Revue pour les Français Septembre 1906/IV

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Collectif
Revue pour les Français1 (p. 343-352).
LES RELIGIONS DE L’ASIE

L’ISLAMISME



L’islamisme est généralement peu estimé des Européens. En l’admettant parmi les grandes religions humaines, on considère seulement le nombre de ses adhérents. Sa doctrine nous laisse indifférents : nous en connaissons surtout les singularités et nous lui attribuons a priori quantité de défauts et d’erreurs qui font du musulman un être étrange, antipathique et un peu dédaigné. Nous cédons ainsi à des préjugés de race ou de religion indignes de notre culture. Il est utile de les détruire en substituant dans nos esprits des faits authentiques à de simples légendes. Vous montrer l’islam tel qu’il est suffira sans doute pour le réhabiliter quelque peu à vos yeux.

Pour les musulmans, Dieu lui-même inspira Mahomet et, lui ayant dicté le Coran par la bouche de l’ange Gabriel, en fit son Prophète. Pour les non-musulmans qui lui dénient cette qualité, Mahomet ne reste pas moins le fondateur unique de l’islamisme et un extraordinaire génie. Son histoire nous est bien connue : elle s’appuie sur des sources précises, scientifiquement contrôlées ; elle est récente et n’a rien de légendaire.

Au temps où Mahomet vint au monde à La Mecque, l’Arabie était en pleine décadence. Ses habitants, divisés en tribus hostiles, se séparaient tous les jours plus les uns des autres, se pillaient, se volaient mutuellement ; aucune autorité, aucun lien ne les solidarisait et leur pays, menacé d’envahissement dans toutes les directions, semblait voué à la ruine et à l’anéantissement.

Emmené par son oncle jusqu’en Syrie, pays très prospère et très avancé pour l’époque, Mahomet s’en revint frappé et doublement peiné de la déchéance de sa patrie. La régénération de l’Arabie fut ainsi le point de départ et la raison d’être de sa carrière. Cherchant un lien solide qui unit tous ses compatriotes et les solidarisât vis-à-vis du monde étranger, il se mit au travail en silence sans faire part de son intention à quiconque si ce n’est peut-être à sa femme Khadidja et, après une retraite de quinze années — il avait alors quarante ans — commença de révéler parmi ses proches sa découverte : l’islamisme. Au milieu des mouvements d’enthousiasme et de haine soulevés par cette révélation qui équivalait à une déclaration de guerre au paganisme alors tout puissant à La Mecque, Mahomet, menacé de mort, prit la fuite. De cette fuite — hidjra — date pour les musulmans l’ère nouvelle connue sous le nom d’hégire. C’est le premier jour de leur calendrier, le 16 juillet 622 du nôtre.

Réfugié à Yatsrib, ville rivale de la Mecque, Mahomet y conquit bientôt la première place et unit au pouvoir spirituel qu’il exerçait déjà une autorité temporelle sans contrepoids. À force de combats sanglants et d’habiles procédés, Mahomet fit de Yatsrib, devenue Médine : la Ville, le plus fort des États d’Arabie. En 631, l’an 8 de l’hégire, la conquête de La Mecque et la destruction des idoles de la Kaaba consacra la victoire définitive de l’islam sur le paganisme et le triomphe de Mahomet. Il mourut l’année suivante, le 8 juin 632, ayant achevé son œuvre d’union des Arabes, leur laissant sa parole pour loi, sa vie pour exemple.

L’ensemble des révélations transmises par Mahomet à ses disciples est contenu dans le Coran. Considérant le Prophète comme un simple porte-parole, les musulmans assurent que ce livre est la reproduction intégrale du verbe divin et le considèrent naturellement comme un pur chef-d’œuvre littéraire. Sa langue est l’arabe du Hedjaz. Il est divisé en versets classés par chapitres, tous précédés de la formule sacramentelle « au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux » qui, sans être accompagnée jamais d’aucun geste, est l’équivalent de la formule « au nom du Père, etc., » qu’emploient les catholiques en se signant.

Le Coran qui est une transcription chronologique des enseignements divins reçus par Mahomet, traite les sujets les plus variés sans aucun plan. Il parle de tout pêle-mêle et se contredit quelquefois. Son interprétation est très difficile et les commentateurs qui ont voulu la déterminer au cours des siècles sont loin d’avoir achevé leur œuvre.

Posant en problème permanent la distinction du bien et du mal, le Coran a classé les actions des hommes en quatre principales catégories : elles sont licites, illicites, recommandables ou répréhensibles. Il tient compte dans une large mesure de la nature et de la raison humaines, sans imposer au corps d’excessives contraintes ni à l’esprit de troublantes inquiétudes. La religion musulmane est l’une des plus aisées à pratiquer qui soit au monde. Son symbole tient en quelques mots : « la ila ilalla Mohamed Rassoulalla » il n’y a de Dieu que Dieu et Mahomet est l’envoyé de Dieu. Prononcez-le du fond du cœur, vous êtes musulman.

Il n’en résulte pas que la croyance au symbole de la foi soit suffisante pour faire de vous un bon musulman. Il faut croire encore à la vie future et observer les cinq grandes obligations de la prière, du jeûne, de l’aumône, du pèlerinage et de la guerre sainte.

La vie future commencera réellement au jugement dernier : les corps et les âmes ressusciteront, chaque personne assistée de deux anges ayant à rendre compte respectivement des bonnes et des mauvaises actions commises par elle pendant la vie. Ces actions seront pesées dans une balance ad hoc dont l’aiguille indiquera la dose de récompenses ou de châtiments mérités. L’islam ne connaît ni purgatoire ni châtiments éternels, pour ses adeptes. Les musulmans doivent tous aller en paradis après un stage d’enfer proportionné à leurs fautes. Immortels de corps et d’âme, ils y trouveront des tourments ou des joies matérielles qu’énumère le Prophète et qui sont, suivant le cas, pleins de séduction ou d’horreur.

Pour mériter le paradis, les « croyants » doivent prier. Ils prient pour louer Dieu, pour le remercier, jamais pour le solliciter, cinq fois par jour : au lever du soleil, à midi, à trois heures, au coucher du soleil et le soir. Chaque prière doit être précédée d’ablutions purificatives avec de l’eau pure ou, en cas de disette d’eau, avec du sable sec. On prie n’importe où, pourvu qu’on soit dans un endroit propre et tourné dans la direction de La Mecque. Ces prières rituelles très courtes constituent avec les ablutions qui les précèdent et les mouvements du corps qui l’accompagnent, un véritable exercice d’hygiène. Le vendredi seulement — c’est le dimanche musulman — les fidèles ont coutume de se réunir à la mosquée, pour la prière de trois heures. Ce n’est pas une obligation : l’Islam, n’ayant pas de cérémonies ni de prêtres, se passerait très bien de mosquées.

Les musulmans doivent jeûner pendant tout le neuvième mois de l’année lunaire, mois de ramadan. Ce jeûne consiste à se priver totalement de nourriture, de boire, de fumer et… du reste depuis le lever du soleil jusqu’à son coucher, quitte à se rattraper du tout pendant la nuit. Aisé à pratiquer par les oisifs qui substituent bonnement le jour à la nuit pendant cette période, le ramadan est extrêmement pénible aux travailleurs. Tous l’observent avec scrupule.

Ayant satisfait à la prière et au jeûne, les musulmans doivent pratiquer la charité : c’est une obligation stricte. Le Coran détermine la part que chacun doit donner aux pauvres en raison de sa fortune : c’est la dîme, impôt charitable dont le revenu doit aller tout entier aux malheureux, aux voyageurs, aux débiteurs honnêtes, etc…, selon une proportion fixée par Mahomet lui-même mais qui s’est malheureusement transformée de nos jours presque partout en impôt ordinaire pour l’unique profit des administrations qui en assurent le recouvrement. Outre ces dons obligatoires, les musulmans pratiquent très largement l’aumône volontaire que leur recommande le Prophète. L’hospitalité arabe est proverbiale ; les fondations pieuses, refuges, caravansérails, monuments publics sont en quantités innombrables. Tous les hommes sont égaux et les riches sont considérés par le Coran comme les débiteurs de leurs frères.

Il faut encore accomplir au moins une fois pendant sa vie — sauf en cas d’impossibilité matérielle — le pèlerinage de La Mecque. Grâce à cette prescription, La Mecque est restée pour les Musulmans « le centre du monde », la capitale sainte, le trait d’union entre fidèles de tous pays. Elle est relativement peu observée en raison des difficultés et du coût du voyage et ceux qui ont accompli le pèlerinage — on les nomme hadjis — sont entourés d’une considération particulière. L’origine du pèlerinage à La Mecque est bien antérieure à l’islam : les docteurs affirment qu’il exista de tout temps et qu’Abraham, Moïse, Jésus, l’ont tour à tour accompli. La façon dont on l’exécute représente une action tout à fait méritoire.

Grâce aux pèlerinages annuels, le monde musulman forme un tout relativement solidaire ; leur rôle politique l’emporte encore sur leurs effets religieux. Ils font de l’Islam une patrie commune à tous les croyants, une sorte d’internationalisme. Ils sont sa force et la raison majeure de sa vitalité. À présent qu’on construit un chemin de fer vers La Mecque, les hadjis deviendront plus nombreux mais il n’empêche, comme le rapporte l’un des très rares Européens qui aient visité la ville sainte, Gervais-Courtellemont, il n’empêche « que les esprits éclairés du monde musulman s’y opposent de toute leur énergie : toute la morale philosophique du pèlerinage en serait annihilée. Plus de commune humilité sous le vêtement rudimentaire du pèlerin, plus de communes fatigues à endurer par le riche et par le pauvre, confondus, pour un instant, dans une égalité réelle. Le Prophète a voulu que tous, grands et petits, forts et faibles, esclaves ou monarques, viennent, ensemble, le corps nu, le front à terre, reconnaître leur égalité devant Dieu. Le chemin de fer ôtera à ce grand acte de foi et de fraternité humaine toute sa valeur morale, tout son prestige, et le transformera en une coutume de vulgaire superstition. »

La cinquième obligation est la guerre sainte. L’opinion européenne se méprend singulièrement sur sa vraie signification. Elle ne consiste pas à faire de l’islam une religion conquérante et sanguinaire. Elle ne veut pas dire que les Musulmans doivent traiter en ennemi tous ceux qui ne partagent pas leur foi. Toutes les religions ont dû, à leur début, employer la violence et fonder leur domination spirituelle sur un pouvoir temporel ; elles ont toutes accordé les palmes du martyre aux fidèles morts du bon combat. Pour augmenter l’enthousiasme de ses partisans, Mahomet, menacé par le paganisme, déclara guerre sainte, la lutte contre les idolâtres. Elle n’a plus aujourd’hui qu’une valeur purement défensive. Elle n’a rien de barbare puisqu’elle respecte et protège non seulement les non-combattants vieillards, femmes et enfants, mais encore — ce qui montre bien l’estime de Mahomet pour les religions différentes de la sienne — les prêtres non musulmans.

Telles sont les prescriptions fondamentales du Coran. Il contient en outre quantité de conseils sur toutes sortes de sujets, conseils obscurs parfois qui eussent donné lieu à bien des disputes si le Prophète n’en avait laissé, de lui-même, un vivant commentaire. La personnalité de Mahomet n’a rien de divin aux yeux des musulmans — le culte que lui rendent aujourd’hui certaines confréries est tout à fait contraire au dogme pur — mais il est pour eux l’homme-modèle qu’il faut imiter. À côté du Coran existe un autre livre, les Hadits qui constitue en quelque sorte la mise en œuvre de ses préceptes. C’est un recueil de renseignements particuliers sur la vie privée de Mahomet, d’exemples tirés de ses actes, des plus simples aux plus solennels, une espèce de livre des rites et de manuel du savoir-vivre. Le recueil des Hadits, composé dans une langue beaucoup moins littéraire que le Coran, est infiniment plus répandu. Il a créé parmi les musulmans, à côté de l’unité de dogme et de croyance une unité de mœurs et de coutumes qui augmente encore leur cohésion.

« La religion de Dieu est l’Islam » proclame le Coran. Tout en criant ainsi bien haut qu’ils pratiquent seuls la vraie religion, les musulmans ne sont pas aussi fanatiques qu’on nous les représente souvent. Mahomet, très intransigeant à l’égard des idolâtres, s’est montré tolérant à l’égard des chrétiens et des juifs. Le Penthateuque et l’Évangile sont honorés par les docteurs de l’islam ; Moïse et Jésus-Christ sont hautement vénérés par eux. Ils considèrent seulement leur religion comme une étape nouvelle, comme un progrès réalisé sur les précédentes, comme l’ultime révélation par laquelle Dieu a parfait son œuvre.

Sans doute l’histoire a enregistré de leur part des explosions de fanatisme, des persécutions violentes contre les juifs et les chrétiens mais leurs responsabilités s’atténuent quand on songe aux provocations dont ils furent parfois l’objet. D’ailleurs ils auraient peut-être le droit de nous opposer l’Inquisition, les Saint-Barthélémy, les Vêpres siciliennes quand nous jugeons sévèrement leurs excès ? Certains de ceux qui ont vu les musulmans chez eux en Turquie, en Égypte, en Perse et au cœur même de l’Arabie, estiment qu’ils nous traitent infiniment mieux que nous les traitons nous-mêmes. La vérité c’est que les Européens, trop conscients de leur supériorité, affectent publiquement chez eux le mépris de leurs coutumes et de leur culte et qu’ils vont souvent ainsi au devant des difficultés. Il est juste de dire que ce reproche ne s’applique pas aux missionnaires catholiques établis en pays musulman. Du reste, si étrange que cela puisse paraître aux personnes peu familiarisées avec les choses de l’islam, leur caractère religieux les rend plus respectables aux yeux des foules. Elles voient en eux « des hommes qui prient », des hommes « qui font la charité », elles les estiment et le Sultan lui-même, Abdul Hamid, ayant fait récemment construire à Jérusalem un hôpital turc n’a rien trouvé de mieux que d’en confier l’administration à des sœurs françaises.

Les détracteurs systématiques de l’islam, après lui avoir reproché sa prétendue intransigeance, lui font un crime d’admettre l’esclavage et la polygamie. Ceux-là devraient considérer les circonstances au milieu desquelles il est né et s’est perpétué et les difficultés avec lesquelles il s’est maintes fois trouvé aux prises. L’esclavage dans la société arabe du viie siècle était regardé comme une nécessité économique inéluctable. Les nations de l’Europe chrétienne qui ont elles-mêmes proclamé très haut cette nécessité mille ans plus tard pour la mise en valeur de leurs territoires d’outre-mer sont mal venues, nous semble-t-il, à gourmander les musulmans d’en avoir maintenu la coutume. D’ailleurs l’influence musulmane a singulièrement adouci l’esclavage et la manière dont on le pratique aujourd’hui encore au Hedjaz n’a rien de barbare.

Quant à la polygamie, tous ceux qui ont vécu en pays arabe savent parfaitement qu’elle demeure une vraie nécessité sociale et qu’en la condamnant le Prophète eut manifestement donné une prime à la débauche.

Avant de juger cette œuvre colossale il convient de toujours se rappeler que l’islam n’a pas été créé pour les Français du xxe siècle mais pour les Arabes du viie ; observons-le dans sa sphère, non dans la nôtre : nous lui accorderons alors plus d’indulgence et sans doute quelque sympathie.

Mais une autre objection nous arrête, plus raisonnée celle-là, d’apparence plus solide : la loi musulmane, religieuse et civile, dictée au viie siècle de notre ère et considérée dès ce moment comme parfaite et définitive, retarde aujourd’hui de treize siècles et condamne à l’immobilisme les populations qui lui sont soumises : en supprimant le libre arbitre elle déprime l’énergie de l’homme et l’encourage à la paresse.

Peut-être est on porté à exagérer la vérité de ces deux propositions. Le fatalisme musulman est beaucoup moins absolu qu’on ne le suppose a priori. Il ne consacre pas complètement l’impuissance humaine à mieux faire. C’est plutôt une philosophie qui fait considérer comme inévitables les grands maux de la vie mais qui n’empêche pas pourtant qu’on travaille à les retarder ou à les atténuer. C’est la résignation, non la passivité.

En ce qui touche le progrès, sans lui être défavorable, l’islam n’en facilite assurément pas l’évolution. Le progrès tel que nous le comprenons semble même incompatible avec certains préceptes du Coran. Il ne faut pas songer dès lors à l’imposer aux communautés musulmanes. Mais on peut sans doute par la diffusion de l’instruction à notre manière fournir aux docteurs de l’islam des moyens d’interprétation, des bases d’accommodement, des armes qui faciliteront plus ou moins aisément l’adaptation de nos progrès à leur mentalité et à leurs croyances. Ils ne sont pas rebelles à la science et n’ont d’hostilité pour nos systèmes nouveaux qu’en raison d’une idée préconçue qui les leur fait considérer comme un outrage à leur conscience et à leur foi. C’est ce qu’a très clairement exprimé l’un d’entre eux, Savvas pacha, dans une étude en français sur la Théorie du droit musulman : « Le musulman, tout mauvais musulman qu’il pourra être, ne peut accepter sans abjurer une vérité de n’importe quelle nature — toutes les vérités sont religieuses pour les musulmans — si elle n’est pas islamisée… ; rien n’est plus facile — l’abondance des sources de la loi musulmane étant donnée — que d’islamiser toutes les vérités, de les asseoir sur des bases absolument orthodoxes et de les rendre par conséquent non seulement acceptables mais obligatoires pour la conscience mahométane. Le progrès est la loi de l’islam. — L’immobilité est condamnée par Dieu et son envoyé. Mais le progrès doit se présenter sous une forme islamiquement correcte pour devenir acceptable. Toutes les lois et les institutions, toutes les innovations scientifiques, sociales et politiques, nécessaires à la prospérité des peuples peuvent être sûrement extraites des sources de l’islam ou assises sur les vérités qu’elles contiennent. Tout musulman doit alors les considérer comme des devoirs religieux et les accepter avec respect et reconnaissance. Si difficiles qu’elles soient, elles le mettent à même de faire son bonheur et son salut. »

Ainsi l’opposition de l’islam au progrès semble plus apparente que réelle et repose sur une pure question de forme. Il semble même que nos progrès, une fois islamisés, seront adoptés par les musulmans avec un véritable élan religieux, presque avec fanatisme. Ce sera le signal d’une renaissance qu’appréhendent fort ceux qui croient au panislamisme.

Les musulmans sont aujourd’hui plus de deux cents millions. Leur union intime sous un même drapeau constituerait une puissance formidable, péril nouveau pour les nations d’Europe. On désigne par avance cette coalition du nom de panislamisme. Nous avouons en toute sincérité qu’elle ne nous effraie guère. En effet, les musulmans sont dispersés par toute l’Asie et l’Afrique : ils sont 65 millions aux Indes, 15 millions en Chine, 18 millions dans l’Afrique du nord, 14 millions en Russie, 10 millions en Arabie, etc., etc. Leurs intérêts sont différents, leurs langages ne sont pas les mêmes : ils s’entendront difficilement. Si même une révolte arabe prenant la Mecque pour point d’appui arrivait à soulever la masse du monde musulman et à provoquer entre ses membres une cohésion morale parfaite, qu’en résulterait-il au point de vue matériel ? Une série de troubles peut-être, mais aucun péril universel.

L’Islam n’en demeure pas moins une force avec laquelle les États de l’Europe doivent compter. La France en particulier, a intérêt à l’étudier, à le mieux connaître et à s’en rapprocher. Il dépend de nous dans une large mesure que le « progrès islamisé » ne devienne pas synonyme de « progrès anti-européen » et que le danger dont on nous menace se transforme en bienfait par l’ouverture d’un monde nouveau à notre civilisation.


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