sans doute appris l’histoire de la Réforme à la veille de l’écrire ; et qu’indépendamment de l’autorité du concile ou des pères, il avait ses raisons à lui pour trouver que Calvin avait mal parlé de la présence réelle, ou Luther du libre arbitre, on en conclura qu’il a écrit l’Histoire des variations précisément parce qu’il estimait que Luther et Calvin avaient eu diversement, mais également tort. Lui reprocher sa partialité dans son Histoire des variations, c’est donc lui reprocher de ne pas avoir été protestant ; et, sans doute, c’est une manière de trancher la question. En est-ce bien une de la résoudre ?

Ce point de fait a tant d’importance, que, si j’avais quelque chose à désirer dans le livre de M. Rébelliau, c’en serait peut-être une démonstration plus précise. M. Rébelliau a très bien montré que l’Histoire des variations « n’était pas issue d’un dépit d’auteur, du hasard delà lecture du Syntagma confessionum fidei… du désir presque puéril de renvoyer à ses adversaires l’un des reproches qu’ils lui faisaient. » Bossuet n’avait pas cette vanité d’auteur. M. Rébelliau n’a pas moins heureusement montré « l’étroit rapport » des Variations avec tout ce que la controverse a produit d’ouvrages au XVII" siècle, et avec la préoccupation peut-être la plus constante et la plus active de Bossuet : c’est celle de la Réunion. Si l’Histoire des variations avait opéré seulement des effets analogues à ceux du Sermon sur l’unité de l’Église, Bossuet serait mort content. Mais il était possible de remonter plus haut encore, de faire voir l’Histoire des variations s’ébauchant, pour ainsi parler, dans l’Oraison funèbre d’Henriette de France, et le plan même s’en dessinant déjà dans un des premiers sermons de Bossuet, Pour la vêture d’une nouvelle catholique, prononcé à Metz en 1654. « Ecclesia ab apostolis, apostoli a Christo, Christus a Deo tradidit. O la belle chaîne, s’écriait le jeune prédicateur, ô la sainte concorde, 6 la divine tissure que nos nouveaux docteurs ont rompue ! .. » C’est toute l’Histoire des variations ; et, chose curieuse ! les digressions mêmes auxquelles plus tard on accusera Bossuet de s’être laissé indûment entraîner sur les albigeois et sur les hussites, elles sont déjà indiquées dans ce même Sermon. « Car, lorsqu’on nous allègue les hussites et les albigeois, chrétiens, vous voyez assez combien cette évasion est frivole. Les hussites et les albigeois venaient eux-mêmes, à ce qu’ils disaient, dresser de nouveau l’Eglise. Et je demanderai toujours où était l’Eglise avant les hussites ? où était-elle avant les albigeois ? » Bien loin donc, on le voit, que l’Histoire des variations soit un ouvrage de circonstance, comme par exemple les Maximes sur la comédie, ou comme l’Instruction sur les états d’oraison, comme en un certain sens encore les Oraisons funèbres ou comme le Discours sur l’Histoire universelle, c’est ici l’ouvrage qu’avant de le produire, Bossuet a porté, qu’il a médité pendant plus de trente ans, et n’est-ce pas ce qui en explique la singulière beauté ?

Parce qu’il a été longuement mûri, et comme élaboré, si je puis ainsi dire, par trente ans de méditation intérieure, le plan n’en a rien de rigide ou de compassé, mais au contraire quelque chose de souverainement libre. C’est la manière de Bossuet, — dont on ne sent jamais si bien l’air d’inspiration et de liberté que quand on la compare à la manière logique ou scolastique de Bourdaloue, mais dont on ne saisit jamais mieux la rigueur cachée, que quand on la compare à la manière discursive et désordonnée de Bayle. Vous diriez ici qu’il suit l’ordre des temps, et, quand il s’en écarte, si vous saisissez toujours le rapport de ses digressions avec ce qui les précède, peut-être en apercevez-vous d’abord moins clairement la liaison avec l’ensemble et l’unité du livre. C’est qu’il faut voir qu’il a réduit sa matière à trois points principaux, qui sont ceux de la justification, de l’eucharistie, de l’autorité de l’Eglise, et que du premier dépend toute la morale, du second tout le dogme, et du troisième toute la discipline. Mais comme ils intéressent aussi les trois concupiscences : sentiendi, sciendi, vivendi, la discussion s’en trouve ainsi liée naturellement à la recherche des caractères des hommes, et voici qu’il s’en trouve trois de mêlés à toute cette théologie : Luther, Henri VIII et Calvin. Cependant, pour les connaître, nous ne pouvons pas les séparer des événemens qui les éclairent, et du milieu même de ces événemens, c’est-à-dire de ce qu’il y a de moins pur au monde, nous voyons comme surgir les contradictions qui les retranchent de l’Eglise, pour ensuite les diviser entre eux. C’est ce qui nous ramène constamment à notre sujet, et l’affirmation de l’unité de l’Eglise, toujours immuable et toujours conforme à elle-même, qui avait fait le début de l’ouvrage, après en avoir fait la vivante unité, en fait maintenant le dernier livre et la conclusion. Je ne connais rien de plus simple et de plus profond, de plus libre et de plus majestueux. Que si l’on se rend compte, après cela, de la nature et de la difficulté du sujet ; si l’on considère qu’il s’agissait de rendre visibles et comme palpables les variations de la réforme sur des matières comme celle du libre arbitre et de la transsubstantiation ; qu’il fallait passer alternativement de l’exposition ou de la discussion du dogme à la narration des faits, de la narration des faits au portrait des personnes, y passer sans effort apparent, fondre le ton du récit avec celui de la controverse, exposer, expliquer, réfuter, dogmatiser, rétorquer, raconter et peindre à la fois, et que Bossuet y a réussi, ce n’est plus assez de dire que l’Histoire des variations est le plus beau de ses ouvrages, il faut dire qu’elle est le plus beau livre de la langue française. Car, pour quel autre réclamerait-on ce titre ? Je ne pense pas que ce fût pour le Génie du christianisme, ni pour l’Essai sur les mœurs, ni pour l’Histoire naturelle, ni pour l’Esprit des lois ; — et cependant ce sont les seuls qu’on lui puisse comparer d’un peu loin.

J’aimerais à suivre M. Rébelliau dans l’examen qu’il fait du détail de l’Histoire des variations, et à montrer d’après lui ce que Bossuet y a mis de science, de patience, et de conscience. Si, par exemple, Bossuet emploie moins de documens, s’il puise à moins de sources qu’on ne s’y fût peut-être attendu, c’est qu’il s’est à lui-même imposé « de ne rien dire qui ne soit tiré le plus souvent des ouvrages des réformateurs, et toujours d’auteurs non suspects ; » et la loi qu’il s’était faite, il l’a fidèlement observée. C’est ainsi qu’il ne s’est servi, pour parler de Luther, ni des biographes catholiques du réformateur, ni des historiens catholiques du luthéranisme, ni même des biographes ou des historiens calvinistes. Nos historiens de la Révolution n’ont pas tous imité cette rigueur. Pour d’autres raisons, que nous appellerions purement scientifiques, il n’a pas cru devoir user d’historiens en renom, de Mézeray, par exemple, ou de Davila, que cependant « Jurieu lui-même, dans ses ouvrages de controverse, allègue à chaque pas. » Moins difficiles que Bossuet, il nous arrive trop souvent encore aujourd’hui d’écrire l’histoire de son temps avec les Mémoires de Saint-Simon, quand ce n’est pas avec les Lettres de Mme du Noyer. Sévère dans le choix de ses textes, il ne l’est pas moins dans l’emploi qu’il en fait. « Parmi les traités, il prend les plus célèbres, ceux où il y a lieu de penser que l’auteur s’est mis le plus complètement, et se fût reconnu le mieux. » Avons-nous toujours les mêmes scrupules ? et, par exemple, pour parler de lui, Bossuet, est-ce ordinairement dans son Histoire des variations que nous l’étudions ? « Il ne prend pas non plus au hasard à travers les lettres. » N’est-ce pas, au contraire, ce que nous faisons, nous, quand nous parlons de Voltaire, et n’abusons-nous pas quelquefois contre lui de sa Correspondance ?

On lui adresse un autre reproche ; on trouve qu’il n’a pas assez loué Luther et Calvin ; on se plaint qu’il ait mis en lumière quelques côtés plus fâcheux de leur caractère, en en laissant les plus beaux dans l’ombre. Et, en effet, quoiqu’il soit convenu lui-même, dès le début de son Histoire, de la nécessité d’une « réformation de l’Église dans son chef et dans ses membres, » il semble bien que, dans la suite, il l’ait trop oublié. Si la Réforme n’a sans doute rien eu de surnaturel ni de divin dans son principe, toujours est-il qu’elle a eu quelque chose de profondément moral, et en ce sens de vraiment chrétien. On voudrait que Bossuet l’eût dit plus fortement. Car, pour ce qui est d’avoir opposé la beauté des promesses à la réalité des faits, je ne sache pas qu’il y ait rien de plus légitime. Si l’on n’a pas le droit d’exiger des autres ce que l’on ne fait pas soi-même, et bien moins sans doute encore de leur reprocher ce que l’on fait, les réformateurs étaient tenus de mener une vie plus pure que ce clergé catholique dont ils se séparaient, comme aussi d’obéir à des mobiles plus désintéressés. Puisqu’ils se donnaient pour les successeurs des apôtres et puisqu’ils prétendaient ramener le christianisme à la pureté de son institution primitive, on était en droit de s’étonner ou de s’indigner même qu’ils eussent accepté, pour faire triompher leur doctrine, la complicité des intérêts matériels. En le leur reprochant, Bossuet ne manquait donc à aucun des devoirs de l’historien. Peut-être seulement oubliait-il un peu lui-même qu’il n’écrivait pas l’histoire de la Réforme, mais celle des Variations des églises protestantes, et se laissait-il emporter par l’ardeur de la polémique, non pas précisément au-delà de son droit, mais plutôt au-delà des nécessités de son sujet.

Il s’est d’ailleurs quelquefois trompé, mais en historien, si je puis ainsi dire, induit en erreur par de bons témoins, comme cela peut arriver à tout le monde. Par exemple, il a eu tort d’en croire Paolo Sarpi sur la « querelle des Augustins contre les Jacobins. » Non-seulement, en effet, nous dit M. Rébelliau, « les historiens les plus autorisés, Guichardin, de Thou, Sleidan, ne savent rien de cette légende, » mais, « même parmi les ennemis acharnés de Luther, nul n’attribue à son entreprise une telle origine. » Il paraît aussi que Bossuet prête quelque part à Luther une parole d’Ulrich de Hutten, et qu’il confond ailleurs la première et la deuxième édition de la Visitation saxonique. S’est-il également trompé d’une autre manière sur « le caractère foncièrement religieux des guerres civiles du XVIe siècle en France, et sur le caractère essentiellement protestant des troubles du règne de François II et de la minorité de Charles IX ? » sur la conjuration d’Amboise ? sur le massacre de Vassy ? sur la connivence des chefs protestans dans l’assassinat du duc de Guise ? Nous n’avons ici, pour discuter ces questions, ni la place, ni la compétence qu’il faudrait. Nous nous contenterons donc de renvoyer au livre de M. Rébelliau, mais nous ferons observer avec lui qu’il ne semble pas que, de ces erreurs, les unes « entament l’ensemble des théories de Bossuet, » ni que les autres soient bien graves. « Dans la partie historique de l’Histoire des variations, conclut-il, Bossuet n’a pas seulement écrit une narration littérairement très belle, mais il a exécuté d’une manière originale et solide une œuvre, encore aujourd’hui considérable, de recherche scientifique. » C’est la vérité même.

Mais, de tous les reproches que l’on ait pu faire à l’Histoire des variations, s’il en est un qui soit plus injuste que tous les autres, c’est celui de « déclamation. » Il n’y en a guère, en revanche, qui soit plus significatif ; et nous voyons qu’en tout temps, lorsque l’on reproche à un homme d’avoir abusé de son éloquence ou de son esprit, c’est que l’on n’a rien de mieux, ni, comme l’on dit, de plus topique à lui répondre. Bossuet a été le plus éloquent des mortels, et encore aujourd’hui, comme si les hommes avaient naturellement la haine de la supériorité, beaucoup de gens lui en veulent de son « éloquence, » qui ne doivent pourtant, eux, la liberté qu’on leur passe de parler ainsi de Bossuet qu’à leur « style. » Non-seulement, cependant, il n’y a pas ombre de « déclamation » dans l’Histoire des variations, mais il n’y a pas même trace de « rhétorique. » S’il y en avait quelqu’une dans Bossuet, ce serait dans l’Oraison funèbre de Marie-Thérèse, où d’ailleurs je ne dirai pas que, pour un prédicateur chrétien, la matière fût infertile et petite, mais où il faut cependant convenir qu’il a été moins bien inspiré. Ce serait aussi dans quelques-uns des sermons de sa première jeunesse, dans le Panégyrique de saint Bernard ou dans le Sermon sur la loi de Dieu. Comme tous les orateurs, Bossuet faisait là son éducation, et il apprenait, de la rhétorique même, à en mépriser plus tard les faux brillans ou les mouvemens artificiels. Mais dans l’Histoire des variations, si Bossuet ne peut pas lui-même se dépouiller de l’air de grandeur qui lui est propre, il faut chercher, pour les y trouver, ces « apostrophes, » et ces « emportemens, » et ces « invectives, » dont ses adversaires et ses critiques voudraient nous faire croire qu’elle abonde. M. Rébelliau en cite quelques exemples. « Après cela, on ose prendre les progrès soudains de la réforme pour un miracle visible et un témoignage de la main de Dieu. Comment M. Burnet l’a-t-il osé dire, lui qui nous découvre si bien les causes profondes de ce malheureux succès ? » Evidemment, pour trouver là delà « rhétorique » ou de la « déclamation, » il faut avoir de bons yeux, et l’on est tenté de croire que, comme nous disions, sous le nom de son « éloquence, » les Basnage et les Jurieu n’en veulent à Bossuet que de leur impuissance à lui répondre. La manière de Bossuet, dans son Histoire des variations, comme ailleurs, est oratoire, et son style, si je puis ainsi dire, est parlé. C’est une habitude, au surplus, faisons-en la remarque en passant, qui, d’une manière générale, est celle de son siècle même. La prose française, formée à l’école de la controverse, n’est guère passée du mode oratoire au mode narratif qu’à la fin du XVIIe siècle, et on ne « contait » pas encore au temps de Bossuet, mais on exposait, on discutait, on prouvait. Les habitudes du style oratoire ou parlé sont encore visibles dans les Caractères eux-mêmes de La Bruyère.

Si maintenant, dans son livre, M. Rébelliau avait peut-être un peu plus insisté sur les qualités littéraires de l’Histoire des variations, j’imagine que le lecteur ne lui en aurait pas su mauvais gré. Sans doute, il fait bien observer que l’éloquence ici « reste bien plutôt à l’intérieur qu’elle ne paraît à la surface ; » et il a raison. Il ajoute plus loin que dans les endroits où le style de Bossuet « se départ un peu du ton convenable à la discussion ou au récit, il s’empreint alors bien plutôt d’une ironie souvent familière que d’une magnificence encombrante ou d’un pathétique déplacé. » C’est ce que savent aussi tous ceux qui ont lu l’Histoire des variations. Mais le don de Bossuet, celui que j’aurais souhaité que M. Rébelliau mît en lumière, parce que c’est celui qui le « classe, » en quelque sorte, ou, si l’on veut encore, qui met comme un abîme entre les Varillas et les Maimbourg et lui, c’est le don de voir la réalité par-delà ses textes ou ses documens, d’écarter tout ce qui s’interpose entre elle et lui, d’en ressaisir la sensation présente, et de toucher presque du doigt les choses et les hommes du passé. C’est ainsi que son Luther ou son Mélanchthon sont vivans pour lui. C’est ainsi que, quand il oppose les luthériens et les zwingliens sur la « présence réelle, » il les voit, et les entités théologiques elles-mêmes s’animent à ses yeux. Il a connu également Henri VIII ou Cranmer… Et ce don si rare, qui lui a permis de ne pas succomber sous la masse des faits qu’il a dû manier, est aussi celui qui fait la vérité supérieure de son Histoire des variations. Comme Pascal a vu les jésuites, ou comme Racine a vu ses Hermione et ses Phèdre, ainsi Bossuet a vu les hommes et les choses du protestantisme, et moins « documentée, » son Histoire des variations serait encore, grâce à cette vision de génie, toute voisine de la vérité.

Aussi serait-il surprenant qu’il n’eût rien compris à la réforme, comme on l’entend dire quelquefois encore, et, au contraire, il se pourrait qu’il l’eût mieux comprise que beaucoup de protestans de nos jours. Car ils ne sont pas Bossuet ; et, dans la mesure où sa foi catholique gênait sa liberté d’esprit, je me figure que leur foi protestante gêne la leur. Si je pouvais le montrer, sans blesser ici personne, j’aurais indiqué du même coup quelle est la valeur actuelle du livre des Variations, et ce que Bossuet, en l’écrivant, a montré d’intelligence, non-seulement de tout ce qui l’avait précédé, mais encore de ce qui devait le suivre.

Car enfin, quoi ? que lui reproche-t-on ? que veut-on dire quand on lui reproche de n’avoir pas compris la réforme ? Est-ce de n’avoir pas entendu la vraie pensée de Luther sur le sujet de « la justification, » ou celle de Calvin sur la matière de « l’eucharistie ? » Non ; mais c’est de n’avoir pas vu que ces « variations, » ou ces inconstances dont il croyait se faire une arme toute-puissante contre les réformateurs, elles étaient précisément la raison d’être du protestantisme, son honneur et sa gloire. Je le veux bien. Je dis seulement que cette opinion philosophique, ou même un peu libertine, sur le droit à l’inconstance, n’était pas l’opinion de Luther. Était-elle celle d’Henri VIII quand il faisait décapiter Thomas Morus ? ou, peut-être, celle de Calvin quand il faisait brûler Michel Servet ? Cent ans encore après eux, ce n’était pas non plus l’opinion du ministre Daillé quand il écrivait, en 1662 : « La religion chrétienne n’est pas un ouvrage de l’esprit humain, mais un don du fils de Dieu… Aussi n’a-t-elle pas été formée pièce à pièce et perfectionnée peu à peu comme les productions des hommes, à qui leur infirmité ne permet pas d’achever tout d’un coup et à une seule fois ce qu’ils entreprennent. Le christianisme est sorti parfait de tout point et fourni de toutes ses parties par la main de son auteur. » Bossuet, dans son Histoire des variations, n’a pas dit autre chose. Mais il y a mieux encore. En 1687, c’est-à-dire à la veille de l’apparition de l’ouvrage de Bossuet, Jurieu lui-même, qui devait l’année suivante écrire tout le contraire, disait encore dans les premières de ses Lettres pastorales : « C’est une absurdité sensible de croire que l’Ecriture ne nous a pas dit tout ce qui fait l’essence de la religion chrétienne. Je soutiens que, pour avancer cela il faut avoir perdu toute pudeur ; — ce Jurieu, on le voit, ne ménage pas ses termes. — Y aurait-il eu de la sagesse en Dieu d’instruire si imparfaitement son Église, et de laisser à la postérité la charge d’ajouter les parties essentielles ? » Si donc les protestans, en 1687, ne s’étaient pas encore avisés de mettre l’honneur de la réforme dans la multiplicité même et dans la diversité de ses « variations, » Bossuet n’est-il pas excusable de n’avoir pas mieux « compris » la réforme que ne l’entendaient les docteurs eux-mêmes du parti ? Ou plutôt, n’est-ce pas alors peut-être, et pour échapper à l’argumentation de Bossuet, — laquelle est effectivement invincible, si l’on commence par lui accorder que « la vérité venue de Dieu a d’abord toute sa perfection, » — que les protestans se sont avisés de se glorifier de leurs variations ? Ce serait une première conséquence de son livre, en ce cas, et il aurait obligé la réforme à voir clair dans les conséquences de son propre principe.

Mais je conçois qu’on ait droit d’exiger d’un Bossuet qu’il voie plus profondément et plus loin que les autres. Même il n’est Bossuet pour nous qu’à cette condition. Le propre du génie est d’anticiper sur l’expérience et conséquemment sur l’avenir. Permis à des Jurieu d’avoir des yeux pour ne point voir : nous demandons à un Bossuet de voir en esprit « ce que l’œil n’a point aperçu. » Je dis que l’Histoire des variations, — dont il ne faut pas séparer ici les Avertissemens aux protestans, — répond même à cette exigence. Et qu’il fallait donc qu’une fois séparé de l’Église, on allât du luthéranisme au calvinisme, du calvinisme à l’arminianisme, de l’arminianisme au socinianisme, et du socinianisme à l’indifférentisme, voilà encore ce que Bossuet a vu, et voilà ce qui est arrivé.

En vain nous parle-t-on « d’évolution des dogmes, » ce n’est qu’un mot dont on se paie. On n’évolue pas sans changer de nature, et un dogme qui évolue cesse par là même d’être un dogme. S’il a pu évoluer pour le devenir, il est fixé dès qu’il l’est devenu ; et si l’on dit que rien ne se fixe, je le sais bien, non, rien ne se fixe, ni ne demeure, mais tout coule ; — à l’exception des dogmes, et de cette vérité que deux et deux font quatre. La confusion vient ici de ce que les dogmes ont effectivement évolué dans l’histoire ; et, par exemple, il est certain que l’Incarnation ou la Trinité n’étaient pas pour les pères du Ier siècle ce qu’elles sont plus tard devenues pour ceux du concile de Nicée. Bossuet l’a quelque part admirablement expliqué, d’après saint Augustin : « Plusieurs choses étaient cachées dans les Écritures : les hérétiques séparés de l’Église l’ont agitée par des questions : ce qui s’était caché s’est découvert, et on a mieux entendu la vérité de Dieu. » Je prie ici qu’on me pardonne la comparaison, mais c’est comme si je disais que Bossuet est le plus grand écrivain de la France, et que l’on me le disputât. Selon les raisons que l’on produirait, et si c’était Pascal, ou Fénelon, ou Montesquieu que l’on lui opposât, je serais naturellement amené à signaler en lui des qualités différentes, mais mon opinion n’aurait pas « varié » pour cela : je la soutiendrais seulement par des exemples et des mots différens. Ainsi s’est opérée l’évolution du dogme, pendant les trois premiers siècles de l’Église chrétienne. Mais, depuis lors, le dogme n’a plus varié ni ne saurait varier sans cesser d’être un dogme ; — et c’est avec Bossuet ce qu’il serait aisé de montrer si je ne craignais ici de m’engager dans une théologie dont peut-être on ne verrait pas l’intérêt. Ce sera donc assez d’un ou deux exemples, ou même d’un seul, si l’on le veut bien. On ne peut pas évoluer sur la question de savoir si Jésus-Christ est ou n’est pas le Fils de Dieu. Il l’est ou il ne l’est pas : cela se décide par oui ou non. Et tous ceux qui tergiversent là-dessus ne font pas de la science, comme ils se l’imaginent, ils font de la scolastique, à moins qu’ils ne traitent la religion comme ils feraient l’histoire de l’art ou de la philosophie, ce qui est la définition même de l’indifférentisme.

C’est encore ce que Bossuet a parfaitement vu, dans ses Variations comme dans ses Avertissemens, auxquels j’ajoute maintenant ses deux Instructions pastorales sur les promesses de l’Église. Ou la religion est toute divine, ou toutes les religions sont humaines. Si la constitution du dogme catholique est une œuvre purement historique ; si les conciles, celui de Chalcédoine et celui de Nicée, ne sont que des assemblées de politiques ou de philosophes, si l’esprit de Dieu n’y présidait pas ; si les pères du Ier et du IIe siècle, si les Justin et les Athénagore, si les Polycarpe, si les Athanase et les Tertullien n’étaient pas inspirés eux aussi, pourquoi les apôtres le seraient-ils ? que signifie ce reste de superstition ? quelle garantie enfin avons-nous que Jésus-Christ soit plus qu’un homme ? et la Bible plus qu’un livre ordinaire ? .. On ne me persuadera pas que, d’avoir vu tout cela dans la Réforme, ce soit ne l’avoir pas comprise.

Mais a-t-il également vu ce qu’aujourd’hui même encore beaucoup de protestans ne voient pas, ou ne veulent pas voir, qu’à travers toutes ces variations, s’il y avait comme un dessein plus secret dont la Réforme ne se fût jamais écartée, c’était celui d’émanciper du joug théologique, et, comme nous dirions, de laïciser non-seulement la pensée, mais surtout la morale ? Je n’oserais pas le dire. Cette idée qu’une religion n’est pas nécessairement une morale, et que même elle en peut être le contraire, on la trouve déjà formée chez quelques contemporains de Bossuet ; et Bayle, par exemple, n’en a pas développé de plus hardies dans ses hardies Pensées sur la comète. Mais je doute qu’elle soit entrée dans l’esprit de Bossuet. La beauté de la morale chrétienne étant pour Bossuet, comme pour Pascal, presque la plus forte preuve de la divinité de la religion, il ne pouvait voir dans l’entreprise de séparer la religion d’avec la morale que libertinage et qu’immoralité. Là serait le point faible de l’Histoire des variations. Mais alors, en posant avec plus de force que personne peut-être ne l’avait fait jusqu’à lui les conditions de la religion ; en montrant qu’il n’y a pas de religion sans une révélation à son origine, sans une assistance de Dieu qui la soutienne dans sa suite, et sans une discipline, c’est-à-dire sans une Église qui en soit la manifestation visible, il aurait dénoncé, dès la fin du XVIIe siècle, la dangereuse équivoque où cependant aujourd’hui même nous nous débattons toujours ; et par là son livre serait toujours « actuel. » Comme le dit en effet M. Rébelliau, de « tels livres sont féconds en conséquences imprévues. Leur choc puissant ne détermine pas seulement des réactions immédiates, mais des ondulations lointaines, propres à surprendre l’auteur même, de qui elles dépassent l’ambition ou parfois contrarient les courtes vues. » Je souligne dans cette conclusion quatre ou cinq mots qu’il me serait difficile d’accepter. Les vues de Bossuet n’étaient pas si « courtes, » et il a perdu la bataille, puisque la réunion ne s’est point opérée ; mais s’il serait fâché de sa défaite, en serait-il vraiment « surpris ? » Je crois plutôt qu’il l’a prévue, et qu’indépendamment de son goût pour l’unité, s’il a tant travaillé à la réunion, c’est qu’il voyait venir les temps où ce ne serait pas trop de toutes les forces de la chrétienté pour résister à la libre pensée.

Quoi qu’il en soit, félicitons encore une fois M. Rébelliau de la remarquable étude qu’il nous a donnée sur l’Histoire des variations. Comme nous avons essayé de le dire, il est de ceux qui ne croient pas que l’unique objet de la critique soit de peser des syllabes, de « regretter des mots douteux au jugement, » et d’admirer des tournures de phrases. Non qu’elle doive méconnaître, et encore moins mépriser, cette partie de sa tâche. Nous estimons seulement qu’il y a temps pour tout. On peut étudier dans Malherbe « le pouvoir d’un mot mis en sa place ; » on le peut, et même on le doit ; c’est une étude nécessaire. Mais quand on veut parler de Bossuet, c’est-à-dire du seul de nos grands écrivains qui n’ait jamais écrit pour écrire, il serait honteux de ne pas le suivre sur le terrain des idées et de l’action. M. Rébelliau l’a compris, et le succès de son livre le récompensera de son courage et de sa sincérité. Ce qui le récompensera mieux encore, ce sera si, comme nous l’espérons, son livre rectifie quelques idées trop fausses que l’on se fait encore en France de l’œuvre, du caractère, et du génie de Bossuet.


F. BRUNETIERE.