Romans à lire et romans à proscrire/4

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II

Romans à proscrire

EN VERTU DE LA MORALE CHRÉTIENNE




Sunt bona, sunt quædam mediocria, sunt mala plura…
Martial.

Nous rangeons dans cette catégorie tous les romanciers qui se sont érigés en peintres ou en apologistes du mal et de l’erreur, et dont les ouvrages, parce qu’ils distillent le doute, l’impiété ou le libertinage, sont, sinon condamnés par la loi générale de l’« Index », au moins interdits à un grand nombre de lecteurs par la loi naturelle et la morale chrétienne.

Tous ces écrivains atteignent le même but et donnent à leurs romans le même caractère ; ils pratiquent le « corrumpi et corrumpere » de Tacite, ils corrompent l’esprit, les mœurs ou la foi.

Cependant, ils plongent plus ou moins dans cette corruption littéraire et recourent à des procédés fort divers.

Les uns étalent le vice dans toute sa brutalité : ils empruntent leurs sujets aux cabarets, aux bagnes, aux lavoirs, aux mauvais lieux ; ils montrent leurs personnages affligés des difformités physiques et morales les plus hideuses ; et ces êtres exceptionnels, détraqués, hystériques, impulsifs, ils les font agir conformément aux instincts les plus pervers. Tels sont les romanciers naturalistes, passionnels, scatologiques, physiologiques, pornographiques, etc. : Paul Adam, Ajalbert, Alexis, d’Annunzio, Roger de Beauvoir, Belot, l’auteur d’« Amitié Amoureuse », Bonnetain, les Bouvier, Case, Champsaur, Chavette, Cim, Corday, Cladel, Corrard, Denoinville, Delvau, Descaves, Dubut de la Forest, Ducray-Duminil, Foudras, Ginisty, les Concourt, de Gourmont, Harte, Hennique, Hepp, de Kock, Landay, Lemonnier, Jean Lorrain, Louys, de Lys, Malot, Matthey, Méténier, Mirbeau, Montégut, Monteil, Nau, Reschal, Rosny, Ryner, Sylvestre, Taxil, Téramond, Tinayre, Uchard, etc.

Les autres tendent à corrompre les mœurs par la magie du style, et l’art extrême avec lequel ils savent présenter leurs tableaux et leurs thèses. Ils jettent sur le vice des fleurs et des gazes provocantes ; ils choisissent leurs héros et leurs héroïnes dans les ruelles « fin de siècle », dans les ateliers féminins, les salons et les boudoirs mondains, les villes d’eaux, les lieux de plaisirs du « high-life » ; et dans des contes à la Boccace, des variétés, des romans parfumés et illustrés, ils font parler au vice un langage tellement « abscons », qu’il n’est accessible qu’à certains initiés. Tels sont les auteurs de galanteries voluptueuses, passionnées, raffinées : Bergerat, Boylesve, Chavignaud, de Gastine, Loti, Gautier, Hermant, Houssaye, Junka, de Lano, Lavedan, Maizeroy, Margueritte, Marni, Maupassant, Mendès, Musset, Prévost, de Régnier, Renard, Tinayre, Vaudère, Vivien, Willy, Wolff, etc. — « Oh ! les livres immoraux bien écrits, déclare Mgr Gibier, quel immense danger pour la jeunesse, pour les femmes, hélas ! et pour beaucoup d’hommes ! Mieux vaut Zola dans son purin, que tant d’autres écrivains fardés et pommadés, grimaçant et minaudant, romanesques et psychologues, qui démolissent toutes les pudeurs, avec des air des vestales, et qui outragent la morale avec une phrase décente et chaste. La séduction de la phrase est plus dangereuse que le cynisme des peintures, car tandis que le lecteur séduit n’est pas loin de croire qu’il ne goûte qu’un plaisir permis, délicat et distingué, il savoure en réalité, un plaisir honteux et abominable. »

Ces écrivains pervers ne se contentent pas de peindre le péché, sous les couleurs les plus hideuses ou les plus attrayantes ; ils s’appliquent encore à le justifier et c’est ce qui met le comble au scandale. Non seulement ils fascinent les sens et gâtent le cœur, ils pervertissent aussi les idées.

Pour garantir leurs lecteurs contre le remords intime et leurs œuvres contre le mépris public, ils prêchent, en s’inspirant de Rousseau, de Kant et de Goethe, le droit de l’homme et de la femme au bonheur, ils proclament avec Voltaire (Épitre à Mme de G… 1716) que

Le plaisir est l’objet, le devoir et le but
De tous les êtres raisonnables.

Ils justifient les convoitises de la nature ; ils insinuent clairement que le mariage est un mal, le divorce un droit, l’adultère une nécessité ; ils proclament que l’amour voluptueux est une chaste ardeur, ses manifestations un entraînement pardonnable, un péché mignon ou un cas pathologique ; ils prêchent que les lois de la chasteté ne sont pas plus obligatoires que celles du mariage, que la fidélité conjugale est une absurdité et une impossibilité. Ils tournent en ridicule l’honnête femme et réhabilitent la courtisane, ils mettent sur la même ligne les enfants légitimes et les enfants de la débauche. En un mot, ils appellent bien ce qui est mal et mal ce qui est bien, ils exaltent le vice et flétrissent le devoir, ils renversent les notions les plus élémentaires de la morale évangélique et du droit naturel, ils corrompent les mœurs en faussant les idées… Tels sont, en particulier, les partisan^ plus ou moins avoués du divorce : Berthold, Capus, Margueritte, Meredith, Ouida, Pert, etc., etc.

« La débauche serait une chose belle, si elle n’était un mensonge, a dit Flaubert (Correspondance, Tome II, page 296), et il est bon, sinon de la pratiquer, du moins de la rêver. » C’est cette affreuse maxime, véritable cri de la bête humaine, aussi contraire au droit naturel qu’à la doctrine de l’Évangile, qui semble tenir lieu de loi aux romanciers dont nous nous occupons.

Ils font plus. Mettant en pratique le conseil de Voltaire, ils mentent ; ils falsifient les vérités fondamentales de la philosophie, de l’histoire et de la religion.

Tels sont, par exemple, les voltairiens, les rationalistes obstinés, les déistes, les anticléricaux avérés, les pessimistes, les nihilistes, les railleurs, etc. : About, Charpentier, Flammarion, Anatole France, Loti, Mérimée, Meunier, Mirbeau, Péladan, Richépin, Rod, Thiaudière, Tolstoï, Vigny ; les païens lettrés : Mme Adam, Banville, Judith Gautier, Harry, Houssaye, Louys ; etc. ; les socialistes et les révolutionnaires : Paul Adam, d’Agoult, Brucker, Champseix, L. Michel, Pouchkhine, Tolstoï.

Combien de romans qui, à travers d’habiles et séduisantes fictions, expliquent, par les seules forces de la nature, les mystères de la création, nient notre origine divine et nos immortelles destinées !

Combien de romans qui, bâtis sur des données historiques plus ou moins controuvées, réhabilitent les incrédules, les hérétiques célèbres, les persécuteurs, raillent les héros et le rôle de l’Église.

Combien de romans qui attribuent à la religion des dogmes qu’elle n’a jamais prêchés, des crimes qu’elle n’a jamais commis, des ambitions et des scélératesses dont elle ne s’est jamais rendue coupable ! Combien de romans sceptiques et rationalistes surtout, qui remettent en question et considèrent comme des problèmes, les décisions de l’Église les plus indiscutables et même les enseignements les plus autorisés de l’Évangile !

À vrai dire, il semble que le blasphème impudent ou plutôt le scepticisme absolu et les erreurs religieuses soient plus répandus dans la littérature contemporaine que le vice et l’immoralité.

Et c’est ce qui la rend particulièrement pernicieuse. Sans doute, les ruines du cœur et les affaissements de la volonté, produits par la lecture de livres obscènes sont des choses lamentables ; mais les ruines de l’esprit sent plus lamentables encore, parce qu’elles sont plus précipitées, plus profondes, plus universelles et plus irréparables.

Les romans exclusivement immoraux attaquent la vertu et tendent à pervertir les mœurs ; mais ils ne pervertissent pas nécessairement les idées, ils laissent au lecteur enfin dégoûté et lassé, la possibilité de revenir au bien et de réparer les défaillances passagères auxquelles il s’est abandonné.

Les romans qui distillent plus ou moins abondamment l’erreur, tarissent la vie morale dans sa source. et ils agissent avec une pénétration, une facilité et une efficacité qui ne laissent presque plus d’espoir de restauration. Nous sommes ainsi faits, dit Mgr Gibier à qui nous empruntons plusieurs de ces sages réflexions, que la négation nous ébranle et que l’objection nous impressionne. Notre esprit est d’une sensibilité, d’une délicatesse extrême, et quand le doute l’a blessé, la plaie est lente à se refermer, quelquefois inguérissable. L’expérience même démontre que les personnes du monde, habituellement trop peu pourvues d’instruction et de convictions philosophiques ou religieuses, sont, sans s’en rendre bien compte elles-mêmes, plus sensibles à des lectures irréligieuses, rationalistes ou voltairiennes qu’à des lectures obscènes. Un chrétien ou une chrétienne qui auront lu des romans frivoles et immoraux, reviendront assez facilement et intégralement à des habitudes plus sérieuses et plus conformes à la vertu ; mais s’ils se sont adonnés à des lectures impies, la ruine morale est complète : il semble que les fondations mêmes de l’édifice ont été arrachées, ou, pour rappeler un mot du poète incrédule, il semble que

La mer y passerait sans laver la souillure :
Car l’abîme est immense et la tache est au fond.

Et ce sont ces écrivains qui, aux yeux de ceux qui les lisent ou qui les vantent, ont seuls qualité pour régner dans le domaine des lettres et gouverner le monde des âmes.

Certes, nous ne nions pas leur talent : la plupart en ont été richement dotés par la Providence. La poésie, l’éloquence, le sens le plus délié de l’observation, l’analyse des sentiments, le prestige du style, l’art de là mise en scène, la psychologie la plus pénétrante, quand ils ne les égarent pas dans le faux, l’invraisemblable et l’outré, leur ont inspiré des pages qui seraient l’honneur de la littérature française, si elles n’étaient trop souvent gâtées par le voisinage de scènes luxurieuses.

Malheureusement, ils ont profané tous les dons de leur esprit par leur libertinage et ne s’en sont servis que pour mieux séduire leur public.

C’est par millions que depuis 50 ans, ces livres ont été répandus dans les masses, et jusque chez les peuplesles plus lointains. Chaque auteur a trouvé sa veine, et chaque catégorie de lecteurs a choisi, dans cette immense pléiade, l’écrivain qui répondait le mieux à ses goûts littéraires ou plutôt à ses caprices libertins et intellectuels.

Les étudiants, les gens du peuple, les bourgeois oisifs, les blasés du plaisir, les petites apprenties, les ouvrières, les employés des deux sexes, les collégiens, les jeunes filles, les habitués des hôtels, des casinos, des salons de lecture et des bibliothèques publiques, les liseurs et les liseuses qui prennent tout ce qui se présente, les uns par curiosité malsaine, les autres par passe-temps, les uns en cachette, les autres sans vergogne, se sont livrés et se livrent encore, impunément et à très bon marché, aux silencieuses orgies de la pensée, avec la foule des malfaiteurs littéraires.

Le succès est d’autant plus facile que des dirigeants de tout ordre accueillent, écoutent, fêtent et glorifient ces auteurs et leurs ouvrages avec un ensemble, une insistance et une sympathie qui en imposent chaque jour davantage. Le monde, qui est, selon Jules Lemaître, cette association élégante et riche pour le plaisir, où fleurissent naturellement la sensualité, la galanterie, la vanité, la curiosité physique et morale, le monde leur accorde droit de cité, comme à des amuseurs, des directeurs et des éléments indispensables de la vie heureuse. Des revues très féminines, des magazines très chics et d’autres revues non moins frivoles, qui se vantent d’avoir 130 mille abonnés, consacrent à ces idoles du jour, outre des illustrations, des notices et des éloges chargés d’hyperboles et de répétitions. Toute une société, formée en bonne partie de catholiques pratiquants, considère comme une nécessité de bon ton de lire tous les romans à la mode, et sous prétexte que l’art purifie tout, qu’il faut bien tout connaître et se tenir au courant, fréquentent les auteurs impies et immoraux avec la même assurance que les bals de famille et les sports mondains.

Nous n'aurons pas la faiblesse d'approuver cette défaillance de la conscience chrétienne, ces erreurs et ces déplorables manies. Nous estimons, au contraire, que les romanciers de notre seconde catégorie, avec la plupart de leurs ouvrages, méritent d'une manière générale, comme ceux de la première, d'être flétris au nom de la morale, d'être « boycottés » impitoyablement et bannis de toutes les familles honnêtes.

C'est un principe qu’il faut fuir le mal, en d’autres termes, qu’il faut éviter tout ce qui est un obstacle au salut de notre âme, tout ce qui nuit en quelque manière à la conservation et au développement normal de notre vie naturelle et surnaturelle.

Or, les romans dont nous nous occupons renferment, soit le mal de l'intelligence, c’est-à-dire des erreurs ; soit le mal de la volonté, c’est-à-dire des immoralités. Ce mal, ils le dépeignent, ils s’y complaisent, ils le rendent séduisant jusqu'à y attacher le lecteur, jusqu'à introduire ordinairement dans son âme une tentation ou une chute. C'est un fait.

Il faut donc exclure, interdire et proscrire ces livres. C'est notre conclusion.

Est-ce à dire, cependant, que tous ces romans soient à proscrire dans la même mesure ? Non pas. Nous l’avons dit plus haut, les livres opposés à la foi sont ordinairement, pour les personnes du monde, plus perfides et plus pernicieux que les livres contraires aux bonnes mœurs, parce qu’ils s’attaquent à l’esprit et que l’esprit est essentiellement plus accessible au mal et plus réfractaire à la conversion que la volonté. Il nous a donc paru nécessaire d’infliger une note plus sévère aux auteurs qui tendaient, intentionnellement ou non, à ébranler les fondements de la saine philosophie et de la vraie foi.

Il y a, en outre, toute une catégorie très nombreuse d’ouvrages qui, tout en peignant le mal, ont pour but de le rendre odieux. En soi, cette exhibition du mal est bonne, et dans certaines conditions qu’il n’est pas impossible de supposer et de réunir, elle peut être bienfaisante. Il importe cependant de faire observer que cette exhibition, bonne en soi, constitue pour beaucoup de lecteurs une tentation, une séduction, un mal : la théorie spécieuse de « l’ilote ivre », surtout quand il s’agit de la plus délicate des vertus, est souvent tout à fait vaine et pernicieuse. C’est pourquoi, s’il est équitable de rendre hommage aux intentions de ceux qui y recourent, il est prudent et sage de n’en faire l’application que sous bénéfice d’inventaire…

Est-ce à dire ensuite que tous ces romans soient à proscrire absolument et universellement ? Non encore et cent fois non. Les livres les plus mauvais si on les considère en eux-mêmes, peuvent être, si on les considère relativement à tel lecteur, de la plus complète innocuité.

Les œuvres d’Anatole France, par exemple, si imprégnées de scepticisme subtil, peuvent être inoffensives pour un catholique très instruit ou un théologien sérieux qui n’y apprendront rien, sinon des objections qu’ils réfuteront « illico », sans subir aucun dommage du fait de ce détestable contact.

Les romans pornographiques, foncièrement voluptueux ou obscènes, comme ceux de Gabriel d’Annunzio, de Belot, de Théophile Gautier, etc., etc., sont évidemment dangereux, en règle générale. Il y a cependant, bien des personnes qui peuvent les lire sans contracter de souillure morale.

Il serait aussi ridicule d’interdire aux professeurs, aux critiques, aux professionnels de la littérature, la lecture de certains livres en soi très mauvais, que d’interdire à un médecin la lecture des livres de médecine : ces lectures sont pour eux un devoir d’état dont l’accomplissement n’est pas toujours sans danger, mais auquel il serait téméraire et injuste de les soustraire « a priori ».

Un roman voluptueux de Prévost, de Loti et « tutti quanti », produit ordinairement une impression très fâcheuse et occasionne des troubles très graves chez les personnes jeunes ou âgées, qui, par disposition de tempérament, privilège d’éducation, sensibilité d’âme, délicatesse de conscience ou grâce de Dieu, ont été préservées de tout contact avec les parfums du vice. Supposez, au contraire, un vieux liseur, une liseuse d’âge respectable, habitués aux relâchements mondains, aux lectures perverses, blasés de tout, et chez qui la répétition des actes, l’intensité des sensations, l’endurcissement du sens moral, ont émoussé toute délicatesse. Assurément, ces âmes sont coupables de s’être ainsi atrophiées et mutilées ; mais pourrait-on affirmer que la lecture d’une nouveauté de Loti ou de Prévost produira en elles le même effet que sur des jeunes gens ou de jeunes dames qui n’ont jamais pris contact avec le poison ; et, conséquemment, pourrait-on « a priori » leur interdire ce déplorable passe-temps avec autant de rigueur qu’à d’autres catégories de lecteurs ?

Tout en appréciant avec sévérité le cas de ceux qui lisent des livres plus ou moins obscènes, il faut donc se rappeler qu’il y a dans ces livres, dans les dangers auxquels ils exposent, dans les motifs légitimement invoqués pour les lire, des nuances infiniment variées.

Ces motifs et ces dangers, c’est à chaque conscience qu’il appartient de les examiner. Pour nous, nous devons nous contenter, avant de citer les romans susceptibles d’être interdits à la masse des lecteurs, de rappeler les quelques règles élémentaires qui peuvent en ces matières éclairer le jugement de ceux qui nous lisent.

1° Tout livre — fût-il en soi excellent — qui, du fait du dommage déjà produit en des circonstances analogues ou du dommage à prévoir, est pour un lecteur une occasion prochaine de pécher gravement, est un livre pratiquement mauvais que ce lecteur doit s’interdire sous peine de faute grave. Et il doit se l’interdire avec plus ou moins de rigueur, selon qu’il prévoit des périls ou obéit à des motifs plus ou moins sérieux.

2° Les précautions à prendre, qu’il s’agisse de sauvegarder la foi ou la vertu, sont en réalité plus minutieuses qu’on ne le croit généralement. Il y a même des cas où personne ne peut, de sang-froid, étant donné la faiblesse de notre nature viciée, s’exposer au contact de certaines lectures, sans s’exposer en même temps à compromettre la plus précieuse et la plus fragile des vertus.

3° Beaucoup de livres qui ne sont pas mentionnés au catalogue de l’ « Index », sont cependant condamnés par les lois de l’Église, et c’est, sauf dispense, les enfreindre gravement que de garder ou lire ces livres-là, même s’ils sont par ailleurs inoffensifs pour l’intéressé.

.... C’est à la suite et sous le bénéfice de ce long préambule que nous donnons la deuxième liste des romans à proscrire.

Nous n’avons pas l’inutile prétention de citer ici tous les auteurs connus, et nous ne commettrons pas l’imprudence de faire à ceux qui ne le sont guère une réclame dangereuse. Il nous a semblé suffisant de faire figurer dans notre liste les plus féconds, les plus lus et les plus remarquables ; et si nous avons joint à leur nom une courte notice qui explique le pourquoi de notre appréciation, nous y avons évité avec soin tout détail ou titre dont l’énoncé ou le souvenir constituerait, pour les faibles, à certaines heures, un véritable péril. »

On s’étonnera peut-être de ne point rencontrer, dans la présente catégorie, des hommes qui seraient classés par plusieurs parmi les « malfaiteurs littéraires », et d’autres qui devraient être bannis de toute bibliothèque sérieuse.

Mais on voudra bien se rappeler que, dans l’espèce, l’excès de la sévérité serait peut-être plus dommageable que l’excès d’indulgence ; et, d’autre part, que nous faisons bien moins une nomenclature d’écrivains qu’un catalogue raisonné d’ouvrages. C’est pourquoi, comme ces auteurs ont publié, soit quelque livre irréprochable, soit un ensemble d’œuvres inoffensif pour une catégorie de lecteurs, nous avons jugé plus logique et tout naturel de les mentionner là même où nous rangeons leurs romans à lire.

Edmond About (1828-1885), le romancier de la bourgeoisie frondeuse et voltairienne. Il ressemble à Voltaire, non seulement par son style lumineux, facile, étincelant de verve, mais surtout par ses tendances agressives, son parti-pris et son impiété.

Il attaqua l’Église et le catholicisme dans ses articles de journaux et dans deux pamphlets débordants de passion : Rome contemporaine ; La question romaine.

Dans ses romans, sa réserve ne brille pas davantage : Tolla, récit poétique très passionné ; Germaine, sujet malpropre habilement traité ; Le Turco (recueil de nouvelles, dont deux au moins contiennent autant de piment que de sel), etc., etc.

On ne rencontrera cependant que quelques mots de trop dans les trois folies amusantes qui s’appellent : Le nez d’un notaire ; Le roi des Montagnes ; L’homme à l’oreille cassée ; et dans Le Roman d’un brave homme ; Trente et Quarante ; Les mariages de Paris ; La Grèce contemporaine ; De Pontoise à Stamboul ; Alsace…

Paul Adam, né à Paris en 1862, d’une vieille famille artésienne, particulièrement mêlée aux événements et aux guerres qui agitèrent la France sous la Révolution et l’Empire. Mort en 1920.

Romans historiques : Le temps et la vie (histoire de la société française depuis la Révolution) ; La force ; L’Enfant d’Austerlitz ; La Ruse ; Soleil de Juillet (histoire d’une famille française de 1800 à 1830) ; Être (la vie féodale et la magie au XIVe siècle) : Histoire de Byzance ; Histoire de la Papauté, on dirait que l’auteur est possédé du besoin de scandaliser, tant il prodigue les gravelures et les sales images. L’un de ses procédés les plus habituels et les plus particuliers, dit M. Doumic, consiste à faire des scènes licencieuses la continuation et l’aboutissement des autres.

Romans philosophiques, socialistes, politiques, etc. : La Glèbe (vie brutale des paysans) ; Essence de soleil (la ploutocratie) ; Cœurs nouveaux (le communisme) ; La force du mal (dévouement d’un médecin pendant le choléra) ; La bataille d’Uhde (roman de stratégie) ; Les lettres de Malaisie (la société phalanstérienne idéale) ; Robes rouges (réquisitoire contre la magistrature) ; Le serpent noir (un monstre d’égoïsme et de brutalité qui se débarrasse de la morale pour pouvoir agir et devenir un surhomme selon Nietzsche) ; Le trust.

Romans de psychologie passionnelle : Chair Molle, ouvrage naturaliste pour lequel l’auteur fut, à la demande de Francisque Sarcey, traduit en justice et condamné à la prison et à l’amende ; En décor ( auto-biographie ; œuvre immorale rééditée sous le titre de Jeunesse et Amours de Manuel Héricourt) ; L’année de Clarisse (vie joyeuse d’une actrice) ; Le troupeau de Clarisse (même genre) ; Les lions (tableau d’une petite ville, volupté brutale, un prêtre très fantaisiste) ; Stéphanie (histoire d’un homme de quarante ans qui immole son amour aux intérêts de ses collatéraux qui guettent son héritage ; peu intéressant) ; etc.

Contes à thèses : Le conte futur ; La parade amoureuse ; Tentatives passionnées…

Paul Adam se dit catholique ; mais il collabora à la Dépêche de Toulouse, et ses ouvrages de guerre auxquels son talent s’adaptait si bien, sont infectés d’idées panthéistiques et antichrétiennes.

Tous ses ouvrages se distinguent par une profonde originalité ; mais ils sont, dit M. Adolphe Brisson, copieux, encombrés de végétations parasites, désordonnés et fatigants jusqu’à congestionner le lecteur. Le génie de révolte indéterminée et de luxure qui est en lui est presque son tout (Jules Lemaître, Écho de Paris, 7 mars 1899). Ne laissez jamais votre femme lire. Les romans perdent le cœur en vantant la corruption et le sentiment (Paul Adam, La force du mal, page 179).


Madame Edmond Adam, de son nom de jeune fille Juliette Lamber, née en 1836, femme de lettres « salonnière », fondatrice de la Nouvelle Revue.

Ses nouvelles, esquisses et romans sont pleins de charmantes descriptions et traversés de souffle patriotique : Mon village ; Récits d’une paysanne ; Voyage autour du Grand Pin (paysages de Cannes) ; Dans les Alpes ; La Sainte Russie ; Impressions françaises en Russie. Mme Adam est une amante de la nature.

Elle est souvent appelée « la grande française », elle a, en effet, d’après ses mémoires récemment parus (Roman de mon enfance et de ma première jeunesse ; Mes premières armes ; Mes illusions ; Nos souffrances, etc., etc.), rendu de grands services à son parti et à son pays, en faisant aimer la République, — une République française libérale — et en faisant aimer la France aux étrangers. Son infatigable apostolat patriotique a joué, dans le triomphe qui couronne la grande guerre, un rôle admirable.

Ce qui caractérise l’ensemble de son œuvre, c’est la doctrine païenne et antichrétienne, qu’on a appelée assez improprement le néo-hellénisme. « L’hellénisme, dit Jules Lemaître, est, pour les hommes d’aujourd’hui, un rêve de vie naturelle et heureuse, dominée par l’amour et la recherche de la beauté surtout plastique, et débarrassée de tout soin ultra-terrestre. Ce rêve passe, à tort ou à raison, pour avoir été réalisé jadis par les Hellènes… » Mais peu importe, le néo-hellénisme est païen ; et Mme Adam, qui en est devenue l’apôtre, est païenne. « Je suis païenne, dit-elle elle-même[1] et c’est ce qui me distingue des autres femmes ». « Le paganisme de Mme Juliette Lamber, ajoute Jules Lemaître, est au fond une protestation passionnée contre ce qu’il y a, dans la croyance chrétienne, d’hostile au corps et à la vie terrestre, d’antinaturel et de surnaturel, et pour préciser encore, contre le dogme du péché originel et de ses conséquences… »

Ceci, on le sait, c’est Madame Adam d’hier. Hier, elle adorait Zeus ; aujourd’hui, elle adore Jésus. Hier, elle invoquait Pallas-Athéné ; aujourd’hui, elle invoque Jeanne d’Arc. En 1913, Madame Adam s’est convertie : elle a écrit Chrétienne, roman par lettres, livre sain et réconfortant pour les gens du monde.


Comtesse d’Agoult (Marie de Flavigny, dite Daniel Stern ou), femme auteur et « salonnière » (1805-1876). Ses articles et romans, violemment attaqués par Proudhon, rappellent les idées socialistes de George Sand.


Jean Ajalbert, né en 1863, avocat, écrivain gouailleur, exalté, voluptueux, qui a décrit l’Auvergne et le Laos, dans quelques romans. La fille Élisa, tirée du roman de Concourt, est un drame réaliste qui fut condamné par la censure et discuté à la Chambre : Mgr Freppel sortit, pendant qu’on en lisait quelques passages très crus.


Paul Alexis (1847-1901) fut un ami, un disciple et un admirateur de Zola. C’est assez dire qu’il appartient à l’école ultra-naturaliste.


Claude Anet, de son vrai nom Jean Schopfer, écrivain de talent, dont Les Bergeries ont pris une bonne place dans la littérature rosse. Son ouvrage sur La Révolution russe est de tous points remarquable.


Alfred Assolant (1827-1886). Il a écrit pour la jeunesse certains récits de voyages et quelques romans aussi instructifs que dramatiques, mais neutres : Aventures du capitaine Corcoran ; Le docteur Judassohn (la guerre de 1870) ; Montluc le Rouge ; Pendagron (histoire d’Alexandre-le-Grand et d’un gaulois chevaleresque) ; François Buchamor ; Histoire du célèbre Pierrot ; La chasse aux lions. Malheureusement, comme About son maître, il se réclame et se ressent trop de Voltaire dans la plupart de ses autres œuvres !


Georges Auriol, né en 1863, humoriste qui conte des historiettes saugrenues et incongrues.

Comme Courteline, J. Renard, Capus, Tristan Bernard, Veber, Willy, Grosclaude, Chavette, Théo-Critt, et toute une catégorie d’auteurs gais, Auriol sème ses livres d’épisodes déplacés, de propos égrillards, de détails grossiers, d’allusions polissonnes, de mots indécents… Il est périlleux, pour un homme d’esprit, de vouloir, à tout prix, faire rire : outre que le rire ne s’adresse guère aux facultés les plus nobles de l’homme, il est d’expérience que la plupart des humoristes ont souillé leur talent et leur plume en faisant appel aux mauvais instincts. C’est pour ces raisons que nous les avons placés dans cette catégorie.


L’Auteur d’Amitié amoureuse, de son vrai non Madame Lecomte du Nouy, alias Hermine Oudinot, (1855-1915), n’a publié que des romans d’amour souvent vulgaires et terre-à-terre, « où elle se joue des sujets traités d’immoraux par la morale courante ». Ce jugement s’applique même à certain livre dédié à une jeune fille.


Théodore de Banville (1823-1891), poète lyrique, auteur de Contes et de Souvenirs en prose (15 volumes).

Comme poète, c’est un magicien, idolâtre de la rime, qui n’a vécu que de mots et de cadences, « comme les divines cigales se nourrissent de leurs chants ».

Dans ses contes et ses comédies, autant que dans ses vers, il a mêlé les allégories grecques aux choses modernes.

Nous ne le proscrivons que dans la mesure où il est à propos de bannir la vie et la mythologie antiques.


Jules Barbey d’Aurevilly (1803-l899), critique original et violent, penseur de haute race, écrivain qui rappelle Tacite et Saint-Simon, historien de la Basse Normandie, romancier dont les œuvres remplies de catholicisme exalté, de satanisme, d’horreurs, de morbidesses et de dandysme ne sauraient convenir à des lecteurs non prévenus.

Violent et paradoxal, il fut souvent excessif, injuste et faux, même dans son catholicisme : Lamartine l’avait surnommé le duc de Guise de la littérature.

« J’ai beau faire, dit Jules Lemaître, rien ne me semble moins chrétien que le catholicisme de M. d’Aurevilly… Son œuvre entière respire les sentiments les plus opposés à ceux que doit avoir un enfant de Dieu, entre autres l’admiration la plus éperdue pour les forts et les superbes, fussent-ils des ennemis de Dieu, de grands mondains, des viveurs et des Don Juan » (Les Contemporains, 4e série).

En réalité, il appartient à l’Église par la sincérité de sa foi, et par l’intrépidité avec laquelle il a combattu les auteurs impies et malsains de son époque. Ce qui lui manque surtout, c’est la virginité du talent et l’intégrité de doctrine.

Ce catholicisme bâtard est mêlé d’hystérie, de sadisme et surtout de diablerie. D’après le critique déjà cité, le satanisme de d’Aurevilly consiste a voir le diable partout, à nous raconter avec complaisance des actes d’impiété ou des cas surprenants de perversité morale (Le bonheur dans le crime ; Ce qui ne meurt pas ; Une histoire sans nom ; Le rideau cramoisi ; À un dîner d’athées, etc.) ; ou encore à nous montrer l’action directe du diable dans des faits inexplicables (L’ensorcelée ; Une vieille maîtresse ; Les diaboliques, etc.).

Les deux chefs-d’œuvre de ce « maître-écrivain » sont Le Chevalier des Touches et Le Prêtre marié ; le premier ne contient qu’une nudité au dénouement ; le second est beaucoup moins inquiétant que son titre.


Henri Barbusse n’était connu avant la guerre que par un livre abominable, infernal. Le Feu, journal d’une escouade, l’a rendu tout d’un coup célèbre : il est aujourd’hui lauréat de l’Académie Goncourt, président d’une association républicaine des anciens combattants, fondateur au groupe « Clarté », placé sous le patronage d’Anatole France, et l’un des chefs du Bolchevisme en France.

Le Feu est un mauvais livre et une mauvaise action : il a obtenu, parmi les naïfs et la horde antifrançaise de notre pays, un succès scandaleux. Il a réjoui les Allemands : loué par la Frankfurter Zeitung (3 novembre 1917), par le Belgischer Kurier (18 juillet 1917), il a été prôné comme « le meilleur livre de langue française qui soit né de la guerre » par l’Almanach de la Gazette des Ardennes (1918, page 66), mis en vente en Allemagne et dans les pays envahis, avec l’autorisation de l’ennemi, et publié en feuilleton par le Vorwaerts.

On a loué le style de ce livre sacrilège et diffamatoire. Voici ce qu’en pense Le Rappel, journal radical : « Littérairement, tous les défauts de Zola sont en M. Barbusse : comme lui, il a l’absence des proportions, le manque de mesure, le don du grossissement, le mauvais goût, la tendresse pour les mots crus, la naïveté maladroite, l’amour du prêche et l’esprit du parti-pris… On se lasse vite de cet art barbare où disparaissent les qualités les plus proprement françaises. Et quand M. Barbusse fait du style, quand il est poétique ou quand il se livre à l’éloquence, Polymnie grimace et Calliope s’enfuit. »

Il semblait qu’on ne pouvait rien écrire de plus noir et de plus déprimant : M. Barbusse a publié Clarté, manifeste du bolchevisme, plus brutal et plus odieux encore. Il a redoublé de turpitude, en écrivant des Contes.


Adolphe Belot (1829-1890). Il dut son premier succès à une comédie célèbre : Le Testament de César Girodot. Il est l’auteur de Mademoiselle Giraud, ma femme, et ses 40 ou 50 romans sont tellement émaillés de détails physiologiques, qu’ils lui valurent le nom de « Dupuytren de la littérature ». Cependant Le pigeon (recueil de nouvelles) convient même aux enfants.


Émile Bergerat, né à Paris en 1845, a épousé une fille de Théophile Gautier. Il publia au Voltaire, souss le pseudonyme de « l’Homme masqué », des articles impies ; il est surtout connu par les chroniques qu’il signa Caliban au Figaro.

Dans ses poésies, ses pièces de théâtre et ses romans, il sème beaucoup trop de mots corrupteurs, à la manière de son beau-père, pour que nous puissions le recommander. Citons Le Petit Moreau (roman audacieux contre les unions consanguines, thèse exagérée) ; Les soirées de Calibangrève (assez honnête) ; Faubias malgré lui (sujet malpropre).


Jean Binet-Valmer, né en 1875, citoyen génevois. La critique officielle le tient pour l’un des romanciers les plus vigoureux de notre temps. En réalité, ses romans et ses recueils de nouvelles, violents, tumultueux, paraissent habilement contés ; mais ils ne traitent que du plaisir des sens et mettent aux prises des viveurs sans scrupule et des bêtes de jouissance : La passion ; Plaisir ; Lucien ; Les Métèques même, etc., sont des livres abominables.

En 1914, Binet-Valmer s’est fait naturaliser pour s’engager dans l’armée française : il a relaté ses exploits dans les Mémoires d’un engagé volontaire. Il mène actuellement de bonnes campagnes patriotiques.


Paul Bonnetain (1858-1899), officier d’infanterie de marine, qui vécut au Soudan et en Extrême-Orient.

Après avoir publié deux romans absolument ignobles (Autour de la caserne ; Charlot s’amuse), il étudia dans divers ouvragés malsains (Au Tonkin ; Dans la brousse ; Amours nomades ; L’opium) la vie coloniale avec ses fièvres, ses gaietés et ses désordres[2]


Elémir Bourges, né en 1852, collaborateur au Journal des Débats et à la Revue des Deux-Mondes, romancier artiste et pessimiste.

Le crépuscule des dieux (amalgame historique peu intéressant, mais beaucoup loué) ; Sous la hache (genre du 93 de Victor Hugo) ; La nef ; Les oiseaux s’envolent et les fleurs tombent, ont pour thème fondamental la « maladie de l’infini » ! La luxure, le meurtre, l’ambition et le dégoût y bouillonnent au travers de pages harmonieuses et parfois languissantes.


Alexis Bouvier (1836-1892), ancien ciseleur en bronze. Ses chansons, ses pièces de théâtre et ses nombreux romans-feuilletons ne sont ni d’un raffiné, ni d’un délicat. Ce sont des récits mouvementés, touffus, naturalistes, qui peignent surtout les mœurs du peuple vicieux.


Raymond Brucker (1805-1874). Successivement ouvrier, journaliste, poète, romancier, tribun, apôtre de la foi, il publia d’abord une trentaine de volumes impies et révolutionnaires. Après une série de luttes intimes, que Paul Féval a décrites dans Les Étapes d’une conversion (1re partie), il triompha enfin de lui-même en 1839, et brûla ce qu’il avait adoré. Depuis cette époque, il a beaucoup agi et parlé ; il s’est contenté d’écrire Les Docteurs du jour devant la famille, terrible pamphlet contre Quinet, Michelet et leur école.


Camille Bruno, de son vrai nom, Mme la baronne de la Tombelle.

Ses romans sont en général passionnés, voluptueux, scabreux : L’imposture ; L’essai du bonheur ; La fin d’une amante (Mémoires de femme, parus dans Le Journal) ; Madame Florent (un peu plus honnête).

Ses vingt nouvelles réunies sous le titre En désordre sont plus réservées.


Victor-Édouard Cadol, (1831-1898), romancier qui met dans ses ouvrages tous les piments des romans à sensation. Sa bonne humeur continue a pu lui gagner des sympathies ; nous croyons cependant que ses œuvres sont à proscrire, sauf Gilberte ; Mademoiselle ; Secrétaire particulier (12 nouvelles médiocres).


Théodore Cahu, né à Beaugency en 1853, ancien officier. Il a publié sous son nom et sous le pseudonyme de Théo-Critt, des livres de différentes classes : farces militaires qui n’ont rien des sentimentalités roucoulantes du capitaine de dragons Florian ; romans-feuilletons d’amour (Vendus à l’ennemi ; La rançon de l’honneur ; Les drames de Kermor, etc.) ; récits irréprochables au point de vue moral (Perdue dans l’espace ; L’héritage dans les airs) ; badinages pour enfants (Mémoires de Cigarettes) ; et plus récemment, un ouvrage dont nous ne voulons pas même citer le titre, des nouvelles spirites et anticléricales ; etc.


Alfred Capus, né en 1858, ancien élève de l’École des Mines. Journaliste, romancier et conteur, auteur dramatique, membre de l’Académie française.

Il est aujourd’hui rédacteur en chef du Figaro, et il s’y révèle « réactionnaire » ; il n’est pas nôtre assurément, mais il semble se ranger parmi nos alliés du dehors que l’instinct de la conservation sociale rapproche de l’Église.

Outre deux recueils de nouvelles très répréhensibles (Les honnêtes gens et Monsieur veut rire), il a publié trois romans : Qui perd gagne ; Faux départ ; Années d’aventures, où il raconte, sans la flétrir, l’histoire des jeunes gens instruits, qui, ayant raté leur carrière, mènent en redingote une vie de bohèmes, de joueurs et de fêtards ; Histoires de parisiens ; Robinson.

Dans ces œuvres et dans les comédies à succès qui les ont suivies (Les maris de Léontine ; Les deux écoles ; Notre jeunesse ; etc., etc.) Alfred Capus s’attachant à décrire la vie, en traite les réalités avec un optimisme souriant et un imperturbable sang-froid ; mais il affecte une désinvolture distinguée, et d’autant plus pernicieuse, à l’égard de la vie régulière et du mariage.


Félicien Champsaur, né en 1859, a fait des pièces, des poésies et des romans-feuilletons. Ceux-ci, très touffus et immoraux, ont été interdits naguère par la justice belge. Quant à ses nouvelles, elles sont pleines d’entrain et de vice.

Tous ses livres, dit Maurice Barrés (Les chroniques, septembre 1887), sont des confessions, poèmes brutaux ou mieux encore affiches d’amour.


Mme Champseix, de son nom de jeune fille Léonie} Béra (1829-1900). Très liée avec Benoît Malon, le docteur socialiste, elle s’est rendue célèbre par ses équipées et des écrits révolutionnaires qu’elle signa André Léo.

Elle préconisa dans ses œuvres la réforme de l’éducation de la jeune fille, les droits de l’amour souverain, la conscience de la femme supérieure à la « banalité de la vertu » ; en un mot, tous les principes du féminisme outré.


Armand Charpentier, né à Brest en 1854. Violent adversaire de la religion, il a écrit au Souverain Pontife pour le supplier de supprimer « les dogmes surannés et les superstitions », et a développé dans plusieurs romans (l’Évangile du Bonheur, dédié à Léon XIII, etc.), des idées opposées à la doctrine et à la morale chrétiennes.


Eugène Chavette, pseudonyme d’Eugène Vachette, (1827-1902), a la spécialité du genre gai : c’est le Monnier des concierges. Ses nouvelles à la main, ses vaudevilles, ses romans, d’ailleurs fortement charpentés, sont souvent railleurs et indécents.


Albert Cim (Albert Cimochowski, dit), journaliste et romancier français, né en 1845. Actuellement bibliothécaire au sous-secrétariat des Postes et Télégraphes.

Au point de vue littéraire et moral, il semble ne viser qu’au déballage : aussi ses œuvres sont-elles très variées. Il figure dans les bibliothèques naturalistes avec toute une collection de livres brutaux, joyeux ou très lestes, en même temps qu’il intéresse la jeunesse par Mes amis à moi ; Grand’mère et petit-fils ; Mademoiselle Cœur d’Ange ; Spectacles enfantins ; Entre camarades ; Contes et Souvenirs de mon pays ; Fils unique : Le petit Léveillé ; Mes vacances ; Disparu.


Léon Cladel (1834-1872). Fils d’un bourrelier de Montauban. Après avoir été clerc d’avoué et homme de peine, il se mit à écrire. Il présenta dans un style rutilant, échevelé, horrifique, les paysans du Quercy, les miséreux et les va-nu-pieds. Clovis Hugues, son « copain », dit que c’est un sauvage ; nous ajoutons qu’il est immoral et impie.


Michel Corday, de son vrai nom M. Pollet, né en 1870. Ancien officier du génie, critique littéraire à La Lanterne.

Il publia d’abord, sur la vie intime des officiers, une quantité de nouvelles qui remplissent quatre volumes : Femmes d’officiers ; Cœurs de soldats ; Intérieurs d’officiers ; Les Bleaux.

Depuis il a surtout traité les sujets physiologiques, dans des romans sans valeur littéraire, où les collégiens gâteux et les vieilles dames en enfance cherchent des émotions inavouables. La mémoire du cœur tend à prouver que l’homme et surtout la femme sont nécessairement déterminés à suivre leurs mauvais instincts. Quant à Monsieur, Madame et l’auto, il ferait croire assez facilement que le sport est un exercice très hygiénique pour les écrivains. Même note pour Les Casseurs de bois. Plaisirs d’auto est une série de nouvelles risquées.

Certains romans plus récents ne peuvent se réclamer que de la morale de l’ilote ivre : Mariage de demain ; Les révélées ; Vénus ou les deux risques ; Les convenus.


Georges Courteline, (Georges Moinaux, dit). Un humoriste bouffon qui raconte des histoires insolites et baroques avec le sang-froid d’un pince-sans-rire et parfois avec la grossièreté d’un pioupiou sans retenue. Ses recueils de scènes militaires (Le train de 8 heures 47), etc. ; et surtout ses petites pièces de théâtre : Le gendarme est sans pitié (convenable), etc., ont obtenu un vif succès : mais ils sont, dit Gilbert, « caractérisés par la recherche du scabreux et l’amoralité inconsciente ».

Il n’a publié que deux romans, Les hannetons, et Les Linottes, qui bravent impudemment l’honnêteté.


Lucie Delarue-Mardrus, née à Honfleur en 1880. Poétesse, dramatiste, collaboratrice du Journal, elle appartient à cette pléiade de femmes qui travaillent à restaurer les lettres païennes.

Ses quelques romans sont de mauvais livres ; la passion s’y étale dans toute sa brutalité. Le roman de six petites filles renferme en outre des diatribes contre la religion.


Alfred Delvau (1825-1867), étudia les mœurs parisiennes dans les cabarets, les « Cythères » et les Académies de langue verte, et les traduisit hardiment dans ses œuvres.


Eugène Demolder, (1862-1919), écrivain bruxellois, de l’école naturaliste. Ses quelques œuvres ont pour objet d’évoquer les horreurs morales du passé : Contes d’Yperdamme (les mœurs du moyen-âge flamand ; ses rêveries mystiques et son pantagruélisme) ; Route d’Émeraude (la vie luxurieuse et païenne de la Hollande, à l’époque de la Renaissance) ; Le jardinier de la Pompadour (la galanterie et les massacres, à la fin du XVIIIe siècle) ; Quatuor (recueil de nouvelles naturalistes). Pour tous : Le cœur des pauvres ; Contes pour les enfants.


Lucien Descaves, né en 1861, romancier et auteur dramatique, s’est rendu célèbre par un roman anti-militariste, intitulé Les sous-offs, pour lequel il fut traduit en cour d’assises et acquitté.

Ses autres œuvres sont dans le même ton et contiennent des violences excessives.


Jean-Louis Dubut de la Forest, né en 1853, ancien conseiller de préfecture, romancier anticlérical et obscène, se donna la mort en se jetant du 4e étage où il habitait (1902).

Il s’attacha surtout à exciter la curiosité publique, en peignant les mauvaises mœurs, les dessous répugnants de Paris et les cas tératologiques. Il provoqua de tels scandales que le 15 mars 1886, il fut traduit pour un de ses livres devant le jury de la Seine, et condamné à deux mois de prison et 1.000 francs d’amende.


Georges Eekhoud, écrivain belge, né à Anvers en 1854. Dans un style heurté et puissant, il a célébré les « polders » de sa terre natale et décrit avec admiration les vices et les goinfreries.

Ses premiers ouvrages, à savoir Kermesses ; Kees Doorick ; Les fusillés de Malines, et même La nouvelle Carthage, sont honnêtes, mais pas pour tous. Les autres sont pessimistes, malsains et souvent répugnants.


Édouard Estaunié, né à Dijon en 1862, ancien polytechnicien, directeur au sous-secrétariat des P. T. T.

Il débuta dans la littérature par Un simple (il apprend, après de longues investigations et angoisses, que sa mère adorée se conduit mal, et il se suicide). Il publia successivement Bonne Dame (sorte de belle-mère Goriot) ; L’empreinte (pamphlet dirigé contre l’éducation donnée par les Jésuites) ; L’épave (antichrétien, essai de morale indépendante) ; Le ferment (les troubles sociaux occasionnés par la surabondance des diplômés universitaires) ; La vie secrète (récit de rêves intérieurs qui n’ont rien d’édifiant).

Son dernier roman. Les choses voient, est conçu dans une note différente : ces a propos de meubles » intéresseront certainement les grandes personnes, ainsi que Solitudes (psychologie étrange et déconcertante).


Camille Flammarion, né en 1842, est l’apôtre de l’astronomie et son œuvre tout entière a pour but de vulgariser cette science.

Ses théories scientifiques sont exposées avec enthousiasme et d’une manière séduisante ; le malheur est qu’elles ne sont point irréprochables, soit au point de vue critique, soit au point de vue religieux.

Beaucoup de vrais savants ont reproché à Flammarion d’avoir trop souvent mêlé l’imagination et la science ; par exemple, il affirme à tout propos la pluralité des mondes habités, l’existence des Martiens, etc.

Les catholiques, de leur côté, regrettent qu’il ait inséré, dans la plupart de ses œuvres, des thèses et des idées philosophiques et religieuses, dont les unes sont fort contestables, et d’autres tout à fait inadmissibles.

Flammarion n’est pas athée ni même absolument
panthéiste ; son livre Dieu dans la nature atteste ; dans de très belles pages, sa croyance à l’existence de Dieu et son spiritualisme ; mais il laisse presque sans réponse les questions de la destinée, de la vie future et d’autres qu’il est amené à traiter.

De plus, il nie la révélation positive ; il soutient les transmigrations des âmes et leurs épreuves successives dans les astres, l’éternité de l’univers matériel (dans La fin du monde, où il se moque en passant de la croyance catholique), l’origine simienne de l’homme (dans L’astronomie populaire et Les contemplations scientifiques, où il contemple surtout Vénus), la pluralité de l’espèce humaine ; il prétend expliquer le labarum et toutes les croix lumineuses d’une manière naturelle ; il plaisante sur la Bible à laquelle il rend hommage en d’autres occasions ; il commet des bévues théologiques et attribue à la science sacrée, pour la mieux combattre, des thèses qu’elle n’a jamais défendues ; il demande aux astres des leçons de sensualité (Stella, roman) ; etc., etc.

Toutes ces erreurs ne sont pas également opposées à l’enseignement de l’Église ; elles ne sont pas non plus la partie la plus importante des livres de Flammarion, enfin, elles ne sont pas répandues dans la même mesure, au travers de son œuvre. Les merveilles célestes ; La pluralité des mondes habités ; L’astronomie des Dames ; La planète Mars et ses conditions d’habitabilité ; L’atmosphère ; La terre, la lune et le soleil, pourraient même être recommandés sans restriction, si le nom et l’action de Dieu n’en étaient exclus. Cependant, nous persistons à penser que la lecture des œuvres complètes de cet auteur doit être interdite à tous ceux qui n’auraient pas — et ils sont légion dans le monde — des idées précises et des convictions sérieuses sur les points fondamentaux de la doctrine catholique. On sait, du reste, que les ouvrages de l’abbé Moreux sont autrement scientifiques et autrement intéressants.


Anatole France (Anatole-François Thibault, dit) poète, romancier et critique littéraire, né en 1844. Membre de l’Académie française. « Il est, d’après une revue ecclésiastique très autorisée, le plus mauvais des écrivains d’aujourd’hui. Chez aucun, l’impiété n’est aussi complète, ni l’immoralité aussi animale. » (L’Ami du Clergé, 1897, page 246). Quelques mots sur sa carrière littéraire suffiront à justifier cette appréciation.

Anatole France débuta par des poésies, toujours élégantes, mais toujours aussi licencieuses et impies : Les poèmes dorés ; Les noces corinthiennes (cri de rage contre le christianisme, ce « spectre qui vient troubler les tètes de la vie », etc.), ou frondeuses et révolutionnaires : Les légions de Varus, etc.

Il se consacra bientôt à des romans et à des contes de genres fort divers. Ce sont des inventions baroques, ou des histoires du monde ancien, qui servent de prétexte à des peintures voluptueuses : Le lys rouge (pèlerinage de deux amants en Italie ; mélange immonde de débauche et de piété) ; Thaïs, qui se résume dans cette déclaration empruntée textuellement à l’ouvrage : « La matière première de la sainteté est la concupiscence, l’incontinence, toutes les impuretés de la chair et de l’esprit » ; Le jardin d’Epicure (idée générale : il n’y a rien au monde qui soit digne d’amour ni même de pensée) ; etc., etc.

Ce sont aussi des romans philosophiques où conversent, dans un cadre de fantaisie, des hommes ironiques, désabusés, sceptiques. Les héros de ces romans parlent toujours et raillent tout : la métaphysique qui est un rêve, la religion qui est un mensonge, la morale qui n’est qu’hypocrisie, la chasteté qui n’est qu’une sottise. Ils inclinent même à croire que la vie idéale est celle des animaux à qui la nature a donné un sûr instinct pour se procurer du plaisir et pour fuir la douleur. La Rôtisserie de la reine Pédauque et Les Opinions de Jérôme Coignard sont, à ce titre, des livres cyniques.

Il y a quelques années, Anatole France entreprit d’écrire une « Histoire contemporaine », et créa alors le type de M. Bergeret, qui, d’abord pédant ridicule, devint sceptique autant que France lui-même. Cette série compte plusieurs volumes : L’Orme du Mail, satire du clergé que La Revue bleue (6 février 1897) trouve très choquante ; Le mannequin d’osier ; Vanneau d’améthyste ; M. Bergeret à Paris…

Elle fut interrompue par la part que prit M. France à « l’Affaire », et depuis à toutes nos luttes politiques et religieuses. Le « fin lettré » se fit alors anarchiste et apôtre du jacobinisme, accusa dans ses manifestes la religion catholique d’être immorale et les congrégations de corrompre la jeunesse (Opinions sociales, 2 volumes). Il alla plus loin encore, il parla à la « fête inaugurale pour l’Émancipation », à la fête en l’honneur de Diderot (1902), devant la statue de Renan à Tréguier (1903), écrivit pour les discours de M. Combes une préface lyrique, exalta le souvenir de Jaurès en août 1914, et se jeta avec ardeur dans la lutte antimilitariste et anticléricale.

Pendant la guerre, il parut revenir aux idées patriotiques (Sur la voie glorieuse, recueil d’articles) ; et puis, en août 1919, au congrès du Syndicat des Instituteurs, à Tours, il prêcha la paix et le désarmement dans des termes qui firent scandale. Une fois de plus, France a profané son pseudonyme.

Le roman dialogué intitulé Sur la pierre blanche[3], est du France première manière : quelques amis assis sur la pierre blanche, à Rome, au milieu du peuple des songes, s’entretiennent de Saint-Paul (qui ne savait pas ce qu’il disait), des origines du christianisme (la religion catholique est une impiété et la plus grande de toutes, dit l’un d’eux), de la guerre russo-japonaise (vivent les nippons !) et entrevoient pour l’an 2.270, une société basée exclusivement sur la science, le socialisme et l’internationalisme… Son Histoire comique est une fantaisie macabre mêlée de tableaux grivois et de dissertations pessimistes.

Dans ces dernières années, il a successivement publié, outre le pamphlet célèbre qui a nom Vie de Jeanne d’Arc, L’île des Pingouins, Les contes de Jacques Tournebroche, Les sept femmes de Barbe bleue, La révolte des anges, tous d’une perversité et d’un scepticisme plus qu’ordinaires.

Les Dieux ont soif, bien qu’il vilipende la Révolution française, n’en est pas moins malfaisant, teinté de nihilisme, et à certaines pages, tout à fait licencieux.

En résumé, par son scepticisme, son dédain du christianisme et de la chasteté, son fatalisme, son « renanisme » ondoyant, voluptueux et faux, Anatole France est l’un des écrivains les plus malfaisants de notre époque. Il ne respecte rien de ce qui est respectable : son ironie perfide cause plus de ruines dans les convictions et les croyances que les attaques brutales et franches des autres libres-penseurs.

Son esprit de malice, son impiété, son scepticisme confinant au nihilisme, le plaisir satanique de comprendre, de nier, de douter, cette galerie de héros et d’héroïnes qui vont uniquement à leur plaisir et que l’auteur absout tous ensemble : voilà ce qui, d’après Jules Lemaître, caractérise la littérature d’Anatole France. (Les contemporains, 6e série).

Les personnes averties liront cependant : Le crime de Sylvestre Bonnard ; Pages choisies ; Albums pour la jeunesse, publiés chez Hachette, et peut-être Abeille ; Nos enfants ; Le livre de mon ami.


Théophile Gautier (1811-1872), poète, peintre, romancier, archéologue, dramaturge, portant l’originalité et l’extravagance dans ses costumes et ses mœurs comme dans ses livres, a laissé une œuvre très éparpillée, assez vaste pour remplir 300 volumes.

En littérature, c’est un fantaisiste. Il jette sur le papier des mots rares, des expressions, des phrases harmonieuses et éblouissantes, avec l’arrière-pensée d’émerveiller le lecteur, et l’œuvre est faite : c’est du bibelot, c’est du Gautier. Le vrai chef-d’œuvre de ce genre, c’est Le capitaine Fracasse, savant mélange de fantaisie échevelée et de réalisme trivial, long épisode d’amour.

En morale, il cultive l’art pour l’art, il se pose lui-même en « dilettante du scandale », et, comme tel, écrivit Mademoiselle de Maupin, roman très licencieux.

Lire avec prudence : Pages choisies ; Ménagerie intime ; Constantinople ; Voyage en Espagne, et autres récits de voyage.


Judith Gautier, fille aînée du grand Théo, née en 1850, épousa, en 1866, Catulle Mendès, dont elle se sépara plus tard. Morte en 1917.

Elle se familiarisa de bonne heure avec les littératures de l’Extrême-Orient ; elle apprit le chinois, le japonais, le persan, et, dans ses livres, se fit une spécialité de la peinture des mœurs orientales. Oyez ces quelques titres : Le dragon impérial (épopée héroïque et galante des Boxers, quelques détails risqués seulement) ; Princesses d’amour, courtisanes japonaises ; Poèmes de la libellule ; Le paravent de soie et d’or ; Le collier des jours (souvenirs autobiographiques) ; Les mémoires d’un éléphant blanc.

Évidemment, la morale n’a rien à faire en ces récits exotiques ; et pour que personne ne se méprenne, Judith Gautier, dans son Livre de la foi nouvelle, a eu soin de nous montrer l’identité du bien et du mal.


Madame de Genlis (1746-1830), éducatrice des princes d’Orléans et de celui qui devait être le roi Louis-Philippe, maîtresse de Philippe-Egalité, célèbre par ses filles naturelles qu’elle éleva à la mode de Jean-Jacques Rousseau. Exilée en Allemagne, elle écrivit, pour se créer des ressources, des romans d’amour libre : Les premières rivales ; Alphonsine ; Les parvenus, etc.

Les livres qu’elle dédia à ses élèves sont honnêtes. On lira spécialement son ouvrage pédagogique Les veillées du château (prendre l’édition corrigée) et Mlle de Clermont, nouvelle très intéressante qui cependant ne convient pas aux toutes jeunes filles.


Edmond (1822-1896) et Jules (1830-1870) de Goncourt. Deux frères, historiographes, critiques, auteurs dramatiques et romanciers qui, sérieusement (témoin leur journal et leur académie), se sont crus les premiers écrivains de leur siècle.

Ils se sont attachés à décrire « la vie » ; mais toutes leurs œuvres paraissent suinter cette « fièvre hallucinatoire » qu’ils se procuraient en restant enfermés plusieurs jours de suite, sans voir un vivant.

Leurs ouvrages historiques sur le XVIIIe siècle, abondent en menus détails souvent scandaleux, fourmillent d’anecdotes et ne s’attachent qu’à la surface des choses. Ils ont été composés, comme les auteurs le reconnaissent eux-mêmes, avec des échantillons de robes et des menus.

Leurs œuvres de critique d’art s’attachent avec la même minutie à la joliesse de la Renaissance et du dix-huitième siècle.

Dans leurs romans, les Goncourt ont pris comme décors les endroits mal fréquentés et les coins les plus perdus de Paris ; comme héros, des types d’exception, bohèmes de l’art ou des lettres, des malades, des nerveux et des détraqués, impuissants à vouloir et à résister au mal (Charles Demailly) ; incapables de se débarrasser d’une passion (Coriolis) ; des hystériques obscènes (Germinie Lacerteux) ; des mystiques morbides (Sœur Philomène, Madame Gervaisais) ; des névrosés qui se font mourir à petit feu (Chérie).

Quant à leur style, baptisé par eux-mêmes « l’écriture artiste », il est bizarre, excentrique, maquillé de mots et de détails puérils. Selon l’expression de M. Doumic, c’est du papillotage.

Lire Pages choisies.


Rémy de Gourmont (1858-1915). Comme ses ancêtres, les graveurs et artistes du moyen-âge, il fut érudit, philologue et imagier.

Ses romans et ses contes, enluminés de figures symboliques, font pour la plupart, « palpiter et soupirer la luxure » (Camille Mauclair) ; nous exceptons cependant Merlette, son premier ouvrage.

Parmi ses études, Joujou-patriotisme a pour but de préconiser l’accord franco-allemand ; Le chemin de velours est dirigé contre la morale des Jésuites ; Le problème du style est un réquisitoire contre M. Albalat ; La gloire et l’idée de l’immortalité (paru dans le Mercure de France), a pour objet de combattre le dogme de l’immortalité de l’âme.


Gustave Guiches, né en 1860. Ses romans et ses chroniques accusent une certaine faveur pour le genre de Zola dont il fut quelque temps le disciple : Céleste Prudhommat (œuvre remarquable, roman d’une institutrice laïque ; bonnes intentions et obscénités) ; L’imprévu (situations répugnantes) ; L’ennemi, mœurs de province (le phylloxéra, honnête) ; Philippe Destal (triste !) ; Bonne fortune (mondanités et libertinages) ; Cœur discret (qui sauve une femme doublement compromise).


Mme Myriam Harry, alias Mme Perrault, cosmopolite, née à Jérusalem en 1875, voyageuse, polyglotte.

La conquête de Jérusalem, qui l’a rendue célèbre, est un roman qui tend à réhabiliter les cultes antiques, c’est-à-dire le naturalisme païen, au détriment des religions trop sévères, lisez le christianisme. C’est à ce roman que le jury féminin de La Vie Heureuse a décerné, en 1905, le prix destiné à récompenser le meilleur livre de femme paru durant l’année précédente !

Ses autobiographies, La Petite fille de Jérusalem, Siona chez les barbares et Siona à Paris, sont des confessions fort scabreuses ou impies.


Léon Hennique, né à La Guadeloupe en 1852. Quelques-uns de ses romans très hardis ont bruyamment ouvert la voie à l’auteur des Avariés et des Remplaçantes ; ils paraissent sincères et sont très vigoureusement écrits. Ses Contes, Études et Portraits ; Voyages ; Quotidiennes, ont également un caractère social. Ceux qui s’occupent du danger national que font courir à notre pays les féodaux financiers liront plutôt Chaos, satire violente assaisonnée de libertinages.


Alexandre Hepp, né dans le Bas-Rhin en 1857. Un des « cinq » disciples de Zola, avec Céard, Maupassant, Huysmans (1re manière) et Alexis.

Ses œuvres sont naturalistes et ne sont guère lues. Nous citons seulement Peuf, l’histoire d’un sapeur condamné à mort, malgré l’intervention d’une chanteuse et d’un enfant.


Abel Hermant, romancier, rédacteur au Temps et au Figaro, auteur dramatique, né à Paris en 1862. Après avoir été l’hôte de toutes les écoles et avoir touché à tous les genres, il paraît s’être fixé dans la peinture des mœurs aristocratiques. Il déploie, dans ces histoires scabreuses, un sang-froid impassible et une ironie glacée (comme des manchettes d’élégant), qui les rendent singulièrement piquantes.

Monsieur Rabosson (le monde universitaire) ; La mission de Cruchod ; Le cavalier Miserey (roman militaire, crudités, mépris de l’armée) ; Nathalie Madoré ; La surintendante ; Chronique du cadet de Coutras, Coutras voyage, Le Rat (tout à fait pornographique), appartiennent à la manière naturaliste.

Cœurs à Part ; Amour de tête ; Serge ; Ermeline ; Les Confidences d’une aïeule (très perverses) ; Les Confessions d’un enfant d’hier ; La Confession d’un homme d’aujourd’hui ; Les Transatlantiques (les Américains, leurs défauts et leurs mœurs) ; Les affranchis ; Le second garçon (presque propre), etc., sont d’une psychologie généralement voluptueuse.

La carrière ; Le sceptre ; Le char de l’Etat ; L’esbrouffe ; Les souvenirs du vicomte de Courpières ; Monsieur de Courpières marié ; Les grands bourgeois ; Histoire d’un fils de roi, ressortissent de la troisième manière de l’auteur ; ce sont les aventures galantes des « grands », écrites en style XVIIIe siècle.

Ses pièces de théâtre (L’empreinte, Le faubourg, Les Jacobines, etc.) ; et Les Mépris, recueil de vers d’inspiration baudelairienne, sont, au point de vue moral, de même qualité que ses romans.

Eddy et Paddy et Le bon roi Henry, sont honnêtes.


Arsène Houssaye (1815-1896). Critique, romancier et dramaturge, qui produisit plus de cent ouvrages.

Il se montre spiritualiste dans les Destinées de l’âme, ouvrage philosophique où il disserte en souriant du mystère de l’éternité.

Dans ses poésies, il chante surtout les roses, la jeunesse, les plaisirs folâtres de la vie, les fictions voluptueuses de l’antiquité.

Quant à ses romans et ses œuvres pseudo-historiques, ils sont des récits de la vie galante, musqués, également libertins. Arsène Houssaye s’est plu à y mettre en scène les courtisanes, les élégantes demi-mondaines : il a été justement surnommé le peintre des belles pécheresses et le Brantôme des dames galantes de notre époque.

Il est aussi, a-t-on dit, un païen du temps d’Aspasie égaré dans le XIXe siècle ; en effet, sa République athénienne du temps d’Alcibiade renferme une profession de foi candidement païenne : « Entre la religion de la laideur et celle de Phidias, d’Apollon, mon choix est fait », dit-il. C’est l’inspiration de la prière sur l’Acropole que les Lanson, les Croiset et consorts recommandent comme une des plus belles pages de notre langue.

L’histoire du 41e fauteuil est cependant utile à lire, et moralement presque irréprochable : elle a eu un regain de popularité, lors de la réception à l’Académie de son fils Henri, critique d’art et historien remarquable : 1814 (1 volume) et 1815 (3 volumes).


Gérard d’Houville, de son vrai nom Mme Henri de Régnier, fille de M. de Hérédia.

L’Inconstante, son premier roman, est, d’après ua critique bienveillant, un chef-d’œuvre impur. L’Esclave est une histoire d’une élégante indécence dont l’héroïne « sauvage et presque animale ne garde plus rien de civilisé ». Le temps d’aimer est tout aussi brutal. L’histoire malsaine d’une jeune fille qui marie sa mère avec le jeune homme qu’elle aimait elle-même (Jeune fille) lui a valu le prix de littérature à l’Académie française.


V. Blasco Ibanez, né en 1867. Député révolutionnaire de Valence aux Cortès, fougueux anticlérical, romancier réaliste d’une rare puissance, il dépeint dans ses œuvres toutes les horreurs de la nature et des passions espagnoles (Terres maudites ; Fleur de Mai ; Boues et Roseaux ; Arènes sanglantes). Plusieurs de ses ouvrages, tels que Dans l’ombre de la Cathédrale, L’Intrus, La Horde ont paru en français dans la Revue de Paris : ce sont d'odieux pamphlets contre la religion catholique. Les quatre cavaliers de l’Apocalypse est un beau roman de guerre, à peu près irréprochable.


Paul Junka, de son vrai nom Mlle Ferponnès, ancienne institutrice. Quelques romans scandaleux (Le vicaire parisien ; La fausse amante, etc.) et un roman de guerre, Romain Landry, soldat aveugle.


Henri Kistemaeckers, né en 1873, fils d'un éditeur bruxellois, a publié, sous son nom et sous le pseudonyme de Jeannine, une vingtaine de romans, plusieurs pièces et une foule de chroniques. Au total, littérature voluptueuse.


Paul de Kock (1794-1871). Romancier et auteur dramatique, d’une gaieté intarissable et polissonne, qui partage avec Eugène Sue et Alexandre Dumas, le triumvirat de l'ancien roman-feuilleton.

Il publia, dès l'âge de 19 ans, L’enfant de ma femme, et ensuite ce qu'il appelle « ses poèmes de joie », c'est-à-dire de nombreux ouvrages débordants de gaieté rabelaisienne, sans distinction de langage, sans style et surtout sans pudeur. Il a été beaucoup lu ; mais il est délaissé, depuis qu'il est remplacé par des écrivains beaucoup plus immoraux que lui. On réédite de temps en temps, dans les journaux, l'invraisemblable légende d'après laquelle ses œuvres auraient été, sous Grégoire XVI, approuvées par l’Église.

Son fils Henri (1819-1892) fut un fournisseur de romans-feuilletons qui dépassa son père en grivoiserie et en naturalisme.


Pierre de Quéheneuc de Lano, mort à la fleur de l'âge en 1904. Livres galants sur la cour de Napoléon III et de Berlin ; romans-feuilletons voluptueux Pour tous : Terr’neuva.


Henri Lavedan, né à Orléans en 1859, membre de l’Académie française, romancier et auteur dramatiques, dont toutes les œuvres constituent l’histoire naturelle du « fêtard nouveau jeu ».

La saveur particulière des écrits de M. Henri Lavedan, je crois l’entrevoir, dit Jules Lemaître La Haute et Le Nouveau jeu, Leur cœur et Nocturnes, Le prince d’Aurec et Viveurs, c’est la surface brillante et pourrie de la société contemporaine, décrite par un esprit aigu… Le bon temps et Inconsolables ne valent pas mieux.

Le 28 décembre 1899, lors de la réception de l’auteur à l’Académie, M. Costa de Beauregard, chargé de souhaiter la bienvenue au nouvel élu, lui infligea, sous toutes les formes du beau langage, une flétrissure ineffaçable : « Vos œuvres sont d’un joli cynisme, lui dit-il, vous aimez à promener votre esprit sur les pires marécages…, vous vous complaisez à peindre des âmes pourries…, votre rire fait des cadavres… » Ce discours, qui souleva les clameurs de la presse parisienne, ne saurait cependant viser certains instantanés cruels et hélas ! trop exacts ; Lydie ; Sire (roman satirique contre les partisans de la survivance) ; Le Duel, comédie qui est presque un chef-d’œuvre ; ni les recueils intitulés Bon an, mal an, Mon filleul.

Bien plus, après s’être trop longtemps penché sur les mauvaises mœurs de notre temps, Henri Lavedan s’est tourné vers la littérature bienfaisante : il se réduit aujourd’hui à faire de la psychologie et de la morale. Avec quel cœur, avec quel esprit, avec quelle rare saveur, on le saura en lisant Les Grandes Heures (4 séries) ; Dialogues de guerre ; La famille française (le problème de la natalité ; l’égoïsme, cause du mal) ; Les yeux levés sur Jeanne d’Arc.


Marius-Ary Leblond, nom commun à deux auteurs, nés le premier en 1877, et le second en 1880. Écrits avec obscurité et affectation, leurs romans de « grande ville », de « mœurs électorales », « de couleur », etc., ne sont guère lus davantage que leur ouvrage : La Société française sous la 3e République, d’après les romanciers contemporains ; ils sont du reste socialistes. À ajouter Les Sortilèges (récits de mœurs malgaches, immoraux) ; L’Oued ; En France (tableau d’un monde corrompu) ; Les Jardins de Paris (aventures scabreuses d’un étudiant) ; Anicette et Pierre Desrades (idylle presque convenable dans l’île Bourbon).


Camille Lemonnier (1844-1913), fils d’avocat, écrivain puissant et fécond, qu’on pourrait appeler le Zola de la Belgique.

Dans ses ouvrages, écrits avec magnificence et imprégnés de sensualisme violent, il a défendu « le respect de la vie intégrale », et placé les libres instincts de la nature corrompue au-dessus de l’idée chrétienne, de la notion du devoir et même du sentiment. Aussi fut-il poursuivi trois fois comme pornographe.

Parmi ses 60 volumes, nous ne pouvons nommer que La vie belge ; La Belgique, vaste poème descriptif ; et quelques recueils de nouvelles exquises : Les jouets parlants ; La Comédie des jouets ; Noëls flamands ; Contes flamands et wallons (légèrement voltairiens) ; Un coin de village


Camille Le Senne, né en 1851, est un de ces auteurs qui exploitent les actualités scandaleuses pour les grossir jusqu’aux proportions d’un volume et les servir à la curiosité malsaine du public. 22 volumes de romans, 3 volumes de variétés, 5 volumes de l’histoire du théâtre, feuilletons du Siècle, etc.


Jean Lorrain alias Paul Duval, (1855-1906). Il se vante d’écrire des « pages de grande luxure » ; ses vers, ses pièces, ses nouvelles, ses récits, ses romans peignent en effet, d’après nature, les types des fortifs, des bastringues d’assassins et des bouges.

« Jean Lorrain, dit M. Ernest Charles dans la Revue Bleue, cultive « l’orchidée du cadavre rare » ; et il met beaucoup de femmes autour. Il écrit des romans-feuilletons de mauvais lieux. Il est notre Ponson du Sérail… »


Pierre Loti (Julien Viaud, dit), né à Rochefort en 1850, fils d’un ministre protestant, célèbre romancier descriptif, membre de l’Académie française.

Pierre Loti est d’abord un puissant charmeur. Il séduit ses lecteurs et ses lectrices par la rêverie vague et flottante de sa pensée, par la mélancolie sensuelle dont il les pénètre, par les voluptueuses et enlaçantes caresses de sa phrase, savamment rythmée. Ces petits récits dont il tire de profondes émotions, ces descriptions féeriques de l’Océan infini, de l’Orient mystérieux, de tous les pays exotiques, charment jusqu’à enivrer.

« Je viens de relire les six volumes de Pierre Loti, dit Jules Lemaître, et je me sens parfaitement ivre. » La plupart de ses œuvres ont, en effet, comme premier trait caractéristique, d'amollir et d'alanguir par l’érotisme du style et des peintures.

Aussi, la lecture de ses livres contribue-t-elle à déprimer les âmes, non seulement en leur procurant des émotions artificielles très vives, mais encore en laissant cette impression que toutes les beautés et toutes les énergies sont dans les choses, que la nature agit en nous et sur nous, et que nous ne pouvons rien contre elle.

Les idées de Loti sont encore plus perfides et plus malfaisantes que ses descriptions et ses procédés. À 28 ans, il adressait à son ami, William Brown, une profession de foi que toutes ses admiratrices doivent connaître ; « Croyez-moi, mon pauvre ami, écrivait-il, le temps et la débauche sont deux grands remèdes… Il n’y a pas de Dieu, il n’y a pas de morale ; rien n’existe de ce qu’on nous a enseigné à respecter ; il y a une vie qui passe, à laquelle il est logique de demander le plus de jouissance possible… J’ai pour règle de conduite de faire toujours ce qui me plaît, en dépit de toute moralité, de toute convention sociale. Je ne crois à rien ni à personne ; je n’aime personne ni rien ; je n’ai ni foi, ni espérance… » (Aziyadé).

Voilà la dogmatique de Loti : il ne croit à rien sinon peut-être aux philosophes indous : « Sur les mystères de la vie et de la mort, dit-il, les sages de Bénarès détiennent les réponses qui satisfont le mieux à l’interrogation ardente de la raison humaine. » (L’Inde sans les Anglais).

La mort, c’est l’anéantissement (voir Le livre de la pitié et de la mort, etc.) ; tout s’écroule autour de nous, il faut donc jouir le plus possible ; la débauche est d’ailleurs efficace ; tous nos efforts sont inutiles contre la nécessité cruelle de l’amour. Voilà la morale de Loti, et ses héros ne se font pas faute de la mettre en pratique.

Nous savons bien qu’en dehors de ces doctrines éminemment subversives, Pierre Loti a écrit des pages magnifiques, exquises, émues, sur le dévouement, l’abnégation, le devoir, la foi… Il n’en reste pas moins, dans l’ensemble de sa littérature, immoral et irréligieux. La trilogie : Le désert, Jérusalem, Galilée : Le roman d’un spahi ; Ramuntcho, sont à ce dernier point très significatifs.

Et ses livres réputés honnêtes, oserons-nous les recommander à tous ?

Ils ne sont pas positivement impudiques, mais… Voici ce qu’écrivait M. Victor Giraud dans la Revue des Deux-Mondes, le 1er juin 1907, à propos de Pécheur d’Islande : « Je ne sache pas de livre qui prêche plus fortement et plus subtilement tout ensemble la vanité de toute action, le néant de tout effort et l’universel à quoi bon ? de la vie. » Ce même livre renferme deux scènes voluptueuses. Le roman d’un enfant a deux pages lestes ; Frères Yves dépeint, avec la générosité des marins, leur vie facile ; Vers Ispahan est légèrement sensuel… et nous ne regardons pas comme absolument inoffensifs pour les jeunes gens Les derniers jours de Pékin ; L’Inde sans les Anglais ; Escales au Japon ; Pages choisies, ni surtout La troisième jeunesse de Madame Prune.

Dans ces dernières années, Pierre Loti n’a publié que quelques ouvrages : Les désenchantées (l’émancipation de la femme musulmane, thèse, pas pour tous) ; La mort de Philœ (incomparables descriptions de l’Égypte, même fond sensuel et sceptique) ; Le château de la belle au bois dormant (contes décousus et troubles, à interdire) ; Le Pèlerin d’Angkor (fond troublant, émouvant témoignage du néant d’ici-bas).

Et depuis 1914 : La hyène enragée (recueil d’articles, où les gens et les choses de la guerre servent à traduire la mélancolie, les désirs vagues et l’élégante incertitude de l’auteur) ; Prime jeunesse (récit autobiographique, suite du Roman d’un enfant ; écrit « dans l’angoisse de finir »).


Pierre Louÿs, né le 10 décembre 1870. En religion, protestant ; en littérature, styliste impeccable ; écrivain féru d’antiquité grecque, poète, romancier, conteur ; en morale, plaide ardemment pour toutes les licences.

Tous ses ouvrages sont faits de cette littérature et de cette morale. Nous citerons seulement Aphrodite, roman d’amours antiques, tiré à cent vingt-cinq mille exemplaires, et que Rémy de Gourmont lui-même apprécie ainsi : « livre de chair et revendication du romanesque sensuel. »


Georges de Lys, dans l’armée le commandant Georges Fontaine de Bonnerive. Né à Oullens en 1855. Romancier et poète.

Le logis ; Enfants des Rues ; La Trempe ; Sur les tètes blondes ; Ceux qui partent ; Coqs de France et les ouvrages édités chez Mame, sont des livres honnêtes, véritables perles littéraires. Ses récits et nouvelles, pour la plupart militaires, sont fort mêlés. Les autres, et surtout ses trois romans de mœurs antiques, sont voluptueux ou dangereux au point de vue moral.


René Maizeroy, pseudonyme du Baron Toussaint (1856-1918). D’abord officier, composa des romans et des nouvelles très nombreuses où il peint de la manière la plus lascive et dans un langage « élégamment obscène et innocemment corrompu », les mœurs de la vie parisienne.


Hector Malet (1830-1907). S’occupa d’abord de critique et se consacra ensuite au roman. Ses œuvres, lancées par M. Taine, ne sont guère plus morales que celles de Balzac auxquelles elles ressemblent par la langue, la variété des situations et les habiles intrigues.

Romain Kalbris ; Sans famille, qui eut un immense succès, sont les seuls de ses soixante volumes que tout le monde puisse lire, avec Pages choisies.

Nous citons pour les grandes personnes : Une bonne affaire (quelques mots seulement contre les pensionnats chrétiens et le mariage religieux) ; Rose Pompon ; La petite sœur (intéressant, quelques pages libres) ; Paulette (quelques descriptions hardies des désordres conjugaux) ; Marichette (thèse sérieuse sur la recherche de la paternité, détails scabreux) ; Micheline (adultère, puis scènes attendrissantes) ; Le lieutenant Bonnet (l’officier pauvre) ; Mariage riche (recueil de nouvelles) ; En famille.


Georges Mareschal de Bièvre, mort en 1920. Romancier dont les œuvres ne figurent qu’au petit marché littéraire : Berthe et Berthine (scènes risquées, idées dangereuses) ; Angette (moral, mais détails libres ) ; Tante Bébé (marivaudage honnête) ; Reine bicyclette (sport et sentiment) ; Destinée d’amour ; Cousine ma mie ; Le cœur s’éveille (alerte, pour lecteurs d’âge mûr).


Paul Margueritte (1860-1918), fils du général de ce nom, qui se distingua à la guerre de 1870 (voir le livre intitulé Mon père).

Enrégimenté d’abord dans l’école naturaliste qui inspira son premier roman, il rompit solennellement avec Zola en 1887, et commença une série d’ouvrages d’un ton différent, mais d’une morale non moins suspecte.

Associé à son frère Victor depuis 1896, il produisit des contes rapides et pittoresques, de grands romans et surtout des récits militaires. Nous citons :

Parmi ses contes et nouvelles : Le cuirassier blanc (assez honnête, mais suivi d’autres nouvelles imprégnées de sensualisme et de pessimisme à la Loti) ; La Mouche (très peu édifiant) ; L’Avril (une poitrinaire guérie par l’amour de son médecin) ; Simple histoire (27 récits, dont plusieurs répréhensibles) ; La pariétaire (25 morceaux en style précieux) ; Le jardin du Roi (idylle très jolie) ; Âme d’enfant ; Poum et Zette (récits déplaisants sur et non pour les enfants) ; Sur le vif (32 nouvelles) ; Les jours s’allongent (souvenirs de jeunesse malsains) ; La lanterne magique (nouvelles très risquées).

Parmi ses romans : La tourmente (psychologie conjugale ) ; Tous quatre (nombreuses scènes de libertinage) ; La confession posthume, suivie de L’impasse (livre dépravé) ; Pascal Géfosse (adultère et pessimisme) ; Femmes nouvelles (adultères, thèse imprécise) ; Ma Grande et Le poste des Neiges (honnêtes) ; Les deux vies (mise en scène de son manifeste scandaleux en


faveur du divorce, par la volonté d’un seul des deux époux) ; Le prisme (la course au mariage riche, tend à montrer que le mariage étant une affaire d’argent, constitue un contrat frauduleux qui appelle fatalement le divorce) ; Le carnaval de Nice (idée générale : l’atmosphère de Nice, surtout à cette époque de l’année, est tellement irrésistible que la vertu y est impossible, même pour les jeunes époux) ; Vanité (la richesse et le luxe qui rendent égoïstes, cruels et méprisables ceux qui en sent pourvus) ; La Flamme (voluptueux et pimenté) ; Amants (licencieux) ; La maison brûle (établit la théorie du « droit au bonheur » dans des pages apparemment correctes) ; Les Fabrecé' (œuvre complexe, mélange de vérités et d’idées fausses ; semble défendre la famille, et en même temps l’union libre, le divorce, etc.) ; Les sources vives (apologie du travail ; fonds moral ; pas pour tous) ; Jouir (copieux satyricon dont les scènes principales se passent à Nice) ; L’autre lumière (dédié aux aveugles de la guerre), etc…

Ses récits militaires, réunis sous le titre d’Une époque, comprennent quatre volumes (Le désastre ; Les tronçons du glaive ; Braves gens ; La Commune) ; ils présentent, en certaines pages, des idées théistes et favorables au divorce, et de plus des scènes d’une lubricité révoltante.


Victor Margueritte, né à Blidah en 1867. Il s’était déjà révélé poète tandis qu’il portait l’épée ; il quitta l’armée pu 1895 pour collaborer avec son frère Paul ; pendant dix ans, la fusion des deux écrivains fut tellement intime que, dans leur commun labeur, il serait impossible de reconnaître la part de l’un et de l’autre. En 1907, le divorce survint. Le premier feuilleton signé par Victor depuis la rupture est intitulé Prostituée ; c’est de la basse littérature industrielle.

Il a publié depuis : Les jeunes filles (morale païenne et naturaliste) ; Le petit roi d’ombre (nouvelles, quelques lignes seulement à reprendre) ; Le talion (donnée immorale) ; L’or (sang, boue et turpitudes) ; Les frontières du cœur (roman alsacien, œuvre saine et consciencieuse, pour adultes).


Matthey, pseudonyne et nom de la première femme de Arthur Arnould, (1833-1895), professeur, membre de la Commune. Contes, nouvelles, romans-feuilletons, ouvrages historiques, articles théosophistes.


Guy de Maupassant, né en 1850, filleul de Flaubert, « le plus grand romancier réaliste du siècle ». (Émile Faguet). Il s’occupa de spiritisme et mourut fou le 6 juillet 1893.

Il est surtout célèbre comme conteur. Ses contes tantôt gais tantôt tristes, et souvent très brutaux, ont été et sont encore, pour notre génération, ce que furent les contes de La Fontaine pour ses contemporains : ce sont, dit Jules Lemaître, des histoires de filles, paysans rapaces et de grotesques bourgeois… les faits divers d’une humanité élémentaire et toute en instinct. (Les Contemporains, 6e série). Guy de Maupassant, continue l’éminent critique, aime et recherche les manifestations plus violentes de l’amour physique, de l’égoïsme, de la brutalité, de la férocité naïve… Il est extraordinairement sensuel ; il l’est avec complaisance, avec fièvre et emportement. (Les Contemporains, 1re série, page 300).

Tout le monde reconnaît à ces contes une valeur littéraire de premier ordre, mais le public les lit moins à cause du prestige du style qu’en raison de leur indécence. La réflexion est de M. Jules Lemaître.

Les dernières œuvres de Maupassant sont, au point de vue moral, beaucoup moins répréhensibles : Au Soleil ; Sur l’eau ; Pierre et Jean… La librairie Ollendorff a publié, sous le titre Contes de Maupassant, une série choisie qui, en dépit de son titre, n’est pas pour la jeunesse.


Catulle Mendès, (1840-1905). Épousa, en 1886, Mlle Judith Gautier, fille de Théophile, se sépara d’elle quelques années après, et associa sa vie à une poétesse qui s’appelle Mme Jane Catulle Mendès.

Ses poésies, ses drames, ses romans, en un mot tous, ses livres, qui sont pour la plupart des recueils de nouvelles, constituent une bibliothèque d’alcôve et de chaise longue, dans laquelle la préciosité la plus raffinée le dispute à l’indécence subtile.

Nous ne ferions exception que pour Les mères ennemies ; Grande-Maguet (extravagant, non obscène).


Prosper Mérimée (1803-1870), auteur dramatique, conteur et nouvellier célèbre dont les œuvres sont presque toutes immorales ou impies.

Les récits de ce puissant écrivain se distinguent d’abord par leur caractère horrible : ce sont des meurtres, des brigandages et des tueries épouvantables, des hommes carnassiers et lubriques ; Colomba même, qui peut être lue à peu près par tous, est l’histoire tragique d’une vendetta.

En dehors de ce petit chef-d’œuvre, Mérimée n’a guère produit que des ouvrages pernicieux : sceptique tranquille, dédaigneux, élégant et discret, il a couvert de mépris les choses de la religion (Le carrosse du Saint-Sacrement), les prêtres et les moines au même titre que les seigneurs et les bandits (La Jacquerie ; La Chronique de Charles IX) ; enfin, dit Jules Lemaître, il s’est montré, vis à vis de l’univers et de la cause première, quelle qu’elle soit, poli, retenu, dédaigneux.

Il n’a pas traité la morale avec plus de respect que l’Église et l’histoire ; il aime à voir se développer librement, bonne ou mauvaise, la bête humaine, dit encore Jules Lemaître, et, quand elle est belle, il n’est pas éloigné de lui croire tout permis.


Oscar Méténier (1859-1913), romancier et auteur dramatique, ancien secrétaire d’un commissaire de police de Paris. Toutes ses œuvres ont pour sujet le monde spécial du désordre.


Octave Mirbeau (1850-1917). Écrivain malpropre et sectaire écœurant. Ses romans (Le Calvaire, L’abbé Jules, Sébastien Roch, Le roman d’une femme de chambre, Dingo, etc., etc.) sont d’une brutalité révoltante et parfois blasphématoires et impies.

Voici ce qu’écrit, sur cet auteur, un critique qui n’est certes pas un tenant de la pruderie catholique : « Il a rame d’un sous-officier qui a rengagé trois fois et qui a mangé sa prime avec les femmes… Sa littérature autoritaire et incohérente, prétentieuse et grossière, trahit ses désenchantements assez bas et ses espérances assez plates. Elle est d’un cerveau médiocre et d’une âme qui n’est pas supérieure au cerveau ». Et plus loin : « Il blesse par l’accumulation voulue des malpropretés… Rien n’est plus significatif que le plaisir que Mirbeau a visiblement pris à ajouter des malpropretés inutiles au sujet… » (Ernest-Charles, La littérature française d’aujourd’hui, page 271).


Maurice Montégut (1855-1912), rédacteur à divers journaux pornographiques, romancier naturaliste ironique. Drame en vers ; 12 volumes de contes ; romans.

Ses trois derniers ouvrages sont Les clowns (récit des intrigues, des orgies et des crimes de la cour de Compiègne) ; La grande nuit du Pôle (roman d’aventures, épisodes émouvants et atroces) ; Petites gens et grands cœurs (très romanesque).


Edgar Monteil, né en 1845, ancien préfet de la Haute-Vienne, a publié des écrits irréligieux et des romans pornographiques. Ses ouvrages pour adolescents sont « laïques », mais non obscènes : François François ; Histoire du célèbre Pépé ; Le roi Bou-Bou ; Les trois du Midi ; Jeanne la Patrie (préface dangereuse pour la jeunesse).


Alfred de Musset (1810-1857), le célèbre poète. Sous le rapport littéraire, il a égalé et parfois dépassé Lamartine et Hugo. Mais au point de vue moral ?… Il a vécu dans la volupté et il a chanté sa vie… Aussi est-il particulièrement pernicieux. Il exprime souvent la vanité des plaisirs, mais il en trace des peintures palpitantes de vie, abreuvées de vraies larmes, émaillées de mots corrupteurs, qui troublent profondément les âmes.

La confession d’un enfant du siècle, espèce de roman en prose, où il déplore cyniquement de ne plus goûter les joies d’un amour pur, est toujours malsain et souvent insipide. Ses Contes en vers et en prose sont intéressants et quelques-uns exquis ; mais beaucoup sont immoraux. Ses pièces de théâtre méritent la même note.

Lire les Morceaux choisis de chez Cattier, et ceux de l’abbé Halflants, tous deux excellents.


Paul de Musset (1804-1880), frère aîné d’Alfred, dont les pièces, nouvelles et romans sont d’une morale souvent légère… Il défendit la mémoire d’Alfred en répondant à Elle et Lui de Georges Sand par Lui et Elle. Un auteur plaisant prit part à la querelle et écrivit Eux brouillés… Tout le monde peut lire Monsieur et Madame la Pluie ; Bavolette.


John-Antoine Nau, de son vrai nom André Touquet (1873-1918). Un jeune cerveau chaotique qui obtint en 1903 le prix Goncourt pour son roman La force ennemie. Cette œuvre étrange met en scène un fou qui se sait fou, c’est-à-dire possédé par une force ennemie, une âme tombée d’un astre lointain ! La Gennia est « la plus détestable et la plus folle histoire de revenants que l’en puisse concevoir ». (Jules Bois). Cristobal le poète est nauséabond.


Mme la Comtesse Matthieu de Noailles, princesse Anne de Brancovan, d’origine orientale, fille d'un prince roumain et d′une mère turque, née à Paris en 1876, élevée à Paris. Son portrait et son panégyrique illustrent les plus belles pages des revues frivoles, et ses œuvres ont provoqué dans certaine presse une « folie furieuse d’admiration ».

Mme de Noailles est poète ; elle est même, au dire d’un critique, le plus grand poète de l'aristocratie contemporaine. Et, comme telle, elle a proposé à « l’émerveillement de l’élite », premièrement. Le cœur innombrable et deuxièmement L’ombre des jours : deux recueils de vers qui rappellent les audaces des idylles antiques, chants et rêve d'une « âme de faunesse », (le mot est de Mme la comtesse) qui aspire, ainsi qu’une parfaite et sensuelle panthéiste, à

Se mêler vivante au reposant mystère
Qui nourrit et fleurit les plantes par le corps !

Mme de Noailles est romancière : elle a publié trois romans. Parlant du premier (La nouvelle espérance), en en même temps de L'Inconstante, par Mme Henri de Régnier, le Journal dé Genève, organe protestant, disait : « Ils sont d'une telle licence que des critiques, qui ne sont pas atteints, comme ils disent, d’huguenotisme féroce, en sont révoltés et crient bien haut que toute mesure est dépassée et qu’il est temps d’enrayer. »

Depuis lors, Mme de Noailles n’a guère « enrayé ». Elle a écrit Visage émerveillé et La domination, « à peine un peu moins ridicule que les livres précédents du même auteur ». (E. Faguet).

Elle a souffert cependant, depuis qu’elle a écrit ses livres malsains ; et c’est pourquoi, elle s’est souvenu qu’on lui a parlé d’un Dieu quand elle était adolescente. Sans rien savoir de plus, elle a chanté, à cause du vide infini ; elle a publié Les Vivants et les Morts, où sans être convertie, elle a des accents qu’elle n’avait pas eus jusqu’ici…


Richard O’Monroy, de son vrai nom le vicomte de Saint-Geniès (1849-1916), ancien capitaine de cuirassiers. Ses pièces, récits et nouvelles, lui ont valu le surnom de « Gyp militaire » : ils sont au moins voluptueux ou fort scabreux.


Ouida (Mlle Louisa Laramée, dite), romancière anglaise (1840-1909).

Son style alerte, enlevé, la rapproche de Gyp. Ses thèses, sa manière et sa popularité l’ont fait surnommer par certains critiques la George Sand de l’Angleterre. Elle est parfois broussailleuse et trop touffue, mais généralement son pinceau, comme celui de notre romancière, trace des tableaux superbes. Pourquoi faut-il qu’il soit mis au service des idées malsaines, rationalistes et anticatholiques (Pascarel ; Le roman étrusque ; Fille du diable ; La comtesse Vassali ; Puck ; Ariana ; La princesse Zouroff ; Le colonel Sabretache).

Parmi les œuvres de cette authoress originale, nous signalons aux personnes d’âge raisonnable : Scènes de la vie de château ; Le chemin de la gloire ; La filleule des fées ; Gésualdo ; Les Fresques ; Les Clarencieux ; Cigarette ; Amitié. Et aux plus jeunes : Moufflon (enfantin) ; Le petit comte ; Le tyran du village ; Umilta ; Sainte Rosalie aux bois.


Joséphin Péladan (1859-1918). Occultiste, artiste, écrivain étrange qui se proclama, vers 1893, mage et sâr. « Il est absurde, si vous voulez, et fou, tant qu’il vous plaira, dit Anatole France ; mais il a du talent. Toutes ses œuvres « féeries sans raison et pleines de poésies », ont été réparties en diverses séries. L’une d’elles est intitulée les Drames de la Conscience et s’ouvre par La Rondache, dédié aux jeunes filles ! et couronné par l’Académie. Les Amants de Pise est une idylle qui finit en drame ; elle est à la fois chaste et passionnée. Tout est singulier chez Péladan.

« J’aurais peur pour ma raison de vivre avec de pareils livres », dit Charles Le Goffic (Les romanciers d’aujourd’hui, page 286). Un jeune homme sérieux qui aurait cependant la témérité ou plutôt le courage de les lire, devrait craindre en outre pour sa foi et pour ses mœurs. Les lecteurs expérimentés trouveront dans certains de ces ouvrages un écrivain ardent qui peint avec abondance les vices de notre civilisation pour les flétrir.


Benito Perez Galdos, né en 1845, romancier espagnol, que le caractère de son œuvre et sa manière ont fait comparer à Dickens et Erckmann-Chatrian. Ses œuvres sont avant tout des instruments de propagande anticléricale. Il a attaché son nom à Electra, drame antireligieux dont la représentation a naguère excité tant de haines et de troubles. Il est mort chrétiennement en 1920.


Camille Pert, de son nom véritable Louise-Hortense Rougeul, née Grille, romancière à thèses.

Ses romans très hardis roulent sur les questions sociales, ou la psychologie conjugale ; ils défendent, au nom de la morale- indépendante, les droits de la femme.


Charles-Louis Philippe (1874-1909). Œuvres galantes et licencieuses, d’un style étrange, obscur et difforme.


Alexandre Pouchkine (1799-1837), poète et romancier russe, disciple de Byron, dont les mœurs révolutionnaires et licencieuses ont eu, en leur temps, chez les Russes, un succès considérable. Tout le monde peut lire, dit-on, La fille du capitaine


Marcel Prévost, né en 1862 à Paris, fils d’un sousdirecteur de contributions indirectes, membre de l’Académie française. Élève des jésuites, polytechnicien, ingénieur des tabacs jusqu’au jour où il obtint par ses romans le grand succès dont il jouit encore aujourd’hui.

Marcel Prévost est l’un des romanciers les plus pervers que nous ayons aujourd’hui, dit l’Ami du Clergé ; mais comme il est aussi pour tout un public féminin trop peu averti, un docteur ès-sciences de l’amour et de la… morale, nous croyons utile de nous appesantir un peu sur son œuvre.

Romans, nouvelles, contes, lettres, forment une vingtaine de volumes. Ils sont presque tous à proscrire.

Les uns font assister au réveil ou à la hantise de l’amour chez les adolescents. Les autres étalent des âmes qui ont conservé de leur éducation première la notion nette de leurs devoirs moraux, des âmes religieuses et féminines pour la plupart qui, après avoir ressenti et analysé longuement, très longuement, les sensations de la volupté, sont travaillées par le remords et finissent par conclure contre tout ce qu’elles ont fait et aimé. « Ce qu’elle est exquise et d’un raffinement bien corrompu cette idée du péché, dit un critique anticlérical, surtout lorsqu’elle est ressentie par ces âmes jeunes et ardentes d’adolescents… Ce leur est — et c’est aux lecteurs aussi par ricochet — une singulière volupté que de mêler aux troubles de l’amour l’émoi profond et perfidement exquis de la conscience qui n’est plus en repos et qui s’efforce de retenir l’être tout entier, grisé d’avance et entraîné par une force magique vers celle qu’il a élue. Nous y sentons un raffinement du plaisir, une exaltation du sentiment de la volupté par celui de la faute… » (Jules Bertaut).

Les procédés de Marcel Prévost sont donc, au point de vue moral, éminemment pernicieux. Les sujets qu’il choisit ne le sont pas moins. « Ils sont constamment scabreux, dit Ernest Charles ; ils le sont systématiquement… Ce ne sont même pas des histoires d’amour ; ce sont des histoires de femmes, qu’il étale devant nous comme du linge sale, mais parfumé… Il traite de l’amour sensuel et il ne retient de l’amour sensuel que ce qu’il y a de plus choquant… C’est un commis-voyageur pervers et désobligeant qui, dans ses histoires, fait intervenir l’Église et le clergé… » (La littérature française d’aujourd’hui, page 174).

« Je vois bien, dit Jules Lemaître, que, dans ces romans, il y a moins de gros mots que dans les livres de M. Zola, mais je doute parfois qu’il y ait plus de chasteté. » (Les Contemporains, 6e série, page 334).

Nous épargnerions volontiers ces flétrissures aux Vierges folles (Léa, Frédérique) ; deux volumes qui sont moins sensuels, et ont, de ce fait, obtenu moins de succès que les autres. L’accordeur aveugle est une petite romance sans portée.

Les Lettres à Françoise qui ne sont point licencieuses et contiennent de bons conseils mondains, ont obtenu un élan d’enthousiasme inouï : des perruches troublées ont écrit à l’auteur une multitude de lettres qui ont servi à augmenter la 60e} édition de l’ouvrage et à en faire un bréviaire pour l’éducation ! Encouragé par ce succès, l’auteur a publié successivement les Lettres à Françoise mariée (morale positive et neutre, solution des difficultés familiales, conseils à prendre) ; et les Lettres à Françoise maman (mélange de bons conseils et d’idées discutables ou même antireligieuses).

Monsieur et Madame Moloch est plus sérieux. L’intrigue est insignifiante et le récit sent parfois l’opérette. Mais l’ensemble est intéressant : l’Allemagne caporalisée qui est toute l’Allemagne pour la France et pour tout ce qui n’est pas la farce brutale est mise en relief d’une façon saisissante.

Parmi les œuvres plus récentes, nous trouvons Pierre et Thérèse (bonheur du ménage compromis par la malhonnêteté du mari) ; Féminités (détails minutieux sur la femme, son cœur, sa toilette, même bavardage et même fonds scabreux) ; Missette (trois nouvelles amorales ) ; Les Anges gardiens (veut prouver que les institutrices de nationalité étrangère portent le trouble dans les familles françaises ; prétexte à tableaux et descriptions d’une licence excessive) ; L’adjudant Benoît (aventure banale ; pages sensuelles).


Michel Provins, de son vrai nom Lagros de Langeron, romancier et auteur dramatique, ancien secrétaire de Waldeck-Rousseau, percepteur à Paris. Né en 1861. Romans et nouvelles dialogues sur la haute société parisienne ; le tout très libre et malsain.


Henri de Régnier, né à Honfleur en 1864, marié à Mlle de Hérédia (en littérature Gérard d’Houville), poète, conteur, romancier, collaborateur à La Revue des Deux Mondes, à La Revue de Paris, au Gaulois, etc., ex-critique dramatique au Journal des Débats. 14 ou 15 volumes de vers, quelques volumes de contes, une dizaine de romans.

Au point de vue littéraire, il a imité et très habilement pastiché le XVIIIe siècle ; son style, ses tendances, ses mémoires et ses anecdotes l’on fait comparer à Hamilton, ou encore à ces gentilhommes d’autrefois qui, retirés dans leurs terres, racontaient avec une verve impitoyable les incidents croustilleux auxquels ils avaient été mêlés.

Au point de vue moral, l’un de ses amis le juge ainsi : « Il ne tombe jamais dans ce travers à la mode qui est de vouloir un but moral à la littérature…, il se nourrit de libertinage et d’épicurisme » (Paul Léautaud). Aux premières pages d’un de ses romans, il dit lui-même : « Je n’ai jamais cherché, en écrivant, quoi que ce soit d’autre que le plaisir délicieux et toujours nouveau d’une occupation inutile. » (Les rencontres de M. de Bréot, préface). Ses derniers ouvrages n’ont fait qu’accentuer cette impression : Couleur du temps ; La flambée ; Le miroir des heures ; Le bon plaisir ; L’amphisbène (amoralité souriante, absolue) ; Le Plateau de laque (recueil de nouvelles qui veulent divertir ; morale facile) ; Le Double conseil (apologie de la passion malsaine) ; Romaine Mirmault (histoire dissolvante).


Jules Renard (1864-1910), romancier et humoriste, l’un des fondateurs du Mercure de France, membre de l’Académie des Goncourt, écrivain anticlérical.

Ses romans et nouvelles, même ceux où il dépeint avec une grande finesse et une vraie saveur les paysans et les enfants, sont généralement obscènes. Nous ne faisons exception que pour Les Bucoliques ; Histoire naturelle, et Poil de carotte, histoire d’un enfant roux et laid, maltraité par sa mère, livre qui consacra sa réputation.


Jean Richepin, né à Médéah en 1849, normalien, romancier, auteur dramatique, et avant tout poète a l’imagination exubérante et au verbe sonore.

Parmi ses poésies, nous citons La Chanson des gueux, qui lui valut un mois de prison et 500 francs d’amende ; Les blasphèmes, débordement d’impiétés.

Dans ses œuvres en prose comme dans ses vers, Jean Richepin se distingue par son admiration à l’égard des révoltés, ses crudités rabelaisiennes, la hardiesse et l’étrangeté de ses peintures de mœurs, et enfin par ses préférences envers les êtres anormaux ou dépravés, les saltimbanques, les bohémiens, etc. Il voit obscène, dit Jules Lemaître ; ses images deviennent toujours et invinciblement grossières, viles, choquantes, même aux yeux du monde. Pour les grandes personnes : Braves gens.


Édouard Rod, littérateur et romancier français, né à Nyons (Suisse), en 1857 ; professeur à la Faculté de Genève. Après avoir donné quelques gages à la vérité, il a fini dans le désespoir total. Il est mort en 1910.

D’abord fervent disciple de Zola, il appliqua, dans ses premiers romans, la formule naturaliste : Palmyre Veulard ; Tatiana Leilaff ; Côte à Côte (pages libres, satire du catholicisme et du protestantisme) ; etc…

En 1905, il abandonna la manière de cette école, et fit ce qu’il appelle de l’intuitivisme : La course à la mort ; Le sens de la vie ; Les Trois cœurs ; Névrosée, qui appartiennent à cette série, tendant à montrer que la vie ne vaut pas la peine d’être vécue. Ils sont pessimistes et tristes : c’est du Schopenhauer en action, dit un critique.

Tous ses autres livres dégagent plus ou moins le même relent ; ils laissent cette impression que le devoir, même héroïquement accompli, ne rend pas heureux ; par exemple Le silence. Ils font conclure qu’il est souvent dangereux d’être honnête, et ils assignent le suicide comme dernier refuge (c’est le titre d’un roman dont les deux héros se tuent), comme seule issue d’une vie triste et inutile. Même Mlle Annette, qui est un roman honnête, tend à prouver que le sacrifice est vain et qu’il doit trouver en lui-même sa récompense, s’il veut en avoir une. L’ombre descend sur la montagne est l’histoire chaste d’un adultère ; la thèse est morale, mais elle devient immorale par la conclusion qui s’en dégage.

Les intentions de l’auteur peuvent être bonnes : Le sacrifice est même un livre noble et réconfortant ; au fond, il a, ainsi qu’il s’exprime lui-même, l’âme d’un croyant tombé dans le scepticisme. Il a même paru à une certaine époque se rapprocher du catholicisme, et ses romans sont souvent l’apologie de la bonne conduite : s’il étale le vice, c’est pour nous en faire rougir, ou nous en éloigner. Autre exemple : L’incendie

est très peu moral dans le sujet ; mais il prêche la
prudence, en invoquant cette considération que nos actes ont leur retentissement sur tout notre avenir. Cependant, cet étalage de désordres, cette exaltation de l’amour, maître souverain de la vie, ses études du cœur humain creux et plein d’ordures, selon le mot de Pascal, ses tendances calvinistes, son scepticisme, ses complaisances pour l’orgueil, gâtent ses meilleurs ouvrages et neutralisent tout l’effet de ses bonnes intentions.

Dans un roman où cet écrivain calviniste étudie la responsabilité de l’auteur qui publie des ouvrages malsains (Au milieu du chemin), on lit cette réflexion : « Une paisible lampe éclaire le travail du penseur penché sur sa page blanche, l’âme pleine d’infini. Pendant qu’il accomplit son œuvre…, des phalènes étourdies papillonnent autour de la lampe et se brûlent contre le verre. Fallait-il donc éteindre la lampe, fermer le cahier, laisser mourir les idées ? » Quoiqu’il en soit, Édouard Rod continue son œuvre : toutes les « phalènes étourdies », qui circulent dans le rond de lumière que l’abat-jour projette devant lui, ne mourront pas toutes : mais elles seront toutes frappées…

Cependant, les jeunes gens très sérieux pourront lire avec Mlle Annette et Là-Haut, les romans suivants : Le vainqueur ; L’indocile ; Les unis (procès satirique de l’union libre).


J. H. Rosny, un seul auteur en deux personnes, de leur vrai nom Justin et Joseph-Henri Boëx, frères par le sang et par le talent.

Nell horn (mœurs londoniennes dans tous les milieux), son premier roman, s’inspira de l’école naturaliste à laquelle il appartient d’abord.

En 1887, après le manifeste des Cinq, Rosny créa un genre nouveau dont le fondement est le culte de la science. Dans les romans de cette série, toutes les sciences soient représentées, même la préhistoire, tous les personnages sont des savants ou demi-savants qui agissent d’après les principes scientifiques.

Ses ouvrages de la dernière manière sont moins « extrahumains » ; mais ils ne sont pas moins subversifs et immoraux. (Daniel Valgraire ; L’impérieuse bonté ; Indomptée ; Contre le sort ; Vers la toison d’or ; Nymphée ; etc.)

Les livres de Rosny ne sont guère lus : ils sont heurtés, incohérents, farcis de sciences et de néologismes, et construits en dehors de tous les procèdes courants. Ils ne sont pas à lire, parce qu’ils sont opposés à la foi et aux mœurs : ils tendent, à substituer au culte de Dieu le culte de l’humanité, ils ramènent la morale à un principe scientifique, et la résument dans le sequi naturam ; enfin ils font de l’adultère ou de l’amour coupable, « l’indomptable instinct qui veut un renouvellement de la sélection ».

Cependant Les retours du cœur et La Fugitive (recueils de nouvelles) sont moins agités ; Le docteur Harambur ; Les Corneilles ; L’aiguille d’or ; Le Millionnaire et Les Fiançailles d’Yvonne peuvent être lus à peu près par tous.

Depuis quelques années, les deux frères ont rompu toute collaboration.

J. H. Rosny aîné a publié : La guerre du feu (roman des âges farouches, étrange) ; La mort et la terre (merveilleux scientifique, matérialisme, plusieurs contes immoraux) ; Amour étrusque ; Les Rafales (histoire pitoyable et bien présentée du malchanceux ; pour adultes) ; Dans les rues (observation consciencieuse du monde des apaches ; tableaux hideux) ; etc., etc…

J. H. Rosny jeune a publié : La toile d’araignée trente nouvelles où la morale n’a rien à voir) ; Sépulcres blanchis (œuvre touffue qui évoque l’âme populaire, étude psychologique fouillée, pour adultes).


Han Ryner, de son vrai nom Hans Ryner, ou Henri Ner, ancien professeur, philosophe et littérateur, né en Algérie d’une famille norvégienne.

« Insoucieux des convenances, tragique et fangeux comme la vie, brutal et simple comme une étude médicale », tel est, d’après la préface de l’auteur, l’ouvrage intitulé Le Soupçon ; tel est aussi l’ensemble de ses œuvres.


Saint-Georges de Bouhélier, (Georges de Bouhélier-Lepelletier, dit), né à Rueil en 1876, chef de l’école naturaliste. Cette école nous montre que ces « phénomènes spirituels, singuliers, dans lesquels les âmes se rejoignent, s’influencent, se fécondent et enfin se séparent, ne sont, en somme, guère différents de ceux qu’expose la chimie. » (Préface du roman Julia). D’autres romanciers, dissertant de l’amour et de la vie morale, ont emprunté à la cristallographie, à la géométrie, à l’électricité, à l’astronomie, etc., des théories, des analogies et des lois qui expliquent et même justifient les pires désordres… L’idée est ancienne ; elle porte en littérature le nom nouveau de naturalisme !

Inutile d’ajouter que les romans de cette école sont dangereux ou immoraux.


Édouard Schuré, philosophe, poète, romancier et historien, né à Strasbourg en 1841. Le plus notoire représentant de la doctrine théosophique steinérienne en France. Ses œuvres philosophiques sont très pernicieuses.

Parmi ses romans, nous citons L’Ange et la Sphinge, roman-poème sensuel, qui conclut à l’impossibilité de retrouver la paix pour une âme troublée par les passions ; Le double (roman étrange et vigoureux, semble prouver que le bonheur et la liberté résident dans le sacrifice et la bonté) ; La druidesse (évocation

de la dernière lutte des Gaulois contre Rome, et étude sur le celtisme).


Armand Silvestre (1838-1901), poète lyrique et surtout célèbre conteur, dont les œuvres éparses rempliraient vingt volumes.

Il s’est inspiré des fabliaux du moyen-âge qu’il a revêtus de son style harmonieux et attrayant ; et il a composé une quantité de gaudrioles grassouillettes, pantagruéliques et sales, contes de corps de garde, incongrus et mal odorants.

On ne peut pas dire qu’il est intentionnellement, dans l’ensemble des contes, voluptueux, lubrique et sensuel. Il l’est souvent, mais ce qui le caractérise, c’est la scatologie. C’est dans ce genre qu’il s’est fait un nom : ses types, ses périphrases, ses mots, feront longtemps les délices des amateurs de haute graisse.

Il semble que de là au Parnasse (le rapprochement, ou, si l’on veut, le jeu de mots, est d’un critique très académique) il y ait très loin : le conteur mal élevé fut cependant poète, et ses recueils lyriques, rêveries de panthéiste, en valent, dit-on, bien d’autres, au point de vue littéraire.

« La gaieté de nos pères et d’Armand Silvestre est parmi les choses les plus fétides qui soient, étant donné qu’elle trouve ses meilleurs effets dans la scatologie, la pornologie et la gynécologie. » (P. Véber, Vie de Bill Shaarp).

Nous trouvons seulement en dehors de ce dépotoir : Floréal et La Russie, impressions, portraits, paysages.


Léo Taxil, de son nom Gabriel Jogand-Pagès, (1854-1907). Après avoir attaqué la religion et l’Église dans des romans immondes qui lui valurent plusieurs condamnations, il se déclara converti en 1885 et entreprit contre la Franc-Maçonnerie une lutte retentissante au succès de laquelle de nombreux catholiques contribuèrent largement… Cette volte-face n’était, hélas ! que mystification, ainsi qu’il le déclara cyniquement dans une réunion publique, en 1897 ; il fut dans cette circonstance traité de « crapule ». Le mot convient à l’homme et à ses œuvres.


Guy de Téramond, de son vrai nom Edmond Gautier, né en 1869. Outre Schmamha et Glorieuse canaille (c’est ainsi que l’auteur appelle les soldats des compagnies de discipline), il a publié des romans voluptueux et même immoraux, où il semble se complaire à d’audacieuses révélations conjugales et aux sujets les plus scabreux.

Depuis quelques années, il a appliqué son talent à d’autres travaux : il a écrit notamment L’Héroïsme en soutane pendant la guerre.


Gilbert-Augustin Thierry, fils d’Amédée Thierry et neveu d’Augustin (1843-1915). Partant de ce principe que « le roman doit être une enquête sur l'inconnu », il est arrivé à publier sur l’occultisme, la suggestion, etc., des œuvres étranges qui tendent à nier le libre arbitre : Marfa, Le palimpseste, La Tresse blonde, etc. À ajouter La Savelli, roman passionnel sous le second Empire ; La fresque de Pompëi, deux nouvelles où l’auteur expose la défaite de la volonté devant les forces irrésistibles de l’atavisme ; peintures sensuelles.


Edmond Thiaudière, ancien avocat, poète, romancier, philosophe humanitaire et publiciste, né en 1837.

Ses ouvrages, publiés sous son nom ou sous les pseudonymes de Edmond Thy, de Lord Humour, et de Frédéric Stampf, sont irréligieux ou immoraux. Ses derniers volumes La réponse du Sphinx, notes pessimistes et surtout La conquête de l’infini accusent chez l’auteur, une orientation vers les idées chrétiennes.


Marcelle Tinayre, alias Marcelle Chasteau, mariée au graveur Julius Tinayre, née en 1872. L’une des femmes de lettres les plus « artistes », les plus anticléricales et les plus licencieuses de notre époque.

Madeleine au miroir, journal d’une femme, est beaucoup plus acceptable : il est élégant, mais sa valeur éducative est fort mince, il ne convient pas aux jeunes filles. La Veillée des armes est moins un roman qu’une évocation toute païenne de la mobilisation.


Léon Tolstoï (1828-1910), écrivain et réformateur russe, d’une renommée universelle.

Il a entrepris d’enseigner au monde une doctrine nouvelle, mélangée de mysticisme, de socialisme, de rationalisme et de nihilisme, dont il vaticine les dogmes, envers et contre tout, au mépris même du saint synode qui l’a « excommunié ».

Il porte, en conséquence, sa réflexion sur toutes les manifestations de l’âme humaine, et comme il trouve à tout des inconvénients, il détruit tout : pas de lois, pas de juges, pas d’armée, le retour à l’ignorance, à la simplicité d’esprit et à la vie austère, l’affranchissement de toute délicatesse et de tout confortable. Voilà sa morale. Et cette morale, il s’efforce de l’appliquer lui-même : il s’est dépouillé volontairement de tous ses biens et, plus d’une fois, après avoir sollicité, en faveur des affamés, les générosités des nations, il a tenu table ouverte aux miséreux.

Cette morale, où tout n’est pas à rejeter, manque malheureusement d’appui : Tolstoï ne croit même pas à la vie future. Quant à la religion, bien qu’il la mêle à tout dans sa vie, il ne la respecte pas ; et, s’il a de belles pages sur l’Évangile, il en fait un système abstrait et impersonnel d’où le Christ est absent.

Comme tous les écrivains de sa race, Tolstoï est atteint de cette commisération qui va surtout aux gens dépravés et qu’on a appelée « la pitié russe » : il attendrit ses lecteurs presque exclusivement sur les détresses du bagne et des mauvais lieux, comme si le malheur n’était touchant que dans le crime et l’abjection (Maleswa dans Résurrection, etc.).

Ces doctrines subversives et ces immoralités d’ailleurs peu dangereuses n’empêchent pas La guerre et la Paix ; Anna Karénine et Résurrection, d’être des chefs-d’œuvre d’art et de littérature.

On pourra lire, en outre : Souvenirs d’enfance, Tourmente de neige, Katia, Yvan le Terrible, Mort d’Ivan le Terrible, Le Prince Serabriany, Poulihoucka, Pourquoi l’on tient à la vie, La mort, etc., etc., Pages choisies. On y trouvera des épisodes atroces à la manière slave et peut-être des détails répréhensibles : il n’y en a pas de scabreux.


Mario Uchard (1824-1893), graveur, musicien, romancier et auteur dramatique qui eut une vie très agitée.

Sa pièce la plus célèbre est Fiammina. Parmi ses romans, qui sont presque tous immoraux, nous ne recommandons même pas Mlle Blaisot et Joconde Berthier.


Louis Ulbach (1822-1889), littérateur qui pose en directeur de conscience à la manière de Dumas fils. Ses ouvrages très nombreux sont suspects ou immoraux. On peut lire cependant L’Espion des Écoles ; Le parrain de Cendrillon (chrétien).


Fernand Vandérem (Paris, 1864), chroniqueur et romancier. La Cendre et Les deux Rives constituent ses principaux titres littéraires.


Jane de la Vaudère (1862-1908), de son vrai nom Mme Gaston Crapez, auteur de romans passionnels où sont décrits de préférence les combats, les tortures et les débauches de l’Inde, de l’Indo-Chine, du Siam et de l’ancienne Égypte.

L’Anarchiste (et cinq autres nouvelles étranges, mais propres) ; L’Expulsée (histoire d’une ancienne élève des religieuses) tranchent cependant sur cette littérature exotique et voluptueuse.


Pierre Véber, né en 1869, auteur dramatique et humoriste satirique, collaborateur à de nombreux journaux. Tous ses ouvrages ne sont pas également étrangers à la morale, et nous ne prétendons pas mettre au même rang Amour ! Amour !… et Chez les Snobs (satires sur la littérature et l’ameublement). Cependant, nous appliquerions volontiers, aux uns comme aux autres, ce mot que l’écrivain prête à une blanchisseuse, dans un de ses romans : « Vrai, on n’a plus envie d’être honnête ».


Alfred de Vigny (1797-1863), poète et romancier. Après avoir souvent blasphémé la Providence dans ses livres, il mourut dans des sentiments chrétiens.

L’ensemble de ses œuvres et surtout ses poèmes dénotent un esprit antichrétien, froidement impassible et orgueilleux (Les destinées). Ses autres poésies sont molles et alanguissantes.

Parmi ses livres en prose, nous citons : Servitude et grandeur militaires (le soldat est le paria de la société, mais il a aussi sa grandeur ainsi que le prouvent trois superbes récits) ; Stello (montre par trois exemples que le poète est aussi un paria et qu’il n’a rien à espérer du monde) ; Cinq-Mars (roman historique attachant, cruautés et grandeur de Richelieu).


Willy, de son vrai nom Henri Gauthier-Villars, né à Villers-sur-Orge (Seine-et-Oise) en 1859. Fils d’un éditeur scientifique, il s’occupa d’abord de poésie, d’histoire et de sciences ; il collabora ensuite à divers journaux et y créa un genre de critique musicale, semée de fantaisies sarcastiques et de calembours (Les lettres de l’ouvreuse, etc.).

Ses romans, et surtout ses quatre Claudine ont eu un succès immense. Nous ne pouvons pas dire qu’ils sont immoraux. La Croix de Reims (octobre 1903), pour avoir osé le prétendre, fut obligée par l’irritable et facétieux auteur, d’insérer tous les jugements critiques rectifiant son appréciation. Nous nous contenterons de citer quelques témoignages : Vivante à la façon des bêtes, Claudine obéit à tous ses instincts (Revue dorée, novembre 1902) ; il émane d’eux une volupté inavouable (Gil Blas) ; Willy est parvenu à se faire classer comme auteur systématiquement immoral, parlons net, comme un écrivain faisant métier de pornographie. Les Claudine sont évidemment des livres malsains, pervers, scabreux, scandaleux… Minne n’est qu’une réplique industrielle à l’heureuse série terminée des Claudine. Les égarements de Minne sont d’une immoralité dont on peut seulement dire pour l’excuser qu’elle est loyale. Quant à la Mome Picrate, à La Maîtresse du Prince Jean, à Maugis amoureux, ils constituent exactement ce que l’on nomme par tous pays de la littérature pornographique. (Revue bleue, 7 octobre 1905, page 476.)

On trouve en dehors de ce cloaque : L’odyssée d’un petit Cévenol, publié sous le nom d’Henry Gauthier-Villars et La Bayadère.




À la suite de ces auteurs qui sont plus généralement connus, nous croyons utile de dresser une liste d’écrivains, dont les romans, moins nombreux ou moins répandus, méritent-la même note au point de vue moral, ou du moins doivent être, sauf preuves contraires, considérés comme gravement répréhensibles.

En pratique, il sera donc toujours prudent de s’assurer de la valeur morale d’un ouvrage quelconque publié

par ces auteurs, même si tel ou tel ouvrage déterminé
est signalé comme inoffensif par la presse ou les librairies.

Léonide Andreieff. — Guillaume Apollinaire. — Michel Artzybacher. — Octave Aubry. — Marcel Audibert. — Madame Aurel. — Paul Avenel, (1823-1902), chansonnier, auteur dramatique et romancier.

Hippolyte Babou. — Jacques Ballieu. — Barraute du Plessis. — Julien Benda. — Juliette Bénière. — Marcel Berger. — Le joyeux Tristan Bernard. — Arthur Bernède, anticatholique et obscène. — Paul Bertnay, feuilletoniste du Petit Parisien et du Petit Journal. — Frédéric Berthold. — Émile Blavet, chroniqueur. — Aimée Blech. — Suzanne Bodève. — Albert Boissière. — Georges Bonnamour. — François de Bondy. — Silvain Bonmariage. — Alexandre Bonnel. — Robert de Bonnières (1850-1905), caustique et sensuel. — Jean Bosc, auteur du Vice Marin. — Mme Amélie Bosquet, auteur du Roman des Ouvrières, morte en 1904, et enterrée civilement. — Marcel Boulenger, né en 1873. — Alexandre Boutique, très mauvais. — Jean Bouvier. — Jeanne Broussan-Gaubert. — Paul Brulat, un agressif qui proclame la souveraineté absolue de l’écrivain. — Maurice Buret.

Mme Cardeline, dans ses Destinées rivales. — Jean Carol, de son vrai nom Louis Westhauser, dont les descriptions : Chez les Hovas ; Au pays rouge, sont intéressants. — Mme J.-H. Caruchet. — Mlle Cécile Cassot, morte en 1913. — Nonce Casanova, dans ses romans physiologiques et antiques très brutaux. — Jules Case. — H. Céard, ami de Zola. — Léon Chavignaud. — Gaston Chérau. — Chincholle (1843-1902), au moins dans ses romans. — Raymond Clauzel — Madame Colette, autrement dit, Colette Willy ou Colette de Jouvenel. — Comte de Comminges. — André Couvreur, né à Seclin en 1865, dans ses romans médicaux et obscènes. — Cyril-Berger.

Max Daireaux. — Georges Denoinville, de son vrai nom Georges Besnus. — Charles Derennes. — Gaston Derys. — Diraison, alias Olivier Seylor, (1873-1916), ancien officier de marine destitué à la suite de la publication des Maritimes. — Laurent Doillet. — Georges Ducoté. — Ducray-DuminilLouis Dumur, poète et auteur de Pauline. — Victorien Dussaussay. — Henri Duvernois.

Émile Edwards. — Marc Elder. — René Emery, romancier passionnel. — Francis Enne (1844-1891), dans ses infâmes Brutalités. — Michel Epuy. — Étincelle, de son vrai nom Henriette Biard d’Aunet, comtesse de Peyronny (1848-1897), auteur de L’irrésistible, etc. — Albert Erlande. — Robert Eude.

Claude Farrère. — Max et Alex Fischer. — Flambart des Bords. — Maxime Formont, dans ses romans, nouvelles et poésies. — Ferri-Pisani, neveu de George Sand, auteur des Pervertis.

Mme Marie-Louise Gagneur (1832-1902), romancière anticléricale dont les romans furent interdits dans les bibliothèques des gares, en 1874. — Joachim Gasquet. — Louis Gastine. — Alphonse Georget. — Auguste Germain (1852-1915). — Paul Ginisty. — Emmanuel Gonzalès. — Émile Goudeau, mort en 1906. — Gustave Guitton, auteur de romans physiologiques et antialcooliques.

Charles-Henri Hirsch, dans ses œuvres de galanterie ou de pornographie. — Jules Hoche. — Clovis Hugues (1851-1907), poète, romancier et député, dans ses quelques romans (Les chansons de Jeanne d’Arc sont admirables). — Gustave Kahn, poète symboliste et romancier. — Eugène Joliclerc de Rollice.

Paul Lacour, analyste de l’âme et de la chair féminines. — Ernest Lajeunesse. — Maurice Landay, dans sa littérature chirurgicale. — Le comte Gabriel de la Rochefoucauld, descendant de l’auteur des Maximes, dans l'Amant et le Médecin. — Jean de La Hire, de son vrai nom Adolphe Lepic, ancien éditeur parisien. — Paul Léautaud. — Jules Lermina, (1839-1915), dans ses romans spirites et historiques ; nous ne connaissons pas ses romans d’aventures. — Mlle Lorenty. — Auguste Luchet, le destructeur de la famille. — Valentin Madelstamm. — Paul Mahalin (1858-1899). — Henry Maisonneuve. — Jeanne Marais. — Marc Mario, de son vrai nom Maurice Jogand, mort en 1917. — Jeanne Marni (1854-1910). — René Massia. — Karin Michaëlis, romancière scandinave, patronnée en France par Marcel Prévost. — Jules Moinaux (1825-1896), père de Courteline, humoriste outrancier, qui a produit de bonnes choses : Les deux Aveugles, etc., etc. — M. A. Monnet. — Montfermeil, alias Lucien-Victor Meunier. — Michel Morphy, feuilletoniste souvent pornographique. — Jacques Nayral. — Louis Noir (1837-1901).

Jeanne d’Orliac. — Annie de Pêne, morte en 1918. — Louis Pergaud. — Félix Platel, alias Ignotus, exception faite des Hommes de mon temps (deux séries de portraits). — Poinsot et Normandy, dans leurs romans de détraqués. — Octave Pradels, dans ses romans gais et dans ses poésies.

Rachilde, de son vrai nom Marguerite Eymery (Périgueux, 1862), femme d’Alfred Valette, directeur du Mercure de France ; elle se plaît à étudier les Messalines modernes. — G. de Raulin, dont les œuvres sont de la « crapulerie parfumée ». — Hugues Rebel (1869-1905). — Paul Reboux (15 volumes de vers et de romans). — Régina Régis. — Ernest Renan, dans L’abbesse de Jouarre. — Antonin Reschal. — Restif de la Bretonne (1734-1806), écrivain étrange et très fécond, qui publia 150 volumes où il raconte ses écarts et ceux des créatures dépravées, justement nommé le Jean-Jacques du Ruisseau. — Xavier de Ricard. — Daniel Riche. — Paule Riversdale. — Louis de Robert. — Henri Rochefort. — Mlle Rolland.

Léopold Sacher-Masoch (1835-1895). — Le marquis de Sade (1740-1814), mort à Charenton, où Bonaparte l’avait fait enfermer, célèbre par son érotisme morbide et cruel, qu’on a appelé depuis le sadisme. — Sainte-Beuve (1804-1869), le célèbre critique poète, auteur de Volupté, roman fameux d’un rêveur sensuel. — Camille de Sainte-Croix. — Saint-Juirs, pseudonyme de Louis Delorme, né en 1848. — Robert Scheffer, dans Le Chemin nuptial, Misère royale, Idylle d’un prince, romans très hardiment licencieux. — Marcel Schwob, mort en 1905. — Laurent Surville, petit-neveu de Balzac. — Léopold Stapleaux et ses Viveuses. — Mme Thilda, de son nom véritable Mme Stevens (1835-1886), dans Les Péchés capitaux. — Claude Tillier (1801-1844).

Pierre Valdagne. — J. L. Vaudoyer. — Mme Claire Vautier. — Valéry Vernier. — Pierre Véron (1831-1900), l’auteur de Paris vicieux. — Paul Vigné d’Octon. — F. Villars. — Maxime Villemer, alias Mme Violet, feuilletoniste. — Renée Vivien (1877-1909). — Pierre Wolff (1835-1891). — Léon Werth.

Xanrof, anagramme de fornax, et pseudonyme de Léon Fourneau (Paris, 1867), romancier et auteur dramatique à grosses fantaisies, dont tout le monde peut lire cependant La vocation du petit Paul. — Baronne Hélène de Zuylen de Nyevelt, née de Rothschild (Paris, 1868), lyrique exaltée et souvent sensuelle.



  1. Dans Laide et dans Païenne, livre très hardi qui scandalisa le Gil Blas et le Voltaire.
  2. L’un de ces livres fut poursuivi par la Cour d’assises de la Seine, en 1887… Depuis cette époque, aucun ouvrage scandaleux n’avait attiré l’attention des tribunaux. En octobre 1907 cependant, trois accusés comparurent devant le jury, pour avoir publié sans nom d’auteur ni d’imprimeur un livre incontestablement obscène, qui, d’après l’acte d’accusation, « n’est qu’un amas de récits et de tableaux libidineux offerts en pâture aux curiosités malsaines ». La Cour rendit un arrêt d’acquittement.
  3. Un de ces livres dont on peut dire qu’ils sont ex professo contra fidem, comme on peut le dire, je crois, de tout ce qu’il écrit aujourd’hui et à peu près de tout ce qu’il a jamais écrit. (L’Ami du clergé, 1906, page 490).