Revue pour les Français Février 1906/VIII

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Collectif
Revue pour les Français1 (p. 78-80).

BIBLIOGRAPHIE



C’eût été manquer d’égards à l’ouvrage de M. Paul Doumer que de l’analyser quand il a paru ; c’eût été souligner ce qu’il y a eu de malencontreux dans la date de sa publication. Le Livre de mes Fils[1] aurait dû nous être donné six mois plus tôt. On n’eût pas été tenté alors d’y chercher une sorte de manifeste, l’exposé de principes d’un candidat ambitieux. Et certes, ce livre est tout le contraire ; c’est un acte de courage, on devrait même dire de défi. Par sa forme d’abord : M. Doumer emploie un langage qui n’est pas dépourvu d’élégance, parce que la clarté et la simplicité y dominent. Mais il s’en sert pour présenter à ses lecteurs une suite de maximes et de préceptes dont il n’a pas pris garde d’habiller les contours à la mode du jour. Pas la plus légère pointe d’ironie, pas le moindre soupçon de dilettantisme, pas même de ces comparaisons luxuriantes et de ces rapprochements un peu heurtés dont le public d’aujourd’hui se montre si friand. Le fond n’est pas moins courageux que la forme. Beaucoup des théories présentes sont robustement malmenées et jetées à bas du péristyle comme jadis furent chassés les vendeurs du Temple ; beaucoup d’autres — traitement plus humiliant encore — sont passés sous silence. L’évolutionnisme par lequel les mécontents expliquent le malheur des temps et dont les novateurs se servent pour échafauder leurs réjouissantes théories d’avenir, — l’évolutionnisme n’est pas même discuté. M. Doumer s’installe au milieu des faits comme dans une citadelle sûre mais âpre d’aspect et il rudoie tous ceux qui cherchent des issues vers l’espace attirant. C’est dans les faits qu’il faut vivre de la vie solide et grave des peuples prospères en s’appuyant sur ce que Le Play dénommait le « Décalogue éternel ». Toute la morale de M. Doumer et toute sa théorie sociale tiennent là-dedans. Eh bien ! il faut une jolie vaillance pour lancer de telles idées à la tête des Français de 1906.

On conte qu’un jour le gouverneur de l’Indo-Chine sauta sur un cheval rétif ou insuffisamment dressé et se mit en tête, bien que cavalier imparfait, de lasser la résistance de la bête. Il y parvint. Nous ne savons si l’anecdote est rigoureusement exacte mais tout porte à le croire car voici le président de la Chambre qui recommence sous nos yeux l’exploit du gouverneur. Il enfourche l’opinion, animal peu commode, et prétend la mâter…

Le Livre de mes Fils se divise en quatre parties : l’homme, — la famille, — le citoyen, — la patrie. L’auteur passe en revue toutes les qualités viriles : la volonté, le courage, le sentiment du devoir, l’amour de l’action, le culte de la liberté, la pratique de la tolérance. Les parents, l’amour, le mariage, les enfants lui servent ensuite de thèmes. Dans la troisième partie, il enseigne au futur citoyen ses devoirs envers la République ; dans la quatrième, il étudie le patriotisme, la valeur du patrimoine national et la guerre. Le volume se termine par une sorte de tableau d’ensemble de l’état présent de l’univers, tableau plein de grandeur mais peut-être un peu vague, « Il est pour toi, dit M. Doumer en s’adressant à la jeunesse française, un seul et unique moyen d’être utile aux hommes qui peuplent la terre, c’est d’aimer et de servir la France ».

Tel est cet évangile trop beau, trop pur et trop complet — pas assez accessible, croyons-nous, à ceux auxquels il était destiné. L’idée pratique qui l’inspire c’est, semble-t-il, ce passage fameux d’un discours du Président Roosevelt : « Quand les hommes craignent le travail ou la guerre juste, quand les femmes craignent la maternité, ils tremblent sur le bord de la damnation » ; mais, en stigmatisant cette triple forme de lâcheté, Roosevelt n’a pas exigé des Américains la pratique de toutes les vertus. Or, il n’en est pas une que M. Doumer ne recommande aux Français comme indispensable à leur salut.

Notons avec joie, au chapitre de la Culture intellectuelle, ces lignes, qui renferment une complète et précieuse adhésion aux doctrines réformatrices de la Revue pour les Français : « On doit, à travers le temps et à travers l’espace, aller de Confucius à Kant, d’Homère à Victor Hugo, d’Eschyle à Shakespeare, du Rig-Veda à la Bible. C’est le vaste champ à moissonner sans cesse pour nourrir l’intelligence, la raison et le sentiment. »




Depuis que la Librairie Larousse (17, rue Montparnasse, Paris) a mis en vente son Petit Larousse illustré, cent mille exemplaires ont été enlevés. Il est difficile de dire ce qu’on y trouve, parce qu’on énumérerait plus aisément ce qui ne s’y trouve pas. Divisé en trois parties (Langue française — Locutions latines et étrangères — Histoire et Géographie), il comprend : le vocabulaire complet de la langue, les sens divers de tous les mots, la prononciation figurée, la grammaire, les étymologies, les synonymes et antonymes, les proverbes et locutions diverses, de nombreux développements encyclopédiques (droit, médecine usuelle, beaux-arts, sciences, etc.) ; des résumés historiques, géographiques, biographiques, mythologiques, la monographie des œuvres d’art célèbres, etc. Illustré de 5.800 gravures, de 680 portraits, 130 tableaux encyclopédiques, dont 4 en couleurs, et 120 cartes, dont 7 en couleurs, il compte 1.664 pages et ne coûte que 5 francs relié toile, et 7 fr. 50 en reliure peau.




La Librairie Hachette et Cie (79, Boulevard Saint-Germain, Paris) met en vente : Ma Vie militaire (1800-1810), par S. Chevillet, trompette au 8e régiment de chasseurs à cheval, publiée d’après le manuscrit original et avec une préface de M. Henry Houssaye ; une étude sur Molière et le Théâtre espagnol, de M. E. Martinenche ; le Rire et la Caricature, de Paul Gautier, avec une préface de M. Sully-Prudhomme ; un roman de Gustave Toudouze, intitulé : Reine en Sabots (1813) ; un volume de M. Marcel Marion, professeur à l’université de Bordeaux, sur Lamoignon et la Réforme judiciaire de 1788 ; enfin, le 10e Paris-Hachette (1906), auquel on peut prédire le succès de ses devanciers, et plus encore.


  1. 1 vol. Paris. Vuibert et Nony, éditeurs.