Revue pour les Français Mars 1906/VI

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Collectif
Revue pour les Français1 (p. 107-120).

À TRAVERS LA SUISSE MODERNE



On ignore la Suisse pour beaucoup de motifs dont les uns sont plaisants et les autres sérieux. Le premier, c’est que l’on y vient trop et surtout que l’on y cherche tout, hormis à voir des Suisses. Il n’y a qu’une Angleterre et qu’une Italie, qu’une Grèce et qu’une Espagne : il y a quarante-six Suisses. Il y a celle des gens en smoking qui aiment à dater leurs lettres du Dolder de Zurich ou du National de Lucerne et pour qui une affreuse petite mansarde dans ces palais du snobisme surpasse l’appartement le plus confortable dans un hôtel inconnu. Il y a la Suisse des vieilles Anglaises qui classent les « pensions » d’après la gentillesse de la patronne et sa façon de faire le thé. Il y a la Suisse des Alpinistes ; c’est un vaste glacier sur lequel se meuvent des guides héroïques. Il y a la Suisse des artistes médiocres qui se flattent de réussir là où Calame a échoué et s’obstinent à reproduire les traits d’une nature dont les contrastes défient leurs pinceaux. Il y a la Suisse des simples touristes qui comptent les chalets de bois, visitent les ours de Berne et rapportent du chocolat Kohler. Tous ces gens-là perdent complètement de vue l’existence du peuple au foyer duquel ils viennent se distraire et se reposer. Ils n’imaginent pas que ce peuple puisse avoir d’autre destinée que de pourvoir à leur agrément en échange de.monnaies sonnantes. Mais si, d’aven ture, quelques-uns parmi eux arrêtent leur esprit sur ce grave sujet, les nuages poétiques d’un passé légendaire leur voilent aussitôt la réalité comme ces flocons opaques qui, dans les hautes vallées, cachent en quelques instants les murailles les plus formi dables et les glaciers les plus étincelants. Guillaume Tell et sa pomme président à ces mirages historiques au travers desquels flamboient les grands noms de Morgarten, de Sempach, de Gransou et de Morat tandis que retentissent les clameurs impression nantes du taureau d’Uri et de la vache d’Unterwalden. C’est entendu, les Suisses sont des bergers montagnards, honnêtes et fiers, également épris de leur indépendance et de leur patrie.

Ce sont en outre de parfaits démocrates. Eux seuls ont su réa liser le véritable gouvernement populaire pour et par le peuple ; ils ont maintenu en les modernisant leurs vieilles institutions ; ils sont libéraux et égalitaires ; ils prospèrent et se développent pacifiquement ; leur Président est un simple citoyen élevé par ses mérites à la première magistrature du pays et ne l’exerçant qu’une année ; son traitement est faible ; il n’a ni escorte ni panache . Ah ! les heureuses gens.

Ainsi le cantique alterne, célébrant tour à tour les mérites ethniques et les mérites politiques des Helvètes.

Sans dénier les uns ni diminuer les autres, il faut pourtant avouer que la Suisse moderne n’émane ni de Guillaume Tell ni de Rousseau, qu’elle n’a rien d’idyllique ni de primitif mais qu’elle constitue une nation laborieusement édifiée au cours du dix-neu vième siècle et formée de populations aussi différentes de langage que de traditions. Sans doute, c’est en 1291 que les trois cantons de Schwitz, d’Uri et d’Unterwalden se réunirent en une Confédé ration anti-autrichienne qui survécut à sa tâche et se rallia succes sivement Lucerne, Zurich, Glaris, Zug et Berne — puis Fribourg, Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/155 Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/156 Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/157 Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/158 Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/159 Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/160 Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/161 Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/162 Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/163 Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/164 Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/165 Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/166