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Rivalité de Charles-Quint et de François Ier/3/01

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Rivalité de Charles-Quint et de François Ier/3
Revue des Deux Mondes2e période, tome 61 (p. 545-584).
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RIVALITE
DE CHARLES-QUINT
ET
DE FRANCOIS Ier

CAPTIVITE DE FRANCOIS Ier APRES LA BATAILLE DE PAVIE.[1].



I

François Ier était prisonnier de Charles-Quint. Quel traitement le politique vainqueur réservait-il au chevaleresque vaincu, et » quelle suite aurait pour le royaume de France la captivité du roi ? Dans un pays dont toutes les parties avaient été jointes ensemble par l’ambition entreprenante et l’habileté attentive de ses princes, qui en avaient concentré le gouvernement entre leurs mains comme ils en maintenaient le territoire sous leur domination, les destinées de la monarchie étaient étroitement unies au sort du monarque. L’intégrité de la France semblait subordonnée à la puissance du roi. On avait vu, après la funeste bataille de Poitiers et la prise du roi Jean par le Prince Noir, le royaume, livré au désordre, exposé au démembrement, tomber dans la faiblesse de la désunion et sous la dépendance de l’étranger. N’était-il pas à craindre que la défaite de Pavie et la captivité de François Ier ne fussent suivies de calamités semblables, et que les Espagnols ne devinssent en 1525 pour la France ce que les Anglais avaient été pour elle en 1356 ?

Le royaume était placé sous l’administration d’une femme, Louise de Savoie, duchesse d’Angoulême, que son fils avait nommée régente en partant pour l’Italie, et dont l’influence avait plus montré jusqu’alors la cupidité que la capacité. Des trois enfans de François 1er, le plus âgé avait à peine huit ans. L’autorité, si nécessaire en ces conjonctures menaçantes, ne résidait avec force nulle part. L’argent manquait dans l’état épuisé. Les troupes avec lesquelles on aurait pu repousser les agressions extérieures avaient été détruites ou dispersées, les meilleurs chefs de guerre étaient morts ou captifs. On semblait également dépourvu des moyens de garder le royaume sans trouble, si le roi en restait longtemps éloigné, de le maintenir sans démembrement, s’il était envahi. La grande infortune de Pavie laissait redouter de plus grands malheurs encore pour la France.

Le lendemain de leur victoire, les chefs des troupes impériales annoncèrent à Charles-Quint cet éclatant succès de ses armes et les résultats immenses qu’il avait pour lui. Le vice-roi de Naples fit partir le commandeur Peñalosa, et le duc de Bourbon dépêcha Le Peloux, qui tous deux avaient pris part à la bataille, afin qu’ils en rendissent compte à l’empereur. Lannoy obtint de François Ier que le commandeur Peñalosa traversât la France avec un sauf-conduit pour arriver plus vite en Espagne. C’est du camp de Saint-Paul, d’où l’avant-veille encore il espérait maîtriser l’Italie, que le monarque prisonnier écrivait à la régente sa mère ces nobles et touchantes paroles : « Madame, pour vous faire savoir comment se porte le reste de mon infortune, de toutes choses ne m’est demeuré que l’honneur et la vie qui est saulve [2]. » Il la conjurait d’user de prudence et il lui recommandait ses petits enfans. Il la priait d’accorder libre passage au commandeur Peñalosa, qui « va, disait-il, devers l’empereur pour savoir comment il voudra que je sois traité. »

Charles-Quint était dans son château de Madrid, fort inquiet sur le sort de son armée. Il savait qu’on n’avait pas d’argent pour la payer, qu’on y mourait de faim, que ses soldats ne pouvaient pas supporter plus longtemps les extrémités auxquelles ils étaient réduits [3], qu’il fallait ou qu’ils se dispersassent, s’ils ne combattaient pas, ou qu’ils s’exposassent à une déroute, s’ils attaquaient le roi de France dans ses positions fortifiées. Il était livré à ces pensées alarmantes lorsqu’arriva l’envoyé du vice-roi, qui, l’instruisant de la grande nouvelle qu’il apportait, lui dit : « Sire, la bataille a été livrée près de Pavie ; les troupes de votre majesté ont remporté la victoire, le roi de France lui-même a été pris et se trouve au pouvoir de votre majesté [4]. » A cette annonce inespérée, l’empereur éprouva un saisissement. Il resta quelques instans pâle et muet ; puis il s’écria, comme s’il avait besoin de le répéter pour le croire : « Le roi de France est en mon pouvoir ; la bataille a été gagnée par moi ! » Après ces mots, il entra seul dans sa chambre, se mit à genoux dans son oratoire, et resta longtemps à remercier Dieu de lui avoir accordé une aussi grande faveur [5].

Le soir même, l’ambassadeur de son allié le roi d’Angleterre, le docteur Sampson, étant venu le féliciter, Charles-Quint se montra aussi modéré dans son langage que modeste dans son attitude. Il attribua cette victoire au suprême dispensateur des événemens humains, assura qu’elle pouvait être suivie d’une paix universelle qui établirait dans la chrétienté un repos solide, et permettrait de repousser de ses frontières orientales les attaques des infidèles, d’opérer dans son sein une réformation nécessaire en réprimant de dangereuses erreurs, en remédiant à de grands abus, qu’il ferait profiter de cette victoire ses amis beaucoup plus qu’il n’en profiterait lui-même, parce qu’il n’ambitionnait rien de plus que ce qu’il avait, que, reconnaissant que tout lui venait de la main et de la grâce de Dieu, son intention était d’user d’une telle modération qu’on ne trouvât en lui aucune pensée de ressentiment contre son adversaire abattu.

Il ne paraissait pas plus de joie sur le visage immobile de ce vainqueur de vingt-cinq ans qu’il ne perçait d’ambition dans ses pacifiques paroles. Sa conduite répondit d’abord à sa contenance et fut aussi humble qu’elle. On lui proposait de célébrer avec pompe cet heureux triomphe ; il s’y refusa. Il voulut seulement qu’il fût fait le lendemain une procession générale pour en remercier Dieu. Il la suivit à pied, simplement vêtu d’une cape de frise noire, jusqu’à la chapelle de Notre-Dame d’Atocha, où fut dite une messe solennelle. Il défendit au prédicateur qui prit pour texte de son discours : Laudamini nomen Dei vestri qui fecit nobiscum mirabilia) de le louer d’aucune manière et d’aucune manière aussi de jeter le blâme sur ses ennemis.

Malgré ces premières manifestations d’un désintéressement peu durable, l’empereur cherchait quels avantages il retirerait de sa victoire. Trois moyens semblaient s’offrir à lui d’arriver diversement à ses fins. Il pouvait, poursuivant sans retard ses succès, opérer par plusieurs côtés et de concert avec le roi d’Angleterre l’invasion de la France affaiblie et l’accabler sans rencontrer beaucoup de résistance ; il pouvait négocier une paix qu’il croirait rendre solide en amoindrissant la puissance du roi captif par des cessions de territoire exigées comme conséquence de sa défaite et comme rançon de sa liberté ; il pouvait enfin s’assurer de l’amitié de François Ier et l’avoir à jamais pour allié aussi dévoué que reconnaissant en usant de magnanimité et en le délivrant sans le dépouiller ni l’humilier. Il mit en délibération le parti qu’il prendrait et comment il agirait envers son prisonnier.


II

Pendant que Charles-Quint délibérait, l’implacable duc de Bourbon voulait profiter de l’occasion pour pénétrer en France. Il était d’avis de continuer la guerre et d’exécuter l’entreprise qu’il avait quatre mois auparavant proposée par Beaurain au roi d’Angleterre. Il fit dire à ce prince que, s’il le voulait, il mettrait maintenant la couronne de France sur sa tête. Il proposait de pénétrer en France par le Dauphiné, traînant après lui des canons tirés d’Italie et suivi de douze mille hommes de pied et de cinq cents hommes d’armes qui seraient payés pour deux mois par Henri VIII. Il se chargeait ensuite de pourvoir à leur solde. Dans le cas où le roi d’Angleterre préférerait qu’il envahît la France par la Bourgogne, il demandait que l’archiduc Ferdinand lui préparât de l’artillerie et des munitions dans la ville de Brisach, et que le roi de son côté, abordant à Calais avec une armée anglaise, lui indiquât le lieu où il pourrait le joindre. Sir John Russell, qui transmettait de Milan ces propositions à Henri VIII, ajoutait : « Le duc dit que le moment est venu pour votre altesse de recouvrer son droit et de reprendre son héritage, que détient le roi de France. Jamais plus belle occasion ne s’est offerte ; mais il faut user de diligence. Avec les pertes que les Français ont faites en Italie, ils ne peuvent pas de quelque temps résister à une attaque en France. Si les deux armées y entrent promptement, ils n’auront pas le loisir de trouver des moyens de défense, encore moins de se pourvoir de bons capitaines [6]. » Le roi Henri VIII et son tout-puissant ministre le cardinal Wolsey n’étaient pas cette fois disposés à rejeter le projet d’une invasion, comme ils l’avaient fait cinq mois auparavant. Depuis quelque temps, ils s’étaient singulièrement refroidis à l’égard de Charles-Quint. A partir de l’expédition manquée de 1523 et surtout du siège de Marseille levé en 1524, les liens de leur amitié s’étaient plus que relâchés. Ils accusaient l’empereur de n’avoir tenu aucun des engagemens qu’il avait pris ; ils lui reprochaient d’avoir seul profité de l’alliance à l’aide de laquelle il avait recouvré Fontarabie et était devenu victorieux en Italie, d’avoir reçu d’eux des sommes qu’il n’avait pas rendues, de les avoir privés des pensions qu’ils tiraient de la France, et d’avoir fait rompre en pure perte le mariage de la princesse d’Angleterre avec le dauphin de France. Ils attribuaient au duc de Bourbon l’échec subi devant Marseille, et ne voulaient plus entendre parler de donner un denier pour des entreprises à leurs yeux également onéreuses et inutiles.

Aussi Wolsey avait fort mal reçu Beaurain, qui était venu en Angleterre, au mois de novembre précèdent, proposer de la part du duc de Bourbon, d’accord avec l’archiduc Ferdinand, d’attaquer, entre la Lorraine et la Franche-Comté, la France, alors dégarnie de troupes, avec une armée que le duc lèverait en Allemagne, et que le roi d’Angleterre solderait en fournissant 200,000 écus d’or. Il s’était même servi d’expressions offensantes et grossières, et il avait dit « que l’empereur était un menteur, l’archiduchesse Marguerite, une ribaude, l’archiduc Ferdinand un enfant, et le duc de Bourbon un traître [7]. » Accusant Charles-Quint d’aspirer à la monarchie universelle de l’Europe, il avait ajouté que le roi son maître devait s’opposer à une pareille ambition [8]. Beaurain n’avait pas pu voir Henri VIlI, et Wolsey avait défendu à sir John Russell de remettre à l’armée impériale, dans ce moment dénuée de tout, l’argent qu’il avait porté en Italie. L’irrité cardinal avait même engagé des négociations avec la régente de France.

Le président Brinon, chancelier d’Alençon, et l’Italien Jean-Joachim Passano, sieur de Vaulx, ambassadeurs de Louise de Savoie, s’étaient rendus auprès du cardinal pour traiter d’un accord entre la France et l’Angleterre. L’accord se serait conclu, si le prix auquel Wolsey mettait l’alliance de l’Angleterre n’avait pas été jugé trop haut. Il demandait les comtés de Boulogne et de Guines avec la ville d’Ardres comme cession territoriale, 1,500,000 écus d’or comme représentant les arrérages dus pour la cession de Tournay, et les pensions suspendues depuis la rupture. La régente avait refusé d’abandonner la moindre parcelle de territoire [9]. Quant à l’argent, elle allait jusqu’à 1,100,000 écus ; mais le cardinal répondit qu’il faisait moins d’estime de ces 1,100,000 écus que de son rochet [10], et que le point principal pour obtenir la paix était la cession des terres demandées. Comme les négociateurs de la régente n’avaient pas le pouvoir d’y consentir, Wolsey les renvoya en leur disant qu’ils eussent à partir bien vite, parce qu’il commençait à être suspect et qu’on le traitait de Français. Il ajouta avec une précision singulière « qu’à cette heure on avait donné la bataille au roy devant Pavie, et que le roy estoit deffaict ou pris. »

Lorsque la nouvelle du grand revers de François Ier arriva en Angleterre, Wolsey et Henri VIII se tournèrent du côté de l’empereur avec une ambitieuse agilité. Le roi d’Angleterre réclama sa part de la victoire, à laquelle il était resté complètement étranger. Il envoya en Espagne, vers son allié naguère délaissé, l’évêque de Londres Tunstall, garde de son sceau privé, et sir Richard Wingfeld, chancelier du duché de Lancastre, pour lui proposer la conquête et le morcellement de la France [11]. Cela est maintenant aisé, disait-il, son roi étant captif, son armée étant vaincue, ses nobles étant tués ou pris. Sans tête, sans conseil, sans force, elle est incapable de leur résister si, conformément aux accords précédens, ils y pénètrent tous les deux en personne par une invasion simultanée et depuis longtemps convenue. Ils marcheront, chacun de son côté, vers le cœur du royaume en négligeant les forteresses et les lieux fermés. Arrivés l’un et l’autre à Paris, Henri VIII s’y fera couronner, et il accompagnera ensuite jusqu’à Rome Charles-Quint, à qui il donnera 200,000 écus d’or pour l’aider dans son voyage d’Italie, où il ira prendre la couronne impériale et rétablir l’empire dans sa dignité ancienne et dans toute sa grandeur. « L’empereur, disait-il encore, sera bien près d’avoir la monarchie de toute la chrétienté. Au royaume d’Espagne, à une grande partie de l’Allemagne, aux royaumes de Sicile et de Naples, à la Flandre, à la Zélande, à la Hollande, au Brabant, au Hainaut et au reste des Pays-Bas qu’il possède par héritage, il joint par élection l’empire et tout ce qui en dépend soit en Italie, soit en Allemagne, et il aura par le mariage avec la princesse Marie, sa fille unique et son héritière, l’expectative de l’Angleterre, de l’Irlande, de droits éventuels sur l’Ecosse, et la réversion de la France. »

Prévoyant le cas où l’empereur se refuserait à opérer l’invasion en personne, Henri VIII demandait qu’elle fût conduite par le duc de Bourbon, qui y emploierait l’armée d’Italie. Le duc de Bourbon prendrait la route qu’il avait indiquée lui-même à sir John Russell, et trouverait à Brisach le secours d’artillerie demandé à l’archiduc Ferdinand. L’empereur inviterait la gouvernante des Pays-Bas à tenir prêts trois ou quatre mille chevaux et autant de fantassins qui viendraient se joindre à l’armée du roi d’Angleterre descendue sur les côtes de France, et il obligerait le pape, les Vénitiens, les Florentins, le duc de Ferrare à fournir une contribution convenable, tandis que lui donnerait 150,000 couronnes au duc de Bourbon. L’invasion ayant réussi, Henri VIII manifestait l’intention de ne pas garder tout entier le royaume de France, dont il laisserait à l’empereur et au duc de Bourbon des parties capables de les contenter. En même temps qu’il restituerait à l’empereur la Bourgogne, il lui céderait la Provence et le Languedoc jusqu’à Toulouse, Il accorderait le Dauphiné au duc de Bourbon, qui réunirait cette province à ses anciens états patrimoniaux recouvrés. Il conserverait le reste de la France ainsi réduite, qui échoirait plus tard à l’empereur, auquel il remettrait sa fille dans Paris même afin qu’il l’épousât.

Si Charles-Quint trouvait cette ambition excessive de la part d’un allié qui était demeuré inactif, s’il n’entendait pas exécuter l’invasion convenue par le traité de Windsor, s’il ne se décidait point à déposséder François Ier de sa couronne, Henri VIII espérait au moins qu’il ne laisserait à François Ier abaissé qu’un royaume fort amoindri. Il demandait alors subsidiairement tout ce qui avait appartenu aux rois d’Angleterre ses prédécesseurs, les duchés de Normandie, de Gascogne, de Guyenne, d’Anjou, le Poitou, le Maine, en y ajoutant la Bretagne. En cas que ces prétentions fussent réputées encore trop considérables, il les réduisait successivement en désignant les provinces qui étaient le mieux à sa convenance, et qu’il lui aurait été le plus avantageux d’acquérir. Ainsi Henri VIII revendiquait le royaume de France, dont une partie serait attribuée à l’empereur et au duc de Bourbon, ou une vaste étendue du pays, dont la couronne déshonorée et la puissance affaiblie seraient laissées à François Ier et à sa race.


III

Au moment où ces sinistres propositions furent adressées à Charles-Quint, qui savait que son tiède allié avait été sur le point de lui être infidèle, Charles-Quint avait déjà pris son parti. Deux avis contraires avaient été exprimés et soutenus dans ses conseils. De ses conseillers, les uns pensaient qu’il devait poursuivre ses avantages par les armes et accabler à tout jamais son ennemi vaincu [12]. Les autres, à la tête desquels était le chancelier Mercurino de Gattinara, son principal et son plus habile ministre, le dissuadaient de rechercher par la continuation de la guerre ce qu’il se procurerait aisément par un traité de paix. Gattinara assurait que les avantages territoriaux et politiques auxquels l’empereur pouvait prétendre seraient l’inévitable résultat de la victoire de Pavie, le prix forcé de la délivrance du roi. Fixant les conditions de la paix avec non moins de rigueur que de précision, Gattinara avait engagé d’avance l’empereur à repousser l’entreprise que le roi d’Angleterre proposerait contre la France en répondant « qu’il ne trouverait pas de son honneur de faire la guerre à quelqu’un qui, devenu son prisonnier, ne saurait désormais se défendre, et duquel il pourroit obtenir satisfaction sans recourir à la force des armes [13]. » Gattinara ne ménageait pas François Ier, mais il détournait Charles-Quint de rendre Henri VIII plus puissant et de l’élever plus haut. « Henri, disait-il, qui s’appelle roi de France et qui prétend avoir des droits à ce royaume, pourroit devenir un jour nuisible aux Pays-Bas et à l’Espagne, tandis que, si la paix est conservée avec la France sous les conditions mentionnées, la France sera mise tellement bas qu’elle n’aura plus les moyens de nuire. »

Charles-Quint adopta de tout point l’avis de son chancelier. Il projeta de traiter avec le monarque captif en le soumettant aux plus durs sacrifices. Il fit partir pour l’Italie Beaurain avec ses propositions de paix, et tandis qu’il y montrait les exigences les plus énormes, il y affectait la plus généreuse modération. « Afin de ne pas être, disait-il, ingrat envers Dieu, qui a fait tomber le roi de France en notre pouvoir, ayant plus égard à son service et au bien de la chrétienté qu’à notre particulier profit, et voulant plutôt user de douceur que de rigueur,… avons pensé être plus convenable de surseoir à l’exécution de la guerre jusqu’à ce que nous sachions si le roi de France se voudra condescendre aux conditions de paix raisonnables et propres à satisfaire nous, nos sujets, nos alliés, confédérés et amis [14]

Il aurait pu, prétendait-il, revendiquer le royaume de France ou tout au moins plusieurs de ses provinces ; mais il se contenterait de reprendre les possessions récemment soustraites à la maison de Bourgogne. Il demandait donc que le roi de France, s’il désirait la paix et voulait sa délivrance, rendît le duché de Bourgogne, accordé par le roi Jean à Philippe le Hardi et à toute sa postérité, les comtés d’Auxerre, de Mâcon, le vicomte d’Auxonne, le ressort de Saint-Laurent, la seigneurie de Bar-sur-Aube et les autres terres cédées à ses bisaïeux les ducs Philippe et Charles par les traités d’Arras, de Conflans et de Péronne, — abandonnât la ville de Thérouanne avec la ville et le château de Hesdin, perdît ses droits de suzeraineté sur la Flandre et sur l’Artois, renonçât à toutes ses prétentions sur le royaume de Naples, le duché de Milan, le comté d’Asti, la seigneurie de Gênes, — cédât la Provence au duc de Bourbon, qui la réunirait à ses anciens états pour en former un royaume indépendant, et dont tous les complices, rendus à la liberté, seraient remis dans leurs biens, — restituât au roi d’Angleterre tout ce qui lui revenait en France et acquittât en outre lui-même toutes les indemnités pécuniaires que Charles-Quint avait promis de payer à Henri VIII, — enfin rétablît le prince d’Orange dans sa principauté confisquée. François Ier devait, avant de sortir de prison, faire ratifier ce traité par les états de son royaume, qui en jureraient la perpétuelle observation, obtenir qu’il fût enregistré par ses parlemens, et le sanctionner de nouveau quand il serait devenu libre.

En abattant ainsi son adversaire vaincu, Charles-Quint se flattait d’établir une paix universelle et durable dans les pays chrétiens. Il espérait faire de François Ier une sorte de vassal qui unirait ses armes aux siennes pour l’aider à extirper l’hérésie en progrès dans les pays d’Allemagne et à combattre les Turcs, qui s’avançaient de plus en plus sur le territoire de l’Europe. Chacun d’eux : fournirait quinze mille hommes de pied et cinq mille chevaux, afin de chasser de la Hongrie les armées de Soliman par une expédition que le pape et les autres princes chrétiens seraient appelés à seconder, et que conduirait l’empereur en qualité de capitaine-général.

Charles-Quint faisait dépendre la paix avec la France de l’acceptation prompte et complète des conditions qu’il imposait au roi prisonnier et à la régente sa mère. « S’ils les rejettent, écrivait-il a son frère l’archiduc Ferdinand, ce que nous saurons dans l’espace de six semaines, je pense alors à poursuivre ma bonne fortune et à m’adresser aussi à tous mes amis et alliés pour qu’ils se mêlent de l’affaire [15] » Il avait le projet, comme il le mandait à ses généraux en Lombardie, de descendre lui-même en France par le Roussillon et le Languedoc et d’opérer sa jonction à Avignon sur le Rhône avec l’armée d’Italie, qui passerait de nouveau les Alpes. Il prévenait en même temps de ses intentions Louis de Praet, son ambassadeur en Angleterre. Il le chargeait d’annoncer à Henri VIII qu’il ne désarmait pas et qu’il le priait de ne pas désarmer lui-même, afin d’être prêt à attaquer la France en cas de refus des satisfactions qu’il exigeait pour ses alliés comme pour lui. Le vice-roi de Naples et le duc de Bourbon informeraient directement le roi d’Angleterre de la réponse que ferait François Ier aux articles portés par Beaurain, et, s’il ne les acceptait pas, on entrerait sur-le-champ en campagne. Beaurain eut ordre dépasser par la France et de faire connaître ces conditions à la régente avant de les porter au roi son fils.


IV

La duchesse d’Angoulême était à Lyon, où elle avait établi son séjour lorsque François Ier était descendu en Italie, pour être plus à portée de lui envoyer des secours. En apprenant sa défaite et sa captivité, elle en avait été bouleversée, mais elle ne s’en était point laissé abattre. Comme elle le dit avec vérité, « en voyant l’urgent besoin de pourvoir aux affaires et à la défense du royaume, elle ne perdit pas le cœur [16]. » Elle annonça partout ces funestes événemens dans les termes les plus propres à raffermir les courages, et elle prescrivit à tous ceux qui exerçaient quelque autorité dans l’état de veiller à ce qu’ils n’eussent pas de dangereuses suites. Elle appela auprès d’elle les princes et seigneurs du sang, les gouverneurs des provinces, les délégués des parlemens et quelques notables personnages de la ville de Paris, pour l’aider de leurs conseils en ces difficiles conjonctures. Elle les adjoignit à ses ministres, dont les deux principaux furent le trésorier Florimond Robertet et le chancelier Antoine Duprat. Il fallait mettre le pays en garde contre les menaces de l’ennemi, en l’empêchant surtout de tomber dans le ruineux désordre des pillages militaires et des soulèvemens intérieurs. Louise de Savoie prit diligemment toutes les mesures que commandait le danger public.

Le royaume la seconda avec un accord tout à fait inusité et par un patriotisme jusqu’alors inconnu dans des circonstances semblables. Il fut ému sans être découragé, et l’agitation ne le jeta point dans la désobéissance. Pour la première fois la royauté affaiblie obtînt la fidélité qui ne s’accordait auparavant qu’à la royauté puissante. La France, unie et soumise, ressemblait à une vraie nation qui sent, pense, agit avec ensemble, et que la vue de l’intérêt public conduit à des résolutions communes. On se serra autour de ceux qui, soit au centre, soit aux extrémités du pays, étaient investis de l’autorité royale. Les fragmens réunis du territoire avaient formé un état, et ses habitans rapprochés étaient devenus un peuple.

La capitale donna l’impulsion au royaume. Le parlement de Paris, auquel les villes de Picardie avaient envoyé des députés [17], établit un utile concert pour assurer le bon ordre et la défense générale. Afin de prévenir les réunions dangereuses et d’éviter les tumultes, il provoqua la formation d’une assemblée publique qui fut régulièrement chargée de tout diriger. Il désigna plusieurs de ses membres pour entrer, dans cette assemblée, à laquelle furent appelés les députés de la cour des comptes, ceux de l’église et de la municipalité de Paris, et qui tint ses séances au Palais-de-Justice, où se rendirent au milieu d’elle l’archevêque d’Aix, gouverneur de Paris, et le seigneur de Montmorency, père du maréchal et le plus puissant feudataire du voisinage [18]. On y résolut de fermer les portes de Paris comme en temps de guerre ; on en répara les murs, et, si l’on n’en fit point sortir les étrangers à cause de l’université, qui avait le privilège de les recevoir en tout temps, on n’y laissa point entrer ceux qui pouvaient y venir avec de mauvaises intentions et y apporter du trouble. La rivière, qui traversait la ville et qui était comme une voie toujours ouverte, fut soigneusement surveillée. La garde bourgeoise fut promptement organisée, et personne n’en fut exempt. Les présidens et les conseillers de la cour s’y enrôlèrent comme les autres, et le guet dut parcourir les rues toute la nuit [19]. Il y eut de plus à l’Hôtel-de-Ville une assemblée dont firent partie, avec le prévôt des marchands, les quatre échevins et les vingt-quatre conseillers, plusieurs notables habitans, extraordinairement élus dans chaque quartier. Cette assemblée de l’Hôtel-de-Ville fut surtout chargée de l’exécution des mesures prises par l’assemblée supérieure siégeant au Palais-de-Justice.

Dans la province la plus voisine de Paris, et par cela même la plus importante de France, il y eut une entente semblable. L’archevêque, le chapitre, le bailli et les notables de Rouen, l’évêque de Lisieux et les principaux personnages de la Normandie, convoqués par le parlement, se réunirent en conseil au Palais-de-Justice. D’accord avec le grand-sénéchal de Normandie, ils pourvurent à la sûreté de Rouen et à la défense des villes frontières du duché. Ils envoyèrent ensuite des députés vers le parlement de Paris, comme étant « la première cour instituée et la cour capitale du royaume, » et lui offrirent, dans l’intérêt public, leur service et leur obéissance [20].

Celui que la trahison du connétable avait fait le chef de la maison de Bourbon, et que la mort du duc d’Alençon allait rendre le premier prince du sang, le duc de Vendôme, vint montrer sa fidélité aux Parisiens et les louer de la leur. Après avoir mis en état de défense les villes de son gouvernement de Picardie et surtout celles de Montreuil, de Boulogne, de Thérouanne, qui faisaient face aux possessions continentales des Anglais, ou qui se trouvaient placées au débouché des Pays-Bas, il traversa Paris en retournant à Lyon. Il se présenta à l’assemblée de l’Hôtel-de-Ville, qu’il félicita des loyaux sentimens dont elle avait été animée : « Si, dit-il aux représentans de la patriotique cité, si vous avez été par ci-devant bons serviteurs du roi, continuez à l’être ; restez unis et soyez exemple aux autres du royaume, car par vous tout se réglera. Je suis ici venu pour soutenir les affaires et la chose publique. Je m’en vais en cour devers Madame, et là je ferai rapport de la bonne volonté que vous avez eue envers le roi et avez de présent plus que jamais. Je m’emploierai afin qu’elle vous écrive de ce qui sera avisé pour le bien de la ville [21]. »

Tandis que sur les divers points de la France on s’unissait pour se défendre, la régente pourvoyait avec une activité habile à la sécurité générale. Elle avait recueilli autour de Lyon les débris de l’armée fugitive. Elle ménagea si bien les finances qu’elle put bientôt donner un quartier de leurs gages aux gentilshommes de la maison du roi, aux archers de ses gardes et aux gens d’armes de ses ordonnances. Sur les trois mille neuf cents hommes d’armes qu’entretenait la couronne, elle en cassa un cinquième, — c’est-à-dire vingt par compagnie, qui furent renvoyés chez eux après avoir été payés, — tandis que les autres, payés aussi, restèrent sous le drapeau. Elle cassa également une partie des gens de pied étrangers et garda l’autre, en ayant soin de s’acquitter envers ceux qui étaient licenciés et de solder ceux qui étaient retenus [22]. La cavalerie et l’infanterie qui furent conservées formèrent l’armée de défense concentrée autour de Lyon, ou gagnèrent les villes frontières, afin d’y tenir garnison et de les mettre à couvert d’une attaque. Gardant auprès d’elle le maréchal de Lautrec, qui aurait commandé l’année en cas de besoin, la régente envoya le comte de Guise dans la Bourgogne et la Champagne pour veiller à la protection de ces deux importantes provinces, comme le duc de Vendôme l’avait fait en Picardie. Elle ne se borna point à prendre ces mesures de bon ordre et de sûreté, elle sut conserver au royaume l’appui des cantons suisses, qui touchèrent avec une exactitude inaccoutumée une partie de ce qui leur était dû et reçurent en peu de temps jusqu’à 300,000 livres. Elle invoqua l’assistance de Soliman II, que François Ier avait déjà sollicité d’opérer une diversion dans les états héréditaires d’Autriche [23], en attendant qu’elle engageât, comme elle le fit bientôt, les plus utiles négociations, soit au-delà des Alpes, soit de l’autre côté de la Manche. Après que toutes ces dispositions militaires eurent été prises, et qu’il eût été pourvu à la sécurité de la Normandie, de la Picardie, de la Champagne, de la Bourgogne, du Dauphiné, de la Provence, etc., la régente se sentit moins en crainte du côté de l’ennemi, et eut une pleine confiance dans la persévérante fidélité du royaume.

Ce fut sur ces entrefaites que Beaurain arrivait à Lyon. Il apportait, à la duchesse d’Angoulême une lettre froide et sèche de l’empereur en réponse à de touchantes supplications et à de maternelles instances qu’elle lui avait adressées par le commandeur Peñalosa[24] Beaurain communiqua en même temps les conditions auxquelles l’empereur conclurait la paix avec la France et consentirait à la délivrance du roi. La régente était entourée des personnages qu’elle avait appelés à Lyon et qui formaient auprès d’elle comme une petite assemblée d’états. D’accord avec eux, elle rejeta sans hésiter, et avec des paroles altières, les dures et humiliantes exigences de l’empereur. Elle dit que, si l’empereur voulait traiter de la rançon du roi, on prêterait l’oreille à ses propositions ; mais quant à céder un seul pied de terre, la France n’était pas assez bas pour le faire, et le royaume était prêt à se défendre, quoique le roi fût prisonnier [25].


V

Les demandes de Charles-Quint ne devaient pas paraître moins exorbitantes à François Ier. Peu de jours après la bataille de Pavie, le monarque captif avait été conduit dans la forteresse de Pizzighetone, sur l’Adda, entre Lodi et Crémone. Le vice-roi de Naples et le duc de Bourbon l’y avaient laissé sous la garde du capitaine Alarcon et d’une troupe choisie d’arquebusiers espagnols. Il y était soumis à la plus étroite surveillance, bien qu’il y fût entouré des plus grands respects. On ne parvenait jusqu’à lui qu’avec la permission et en la présence de son vigilant gardien, qui avait ordre de lire tout ce qui lui était adressé. De nuit comme de jour, on entrait dans sa chambre afin de s’assurer qu’il n’en avait pas disparu, et son sommeil était souvent troublé par ces visites défiantes. Rien n’était négligé pour rendre impossible son évasion. Sans être tombé dans l’abattement, François Ier ne se consolait pas d’avoir été vaincu et de demeurer prisonnier. Constamment occupé jusque-là de la guerre ou de la chasse, accoutumé aux plaisirs d’une cour qu’il animait de son esprit et que les séductions de l’homme remplissaient encore plus que les commandemens du roi, il s’accommodait mal d’une immobile et sévère captivité. Il se levait tard, jouait de temps en temps à la paume [26] pour prendre quelque exercice, et restait le plus souvent livré à ses pénibles pensées. Dans sa mélancolique solitude, il composait la triste épopée de sa campagne et de sa défaite. Il adressait à sa sœur Marguerite et à sa mère, qu’il unissait dans ses vers comme dans sa tendresse, des rondeaux et des sonnets ou les plus heureux accens se trouvaient à côté de paroles obscures ou vulgaires. Ses chevaleresques regrets et ses ardentes effusions étaient surtout pour la dame maîtresse de son cœur, pour celle dont il portait la devise sous son armure dans la journée de Pavie, à laquelle il avait promis de ne pas fuir et avait obéi autant qu’à l’honneur en combattant jusqu’à ce qu’il fût pris [27]. Délicat de sentiment plus que de langage, il était parfois commun, bien qu’avec esprit, quintessencié, non sans un certain naturel. La recherche de l’expression, qui n’était pas toujours claire, et qui même de temps en temps était grossière, n’empêchait pas ses mouvemens d’être vrais, ses pensées d’être nobles. Il s’entretenait ainsi dans ses tristesses en les écrivant.

Un mois après qu’il eut été enfermé à Pizzighetone, il fut visité par le nonce du pape, qui lui apportait une lettre de Clément VII, consterné de son revers et craignant que la défaite de la France ne conduisît à l’asservissement de l’Italie. ALI moment où le roi allait à la messe, le nonce, évêque de Pistoja, suivi d’Alarcon et d’un assez grand nombre d’Espagnols, lui présenta le bref du souverain pontife. En le voyant, François Ier fit effort pour montrer un visage riant. Il lut fort attentivement la lettre du pape et la remit, après l’avoir lue, à Alarcon, s’excusant d’y être contraint. Le nonce lui exprima au nom de Clément VII des condoléances générales, ne pouvant pas lui parler plus confidemment à cause de la présence d’Alarcon et des Espagnols. Le roi lui répondit que sa sainteté n’avait pas une moindre raison de le plaindre de son malheur que de féliciter le vice-roi de la victoire de l’empereur, car, il le savait, le bon accord qui existait entre lui et sa sainteté existait aussi entre sa sainteté et l’empereur. Il priait le pape, puisqu’il était déjà intervenu avec zèle pour rétablir la paix, d’y travailler maintenant de tout son pouvoir. Il acceptait d’un cœur très reconnaissant ses offres et le suppliait de s’employer auprès de l’empereur pour obtenir sa délivrance.

François Ier se rendit ensuite dans la chapelle, qui était tendue de noir ; il avait un vêtement couleur de cendre, fourré de peaux de martres communes, qu’il avait pris après sa défaite et qu’il ne voulait pas quitter tant que durerait sa captivité. A l’évangile, il se leva, posa sa main droite sur sa tête, qu’il pressa en la secouant ; il ne donna pas d’autre signe des préoccupations qui l’agitaient. La messe finie, il sortit de la chapelle toujours accompagné d’Alarcon et de ses gardes ; toutefois le nonce put lui parler quelques instans sans témoins. François Ier ignorait encore le sort du corps d’armée qu’il avait envoyé vers le royaume de Naples ; il demanda vivement alors à l’évêque de Pistoja ce qu’était devenu le duc d’Albany. Le nonce lui raconta toutes les lenteurs apportées dans cette expédition, et il ajouta que le duc d’Albany avait sans doute remis à la voile et quitté l’Italie. En perdant cette dernière espérance d’une diversion, le roi resta quelque temps comme interdit, puis il s’écria en français : « Est-il possible ? » Il demanda des nouvelles de Jean de Médicis, qui avait reçu une grave blessure à son service quelques jours avant la bataille de Pavie. Le nonce lui répondit qu’il pourrait bientôt monter à cheval, en ajoutant que du reste tout était désespéré. Ces paroles émurent beaucoup le roi, et il dit qu’il ne fallait pas s’attendre à autre chose. Le nonce ajouta alors : Percutiam pastorem et dispergentur oves. Après avoir assisté au dîner du roi, qu’Alarcon servit à table, le nonce prit congé de lui en demandant ses ordres auprès du pape. — Pas d’autres, lui répondit François Ier en italien, que de recommander à notre très saint père mon infortune. — En même temps il détourna les yeux pour ne pas le voir sortir [28].

François Ier avait déjà écrit à Charles-Quint une lettre dans laquelle il exprimait l’espoir que l’empereur userait généreusement de sa victoire et ne voudrait le contraindre à rien qui ne se dût. « Je vous supplie, disait-il, de juger en votre propre cœur ce qu’il vous plaira faire de moi, étant sûr que la volonté d’un prince tel que vous êtes ne peut être accompagnée que d’honneur et de magnanimité. » Il lui demandait de fixer avec une miséricordieuse convenance ce qu’il fallait pour la libération d’un roi de France, en voulant le gagner comme ami et non le désespérer. Il lui proposait de l’acquérir ainsi entièrement, et il ajoutait avec une intention touchante, mais dans un langage trop soumis : « Vous pouvez être sûr, au lieu d’un prisonnier inutile, de rendre un roi à jamais votre esclave [29]. »

La lettre dans laquelle François Ier faisait appel à une magnanimité qui eût été de la part de Charles-Quint le plus habile des calculs était à peine partie qu’arrivèrent les dures conditions que le froid empereur mettait à la paix et à sa délivrance. Le duc de Bourbon et le vice-roi de Naples accompagnèrent Beaurain à Pizzighetone pour les communiquer au roi et connaître sa réponse. Elles parurent exorbitantes au prisonnier déçu. « Le seigneur roi, écrivirent Bourbon et Lannoy à Charles-Quint, les a trouvées bien difficiles [30]. » Cependant il déclara s’en remettre à la régente, et par le retour de Beaurain il écrivit à l’empereur : « J’ai mandé à madame ma mère la résolution de ce qu’il me semble qu’elle doit faire pour ma délivrance, vous suppliant la vouloir recevoir et juger en cour d’empereur qui désire plutôt se faire honneur que me faire honte [31]. »

Il ne semblait disposé à aucune concession humiliante ou funeste. Ayant appris la ferme contenance et le fidèle dévouement de tous les habitans de son royaume, il leur en avait, de Pizzighetone, exprimé sa vive satisfaction. « Entre tant d’infélicités, leur disait-il, je n’ai reçu nul plus grand plaisir que sçavoir l’obéissance que portez à Madame en vous montrant loyaux sujets et bons François, la vous recommandant toujours et mes petits enfans, qui sont les vôtres et de la chose publique [32]. » Il ajoutait qu’en continuant ainsi ils donneraient à ses ennemis beaucoup plus l’envie de le délivrer que de lui faire la guerre. Il finissait cette lettre à ses sujets, qu’il appelait ses amis, par des déclarations admirables de sentiment et de langage. « Comme pour mon honneur et celui de ma nation, leur disait-il, j’ai plutôt élu l’honnête prison que la honteuse fuite, soyez sûrs qu’il ne sera jamais dit que, si je n’ai été si heureux de faire le bien à mon royaume, pour envie d’être délivré, j’y fasse mal. » Il affirmait qu’il aimerait mieux rester toute sa vie en prison que de causer un détriment à son pays.

Néanmoins, à la persuasion du vice-roi de Naples, qu’il appela auprès de lui, il offrit bientôt des concessions qui ne s’éloignaient pas beaucoup des exigences de l’empereur. Il proposa d’épouser la reine Éléonore, sœur de Charles-Quint, et de faire épouser l’infante Marie sa nièce au dauphin. Il demanda que le différend relatif au duché de Bourgogne fût soumis à la décision de la justice. Si le duché était reconnu appartenir à l’empereur, il le lui restituerait. Sinon, il serait donné en dot à la reine de Portugal, et les enfans mâles que le roi aurait de son mariage avec elle en hériteraient. Dans le cas où elle mourrait sans enfans mâles, le second fils de l’empereur y succéderait, et à défaut il reviendrait au second fils du roi, qui se marierait avec une fille de l’empereur. Rien de cela ne se réalisant, le duché de Bourgogne devait retomber en la possession du dauphin. Ces combinaisons étaient singulières, et le roi croyait sans doute, en les proposant, que la cour des pairs n’attribuerait point une province apanagée au descendant d’une femme incapable, d’après la loi française, d’en être l’héritière, et que cette province ne sortirait pas de la maison de France.

Mais il renonçait pleinement au duché de Milan, à l’état de Gênes, au royaume de Naples, à la pension de 100,000 ducats et aux arrérages qui lui en étaient dus sur ce royaume, à la suzeraineté de la Flandre et de l’Artois ; il adhérait à la restitution de Hesdin et il abandonnait toute prétention sur Tournay. Lorsque l’empereur irait se faire couronner en Italie, ou lorsqu’il exécuterait quelque entreprise en Allemagne, François Ier consentait à fournir la moitié de l’armée et à payer la moitié de la dépense. Si l’entreprise était dirigée contre les Turcs, il y prendrait part avec le même contingent de troupes, qu’il entretiendrait de ses deniers et qu’il conduirait en personne. Se substituant à l’empereur dans les engagemens que l’empereur avait pris envers le roi d’Angleterre, il paierait à Henri VIII tout ce qui lui était dû. Il rendrait au duc de Bourbon ses états, ses pensions ; ses offices, c’est-à-dire de vastes provinces, des sommes considérables, les grandes charges de chambrier et de connétable, et de plus le gouvernement du Languedoc. Comme il demandait pour lui-même la sœur de Charles-Quint, promise au duc de Bourbon, il offrait de donner en mariage au duc de Bourbon la princesse Renée, fille de Louis XII. Il lui permettait même de poursuivre en justice le droit qu’il prétendait avoir sur le comté de Provence, et il annonçait le dessein de reconnaître ce rebelle, jusque-là détesté, comme son lieutenant-général, en le plaçant à la tête de l’armée qu’il enverrait au secours de l’empereur, s’il ne la commandait pas en personne [33].

Écrites sous la dictée de François Ier, en présence du vice-roi de Naples [34] , ces propositions devaient être portées à Charles-Quint par don Ugo de Moncada, prieur de Messine, qui commandait la flotte espagnole avant la bataille de Pavie, avait été fait prisonnier et venait d’être échangé avec le maréchal Anne de Montmorency. En les transmettant à l’empereur, Lannoy le suppliait de conclure une paix qui attacherait pour toujours à lui le roi de France [35]. Il lui rappelait le danger où avaient été ses affaires, la peine qu’il avait eue tant avec ses sujets qu’avec ses ennemis, et il l’engageait à saisir l’occasion d’imposer la loi à ceux qui voulaient la lui donner. Mais les offres portées par Ugo de Moncada, que la régente de France et son conseil repoussèrent comme excessives [36], l’empereur les regarda comme insuffisantes [37].

Déjà, sur le refus de ses propositions, Charles-Quint se préparait à reprendre la guerre. Il avait envoyé le commandeur Peñalosa en Angleterre pour resserrer l’union un peu relâchée avec Henri VIII, et obtenir de lui l’argent sans lequel ses troupes ne pouvaient pas être mises en mouvement [38], L’armée d’Italie, à laquelle il était dû plus de 600,000 ducats au moment de la bataille [39], n’avait pas été entièrement payée après la victoire, bien qu’il lui eût fait parvenir 80,000 ducats, et que ses généraux eussent imposé aux états italiens des contributions de guerre considérables en châtiment de leur abandon ou de leur infidélité [40].

Dispersée dans le haut de la péninsule, qu’elle pressurait, elle avait besoin d’être renforcée pour entrer en campagne. Charles-Quint le savait, et il cherchait de l’argent partout. Il en demandait à son clergé et à ses ordres de chevalerie, qui refusaient de payer la crusade, dont le pape n’avait pas autorisé la levée. Il s’adressait aux cortès afin que les procuradores des villes ajoutassent au servicio de 400,000 ducats qu’ils avaient voté. Ses sujets se montraient disposés à lui en accorder davantage, s’il consentait à se marier promptement afin d’assurer la succession aux couronnes d’Espagne en épousant une princesse qui pût lui donner tout de suite des enfans. Décidé à suivre leur vœu, il recherchait l’infante Isabelle de Portugal, qui devait lui apporter en dot 1 million de ducats d’or [41] ; mais, avant de s’engager avec elle, il avait à se dégager envers la princesse Marie d’Angleterre, trop jeune encore pour être mariée, et il ne pouvait le faire qu’en la demandant sur-le-champ au roi son père et en ne l’obtenant pas. Il espérait que la rupture ainsi amenée d’un mariage depuis longtemps convenu ne conduirait pas à la rupture de l’alliance qui lui était plus que jamais nécessaire afin de soumettre la France par la guerre, puisque la France ne cédait point à ses volontés par la voie des négociations.

Le commandeur Peñalosa eut l’ordre de demander au roi d’Angleterre que la princesse sa fille fût remise à l’empereur avec sa dot de 600,000 ducats, dont 200,000 seraient immédiatement comptés et 400,000 le seraient de mois en mois. A l’aide de cet argent, l’empereur se proposait d’entrer en France par les Pyrénées à la tête d’une armée et d’y faire entrer par les Alpes l’armée d’Italie. Henri VIII était requis en même temps, aux termes du traité de Windsor, d’opérer par Calais une descente avec ses troupes, auxquelles se joindraient trois mille hommes de cavalerie et mille hommes de pied des Pays-Bas [42]. En cas que le roi d’Angleterre ne voulût pas envoyer encore la princesse sa fille en Espagne et remettre sa dot à l’empereur, le commandeur Peñalosa devait réclamer tout au moins en prêt la somme de 400,000 ducats, sans laquelle il lui serait impossible d’effectuer l’invasion de la France. Charles-Quint faisait dire à Henri VIII « qu’il était désireux de conduire sa dernière victoire à une parfaite conclusion et ne pas laisser son ennemi sans le confondre [43]. »

L’orgueilleux Henri VIII était en ce moment dans des dispositions bien différentes. Après l’étourdissement de la victoire de Pavie, qui avait ranimé son avidité et lui avait donné la chimérique espérance d’obtenir le royaume de France ou de recouvrer les provinces que les rois ses prédécesseurs avaient autrefois possédées sur le continent, il avait compris que l’empereur songeait presque uniquement à accroître sa propre puissance. La paix que Charles-Quint avait d’abord proposé de conclure n’apportait aucun avantage certain à l’Angleterre ; la guerre qu’il voulait maintenant reprendre ne pouvait se faire qu’avec l’argent demandé à Henri VIII sous la forme d’une dot ou d’un emprunt. Cet argent même, Henri VIII ne l’avait pas. Il avait essayé de lever des impôts extraordinaires qui avaient provoqué de dangereux soulèvemens dans plusieurs comtés de son royaume. Malgré ce qu’il avait de hauteur et ce qu’il affectait de pouvoir, il s’était vu contraint de renoncer à ces levées extraordinaires et d’annoncer par une proclamation qu’il n’en exigerait jamais de semblables. Une politique mieux avisée le détourna de concourir à rendre plus puissant l’empereur, qui l’était déjà trop. L’injurieuse autorisation que Charles-Quint lui demanda de rompre les engagemens anciens pris envers la princesse d’Angleterre, pour en contracter de nouveaux avec l’infante de Portugal, le décida enfin à abandonner l’allié qui ne voulait plus devenir son gendre. Le dégageant de la promesse qu’il avait faite d’épouser sa fille [44], il lui refusa tout argent pour continuer la guerre. Il répondit qu’il en avait trop fourni pour des entreprises qui avaient été profitables à l’empereur seul, lequel devait à son amitié le gain de Tournay, de Milan, de Fontarabie, la décharge de la pension de 100,000 écus sur le royaume de Naples, la victoire de Pavie et la capture du roi de France, tandis que lui n’avait retiré de l’amitié de l’empereur que des pertes et des dépenses. Il rappelait les sommes qu’il avait prêtées à Charles-Quint et qui ne lui avaient pas été remboursées, le mariage de sa fille avec le dauphin qu’il avait rompu [45] pour un autre mariage qui maintenant ne devait plus se faire, — les pensions considérables qu’il tirait de la France, et auxquelles il avait renoncé sans recevoir aucun des dédommagemens qui lui avaient été promis. Henri VIII se montra donc bien éloigné de s’unir à l’empereur soit pour imposer la paix à François Ier en l’accablant, soit pour envahir ses états en reprenant la guerre.


VI

Pendant ce temps, le peu de succès des négociations entamées de loin avec le roi prisonnier avait amené un changement, sinon dans sa position, du moins dans son séjour. François Ier avait été enfermé près de trois mois dans Pizzighetone. Quoique cette forteresse fût inabordable et que François Ier ne pût ni s’en évader par surprise, ni y être délivré de vive force, ceux qui étaient chargés de le garder songèrent à le placer dans un lieu encore plus sûr. L’empereur avait fait recommander par Beaurain au duc de Bourbon et à Lannoy de veiller avec le plus grand soin sur son prisonnier et de le conduire au besoin dans le royaume de Naples [46]. Bourbon, Lannoy, Pescara, Antonio de Leiva et l’abbé de Najera, provéditeur général de l’armée impériale, tinrent conseil à ce sujet et décidèrent que le roi de France serait conduit dans le sud de l’Italie. Ils jugèrent qu’il ne serait nulle part plus sûrement que dans le Château-Neuf de Naples, construit sur une bande de terre s’avançant au milieu de la mer, et ils prévinrent l’empereur de cette résolution.

Le 18 mai, Lannoy alla chercher François Ier à Pizzighetone [47]. Sous l’escorte d’Alarcon et d’environ deux mille hommes, il le conduisit par le haut du Milanais, en évitant les villes, jusqu’à Gênes. Après six jours de marche, il pénétra par le dehors de la ville, sans même traverser les faubourgs, dans la citadelle avec son prisonnier. Il l’y laissa peu de temps, et le 31 mai, la flotte espagnole étant prête à quitter, le port, il fit descendre de grand matin, du château au môle, François Ier, qui, toujours suivi d’Alarcon et de ses arquebusiers, monta sur la galère capitane de Castille.

Les seize navires composant la flotte, et sur lesquels furent distribuées les troupes espagnoles, se dirigèrent vers Porto-Fino, où les retint le temps contraire. Le roi éprouvait un grand déplaisir de cette translation. Il redoutait le climat de Naples, et disait que le mener au bord de la mer, c’était vouloir le faire mourir. [48]. Instruit de bonne heure qu’il devait être conduit dans l’Italie méridionale, il avait cru pouvoir recouvrer sa liberté dans le passage de Gênes à Naples. L’armée navale de la France était plus forte que celle de l’Espagne. Les navires réunis d’André Doria, du baron de Saint-Blancard, du frère hospitalier Bernardin, montés par quelques troupes résolues, pouvaient attaquer les navires ennemis et l’enlever à ses gardiens. Dès le 12 mai, François Ier était parvenu à donner secrètement des informations à la régente, et lui avait écrit qu’on n’aurait à combattre que quatorze galères et dix-huit cents arquebusiers espagnols. Il avait ajouté, avec une confiance un peu téméraire, qu’il n’y avait qu’à user de diligence, « car si elle est faite, disait-il à sa mère, j’ai espérance que bientôt vous pourrez revoir votre très humble et très obéissant fils [49]. » Les préparatifs pour le délivrer s’étaient poursuivis avec promptitude. Une partie de la flotte française devait se rendre le 31 mai dans les eaux de Gênes, où la joindraient successivement les autres navires qu’on armait. Le maréchal de Montmorency, échangé un mois auparavant avec don Ugo de Moncada, après avoir vu la régente à Lyon, avait rejoint le roi à Gênes, presque à la veille de son embarquement. Il était investi du commandement général des armées de mer, et sans doute il apprit au roi que tout s’apprêtait pour sa délivrance.

Mais François Ier renonça lui-même à une entreprise non moins incertaine que périlleuse en obtenant que Lannoy le menât en Espagne auprès de Charles-Quint. Il désirait ardemment une entrevue avec l’empereur, s’imaginant qu’ils arrangeraient ensemble tous leurs différends et établiraient entre eux une solide amitié. Lannoy souhaitait, aussi faciliter cette union, qu’il croyait praticable de près, impossible de loin, et de plus il redoutait le climat de Naples pour son précieux prisonnier pendant les mois de juillet, d’août et de septembre [50]. Il se rendit donc aisément au vœu de François Ier, et, sans consulter les autres chefs impériaux, sans prévenir même l’empereur, au mépris des uns, à l’insu de l’autre, il changea tout seul ce qui avait été arrêté en commun. Le 8 juin 1525, il conclut à Porto-Fino, avec le maréchal de Montmorency, un accord en vertu duquel six galères françaises se joindraient aux galères espagnoles et l’aideraient à transporter sans risque François Ier à Barcelone. Il ne devait y avoir aucune hostilité de part ni d’autre soit durant le trajet, soit quinze jours après que les deux flottes seraient revenues sur les côtes d’Italie et dans les ports de France [51]. Lannoy plaça des soldats espagnols sur les vaisseaux français, et un peu avant de mettre à la voile il écrivit du port de Villefranche à l’empereur : « Sire, nous avons vingt galères bien armées et suis bien asseuré du reste de l’armée de mer de France, qui ne nous fera aucun empêchement. Je vous amène le roi, ce qui, j’en suis certain, vous sera chose agréable, car il ne tiendra qu’à votre majesté de promptement achever ses affaires [52]. » Il monta lui-même sur le navire qui avait été disposé avec soin pour recevoir et transporter François Ier.

Le 10 juin, à trois heures avant le jour, on fit voile vers l’Espagne. Le roi, qu’animait l’espoir d’un accord prochain avec l’empereur, était fort content. Entré dans le port de Palamos le 17 [53], il arriva le 19 à Barcelone, où il fut reçu avec les plus grands honneurs. Logé dans le palais de l’archevêque de Tarragone, il y devint l’objet des plus respectueux empressemens. Les conseillers de la principauté de Catalogne lui présentèrent leurs hommages, et le même jour les dames les plus considérables du pays, au nombre de vingt-deux, ayant à leur tête la comtesse de Palamos, dona Isabel de Requesens, veuve de don Ramon de Cardona, ancien vice-roi de Naples, qui commandait les Espagnols aux batailles de Ravenne et de Marignan, et dona Juana de Requesens, femme de don Pedro de Cardona, gouverneur de Catalogne, formant une élégante cavalcade, vinrent le visiter. François Ier les reçut avec la plus aimable courtoisie : il s’entretint gaîment avec elles et leur dit que rien n’avait autant de prix pour lui que leur agréable visite [54].

Le jour suivant, il alla à la messe dans la principale église de Barcelone, au milieu d’une immense foule avide de le voir et sensible à la grandeur de son courage comme de son malheur. Le vice-roi de Naples et le capitaine Alarcon l’accompagnaient avec beaucoup de caballeros soit de la cité, soit de la flotte. Le roi traversa Barcelone entouré des hallebardiers du vice-roi et suivi d’une compagnie de soldats armés d’escopettes et de piques ; l’église avait été ornée de riches tentures, éclairée d’une éblouissante quantité de lumières, et près du maître-autel, du côté de la sacristie, se trouvait sous un dais un siège placé pour François Ier : il s’y tint à genoux pendant la plus grande partie de la messe, ayant derrière lui le vice-roi de Naples, Alarcon et quelques grands seigneurs. Après les offices, pendant lesquels on n’omit aucune des cérémonies qui sont d’usage avec les rois, il sortit de l’église, monta à cheval et se rendit dans le palais archiépiscopal, qu’il quitta le lendemain pour s’embarquer de nouveau et faire voile vers Valence. Il y trouva le même accueil. Il alla au palais royal, où il visita sa parente, la reine Germaine de Foix. De là, il fut conduit dans les montagnes des Morisques, à Benisano, qui appartenait à don Geronimo Cabanillas, gouverneur de Valence ; c’était un lieu fort agréable, propre à la chasse, dont il prit le divertissement, toujours en compagnie d’Alarcon et de ses gardes. Il y resta pendant quelque temps dans une anxiété croissante par suite du silence prolongé que gardait à son sujet l’empereur.

Charles-Quint était à Tolède, tenant les cortès de Castille et songeant à recommencer la guerre, lorsqu’il apprit le débarquement en Catalogne du prisonnier qu’il avait ordonné de transporter à Naples. Il en fut étonné. L’on remarqua que, contre son usage, il jura par l’ordre de la Toison d’or que le roi avait été conduit en Espagne sans son commandement et à son insu [55]. A la surprise qu’il en éprouva se joignit le vif mécontentement de ses généraux en Italie. Ceux-ci ressentirent comme un affront le changement de résolution que le vice-roi de Naples avait décidé tout seul, et dont il ne les avait pas même prévenus. Le duc de Bourbon s’en plaignit dans les termes les plus emportés. Il écrivit à l’empereur qu’en agissant ainsi le vice-roi « lui avait fait grande honte [56]. » Il soutint d’ailleurs que, par « cette soudaine allée en Espagne, » il ferait perdre à l’empereur le pape, les Vénitiens, les autres potentats d’Italie. Il se plaignit de plus d’avoir été laissé sans argent pour payer les troupes et lever des Allemands afin de rompre les grandes menées qui commençaient à se pratiquer partout. Attaquant avec passion le vice-roi, il déclarait à l’empereur que Lannoy avait moins servi qu’entravé ses prospérités, et il ajouta : « Quand il vous plaira m’en ouyr, je vous dirai en sa présence des choses auxquelles vous connoîtrez qu’il a fallu que bien autre que lui ait mis la main à vos affaires. » Chez le marquis de Pescara, le sentiment de cette injure accrut l’irritation causée par l’oubli où étaient laissés ses éclatans services. Le comté confisqué de Carpi, demandé pour lui, ne lui avait pas même été donné par Charles-Quint, aussi lent à récompenser qu’à se résoudre. Pescara parlait tout haut et très fièrement de ses griefs. Il rendit pour ainsi dire publique la lettre qu’il écrivit à l’empereur pour se plaindre des procédés offensans du vice-roi [57] et lui faire arriver ses autres mécontentemens.

Cependant Lannoy, après avoir établi François Ier à Benisano, était parti pour Tolède afin de connaître et aussi d’éclairer les volontés de son maître. Le roi, de son côté, avait envoyé auprès de Charles-Quint le maréchal de Montmorency, chargé de sa part de lui demander trois choses : une entrevue qui servirait à aplanir en quelques instans toutes les difficultés, une trêve qui permettrait à l’archevêque d’Embrun et à Jean de Selve, premier président du parlement de Paris, munis des pouvoirs de la régente sa mère, de traiter régulièrement des conditions de la paix en Espagne, enfin un sauf-conduit pour la duchesse d’Alençon, sa sœur, dont la présence seconderait la prompte conclusion d’un accord. Charles-Quint hésita quelque temps. Sa première pensée avait été de faire enfermer le roi de France dans sa forteresse de Jativa, que rendaient inaccessible, aux environs montagneux de Valence, un double fossé et trente tours, ou de le placer dans un autre lieu non moins fort et non moins sûr, mais qui serait éloigné des bords de la mer [58]. Lannoy, qui jouissait d’une grande confiance auprès de Charles-Quint, parvint à changer ses résolutions. Il lui fit entendre qu’il disposerait plus complètement de son prisonnier en Espagne qu’en Italie, et qu’en le rapprochant de lui il arriverait bien mieux à ses fins par un traité auquel le roi de France se montrait enclin que par une guerre que rendaient périlleuse le refroidissement de l’Angleterre et l’animosité de l’Italie. Après un peu d’incertitude, l’empereur se décida à reprendre les voies pacifiques. Il consentit à la trêve qui devait durer six mois, et il accorda le sauf-conduit pour la duchesse d’Alençon, en ayant soin d’avertir que, si elle n’arrivait pas avec le pouvoir de céder le duché de Bourgogne, il était inutile qu’elle vînt. Il se tut sur l’entrevue demandée par François Ier [59], bien résolu à ne voir le prisonnier qu’après que tout aurait été conclu avec le roi.

Mais, puisqu’il traitait de nouveau, il prit le parti d’établir François Ier dans le voisinage de Tolède, afin qu’il fût plus à sa portée, et que les négociateurs de la régente, qui arrivèrent vers ce temps à sa cour, pussent aisément communiquer avec lui. Il ordonna donc de le conduire au château de Madrid [60], situé à huit lieues de Tolède. Le commandeur Figueroa alla porter ses ordres à Alarcon, et l’empereur envoya l’évêque d’Avila au-devant du roi pour le complimenter de sa part. François Ier quitta assez joyeux Benisano le 20 juillet. Le gouverneur de Valence, le comte Abayda, le neveu du comte de la Oliva, beaucoup de seigneurs et de caballeros l’accompagnèrent jusqu’à Requena, où il trouva l’évêque d’Avila. A Santorcáz, il revit le vice-roi de Naples que l’empereur avait dépêché vers lui. Pendant les trois semaines qu’il mit à traverser l’Espagne, de Benisano à Madrid, son voyage fut d’un roi et non d’un prisonnier. A Guadalajara, il reçut du duc de l’Infantado, auquel cette ville appartenait, les plus magnifiques fêtes. Trois jours durant, ce grand seigneur le fit assister à des courses de taureaux, lui donna le spectacle de joutes et de tournois, lui offrit tous les divertissemens qu’on ne trouvait qu’à la cour des princes. De Guadalajara, François Ier vint à Alcala de Henarès. Toute la ville, ayant à sa tête la célèbre université d’Alcala, qui comptait onze mille étudians immatriculés, se porta à sa rencontre et lui fit une réception solennelle [61]Il arriva enfin le 17 août à Madrid, où l’attendait la plus longue et la plus pénible captivité.

VII

François Ier fut d’abord enfermé dans la tour carrée de les Lujanes, ainsi nommée parce qu’elle appartenait à don Fernando Lujan. Elle avait été choisie comme la plus forte des tours qui flanquaient l’enceinte de Madrid. François Ier n’y resta pas longtemps. L’Alcazar, destiné à lui servir de demeure, étant prêt à le recevoir, il y fut conduit et établi. Le donjon où il devait passer tant de mois dans les tristesses de la prison, les accablemens de la maladie, les angoisses d’une négociation agitée et interminable, était haut, étroit et sombre. Il s’élevait non loin du Manzanarès, presque à sec dans cette saison, et avait vue sur la campagne aride du vaste plateau de Madrid. La chambre disposée pour le roi prisonnier n’était pas très spacieuse ; on y arrivait par une seule entrée, et l’unique fenêtre qui y laissait pénétrer la lumière s’ouvrait du côté du midi, à environ cent pieds du sol, à peu de distance du Manzanarès. Cette fenêtre, pratiquée dans l’épaisseur de la muraille, était assez grande pour former comme un cabinet par son profond enfoncement. Vitrée intérieurement, elle se fermait au dehors par une double grille de barreaux de fer scellés dans le mur. Un lit pour le roi, des coffres pour les objets de sa toilette et de son service, quelques tables et des sièges pour ceux qui étaient admis à lui tenir compagnie ou à le visiter, composaient l’ameublement de cette chambre, dont les murailles se couvrirent bientôt de tentures à fleurs de lis apportées de France et sur lesquelles se détachaient, avec l’écusson royal, l’emblématique salamandre de François Ier et son F couronnée [62]. Alarcon, placé dans le voisinage du roi avec sa troupe d’arquebusiers, qui occupait surtout la partie inférieure de la tour, n’avait pas de peine à veiller sur le prisonnier confié à sa garde.

Bien avant qu’il entrât dans une demeure où il devait rester plus longtemps qu’il ne le croyait, les ambassadeurs de la régente sa mère, François de Tournon, archevêque d’Embrun, et Jean de Selve, premier président du parlement de Paris, s’étaient rendus auprès de l’empereur à Tolède. Les instructions qu’ils avaient reçues [63] ne leur permettaient d’aller, pour le rétablissement de la paix et la délivrance du roi, ni jusqu’aux propositions portées par Beaurain à Pizzighetone, ni jusqu’aux offres dictées et remises par François Ier à don Ugo de Moncada. Il leur était défendu de consentir à aucune cession du territoire français, et ils devaient se borner à proposer une rançon en argent, ainsi que le double mariage du roi avec la reine Éléonore, sœur de Charles-Quint, et du dauphin avec l’infante Marie, sa nièce. Ils pouvaient renoncer successivement au royaume de Naples, au duché de Milan, à la seigneurie de Gênes, au comté d’Asti, à la ville de Hesdin, à celle de Tournay, à la suzeraineté de la Flandre et de l’Artois. En aucun cas, ils ne devaient accorder le duché de Bourgogne, qu’ils n’auraient pas plus voulu encourir la responsabilité de céder qu’ils ne reconnaissaient au roi le pouvoir de le détacher de la couronne.

Arrivés le 15 juillet à Tolède, les ambassadeurs de la régente eurent le 17 leur audience de l’empereur. Le premier président, Jean de Selve, adressa à Charles-Quint un long et pompeux discours dans lequel il lui cita tous les grands exemples de magnanimité en faisant un appel trop savant et assez inutile à la sienne. Il discuta les faits de l’histoire qui prouvaient l’annexion de la Bourgogne au domaine de France, et il exposa les lois du royaume qui n’en permettaient plus la séparation [64]. Charles-Quint répondit, sur le premier point, qu’il voulait user de libéralité envers le roi, puisqu’il n’entendait lui imposer aucune rançon, et qu’il « ne lui demandait que le sien, » et sur le second point, qu’il ne connaissait pas assez l’histoire et les lois pour en débattre l’exactitude et l’application [65]. Il dit aux ambassadeurs de France qu’il les renvoyait à cet égard aux gens de son conseil.

C’est sur le duché de Bourgogne et ses dépendances que le 20 juillet roula la discussion entre les délégués de l’empereur et les plénipotentiaires de la régente. Les premiers étaient : le grand chancelier de Charles-Quint, l’habile et opiniâtre Mercurino de Gattinara, qui avait la principale conduite des affaires de son maître et, plus qu’un autre, exerçait de l’influence sur ses résolutions ; son grand-chambellan, le comte Henri de Nassau ; le vice-roi de Naples, Lannoy, son grand-écuyer ; le gouverneur de Bresse, Gorrevod, son mayordomo mayor, le grand-commandeur de Santiago, le vieux Hernando de Vega, qui avait été un des fidèles serviteurs de son aïeul Ferdinand le Catholique, le seigneur du Rœulx Beaurain et le secrétaire d’état Jean Allemand. Les raisons historiques et légales données des deux parts à l’appui des prétentions qu’on voulait faire prévaloir furent exposées surtout par le grand-chancelier Gattinara et par le premier président de Selve. Le chancelier Gattinara soutint que l’empereur agissait avec une libérale générosité en n’exigeant aucune sorte de rançon du roi et en ne revendiquant qu’une partie de ce qui lui appartenait en France. Sans réclamer tout le royaume qui avait été donné par le pape Boniface VIII à l’empereur Albert, l’un de ses ancêtres, il aurait pu, disait-il, redemander le Dauphiné et tout le territoire situé sur la rive gauche du Rhône qui avait fait partie de l’empire, le comté de Toulouse et le Languedoc, que les rois de France avaient enlevés à la maison d’Aragon, dont l’empereur était l’héritier. Il se bornait à revendiquer les possessions plus récemment arrachées, à la maison de Bourgogne par le roi Louis XI et injustement détenues par ses successeurs les rois Charles VIII, Louis XII et François Ier : le duché de Bourgogne, qui était, selon lui, un fief héréditaire et non un apanage ; les comtés, villes, terres et seigneuries accordés aux ducs Philippe le Bon et Charles le Téméraire par les traités d’Arras en 1435, de C on flans en 1465, de Péronne en 1468, et parmi lesquels étaient les comtés de Mâcon et d’Auxerre, ainsi que le ressort de Saint-Laurent ; enfin la cessation des droits de suzeraineté sur la Flandre et l’Artois, cessation convenue par les rois Louis XI dans le traité de Péronne et Louis XII dans le traité de mariage de l’archiduc Charles, aujourd’hui empereur, avec sa fille Claude, si les stipulations d’Arras ne s’exécutaient pas et si le mariage était rompu.

Le premier président de Selve répondit que les renonciations auxquelles l’empereur semblait se résigner n’avaient rien d’effectif. Il n’eut pas de peine à prouver que le pape Boniface VIII n’avait pas eu le pouvoir de conférer le royaume de France à l’archiduc Albert, parce qu’il n’en avait pas le droit, que le Dauphiné, la Provence, avaient été régulièrement transmis à la maison de France par des cessions légitimes, que les prétentions de la maison d’Aragon sur le comté de Toulouse étaient moins fondées que ne l’étaient celles des rois très chrétiens sur les royaumes d’Aragon, de Mayorque et de Minorque, sans qu’ils les revendiquassent, — que la France renonçait à des droits très clairs et fort incontestables sur le royaume de Naples, le duché de Milan et la seigneurie de Gênes ; qu’elle cédait Hesdin et Tournay, et qu’elle faisait l’abandon de sa suzeraineté sur les comtés de Flandre et d’Artois, mais qu’elle ne pouvait pas rendre les villes sur la Somme cédées par le traité d’Arras au duc Philippe le Bon, et rachetables moyennant 400,000 écus qu’avait payés le roi Louis XI, — qu’elle ne pouvait pas davantage délaisser le duché de Bourgogne, qui était un apanage de même nature que le royaume, et dès lors non réversible aux femmes, et qui, rentré dans le domaine de la couronne parce que la fille du dernier duc de Bourgogne avait été incapable d’en hériter, ne saurait plus être détaché [66]. Les conseillers impériaux et les négociateurs français débattirent les intérêts et maintinrent les vues des deux princes avec une ardeur et une opiniâtreté égales dans des conférences qui se prolongèrent en s’animant. D’aucun côté, on n’entendait céder. L’empereur réclamait avant tout la Bourgogne, sans la remise de laquelle il était décidé à ne rien conclure, et les ambassadeurs de la régente avaient pour instruction formelle de ne pas y renoncer. François Ier venait même de le leur défendre expressément. « Le moins que vous pourriez offrir de cela, leur avait-il écrit, serait trop pour mon vouloir [67]. » Les conférences, devenant plus agitées et restant tout à fait inutiles, se rompirent. Le président de Selve et l’archevêque d’Embrun en adressèrent la relation au roi prisonnier. En voyant les exigences aussi obstinées que rigoureuses du conseil de l’empereur, François Ier comprit que l’empereur, qui se refusait à une entrevue avec lui, voulait le réduire, en le retenant captif, à abandonner la Bourgogne. Il dicta alors une protestation contre cette violence morale et dit « qu’il aimait mieux tolérer longue prison que faire chose à lui honteuse et dommageable à son royaume [68]. » Toutefois, malgré cette noble résolution, prévoyant qu’une captivité prolongée et les nécessités de la France pourraient le contraindre à céder, il déclara d’avance nulle et sans valeur la cession de la Bourgogne faite sous cette contrainte, et annonça que, redevenu libre, il en poursuivrait le recouvrement avec toutes les forces de son royaume contre celui qui la lui aurait ainsi arrachée [69]. Il demeura un mois dans l’Alcazar de Madrid sans que l’empereur fît un pas vers lui, et sans que les ambassadeurs de France renouassent à Tolède la négociation qui ne devait être reprise qu’à l’arrivée de la duchesse d’Alençon.


VIII

Mais il se prenait alors en Angleterre des arrangemens et il se tramait en Italie des complots qui semblaient de nature à faire fléchir les volontés ambitieuses de Charles-Quint et à le rendre plus accommodant sur les conditions de la paix. La régente de France s’était appliquée à détacher de l’empereur le roi d’Angleterre, jaloux d’une grandeur qu’il ne partageait pas, et à préparer le soulèvement des états italiens contre la puissance de Charles-Quint, devenue oppressive pour les uns, alarmante pour les autres. Elle avait de nouveau envoyé auprès de Henri VIII et du cardinal Wolsey J.-Joach. Passano et le président Brinon, qui avaient été sur le point de réussir dans leur précédente négociation. Elle espérait, non sans raison, qu’avec des offres d’argent un peu plus fortes et sans aucune cession de territoire elle parviendrait à rompre l’alliance déjà ébranlée de Henri VIII et de Charles-Quint, et à donner le roi d’Angleterre pour appui à la France.

Les négociations se poursuivirent jusqu’à ce que l’accord fût conclu, l’avide ministre de Henri VIII cherchant à obtenir le plus d’argent et les plénipotentiaires de la régente à en promettre le moins qu’il se pourrait. Il fut enfin stipulé que le roi d’Angleterre recevrait de la France 2 millions de couronnes, dont 50,000 un mois après la publication du traité de paix, et 100,000 tous les ans en deux termes qui échoiraient au 1er novembre et au 1er mai. Ces 100,000 couronnes devaient être payées au roi sa vie durant. Afin de mieux assurer l’acquittement annuel de cette pension, le roi d’Angleterre ne se contenta point de la ratification de la régente ; il exigea l’approbation des parlemens de Paris, de Rouen, de Toulouse, de Bordeaux. Il demanda de plus des engagemens de la part des principales villes, comme Paris, Rouen, Toulouse, Lyon, Bordeaux, Amiens, Tours, etc., et de la part des seigneurs les plus considérables, tels que le duc de Vendôme, le cardinal de Bourbon, le comte de Saint-Paul, le maréchal de Lautrec [70]. A ces conditions le traité fut signé et une ligue défensive conclue [71]. Wolsey, qui de son côté rentra en jouissance de sa pension et dut même en toucher les arrérages, dit alors aux ambassadeurs de la régente « que le roi son maître et lui avaient trouvé les Espagnols en leur prospérité plus ingrats et superbes que nation qu’ils eussent jamais pratiquée [72]. » Il leur fit même concevoir des espérances qu’ils communiquèrent à leur cour. « Le cardinal d’York, ajoutèrent-ils en écrivant à la duchesse d’Angoulême, se propose de faire autres grandes choses qui aideront à la libération du roi notre maître, au grand profit et honneur de vous, madame, de tout le royaume, et à l’humiliation et dépression de l’élu empereur [73]. » Tandis que se négociait ce traité qui devait faire passer le roi Henri VIII d’une alliance à l’autre, des projets bien autrement graves s’agitaient en Italie. Ces projets, s’ils réussissaient, devaient amener une confédération de tous les états italiens, enlever aux impériaux le Milanais, déposséder les Espagnols du royaume de Naples et anéantir la domination de Charles-Quint dans toute la péninsule. Les Italiens avaient constamment nourri la pensée de se délivrer des peuples étrangers qu’ils appelaient les barbares, et qui avaient successivement pénétré chez eux à partir de l’invasion de 1496. N’étant pas assez forts ni assez unis pour le faire tout seuls, ils se servaient des étrangers les uns contre les autres. Ils avaient d’abord tenté d’expulser les Français, qu’ils redoutaient particulièrement à cause de leur prétention sur le royaume de Naples et de la possession du Milanais, qui n’était un moment perdu par eux que pour être repris de nouveau. A l’aide des Espagnols et des Suisses, ils en avaient chassé Louis XII ; à l’aide des Espagnols et des Allemands, ils venaient d’en chasser François Ier. Le pape Jules II s’était mis à la tête de la ligue contre le premier de ces princes, le pape Léon X contre le second. La dépossession des Français paraissant définitive, puisque leurs armées avaient été si souvent contraintes d’évacuer l’Italie à la suite de défaites répétées dont la dernière avait été une catastrophe, le danger qui menaçait les états italiens ne venait plus que du côté des Espagnols. Le prévoyant Clément VII et les habiles Vénitiens l’avaient compris de bonne heure, puisque, sans s’unir à François Ier, déjà moins redouté, quoiqu’il n’eût pas encore été battu, ils s’étaient séparés de Charles-Quint, dont ils pressentaient les succès et craignaient les agrandissemens ; mais, en se séparant de lui ils n’avaient ni empêché sa victoire, ni prévenu sa domination. Cette domination s’exerçait violemment dans la haute Italie. Répandus sur le territoire du Milanais, dont le duc Francesco Sforza était le souverain annulé, occupant les pays de Plaisance et de Parme, qui appartenaient au saint-siège, les impériaux vivaient à discrétion dans la péninsule assujétie qu’ils avaient mise à rançon [74]. Le désir de se soustraire à cette onéreuse dépendance avait été si prompt que, vingt jours après la bataille de Pavie, le pape, les Vénitiens, les Florentins, les seigneuries de Sienne, de Lucques et de Mantoue songeaient à faire avec le duc de Milan une ligue pour la défense et les libertés de l’Italie [75] ; mais le sentiment de la crainte l’avait emporté d’abord chez eux sur le besoin de la défense. Ils s’étaient tournés à l’envi vers l’empereur avec terreur et avec adulation. Les Vénitiens lui avaient envoyé deux ambassadeurs extraordinaires, Andréa Navagero et Lorenzo Priuli, pour le féliciter des succès qui les inquiétaient et s’excuser de ne l’avoir pas fait plus tôt. « Vous exprimerez, leur disait le sénat de la république, à son impériale et catholique majesté la joie que nous avons ressentie de la victoire glorieuse qu’a remportée son armée et de la capture du roi très chrétien. Vous vous en réjouirez en notre nom avec cette abondance efficace de paroles affectueuses qu’exigent notre perpétuelle révérence envers son impériale et catholique majesté et la confédération qui existait entre nous. Vous le ferez de façon à laisser bien imprimé dans son esprit ce que nous vous recommandons [76]. » Clément VII était allé encore plus loin que le sénat de Venise. Tandis que l’astucieuse république rappelait, comme subsistant toujours, l’ancienne ligue dont elle s’était secrètement retirée, le pape effrayé conclut avec l’empereur une ligue nouvelle. Il fit partir pour l’Espagne, où il avait déjà le comte Balthasar Castiglione en qualité de nonce, le cardinal Salviati, revêtu du titre de légat. Tous les potentats italiens, les plus petits ainsi que les plus considérables, avaient des représentans empressés à la cour de l’empereur, et l’Italie semblait beaucoup plus résignée à une entière soumission que prête à un soulèvement.

Cependant l’esprit d’indépendance s’y ranima bientôt, et l’on y reprit le plan d’union et de défense imaginé après la bataille de Pavie. L’ancien duc de Milan, Maximilien Sforza, depuis longtemps prisonnier sur les bords de la Loire, fit proposer à son frère Francesco Sforza, de la part de la régente Louise de Savoie, une ligue de l’Italie avec la France pour renverser au-delà des Alpes la domination accablante de Charles-Quint. La régente offrait de reconnaître le duc, de lui donner une princesse de la maison royale et de le soutenir dans ses états avec une puissante armée. Peu de temps après, elle renouvela ses offres directement par l’entremise d’un Italien nommé messer Lorenzo Toscano, qu’elle envoya auprès du duc de Milan, de la seigneurie de Venise et du souverain pontife[77]. S’ils se décidaient à conclure entre eux et avec elle une étroite alliance pour jeter les impériaux hors de la péninsule, elle renoncerait au nom de son fils à tout droit sur le Milanais en faveur de Francesco Sforza, qui épouserait ou la duchesse d’Alençon, devenue veuve, ou la princesse Renée, fille de Louis XII ; elle abandonnerait toute prétention sur le royaume de Naples, dont le pape disposerait comme et pour qui il voudrait ; enfin elle fournirait à la ligue six cents hommes d’armes et six mille fantassins, sous le commandement du comte de Saint-Paul, et lui compterait 40,000 ducats par mois[78].

Clément VII entra dans ce dessein, poussé surtout par le dataire Giov.-Mattheo Giberto, son intime confident et l’adversaire le plus résolu des impériaux ; mais sa cauteleuse prudence voulut s’assurer auparavant de nombreux et solides appuis. Outre les Florentins, qui obéissaient à ses directions et qu’il entraînerait sans peine, il désirait l’active coopération des Vénitiens et du duc Sforza. La république circonspecte de Venise était fort alarmée par le voisinage des troupes espagnoles qui occupaient la Lombardie occidentale, que la ligne de l’Adda séparait seule de la Lombardie orientale, demeurée en son pouvoir. Déjà sollicitée à ce sujet par le comte Ludovico Canossa, évêque de Bayeux et ambassadeur de France, elle s’était montrée prête à suivre le pape et à former avec les autres souverains d’Italie cette confédération libératrice. Clément VII avait envoyé dans le Milanais le Génois Domenico Sauli, ami commun du dataire Giberto et du chancelier du duc de Milan, Girolamo Morone, pour faire comprendre à Francesco Sforza les avantages d’une union qui le tirerait de son assujettissement, et assurerait l’indépendance de toute la péninsule.

Afin de n’avoir que des gouvernemens italiens en Italie, Clément VII et Giberto, de concert avec les Vénitiens, conçurent le projet non-seulement d’arracher le Milanais à l’empereur, mais de lui enlever le royaume de Naples. Suzerain de ce royaume, le pape ne devait pas manquer de prétextes pour le lui ôter ni de raisons pour le donner à un autre. Le choix de celui auquel était réservé le trône de Naples fut singulièrement hardi : on espéra, en l’offrant au marquis de Pescara, priver du même coup l’empereur du plus habile de ses généraux et placer à la tête de la ligue italienne un chef capable de la bien conduire et intéressé à la faire triompher.

Fernand d’Avalos, Espagnol par le sang, était Italien par la naissance. Ses ancêtres étaient venus avec les princes de la maison d’Aragon dans le royaume des Deux-Siciles et s’y étaient établis. Dès sa jeunesse, il avait pris part à toutes les guerres, et il était devenu un capitaine accompli. Les succès qu’avaient obtenus les impériaux depuis quatre années étaient dus surtout à son audace et à son habileté. A la sûreté de vue qui fait entreprendre, il joignait la hardiesse d’exécution qui fait réussir. La prise de Milan en 1521, les défaites successives des Français en Lombardie, la victoire de Pavie, pouvaient lui être attribuées, et il ne manquait pas d’en revendiquer la gloire. Jusque-là les grands services qu’il avait rendus étaient restés sans autre récompense que des louanges stériles. Le fier sentiment de ce qu’il était et de ce qu’il valait lui avait fait quitter un moment l’armée dans les derniers jours de la vie de Prospero Golonna, à qui Fernand d’Avalos ne supportait pas d’être soumis. L’offensant oubli où il avait été laissé après la dernière campagne et la translation du roi de France en Espagne ordonnée par Lannoy tout seul l’avaient profondément blessé. Il avait fait entendre de hautaines et amères paroles. L’éclat de son irritation et les plaintes de son orgueil firent croire qu’il se détacherait aisément de l’empereur, et qu’on gagnerait à la cause italienne cet Italien en l’attirant par l’appât d’une couronne et la satisfaction d’une vengeance.

L’insinuant Morone fut chargé de sonder Pescara et de lui offrir ce qu’il n’aurait jamais osé ambitionner. Il lui parla des sujets qu’il avait d’être mécontent, l’entretint des agitations de l’Italie, et lui demanda ce qu’il en pensait. Pescara convint que l’union des états italiens et de la France serait fort dangereuse pour l’empereur, et qu’elle pourrait bien lui faire perdre le royaume de Naples. — « Et si cela était, ajouta Morone, à qui le donnerait-on ? — Je ne sais, répondit Pescara ; mais on trouverait bien qui l’accepterait. — Ce serait peut-être votre excellence qui l’aurait, continua Morone en souriant, si toutefois cela lui convenait. » Après cette insinuation, Morone s’arrêta et ne poussa pas l’entretien plus loin [79]. Mais le général de l’empereur ayant entendu cette proposition d’infidélité sans s’y montrer contraire, le chancelier du duc de Milan s’assura encore mieux des intentions du pape, qui lui furent confirmées par le dataire Giberto. Il aborda ensuite nettement le marquis de Pescara. Il lui demanda sa parole de soldat et de chevalier de ne jamais révéler ni à l’empereur ni à personne ce qu’il allait lui dire et de garder le secret le plus absolu, quelque résolution qu’il prît. Pescara la donna sans hésiter. Morone lui dit alors qu’il avait à lui proposer les choses les plus importantes et à lui découvrir les projets du pape en sa faveur. Il l’instruisit en même temps de tout ce qui se tramait en Italie, dont les forces seraient mises sous son commandement, et où il recevrait du souverain pontife la couronne des Deux-Siciles.

Pescara déclara aussitôt que son honneur passait avant tout, qu’il ne l’exposerait pas pour tous les royaumes du monde, et qu’il aimerait mieux mourir de la mort la plus cruelle qu’y porter la moindre atteinte, — qu’il ne pensait pas pouvoir, sans y manquer, quitter l’empereur pour se donner à d’autres, surtout étant son vassal, son capitaine, et ayant dans le moment toute la charge de son armée. Il ajouta cependant qu’au cas où il pourrait garder son honneur, il ferait tout ce que désirait sa sainteté, pour montrer qu’il était quelque chose, se venger des injures qu’il avait reçues, obtenir les grâces du pape et devenir le capitaine-général des Italiens, estimant que rien ne saurait lui être plus agréable ni lui arriver en sa vie de plus heureux que de posséder un royaume dans sa patrie. Il finit en disant qu’il y penserait, et il demanda à Morone de chercher de son côté comment le marquis de Pescara pourrait, sans encourir de blâme envers Charles-Quint, accepter la proposition de Clément VII.

En attendant l’adhésion de Pescara, on n’omit rien pour compléter la grande ligue italienne et lui procurer les moyens d’agir avec ensemble et avec vigueur. Le dataire Giberto, au nom du pape, pressa les Vénitiens de la conclure après l’avoir approuvée. Il écrivait au nonce Ghinucci à Londres afin qu’il décidât Henri VIII et le cardinal Wolsey, auprès desquels se rendait dans le même dessein Gregorio Casale, à s’accorder promptement avec la France [80]. Les Suisses avaient été les soldats du pape Jules II et les protecteurs du duché de Milan contre Louis XII. De Rome, on espéra leur faire reprendre le même rôle contre Charles-Quint. Les cantons helvétiques avaient un grand intérêt à empêcher que l’empereur se rendît maître du Milanais et cernât ainsi leurs montagnes, qui seraient entourées, du côté de l’Allemagne, par les états héréditaires de la maison d’Autriche, — du côté de la France par la Franche-Comté, — du côté de l’Italie par la Lombardie et le Tyrol. Leur sécurité exigeait que le duché de Milan, débarrassé des troupes impériales, ne reconnût pour maître qu’un petit prince indépendant de la maison Sforza. C’est ce qu’écrivit coup sur coup le dataire Giberto à Ennio Philonardo, évêque de Veruli, nonce du saint-siège auprès des cantons, en le chargeant de préparer mystérieusement une levée de dix mille Suisses, que le pape emploierait partout où il voudrait, sans excepter Naples et sans avoir la crainte que ces troupes fussent rappelées. L’ambassadeur de France, dont la cour avait les mêmes desseins et les mêmes intérêts, devait seconder le nonce du pape. « Les Suisses, écrivait le dataire Giberto à l’évêque de Veruli, auront une occasion de regagner ce qu’ils ont perdu pendant les quatre dernières années et de se montrer de nouveau invincibles, comme ils l’ont été autrefois. Ils seront encouragés par le désir de la France et par le vœu non-seulement de sa sainteté et des seigneurs vénitiens, mais de tout le reste de l’Italie, unie pour se rendre libre [81]. »

L’accord n’était cependant point encore terminé. En envoyant messer Lorenzo Toscano à Venise et à Rome, la régente lui avait donné la mission de le préparer et non le pouvoir de le conclure. On dépêcha donc de la cour pontificale Sigismondo de Carpi, secrétaire du comte Alberto Pio, ambassadeur de France auprès de Clément VII, pour qu’il se rendît à Lyon, à travers les états vénitiens et le pays des Grisons, et arrangeât tout avec la régente. La régente devait prendre envers Francesco Sforza les engagemens que naguère elle avait elle-même proposés : laisser le pape disposer du royaume de Naples en faveur du marquis de Pescara, fournir à la ligue italienne six cents lances, six mille fantassins soldés pendant six mois, avec une artillerie bien équipée, — mettre à la disposition de la ligue dix ou douze galères avec quelques gros navires portant quatre mille fantassins destinés à des entreprises contre Gênes ou contre Naples, enfin assister la ligue de 50,000 ducats par mois, en payant les deux premiers mois d’avance [82]. En retour, l’Italie devait s’unir à la France par une amitié indissoluble, s’engager, après avoir été délivrée, à mettre en campagne à ses frais mille lances et douze mille fantassins pour tirer de prison le roi très chrétien et défendre son royaume. Les Italiens demandaient surtout que la régente ne cherchât point dans cette ligue un moyen d’obtenir plus tôt de l’empereur intimidé la délivrance du roi son fils à des conditions qui seraient moins onéreuses pour lui, mais qui deviendraient fatales pour eux. « La régente peut tout espérer, disaient-ils, d’une union perpétuelle avec l’Italie » tandis qu’un accord avec l’empereur laisserait la France comme asservie et à la discrétion de son ennemi. » Les négociations se poursuivaient en ce moment avec un tel concert, on avait de si grandes espérances de les mener à bonne fin, on se croyait si près d’agir avec des forces irrésistibles, que, dans sa confiance et dans sa joie, le dataire Giberto, dont le cœur était tout italien, s’écriait : « Il me semble voir se renouveler le monde, et, d’une extrême misère, l’Italie arriver à une très grande félicité [83]. »

Tout marchait. La levée des Suisses se ménageait en secret. Les Vénitiens se mettaient en armes. Le traité de la France et de l’Angleterre, recommandé par Clément VII, allait se conclure. Selon le désir de Pescara, le pape avait été consulté pour savoir comment il pourrait, sans encourir de blâme, quitter le service impérial et accepter les offres qui lui étaient faites au nom de la ligue italienne. Morone avait établi subtilement que Pescara ne mériterait aucun reproche et ne s’exposerait à aucune honte en servant contre l’empereur dans le royaume de Naples, pourvu qu’au préalable il eût renoncé à tous les offices qu’il tenait de lui et eût quitté le commandement de son armée. Il avait donné par écrit à Pescara toutes les raisons qui lui permettaient de trahir son souverain avec honneur, qui devaient l’induire à monter sur un trône usurpé par patriotisme, et qui l’obligeaient à déférer au vœu du pape par obéissance. Pescara cependant ne se tint pas pour persuadé. Il prétendit qu’il avait besoin, avant de se décider, de consulter un de ses amis, docteur napolitain, sans l’avis duquel il n’entreprenait rien d’important. Il voulait connaître ce que pensait ce casuiste des devoirs difficiles dans les positions délicates, parce qu’il avait à cœur, disait-il, de pouvoir se justifier à tout événement [84].

Pescara semblait sincère dans ses hésitations. On eût dit qu’il flottait entre les scrupules de la fidélité et les convoitises de l’ambition. Il n’en était rien pourtant. Dès le premier moment, il avait pris son parti. En lui, l’Espagnol l’avait emporté sur l’Italien, le ressentiment du serviteur maltraité avait cédé au dévouement du vassal fidèle, et l’appât d’un royaume n’avait pas séduit son âme avide de grandeurs, soit qu’il crût indigne de l’acquérir par une trahison, soit qu’il en regardât la possession comme chimérique. Il n’écouta ce qui lui fut proposé que pour connaître l’étendue et les ressources de la conspiration contre l’empereur son maître ; il n’objecta des scrupules et ne demanda des consultations que pour gagner du temps ; il ne rechercha des délais que pour prévenir Charles-Quint des dangers auxquels il était exposé en Italie et l’aider à s’en préserver.

Ce scrupuleux en fait d’honneur s’était condamné à une trahison. S’il ne la commit point envers l’empereur, il s’en rendit coupable à l’égard de ceux auxquels il avait engagé sa foi, et qu’il dénonça pour lui avoir offert un royaume. En découvrant à Charles-Quint ce qu’il avait promis tout au moins de garder secret, il sentit l’indignité du rôle qu’il jouait, et il écrivit à son maître : « Ces pratiques ne me conviennent pas. Cependant, puisque la nécessité les a amenées, je m’en réjouis afin de servir votre majesté, non sans beaucoup de honte, parce que je reconnais que je manque à quelqu’un, bien que ce soit pour ne pas manquer à celui auquel je dois le plus [85]. » Il envoya donc en Espagne un homme de sa confiance, Juan-Baptista Gastaldo, qui, formé à son école, devint plus tard un des habiles généraux de Charles-Quint. Gastaldo porta à l’empereur des dépêches très étendues dans lesquelles Pescara lui exposait, avec alarme les projets de la confédération qui se préparait en Italie, en France et même en Angleterre. Il lui annonçait que les Vénitiens, les Florentins, le pape, le duc de Milan, etc., ligués avec la régente de France, lèveraient des forces considérables, que la guerre commencerait par la France avec cinq cents lances, dix mille Suisses et un bon équipage d’artillerie, que les Vénitiens et le pape mettraient leurs troupes dans les places les plus voisines du Milanais, les Vénitiens à Brescia et à Crème, le pape à Parme et à Plaisance, et les feraient avancer du côté de Milan, dont le duc Sforza fermerait les portes aux impériaux, comme le doge Adorno leur fermerait celles de Gênes, et qu’ils espéraient par là venir à bout de l’armée impériale dispersée et la détruire.

Afin de parer à un danger qui semblait pressant, Pescara s’assura des places d’Alexandrie et de Verceil, concentra de son mieux les troupes espagnoles, demanda en toute hâte à l’empereur 300,000 ducats pour les payer, le supplia d’envoyer avec ses galères et ses gros navires cinq ou six mille hommes de renfort auxquels serait donnée la destination la plus utile dès qu’ils arriveraient à Monaco. Il le conjura en même temps de faire au plus tôt la paix avec le roi de France, sans exiger la Bourgogne, afin que le roi de France lui abandonnât toute l’Italie, qu’il pourrait ainsi mettre à la raison. Il ajouta, en insistant beaucoup sur la nécessité de cette paix à des conditions qui la rendissent possible, que c’était également l’avis d’Antonio de Leyva, de l’abbé de Najera et de ses meilleurs serviteurs. « Si votre majesté ne se hâte point de la conclure, lui écrivit-il avec une franchise hardie, elle s’en repentira, et elle gémira de ne l’avoir pas fait lorsque ses affaires n’auront plus de remède… Il n’y a personne ici qui ne redoute la grandeur de votre majesté ; il n’y a personne ici qui n’abhorre le joug de cette armée : votre majesté n’a pas d’amis en Italie, où le duc de Ferrare et le marquis de Mantoue lui sont aussi contraires que les ducs de Milan et de Gênes, où Lucques est plus française que Paris et où Sienne le sera bientôt autant, et votre majesté y a peu de serviteurs qui ne soient fatigués et découragés [86]. »

La connaissance des trames qui s’ourdissaient contre lui et la crainte des périls dont il était menacé devaient-elles décider Charles-Quint à se relâcher de ses prétentions, à conclure promptement une paix prudente avec François 1er ? C’est ce qu’on verra bientôt.


MIGNET.

  1. Voyez, sur cette lutte et ses incidens antérieurs, la Revue du 15 janvier 1854, du 15 mars et du 1er avril 1858, des 15 février, 1er et 15 murs 1860.
  2. Lettre de François Ier à la régente sa mère. — Captivité de François Ier, par M. Aimé Champollion-Figeac ; in-4°. Paris, Imprimerie royale, 1847, p. 129.
  3. Dépêche du Dr Sampson, ambassadeur de Henri VIII auprès de Charles-Quint, écrite de Madrid le 15 mars 1525 au cardinal Wolsey. — Ellis. Original Letters, t. Ier, p. 265.
  4. Dépêche de l’ambassadeur de Mantoue Suardin au marquis de Mantoue, du 15 mars, — dans Sanuto, vol. XXXVIII, — citée par L. Ranke : Deutsche Geschichte im Zeitalter der Reformation, t. II, p. 329.
  5. Dépêche du Dr Sampson du 15 mars, p. 264. — « Se entró en oratorio é retraimiento solo á dar gracias á aqual soberano señor y Dios dispensador de todo, por la victoria avida, y estuvo bien media hora retraido alababando á Dios. » Fol. 2 de la Relation de lo Sucedido en la prision de Francisco I., por el capitan Gonzalo Hernandez de Oviedo y Valdez. Ms. in-4° de 165 feuillets conservé à la Bibliothèque nationale à Madrid sous l’indication X 227 et extrait par M. Gachard dans l’appendice de la Captivité de François Ier, etc., in-8°, Bruxelles 1860.
  6. Dépêche de sir John Russell à Henri VIII du 11 mars 1525. — Cott. mms. Vitel-Hus, B. VII, art. 29, f. 77.
  7. « His majestie seyd also that your grace hath namyd hym to be a lyar, observing no man off faith or promesse, mylady Margarete a ribauwde, don Fernando his brodyr a childe and so governide, the duke of Burbone a treature, and this reporte was browght by M. de Bewreyne. » — Dépêche de Tunstall, évêque de Londres, de Wingfeld, chancelier de Lancastre, et de Sampson, ambassadeurs d’Angleterre, au cardinal Wolsey, de Tolède, le 2 juin 1525. — Cott. mss., Vespasien, C. III, f. 55.
  8. « … The effect was concerning the emperor’s aspyring to the monarchie and the impechement off the same to be made by the king’s Highness with your graces advysement and ayde. » Ibid.
  9. « Si petite fust-elle, disait la mère de François Ier à ses ambassadeurs, monseigneur et fils n’y voudroit aucunement entendre, tant pour la conservation de son serment que pour ne desplaire à ses sujets et pour éviter les inconvéniens à venir. » lettre du 16 février 1525. — Archives de l’empire, sect. hist. J. 985, liasse 4, n° 13.
  10. Lettre du président Brinon, chancelier d’Alençon, et de Jean-Joachim Passano, seigneur de Veaulx, à la régente, écrite de Londres le 6 mars 1525. — Archives de l’empire, sect. hist. J. 965, liasse 3, n° 8.
  11. Instructions datées du 26 mars à Tunstall, évêque de Londres, et à Rich. Wingfeld, chancelier du duché de Lancastre, envoyés auprès de l’empereur après la bataille de Pavie. — State Papers, t. VI, p. 412 à 436.
  12. « Plusieurs sollicitaient suyvir la victoire et destruire le roy de France de telle sorte qu’il ne faisit guerre de sa vie. » Archives des Affaires étrangères de France, correspondance d’Espagne, vol. V, f. 273. — Charles-Quint, dans une lettre à Ferdinand citée par M. Gachard, p. 12 de sa Captivité de François Ier, dit que plusieurs de ses ministres étaient pour la continuation de la guerre et une invasion.
  13. Mémoire du chancelier Mercurino de Gattinara, dans Geschichte der Regierung Ferdinand des Ersten, par F. B. von Bucholtz, t. II, p. 287 et sqq.
  14. Instructions du 28 mars, envoyées de Madrid par Charles-Quint au duc de Bourbon, son lieutenant-général en Italie, au comte d’Antremont, son vice-roi de Naples, et au seigneur du Reoulx, son second chambellan et gouverneur d’Arthois, pour traiter de la paix avec François Ier et régler les conditions de sa délivrance. — Captivité de François Ier, p. 149-159. »
  15. Lettre de Charles-Quint à Ferdinand du 25 mars 1525. — Bucholtz, t. II, p. 27.
  16. Lettres-patentes de la régente, du 10 septembre, pour imposer 2,661,000 livres. — Captivité de François Ier, p. 313.
  17. Captivité de François Ier, p. 165.
  18. Registres du parlement, t. LVIII. — Journal d’un bourgeois de Paris, p. 232-233. — Captivité de François Ier, p. 137 à 141.
  19. Extrait de ce qui a esté advisé à l’Ostel de Ville de Paris, etc. — Bibliothèque de l’École des Chartes, 1ère série, t. V, p. 548.
  20. Captivité de François Ier, p. 138-139.
  21. « Extraict de ce qui a esté advisé et conclud ès assemblées tenues en l’Ostel de Ville de Paris. » — Bibliothèque de l’École des Chartes, t. V, p. 550, 551.
  22. Lettres-patentes de la régente, etc., dans Captivité de François Ier, p. 313 à 317. — Lettre du chancelier Duprat au roi, du 13 octobre ; ibid, p. 378.
  23. Correspondenz des Kaisers Karl V, par Lanz, t. Ier, p. 155. — Négociations du Levant, publiées par M. Charrière, t. Ier, p. 114 et 117. — Mémoire de Hammer sur les premières relations diplomatiques entre la France et la Porte, dans la Revue Asiatique de 1827, t. X, p. 19.
  24. Dans sa lettre, la régente l’appelait son bon fils comme elle l’avait fait autrefois. Elle louait Dieu de ce que François Ier était tombé au pouvoir du prince aux mains duquel elle l’aimait le mieux. Elle espérait que sa grandeur ne lui ferait pas oublier la proximité du sang et de la parenté qui existait entre eux, et encore moins le bien qui reviendrait à toute la chrétienté de leur union et de leur amitié. Elle finissait sa lettre, en disant : « Vous obligerez une mère, à laquelle vous avez toujours donné ce nom et qui avec prière a recours à votre affection. » Archives des Affaires étrangères : (Espagne), vol. V, f. 272. — En lui répondant le 25 mars par Beaurain, Charles V ne lui donna point le titre de mère ; il l’appela avec une dignité froide madame, et lui dit que, si elle voulait la paix et désirait voir bientôt le roi son fils, elle en trouverait le vrai moyen dans le contenu de l’écrit que portait le seigneur du Rœulx (Beaurain). — Papiers Granvelle, t. Ier, p. 263.
  25. C’est ce qu’a écrit Beaurain à l’empereur par un de ses secrétaires qu’il a envoyé en poste de Lyon en Espagne. Dépêche de Sampson à Wolsey écrite de Tolède, du 2 mai 1525. — State Papers, t. VI, p. 437.
  26. «…El rey esta en piciguiton atiende á jugar al palon y a otros juegos de exercicio con que pasa el tiempo lo mejor que puede. » Lettre manuscrite de l’abbé de Najera à Charles-Quint, du 30 mars 1525/
  27. Voir p. 1 à 12, 20 à 44 du volume des Poésies du roi François Ier, recueillies et publiées par M. . Aimé Champollion-Figeac. In-4°, Paris, Imprimerie royale, 1847,
  28. Lettre latine du nonce, écrite de Milan le 29 mars et insérée dans le tome VI des State Papers, p. 409-411.
  29. Captivité, f° 130,131.
  30. Lettre du duc de Bourbon et du vice-roi de Naples Lannoy à l’empereur, du 26 avril. 1525. — Archives impériales et royales de Vienne.
  31. Aux Archives des Affaires étrangères de France, correspondance d’Espagne, 1525-1529, f° 285 r°.
  32. Lettre de François Ier à ses sujets. L’original dans Béthune, ms. Vol. 8505, f° 1er ; imprimée dans Captivité, etc., f. 159,160.
  33. Captivité de François Ier, p. 170-173, et State Papers, t. VI, p. 446-448.
  34. D’après la lettre des ambassadeurs anglais du 16 juin, elles furent écrites par Moncada en castillan, en présence de Lannoy, sur les offres de François Ier. Ms. cott. — Vespasien, C. III, p. 185 ; note 2 de la p. 445 du vol. VI des State Papers.
  35. « Le roy de Franse… désire fort la pes et que ce soit de sorte que peut demorai votre à james. » Lettre de Lannoy & l’empereur, le 27 avril. — Archives impériales et royales de Vienne.
  36. « … Pour estre telles, les aucunes d’icelles quelles ne se pouvoient bonnement accorder, consentir ni permettre. » Instruction de Pierre de Warty, envoyé à Marguerite d’Autriche. — Négociations entre la France et l’Autriche, publiées par Le Glay, t. II, p. 607.
  37. Elles furent soumises à un conseil dont faisaient partie le chancelier Gattinara, le comte de Nassau, le grand-maître, le secrétaire Jean Allemand et communiquées aux ambassadeurs d’Angleterre. — State Papers, t. VI, p. 445, note 2.
  38. State Papers, t. VI, p. 438-444, 445.
  39. « Vu la grande dette qui monte bien à six cens mil escus qu’est du aux gens de guerre tant de pied que de cheval. » Lannoy à la gouvernante des Pays-Bas. — Négociations entre la France et l’Autriche.
  40. « Les choses à quoi prétendons sont que le pape et les Florentins payent 150,000 ducats pour leur part de la ligue, que les Vénitiens en payent 130,000 pour n’avoir pas joint leur armée. On travaille à tirer quelque chose de Sienne et de Lucques ; le duc de Ferrare prête 50,000 écus. » Ibid.
  41. Lettre de Charles-Quint à l’archiduc Ferdinand son frère, du 25 juin, — Bucholtz, t. II, p. 294 et sqq.
  42. State Papers, t. VI, p. 444, 445.
  43. Lettre de sir R. Wingfeld du 3 Juin. State Papers, t. VI, p. 442-43, note 1 de la p. 443.
  44. History of the reign of the Henry the Eighth, par Sharon Turner, t. Ier, p. 456.
  45. Ms. cott. Vespas., C. III, f. 62.
  46. Lettre de Charles V au duc de Bourbon et au vice-roi de Naples, du 27 mars 1525, dans les mss. hist. du comte de Wynants, citée par M. Gachard, p. 14 et p. 20.
  47. Lettre de La Barre, bailli de Paris, à la régente. — Captivité de François Ier, p. 183.
  48. Lettre de sir John Russell du 16 mai 1525. — Ms. cott. Vitell., B. VIII, p. 194.
  49. Cette lettre est dans Captivité de François Ier, p. 180.
  50. Lettre du 8 juin 1525 du vice-roi de Naples à Henri VIII. — Mss. cott. Vitell., B. VII, p. 146. — Captivité, p. 210.
  51. Captivité de François Ier, p. 212.
  52. Lettre de Lannoy à l’empereur, du 10 juin 1525. — Lanz, t. Ier, p. 164.
  53. Lettre de Lannoy à l’empereur, du 17 juin, dans les Négociations entre la France et l’Autriche, t. IIp. 605.
  54. Commentarios de los hechos del señor Alarcon, etc., por don Antonio Suarez de Alarcon, in-fol., Madrid 1665, p. lib. 10, f. 300, col. 1.
  55. Lettre du 21 juin 1525 d’Andréa Navagero, ambassadeur de Venise auprès de Charles-Quint. — Della vita e delle opere di Andrea Navagero, da Emm. Ant. Cicogna dans delle Inscrizioni Venisiane, fascicolo 22 ; grand in-4°, p. 177,-col. 1 et note 50 de la page 238.
  56. Lettre de Charles de Bourbon à l’empereur du 12 juin 1525. — Archives impériales et royales de Vienne.
  57. Pescara le dit lui-même à l’empereur dans la lettre qu’il lui écrivit le 30 juillet. « Todo el mundo visto lo passada ha syempre creydo que yo no estuva contento…. Y mucho mas ver despues que yo screvi à V. Mad, etc… » Archives impériales et royales de Vienne.
  58. Lettre de Charles V à Lannoy, dans les manuscrits historiques du comte de Wynants, citée par M. Gachard.
  59. Négociation du seigneur de Montmorency, dans Captivité de François Ier, p. 238 et 241. — Lettre du 31 juillet 1525 de Charles V à l’archiduc Ferdinand, dans Lanz, t. Ier, p. 166.
  60. « Escrivio luego su magestad al señor Alarcon, ordenandose prosiguiesse el viage encaminandose à Madrid. » Commentarios de les hechos del señor Alarcon, f° 301, cot. 2.
  61. . Sur le voyage du roi, voir Commentarios de les hechos del señor Alarcon, f° 302 et 303 ; — lettres du bailli La Barre à la duchesse d’Alençon, et de Bryon à Mme d’Angoulême, dans Captivité de François Ier, p. 262, 263 ; — Sandoval, t. Ier, liv. XXIII, § 10.
  62. Le dessin d’un fragment de cette belle tapisserie a été imprimé, d’après une copie du temps, dans Captivité de François Ier, planche VIII, p. 507.
  63. Les instructions sont du 28 avril et du 6 juin, dans Captivité de François Ier, p. 174 et 198.
  64. Ce discours est dans Captivité de François Ier.
  65. Lettre écrite de Tolède le 19 juillet 1525 à la duchesse d’Angoulême par l’archevêque d’Embrun et le premier président de Selve. — Captivité de François Ier, p. 255.
  66. Procès-verbaux des conférences de Tolède dans Captivité de François Ier, p. 264 et suiv.
  67. Lettre de François Ier à l’archevêque d’Embrun, du 5 août, dans Captivité de François Ier, p. 294.
  68. Protestation du 16 août dans Captivité de François Ier, p. 302.
  69. Ibid., p. 302, 303. C’est ce qu’il avait annoncé en Italie au vice-roi de Naples, au marquis de Pescara, à Ant. de Leyva, à Alarcon et à l’abbé de Najera, p. 303.
  70. Lettres du président Brinon et de J.-Joach. Passano à la régente, des 29 et 31 juillet, 18 août, 3 septembre, 30 octobre, dans les Archives de l’empire, sect. hist., J. 965, liasse 3, n° 1, 2, 3, 4, 6.
  71. Le traité est du 30 août 1525, la ratification de la régente du 25 septembre, celle de François 1er du 27 décembre, dans Turner, t. Ier, p. 463 ; dans Rymer, p. 113.
  72. Lettre de Brinon et de J.-J. Passano du 29 juillet 1525. — Ibid., n° 4.
  73. Le 20 octobre, les ambassadeurs de la régente eurent une entrevue avec Henri VIII, qui leur dit « qu’il avoyt toujours veu les Françoys vrays et loyaulx à leur prince, et que depuis ceste dernière victoire l’expérience en a esté faicte plus grande que jamais, car le roy prins, un des plus grands princes de France son ennemy, tous les princes chrétiens animés contre le royaulme, il ne s’est trouvé prince, seigneur ne homme de nom en France qui ait branlé, chose singulière et admirable par tout le monde. » Lettre du 30 octobre 1525, ibid., n° 6.
  74. Lettre de l’évêque de Bath, ambassadeur d’Angleterre auprès du saint-siège, écrite le 6 avril 1525 de Rome au cardinal Wolsey. — Ellis, Original Letters, 2e série, t. 1er, p. 318 à 321.
  75. « The effect is that the pope, the Venitians, the Florentyns, the duke off Ferrare, the signoryes off Senys, Luke and Mantoua…. Shold make a lygge for the defence and libertys off Italye ; wherin they rekyn that the duke off Mylan wold att lenghe, when tyme shold be gladly enter. » Lettre de l’évêque de Bath à Wolsey, du 19 mars 1525, dans Ellis, ibid., p. 305, 306.
  76. «… Cum lei nostro nomine vi rallegrarete cum quella efficace, affectuosa et larga forma di parole che a voi maggior sera possibile, siccome ricerca la perpetua observantia nostra verso lei et la confederation che habbiamo cum sua cesarea et catholica mæsta, de modo che lassiate bene impresso nella mente sua quanto vi predicemo…. » Délibération du sénat du 11 mars. — Della Vita e delle opere de Andrea Navavgero, app. docum. M. p. 345.
  77. Lettre du dataire Giov.-Mattheo Giberto à Ennio Philonardo, évêque de Veruli, nonce du pape auprès des cantons helvétiques, du 1er juillet 1525. — Lettere di principi, t. Ier, f° 164 v°.
  78. Lettre du dataire Giberto au comte Ludovico Canossa, ambassadeur du roi très chrétien à Venise, du 9 juillet 1525. — Lettere di principi, t. Ier, f° 168 v° et 169 r°. — «… Et facendo questo, disait le dataire, l’Italia si congiungera di liga et amicitia perpétua col regno di Francia. » Ibid., f° 168 v°.
  79. Lettre de Pescara à Charles-Quint du 30 juillet. — Archives impériales et royales de Vienne. — « Esame di Girolamo Morone in prigiono del marchese di Pescara, nel castello di Pavia a’ 25 ottobre 1525. » — Ricordi inediti di Girolamo Morone, publicati dal C. Tullio Dandolo ; Milano 1855, in-8°, p. 148 à 170.
  80. Lettre de Giberto à messer Hieronimo Ghinucci du 10 juillet. — Lettere di principit, Ier, f° 169 v°.
  81. Lettre de Giberto à l’évêque de Veruli, du 1er juillet. — Lettere di principi, t. Ier, f° 165 v°.
  82. Gio.-Mattheo Giberto datario a monsignor di Baiusa, ambasciator di Francia a Venetia. — Lettere di principi, t. Ier, f° 168 v°
  83. « Provedendo, come si aspetta, mi par di veder rinovare il mondo, et da una estrema miseria, Italia cominciare à tornare in grandissima félicità. » Lettre de Giberto à Ghinucci. — Lettere di principi, t. Ier, f° 169 v°.
  84. Lettre de Pescara à l’empereur du 30 juillet 1525. — Archives impériales et royales de Vienne, et confession écrite de Gir. Morone dans les Ricordi, etc., p. 148-179.
  85. « Y aunquo no me contenten estas platicas, porque la necessitad las trao y el caso lo requiere, huelgo dellas por servyr a V. Mad, y no sin mucha verguença porque no dexo de conoscer que falto a alguno aunque sca por no faltar a quien mas deve. » Lettre du marquis de Pescara à l’empereur du 30 juillet. — Archives impériales et royale* de Vienne.
  86. « Que V. Mad acuerde luego sus cosas con el rey de Francia que, sy no ha mudado voluntad se dara todo lo de Italya, y myre V. Mad que sy no lo haze le costara muy caro y lo que agora le ruegan, rogando no lo hallara, y no cure V. M. de Borgogna ny de otra cosa de traer y tener el rey de Francia con sigo hasta dar cabo en esto de Italku con su voluntad y ayuda…. Sy no lo haze se arapentira dcllo y se dolera en tiempo que no tornan remodio las cosas…. Nynguno hay que no tema la grandeza de V. M., nynguno hay que no aboreza el jugo deste exercito…. Concurren el duque de Ferrara, el de Mylan es principal en ello, y el de Genova no es mas ny tiene mas voluntad del papa, Florentines del dependen y Mantua tambien, Luca es mas francesa que Paris, y Syena lo sera…. Nynguno ay amigo y muy pocos les servidores que no esten cansados y desconfyados. « Ibid. — Pescara redit les mêmes choses à Charles-Quint, insiste sur les mêmes dangers, recommande les plus grandes précautions et renouvelle principalement le conseil de s’entendre au plus tôt avec le roi de France en n’exigeant pas de lui la cession de la Bourgogne, dans les lettres du 12 et du 20 août et dans celle du 8 septembre. — Archives impériales et royales de Vienne.