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Roland à Roncevaux

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Clarendon Press (p. 1-24).
THE ROMANES LECTURE
1921




OXFORD UNIVERSITY PRESS
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HUMPHREY MILFORD
PUBLISHER TO THE UNIVERSITY
THE ROMANES LECTURE
1921



Roland à Roncevaux


BY


JOSEPH BÉDIER
de l’académie française
professeur au collège de france


DELIVERED
IN THE SHELDONIAN THEATRE
4 JUNE, 1921




OXFORD
AT THE CLARENDON PRESS
1921



ROLAND À RONCEVAUX


Cultivant la science, nous ne sommes pas, nous Français, de ceux qui disent « notre science ».[1] Et vous non plus, les savants d’Angleterre, vous n’êtes pas de ceux-là. Mais, pour avoir multiplié entre nous, au cours des siècles, les liens spirituels, nous savons, vous et nous, qu’il est bon et salutaire de nous faire tour à tour, au grand sens où l’entendait Rabelais, prêteurs et emprunteurs. « Tous soient debteurs, disait-il, tous soient presteurs ! Croyez que chose divine est prester ; debvoir est vertu héroïque. »[2] En cet esprit vous m’avez appelé, quoique indigne ; et, comme un pèlerin qui chemine vers une basilique lointaine, lumineuse et chère, je suis venu, non pour donner, mais pour recevoir. En cet esprit, l’humaniste que je suis rend très pieusement hommage, au nom du Collège de France, la maison de Bude, à l’Université d’Oxford, la maison de Bentley. En cet esprit, le médiéviste que je suis vénère cette bibliothèque bodléienne où, tout jeune, jadis, il a travaillé, le sanctuaire des Douce et des Digby. Et le Français que je suis, père de deux soldats de la République et maître de tant de jeunes Français qui dans la grande guerre ont offert ou donné leur vie, salue avec respect les étudiants d’Oxford, tant de jeunes Anglais qui, comme eux, ont offert ou donné leur vie et qui méritent qu’à jamais on redise d’eux ce que M. Lloyd George disait des combattants de Verdun, qu’« ils ont sauvé non seulement la France, mais notre grande cause commune et l’humanité tout entière ».[3]

Pour répondre à l’honneur de votre appel, que peut un érudit vieilli dans l’étude du moyen âge ? Ah ! je me souviendrai que je suis au pays de Richard Cœur de Lion et du Prince Noir, de Chaucer et de Malory, au pays qui entre tous a célébré la chevalerie,

the chivalry
That dares the right, and disregards alike
The yea and nay of the world ;


et, tout inégal que je me sache à mon entreprise, mon sujet du moins ne sera pas indigne de votre audience, si je vous transporte durant cette heure dans la vieille France, aux jours où se développèrent chez elle les formes classiques de la chevalerie. C’est aux alentours de l’an 1100, au moment de la première croisade.

Je ne crois pas qu’il y ait, dans le passé français, une date plus radieuse. Le grand fait d’histoire, à jamais honorable, c’est qu’alors, dans la courte période qui va de l’an 1080 environ à l’an 1130 environ, se dévoilèrent en France, contemporains les uns des autres ou presque, plusieurs grands poètes, un Thibaut de Vernon et la Chanson de saint Alexis, un Aubri de Besançon et le Roman d’Alexandre, un Richard le Pèlerin et la Chanson d’Antioche, un Guillaume IX de Poitiers et l’art des troubadours, et, bientôt après, l’auteur, qui doit tant à M. Paul Studer, du drame d’Adam, et Wace, et Benoît de Sainte-Maure, c’est-à-dire, en ce court laps d’un demi-siècle, les formes principales du roman, la poésie religieuse et la poésie amoureuse, et l’historiographie, et le théâtre, une littérature, en un mot, presque aussi diversement organisée que celle des Latins et des Grecs, à peu près tous les genres littéraires qu’avaient connus les anciens, mais renaissant sous des aspects nouveaux, les aspects chrétiens, et tous ces genres représentés d’emblée par des chefs-d’œuvre. Le grand fait est que, dans le même temps où la fondation des ordres nouveaux, Fontevrault, Cîteaux, Prémontré, témoignait de l’ardeur religieuse de la France, dans le même temps où les maîtres des écoles parisiennes et chartraines, un Roscelin, un Abélard, un Guillaume de Champeaux, l’éveillaient à la haute culture philosophique, elle sut aussi, la France des premières croisades, par-dessus la diversité de ses dialectes et de ses patois, constituer cette belle chose, une langue littéraire, et une littérature nationale assez particulière dès l’origine pour que nous y reconnaissions, qualités et défauts, les traits distinctifs de son génie, assez généralement humaine pourtant pour que les nations cultivées, et l’Angleterre entre toutes, s’en soient éprises et inspirées. Oui, durant cette courte période de cinquante années, « la France capétienne, comme l’Athènes de Périclès, a créé pour tous les peuples », et, pour le faire voir, une seule phrase suffira, si j’y rassemble les éblouissants synchronismes que voici : c’est alors, aux alentours de l’an 1100, qu’apparaissent, comme tumultuairement, la première croisade — et encore le premier arc d’ogive — et encore le premier vitrail — et encore le premier drame liturgique — et encore le premier tournoi — et encore la première charte de liberté d’une commune — et encore le premier chant du premier troubadour : toutes créations inattendues, jaillies à la fois du sol de la France.

J’ajoute : c’est alors qu’apparaît aussi la première chanson de geste. Sous l’influence de l’exaltation religieuse et belliqueuse des croisades, à la faveur des pèlerinages lointains de Rome et de Compostelle, d’humbles traditions locales de nos églises, la légende de Charlemagne à Saint-Denis, de saint Roland à Blaye, de saint Guillaume à Gellone, de saint Ogier à Meaux, de tant d’autres personnages carolingiens en tant d’autres sanctuaires, prennent soudain une valeur neuve. Des jongleurs nomades les racontent, les chantent au son des vielles sur le parvis des églises, sur les champs de foires, aux étapes des pèlerins et des croisés, peu à peu les relient entre elles par le lien réel de leurs itinéraires et par le lien mystique d’une idée : l’idée que Dieu avait jadis choisi Charlemagne et ses Français pour être les champions de ses causes et mener en son nom par les pays une incessante guerre sainte et que la mission qu’il leur avait alors confiée n’avait été que l’ébauche et la préfiguration de la mission que la France des croisades devait à son tour reprendre et accomplir. C’est l’idée de la plus ancienne chanson de geste que nous ayons, la Chanson de Roland, qui groupe autour du vieil empereur, chevalier de Dieu, un peuple de chevaliers de Dieu ; c’est l’idée de tant d’autres romans qui, au XIIe, au XIIIe siècle, exaltent les vertus de loyauté, de désintéressement, de fidélité, qui répètent que « droite justice vaut bonne prière », qui enseignent, comme l’Église, le sacrifice, qui sont fondés, comme la tragédie cornélienne, sur l’honneur, et qui reflètent comme de purs miroirs les sentiments et les passions, l’esprit de l’époque féodale.

Et parce que j’ai choisi, pour y vivre le meilleur de ma vie d’érudit, cette époque, et dans cette époque, pour les étudier de préférence, les chansons de geste, et parmi les chansons de geste, pour lui consacrer le plus de travail, la Chanson de Roland, je crois bien faire de choisir, pour les analyser devant vous, entre tant de scènes complexes de ce complexe poème, celles où resplendit surtout, d’une splendeur d’ailleurs étrange et mystérieuse, la chevalerie de Roland.

J’irai droit à ces scènes-là, car cette heure est brève, et d’ailleurs il suffit de quelques mots pour résumer celles qui les préparent. Au terme de la longue guerre que durant « sept ans tout pleins » il a menée en Espagne, le roi Charlemagne vient de conclure avec le roi sarrasin Marsile une paix qu’il croit durable. Il ramène vers la France ses troupes victorieuses. Pour les garer contre tout retour offensif d’un ennemi soumis de la veille, il doit, quand elles franchiront les Pyrénées, laisser derrière elles, à Roncevaux, une arrière-garde. Roland a réclamé de lui l’honneur de la commander. Qui est Roland ? Un chevalier, son neveu, jeune, beau, fort, qui, dans l’immense armée du vieux roi, semble entre tous proche de son cœur. C’est lui, nous est-il dit, qui « guide les autres » dans les batailles, lui qui conquiert les royaumes, lui qui « chascun jur de mort s’abandonet », et, s’il périssait, Charles perdrait « le bras droit de son corps ». D’où lui vient donc son prestige, sa précellence ? Serait-ce de sa vaillance, de sa pureté ? Mais tous ses compagnons sont, eux aussi, des vaillants et des purs. Serait-ce de sa terrible épée, Durendal ? Mais Durendal est une épée sainte, non pas une épée enchantée ; elle n’est rien que le symbole matériel de la valeur de qui la manie. Serait-ce de sa tendresse pour le roi, son seigneur ? Mais ses compagnons l’aiment du même cœur. Il semble que, dans cette armée de chevaliers unanimes, pareillement dévoués à une même cause, Roland ne fasse que porter à leur paroxysme les vertus des autres, qu’il se distingue des autres seulement par une sorte d’ardeur impérieuse, d’outrance, que ses amis appellent sa prouesse, que ses ennemis appellent son orgueil.

Voici donc qu’à Roncevaux, au pied des Pyrénées, il vient de réclamer l’honneur de rester à l’arrière-garde. Et voici que d’un même élan, Olivier, son compagnon, puis les dix autres pairs, puis Turpin l’archevêque, puis vingt mille Français, la fleur de France, se sont offerts à rester avec lui. Or nous savons que leur troupe sera attaquée par une armée sarrasine plus forte, qu’un traître, Ganelon, a conduite et cachée dans les gorges voisines. Et ce qui fait le pathétique de la situation, c’est que Roland et ses vingt mille volontaires pressentent leur péril, l’ont à demi deviné, et que pourtant des raisons de fierté, d’honneur, qu’il serait trop long d’analyser, mais qui sont justes et invincibles, les ont décidés à s’offrir à la redoutable mission, ont décidé Charlemagne à consentir.

Charlemagne, malgré ses pressentiments, s’est éloigné dans la montagne. Par la route du col de Cise, sa grande armée s’écoule vers la France. Gardant l’entrée de cette route, au pied des Ports, les vingt mille attendent. Les Sarrasins vont attaquer. Le poème ne sera-t-il donc que le récit d’une immense tuerie ? Comme des fauves acculés, ou comme des martyrs dans le cirque, les vingt mille n’auront-ils qu’à subir leur destinée ? Non, ils en sont les maîtres, autant que des personnages cornéliens. Car la route reste libre derrière eux : ils peuvent battre en retraite vers Charlemagne ou le rappeler, s’ils veulent, par un messager ou par la voix du cor.

Que feront-ils ? Roland, maître de rappeler Charlemagne, et invité à le rappeler, refusera mais pour des raisons inattendues, et qui sont bien propres, semble-t-il, à nous surprendre et à nous choquer, puisqu’elles semblent absurdes à Olivier, son plus cher compagnon, son double. Écoutons-les tous deux :

Mille trompettes sarrasines sonnent.[4] Le bruit est grand, les Français l’entendirent. Olivier dit : « Sire compagnon, il se peut que nous ayons affaire aux Sarrasins. » Roland répond : « Ah ! que Dieu nous l’octroie ! Nous devons tenir ici, pour notre roi. Pour son seigneur, on doit souffrir toute détresse, et endurer les grands chauds et les grands froids, et perdre du cuir et du poil. Que chacun veille à y employer de grands coups, afin qu’on ne chante pas de nous une mauvaise chanson ! Le tort est aux païens, aux chrétiens le droit. Jamais mauvais exemple ne viendra de moi… »

Olivier est monté sur une hauteur.[5] Il voit à plein la terre d’Espagne et les Sarrasins, qui sont assemblés en si grande masse. Les heaumes aux gemmes serties d’or brillent, et les écus, et les hauberts safrés, et les épieux et les gonfanons fixés aux fers. Il ne peut dénombrer même les corps de bataille : ils sont tant qu’il n’en sait pas le compte. Au-dedans de lui-même il est grandement troublé. Le plus vite qu’il peut, il dévale de la hauteur, vient aux Français, leur raconte tout.

Olivier dit : « J’ai vu les païens. Jamais homme sur terre n’en vit plus. Devant nous ils sont bien cent mille, l’écu au bras, le heaume lacé, le blanc haubert revêtu ; et, la hampe droite, luisent leurs épieux bruns. Vous aurez une bataille, telle qu’il n’en fut jamais. Seigneurs Français, que Dieu vous donne sa force ! Tenez fermement, pour que nous ne soyons pas vaincus ! ». Les Français disent : « Honni soit qui s’enfuit ! Au risque de mourir, pas un ne vous manquera. »

Olivier dit : « Les païens sont très forts ; et nos Français, ce me semble, sont bien peu. Roland, mon compagnon, ah ! sonnez votre cor. Charles l’entendra, et l’armée reviendra. » Roland répond : « Ce serait faire comme un fou. En Douce France j’y perdrais mon renom. Sur l’heure je frapperai de Durendal de grands coups. Sa lame saignera jusqu’à l’or de la garde. Les félons païens sont venus aux Ports pour leur malheur. Je vous le jure, tous sont marqués pour la mort. »

« Roland, mon compagnon, sonnez l’olifant ! Charles l’entendra, ramènera l’armée ; il nous secourra avec tous ses barons. » Roland répond : « Ne plaise à Dieu que pour moi mes parents soient blâmés et que Douce France tombe dans le mépris ! Je frapperai de Durendal à force, ma bonne épée que j’ai ceinte au côté. Vous en verrez la lame tout ensanglantée. Les félons païens se sont assemblés pour leur malheur. Je vous le jure, ils sont tous condamnés à la mort. »

« Roland, mon compagnon, sonnez votre olifant ! Charles l’entendra, qui est au passage des Ports. Je vous le jure, les Français reviendront. — Ne plaise à Dieu », lui répond Roland, « qu’il soit jamais dit par nul homme vivant que pour des païens j’aie sonné mon cor. Jamais mes parents n’en auront le reproche. Quand je serai en la grande bataille, je frapperai mille coups et sept cents, et vous verrez l’acier de Durendal sanglant. Les Français sont hardis et frapperont vaillamment ; ceux d’Espagne n’échapperont pas à la mort. »

Olivier dit : « Pourquoi vous blâmerait-on ? J’ai vu les Sarrasins d’Espagne : les vaux et les monts en sont couverts, et les landes et toutes les plaines. Grandes sont les armées de cette gent maudite et bien petite notre troupe ! » Roland répond : « Mon ardeur s’en accroît. Ne plaise à Dieu ni à ses anges qu’à cause de moi France perde de son prix ! J’aime mieux mourir que choir dans la honte ! Mieux nous frappons, mieux l’empereur nous aime. »

Roland est preux et Olivier est sage. Tous deux sont de courage merveilleux. Une fois qu’ils sont à cheval et en armes, jamais par peur de la mort ils n’esquiveront une bataille. Les deux comtes sont bons et leurs paroles hautes.

L’étrange conflit ! Lequel des deux a raison ? Olivier, semble-t-il bien. Car en quel temps, en quel pays, quel capitaine, surpris par un ennemi trop nombreux, a jamais hésité à appeler du renfort ? « Pourquoi vous blâmerait-on ? je ne sais pas, » a dit Olivier, justement. Faut-il croire que la soif du martyre, une fièvre d’ascétisme mystique possède Roland ? Non pas ; il tient à la vie, et à sa fiancée lointaine. Espère-t-il de Dieu un miracle ? Pas davantage, et, s’il pense comme Jeanne : « Œuvrez et Dieu œuvrera, » toujours est-il que pas une fois, tant que dureront ses combats, il ne priera. Il n’a d’autres raisons de rebuter Olivier que celles-là même qu’il vient de dire, et, s’il n’en a pas d’autres, n’apparaît-il pas qu’il va sacrifier ses vingt mille compagnons à un point d’honneur de pure magnificence, et qu’il sera vingt mille fois leur assassin ? C’est qu’il est « preux », dit le poète. Qu’est-ce donc que prouesse ? et ne serait-ce qu’orgueil ? que folie ?

Pourtant, et par contre, on sent bien qu’Olivier « le sage », puisqu’il est homme de cœur, doit convenir avec Roland d’un principe au moins : en tout temps, en tout pays, une troupe se déshonore si elle appelle du renfort sans nécessité. Tout bien pesé, le différend du preux et du sage se réduit donc à répondre l’un oui, l’autre non, à cette question : « Pouvons-nous remplir, à nous seuls, notre mission ? Pouvons-nous, sans crier à l’aide, remporter la victoire ? »

Or, vous l’avez entendu : c’est la victoire que par trois fois Roland a prédite et promise. Qu’il commence donc la bataille : c’est son devoir certain. Mais, à tout instant, il peut se dédire : et, s’il n’est pas un aliéné, l’instant viendra, que nous guettons, où il se dédira ... ou bien, c’est qu’il sera vainqueur.

Le poète divise la journée de Roncevaux en trois batailles, très diversement belles.

La première est tout ardeur et toute joie. L’archevêque Turpin promet aux vingt mille la gloire céleste, s’ils meurent, mais Roland leur promet autre chose, le triomphe terrestre ; il repousse comme une pensée de couard l’idée qu’il pourrait être défait :

1107Mal seit del coer ki el piz se cuardet !
Nus remeindrum en estal en la place :
Par nos i ert e li colps e li caples !

Il promet à ses Français la ruine de l’ennemi, les dépouilles sarrasines, un butin « bel et gent » :

1168Nuls reis de France n’out unkes si vaillant.

Et telle est, en effet, la vertu du cri d’armes : « Montjoie ! », et telle la fougue des chevaliers, et telle la gaîté de la lutte sous le soleil clair, que bientôt Roland semble avoir prédit juste. Les vingt mille ne pensent plus qu’au riche butin escompté, tous, jusqu’au sage Olivier lui-même, qui s’écrie :

1233Ferez i, Francs, kar très ben les veintrum…
1274Dist Oliver : « Gente est notre bataille ! »

Cette bataille est gagnée, en effet. Hélas ! Une seconde armée sarrasine entre en lice. Les exploits des épées fières, Durendal, Hauteclere, Almice, se multiplient. Vainement. Cette fois, les Français meurent « par milliers, par troupeaux… » À mesure qu’ils tombent, Charlemagne s’éloigne et notre espoir décroît que, si même on le rappelle, il puisse désormais revenir à temps. N’est-il pas trop tard déjà ? Certes, trop tard, et, pour que nous le sachions bien, le poète, jouant le franc jeu, décrit les signes funestes qui, loin du champ de carnage, là-bas en France, présagent le désastre :

« La bataille est merveilleuse et pesante…[6] Les Français y perdent leurs meilleurs soutiens. Ils ne reverront plus leurs pères ni leurs parents, ni Charlemagne qui les attend aux Ports. En France, s’élève une tourmente étrange, un orage chargé de tonnerre et de vent, de pluie et de grêle, démesurément. La foudre tombe à coups serrés et pressés, la terre tremble. De Saint-Michel-du-Péril jusqu’aux Saints, de Besançon jusqu’au port de Wissant, il n’y a maison dont un mur ne crève. En plein midi il y a de grandes ténèbres : aucune clarté, sauf quand le ciel se fend. Nul ne le voit qui ne s’épouvante. Plusieurs disent : "C’est la consommation des temps, la fin du monde que voici venue". Ils ne savent pas, ils ne disent pas vrai : c’est la grande douleur pour la mort de Roland. »

Mais eux, les combattants, qui ne voient pas ces présages, en seraient-ils encore à espérer leur salut ? Il n’en est rien. Olivier désormais s’enferme dans un mutisme hautain. Turpin, pour la seconde fois, harangue les chevaliers : mais c’est pour leur annoncer (v. 1520) que pas un d’eux ne survivra. Il n’est plus question pour eux de vaincre, mais seulement de bien mourir. Et Roland ? Lui qui peut encore sauver les restes de cette noble troupe, est-il entendu qu’il ne veut pas ? Serait-il seul à ne pas voir ? Non : lui aussi, il voit, il sait. Cherchez, en effet, dans le récit de cette seconde bataille, son propos favori de naguère, qu’il était sûr de vaincre, vous le chercherez en vain. Pourtant, il parle plusieurs fois dans la mêlée, et c’est pour rappeler les mêmes arguments qu’il employait tout à l’heure.

1466« Male chançun n’en deit estre cantee… »
1560« Pur itels colps nos ad Charles plus cher. »

Il les répète tous, hormis le seul qui, au début, les justifiait, la promesse de la victoire.

C’en est donc fait. Il a descendu la pente terrible. De sa foi en son invincibilité, de la surestime de soi-même, il a passé peu à peu à l’inquiétude, à l’angoisse ; à son tour, il voit la défaite certaine : et c’est quand le roi Marsile lance une troisième armée pour achever ceux que Dieu a épargnés. À cet instant, quand s’engage la troisième bataille, combien sont-ils qui survivent ? Soixante seulement. Roland, nous le savons, n’a plus qu’à les regarder mourir, comme il a regardé les autres. Par insensibilité ? par démence ? On ne sait. Pourtant comme nous n’avons plus rien à espérer, croyons-nous, sinon l’achèvement, aussi rapide que possible, de l’affreux holocauste, voici que Roland s’approche d’Olivier, cherchant à dire une chose qu’il ne sait comment dire : « Nous avons bien sujet de plaindre douce France, la belle…. Pourquoi le roi Charles n’est-il pas ici ? ... » Olivier le laisse parler, feint de ne pas comprendre… « Comment pourrions-nous faire ? » reprend Roland. À cet instant où il laisse enfin voir qu’il souffre, et comme il trébuche, lui aussi, sous le faix de sa croix, pitié nous prend de lui… Si je rappelais Charlemagne ? » demande-t-il humblement, follement. Mais il lui reste à toucher le fond de sa détresse, et c’est quand Olivier, son compagnon, son frère, reprend à son compte, ironique, méprisant, les arguments dont Roland lui-même se prévalait tout à l’heure et les retourne contre le malheureux :

« "Ah !" dit Roland,[7] "roi, ami, que n’êtes-vous ici ? Olivier, frère, comment pourrons-nous faire ? Comment lui mander la nouvelle ?" — Olivier dit : "Comment ? Je ne sais pas. Un récit honteux pourrait courir sur nous, j’aime mieux mourir."

« Roland dit : "Je sonnerai l’olifant. Charles l’entendra, qui passe les Ports. Je vous le jure, les Francs reviendront." Olivier dit : "Ce serait grand déshonneur et pour tous vos parents un opprobre, et cette honte serait sur eux toute leur vie. Quand je vous le demandais, vous n’en fîtes rien. Faites-le maintenant : ce ne sera plus par mon conseil. Sonner votre cor, ce ne serait pas d’un vaillant. Comme vos deux bras sont sanglants !" Le comte répond : "J’ai frappé de beaux coups."

« Roland dit : "Notre bataille est rude. Je sonnerai mon cor, le roi Charles l’entendra." Olivier dit : "Ce ne serait pas d’un preux. Quand je vous disais de le faire, compagnon, vous n’avez pas daigné. Si le roi avait été avec nous, nous n’eussions rien souffert. Ceux qui gisent là ne méritent aucun blâme. Par cette mienne barbe, si je puis revoir ma gente sœur Aude, vous ne coucherez jamais entre ses bras."

« Roland dit : "Pourquoi de la colère contre moi ?" Et il répond : "Compagnon, c’est votre faute ; car vaillance sensée et folie sont deux choses, et mesure vaut mieux qu’outrecuidance. Si nos Français sont morts, c’est par votre légèreté. Jamais plus nous ne ferons le service de Charles. Si vous m’aviez cru, mon seigneur serait revenu ; cette bataille, nous l’aurions gagnée ; le roi Marsile aurait été tué ou pris. Votre prouesse, Roland, c’est à la malheure que nous l’avons vue. Charles, le Grand — jamais il n’y aura un tel homme jusqu’au dernier jugement — ne recevra plus notre aide. Vous allez mourir et France en sera honnie. Aujourd’hui prend fin notre loyal compagnonnage. Avant ce soir nous nous séparerons, et ce sera dur." »

Olivier a soulagé sa rancune. Roland, que fera-t-il ? À ces reproches si violents, et si tendres, et qui lui viennent de son plus cher compagnon, que répondra-t-il ? Va-t-il réfuter Olivier ? ou, s’il ressent du remords, va-t-il confesser enfin ce remords ? Il se tait, et je ne sais rien de plus beau que ce silence. Il se tait, mais l’archevêque Turpin a entendu la querelle des deux amis ; et, poussant son cheval vers eux : « Hélas ! » leur dit-il, « elle n’a plus d’objet. Pourtant, sire Roland, oui, sonnez l’olifant, afin que du moins le roi revienne et nous venge et que nos corps ne soient pas mangés des loups, des sangliers et des chiens. » Roland répond : « Seigneur, vous avez bien dit. »

« Roland[8] a mis l’olifant à ses lèvres. Il l’embouche bien, sonne à pleine force. Hauts sont les monts et longue la voix du cor : à trente lieues on l’entend qui se prolonge. Charles l’entend et l’entendent tous ses corps de troupe. Le roi dit : "Nos hommes livrent bataille." Et Ganelon lui répond à l’encontre : "Qu’un autre l’eût dit, certes on y verrait un grand mensonge !"

« Le comte Roland, à grand effort, à grand ahan, très douloureusement sonne son olifant. Par sa bouche le sang jaillit clair. Sa tempe se rompt. La voix de son cor se répand au loin. Charles l’entend, au passage des Ports. Le duc Naime écoute, les Francs écoutent… "Le comte Roland a la bouche sanglante. Sa tempe s’est rompue. Il sonne douloureusement, à grand’peine…" »

Sa souffrance le justifie. Essayant d’interpréter cette scène, jadis, dans mes Légendes épiques,[9] j’avais écrit ceci : « Pour tous ceux d’ailleurs qui aux siècles lointains ont entendu chanter la Chanson de Roland, pour tous ses lecteurs modernes, plus ou moins obscurément, la justification de Roland a commencé plus tôt, s’il est vrai que c’est la vaillance et la mort de ses compagnons qui le justifie progressivement, et qu’à mesure qu’il en mourait davantage, nous avons souhaité davantage que Roland n’appelât point. Les vingt mille ont combattu, sont morts sans jamais dire s’ils étaient du parti de Roland ou du parti d’Olivier, et peut-être tous ont-ils pensé ainsi qu’Olivier et tous se sont pourtant offerts à la mort comme s’ils pensaient ainsi que Roland. Roland leur devait cette mort, puisqu’ils en étaient dignes… Au début, Roland, étant Roland, étant celui qui s’élève d’emblée, non à la conception, mais à la passion de son devoir, ne pouvait pas appeler ; plus tard, à mesure qu’il élevait ses compagnons aussi haut que lui, il ne devait pas appeler. »

Aujourd’hui, pour avoir observé pendant les quatre années de la guerre les choses que j’ai observées, sachant mieux qu’un chef est sans force, qu’une troupe est sans force s’il ne s’établit du chef à la troupe et de la troupe au chef un courant double et continu de pensées et de sentiments bien accordés, je ressens l’insuffisance de cette analyse et combien il était faux de dire que Roland élève progressivement ses compagnons jusqu’à lui. Il faut bien sentir au contraire qu’ils sont dignes de lui, et Olivier tout le premier, dès le début de la bataille, et que cette équivalence morale remonte à des jours et à des années en arrière. Comme Roland, depuis des jours et des années, ils sont ceux qui aspirent au parfait. Ses victoires passées furent leurs victoires ; son « orgueil » est fait de leur orgueil, sa « folie » est leur folie. Il ne s’est jamais distingué d’eux en rien, sinon par le don, qui est son propre, de discerner avant eux, par une intuition plus immédiate, par une illumination plus claire, ce qu’ils veulent. À son insu, à leur insu, il incarne leur volonté profonde. À Roncevaux, son privilège de chef, de héros, de saint, est seulement de voir au delà, d’apercevoir d’emblée l’œuvre comme nécessairement accomplie, la victoire comme nécessairement remportée.

La victoire, qu’il avait prédite à une heure où sa prédiction semblait d’un fou, et dont lui-même a fini par désespérer, puisqu’il sonne du cor en sa détresse, absurdement, quand il est trop tard, la victoire, il l’atteint au moment même où il en désespère. Il l’atteint, puisque le roi sarrasin s’enfuit, le poing coupé, puisque bientôt les dernières troupes sarrasines s’enfuiront. La victoire, les deux derniers survivants de ses compagnons, Olivier et Turpin, auront le temps de l’entrevoir :

2183Cist camp est vostre, mercit Deu, e mien,

lui dira Turpin, avant de succomber. Et lui-même, qui va mourir à son tour sur ce champ qui est sien, il contemplera la victoire, il jouira d’elle délicieusement au milieu des affres de sa passion de martyr :

« Roland sent que sa mort est prochaine.[10] Par les oreilles sa cervelle se répand. Il prie Dieu pour ses pairs, afin qu’il les appelle ; puis, pour lui-même, il prie l’ange Gabriel. Il prend l’olifant, pour que personne ne lui fasse reproche, et Durendal, son épée, en l’autre main. Un peu plus loin qu’une portée d’arbalète, vers l’Espagne, il va, dans un guéret. Il monte sur un tertre. Là, sous un bel arbre, il y a quatre perrons, faits de marbre. Sur l’herbe verte, il est tombé à la renverse. Il se pâme, car sa mort approche.

« Hauts sont les monts, hauts sont les arbres. Il y a là quatre perrons, faits de marbre, qui luisent. Sur l’herbe verte, le comte Roland se pâme. Or un Sarrasin le guette, qui a contrefait le mort et gît parmi les autres, ayant souillé son corps et son visage de sang. Il se redresse debout, accourt. Il était beau et fort, et de grande vaillance ; en son orgueil il fait la folie dont il mourra : il se saisit de Roland, de son corps et de ses armes, et dit une parole : "Il est vaincu, le neveu de Charles ! Cette épée, je l’emporterai en Arabie !" Comme il tirait, le comte reprit un peu ses sens.

« Roland sent qu’il lui prend son épée. Il ouvre les yeux, et lui dit un mot : "Tu n’es pas des nôtres, que je sache !" Il tenait l’olifant, qu’il n’a pas voulu perdre. Il l’en frappe sur son heaume gemmé, paré d’or ; il brise l’acier, et le crâne, et les os, lui fait jaillir du chef les deux yeux et, devant ses pieds, le renverse mort. Après il lui dit : "Païen, fils de serf, comment fus-tu si osé que de te saisir de moi, soit à droit, soit à tort ? Nul ne l’entendra dire qui ne te tienne pour un fou ! Voilà fendu le pavillon de mon olifant ; l’or en est tombé, et le cristal. »

« Roland sent que sa vue se perd. Il se met sur pieds, tant qu’il peut s’évertue. Son visage a perdu sa couleur. Devant lui est une pierre bise. Il y frappe dix coups, plein de deuil et de rancœur. L’acier grince, il ne se brise ni ne s’ébrèche. "Ah ! dit le comte, sainte Marie, à mon aide ! Ah ! Durendal, bonne Durendal, c’est pitié de vous ! Puisque je meurs, je n’ai plus cure de vous. Par vous j’ai gagné en rase campagne tant de batailles, et par vous dompté tant de larges terres, que Charles tient, qui a la barbe chenue ! Ne venez jamais aux mains d’un homme qui puisse fuir devant un autre ! Un bon vassal vous a longtemps tenue : il n’y aura jamais votre pareille en France la Sainte."

« Roland frappe au perron de sardoine : l’acier grince, il n’éclate pas, il ne s’ébrèche pas. Quand il voit qu’il ne peut la briser, il commence en lui-même à la plaindre : "Ah ! Durendal, comme tu es belle, et claire, et blanche ! Contre le soleil comme tu luis et flambes ! Charles était aux vaux de Maurienne quand du ciel Dieu lui manda par son ange qu’il te donnât à l’un de ses comtes capitaines : alors il m’en ceignit, le gentil roi, le Magne. Par elle, je lui conquis l’Anjou et la Bretagne, par elle je lui conquis le Poitou et le Maine. Je lui conquis Normandie la franche, et par elle je lui conquis la Provence et l’Aquitaine, et la Lombardie et toute la Romagne. Je lui conquis la Bavière et toutes les Flandres, la Bourgogne et la Pologne entière, Constantinople, dont il avait reçu l’hommage, et la Saxe, où il fait ce qu’il veut. Par elle je lui conquis l’Écosse… et l’Angleterre, sa chambre, comme il l’appelait. Par elle je conquis tant et tant de contrées, que Charles tient, qui a la barbe blanche. Pour cette épée j’ai douleur et peine. Plutôt mourir que la laisser aux païens ! Dieu, notre père, ne souffrez pas que France ait cette honte !"

« Roland frappa contre une pierre bise. Il en abat plus que je ne vous sais dire. L’épée grince, elle n’éclate ni ne se rompt. Vers le ciel elle rebondit. Quand le comte voit qu’il ne la brisera point, il la plaint en lui-même très doucement : "Ah ! Durendal, que tu es belle et sainte ! Ton pommeau d’or est plein de reliques : une dent de saint Pierre, du sang de saint Basile, et des cheveux de monseigneur saint Denis, et du vêtement de sainte Marie. Il n’est pas juste que des païens te possèdent : des chrétiens doivent faire votre service. Puissiez-vous ne jamais tomber aux mains d’un couard ! Par vous j’aurai conquis tant de larges terres, que tient Charles, qui a la barbe fleurie ! L’empereur en est puissant et riche."

« Roland sent que la mort le prend tout : de sa tête elle descend vers son cœur. Jusque sous un pin il va courant ; il s’est couché sur l’herbe verte, face contre terre. Sous lui il met son épée et l’olifant. Il a tourné sa tête du côté de la gent païenne : il a fait ainsi, voulant que Charles dise, et tous les siens, qu’il est mort en vainqueur, le gentil comte. À faibles coups et souvent, il bat sa coulpe. Pour ses péchés il tend vers Dieu son gant.

« Roland sent que son temps est fini. Il est couché sur un tertre escarpé, le visage tourné vers l’Espagne. De l’une de ses mains il frappe sa poitrine : "Dieu, par ta grâce, mea culpa, pour mes péchés, les grands et les menus, que j’ai faits depuis l’heure où je naquis jusqu’à ce jour où me voici abattu." Il a tendu vers Dieu son gant droit. Les anges du ciel descendent à lui.

« Le comte Roland est couché sous un pin. Vers l’Espagne il a tourné son visage. De maintes choses il lui vient souvenance : de tant de terres qu’il a conquises, le vaillant, de Douce France, des hommes de son lignage, de Charlemagne, son seigneur, qui l’a nourri. Il en pleure et soupire, il ne peut s’en empêcher. Mais il ne veut pas se mettre lui-même en oubli ; il bat sa coulpe et demande à Dieu merci : "Vrai Père, qui jamais ne mentis, toi qui rappelas saint Lazare d’entre les morts, qui sauvas Daniel des lions, sauve mon âme de tous périls, pour les péchés que j’ai faits dans ma vie !". Il a offert à Dieu son gant droit : saint Gabriel l’a pris de sa main. Sur son bras il a laissé retomber sa tête : il est allé, les mains jointes, à sa fin. Dieu lui envoie son ange Chérubin et saint Michel du Péril ; avec eux y vient saint Gabriel. Ils portent l’âme du comte en paradis.

« Roland est mort : Dieu a son âme dans les cieux. »

Le roi Charles est revenu à Roncevaux. Il voit le champ de gloire tout couvert de morts, bientôt fleuri des fleurs sacrées « ki sunt vermeilles del sanc de noz barons ».[11] Va-t-il prononcer contre Roland le terrible Vare, redde legiones ? Non, mais il loue le victorieux, et tous ses compagnons avec lui, et les vénère.

1093Rollant est proz e Oliver est sage ;
Ambedui unt meveillus vasselage...
Bon sunt li cunte e lur paroles haltes.

Entre le « preux » et le « sage », faut-il choisir ? Rappelons-nous plutôt cette parole de Pascal : « Dieu a voulu que les vérités entrent du cœur dans l’esprit et non pas de l’esprit dans le cœur.... Et de là vient qu’au lieu qu’en parlant des choses humaines on dit qu’il faut les connaître avant que de les aimer, les saints au contraire disent, en parlant des choses divines, qu’il faut les aimer pour les connaître et qu’on n’entre dans la vérité que par la charité. » Apprendre à aimer son propre sacrifice, n’est-ce pas une de ces choses divines ? Et quelle doit être la juste limite de cet amour ? Ceux-là le savent qui, dans la dernière guerre — la dernière des guerres — se sont offerts, les uns selon l’esprit du grand vers de Corneille :

« Faites votre devoir et laissez faire aux dieux, »


les autres, selon l’esprit du grand vers de Pope :

« Act well your part, there all the honour lies. »
PRINTED IN ENGLAND
AT THE OXFORD UNIVERSITY PRESS
  1. Voir E. Renan, Lettre à un ami d’Allemagne, 1879.
  2. Rabelais, Pantagruel, chapitre V.
  3. Discours prononcé dans la citadelle de Verdun.
  4. Vers 1004-1016.
  5. Vers 1028-1097.
  6. Vers 1412-1420-1437.
  7. Vers 1697-1736.
  8. Vers 1753 et suivants.
  9. Tome III, page 439.
  10. Vers 2259-2397.
  11. Vers 2872.