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Romantiques, Pétrus Borel, Alexandre Dumas/Alexandre Dumas

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Parran - Romantiques, Pétrus Borel, Alexandre Dumas, 1881 (page 24 crop).jpg
ALEXANDRE DUMAS
Imp. Vve A. Cadart, Paris.


ALEXANDRE DUMAS


Alexandre Dumas, dans ses amusantes causeries, a fait la part des trois chefs de l’École Romantique.

« Lamartine est un rêveur ; Hugo est un penseur ; moi, je suis un vulgarisateur.

« Ce qu’il y a de trop subtil dans le rêve de l’un, subtilité qui empêche parfois qu’on ne l’apprécie ; ce qu’il y a de trop profond dans la pensée de l’autre, profondeur qui empêche parfois qu’on ne la comprenne, je m’en empare, moi, vulgarisateur ; je donne un corps au rêve de l’un, je donne la clarté à la pensée de l’autre ; et je sers au public ce double mets, qui, de la main du premier, l’eût mal nourri, comme trop léger ; qui de la main du second, lui eût causé une « indigestion comme trop lourd ; et qui, assaisonné et présenté de la mienne, va à peu près à tous les estomacs, aux plus faibles comme aux plus robustes. »

Pendant plus de vingt années, Dumas a tenu, comme on dit, le roman et le théâtre ; son nom s’est étalé en vedette, dans le monde entier, sur les affiches et les prospectus de la librairie. Il n’aurait pu suffire seul à cette tâche écrasante, malgré sa puissance de travail bien connue : Ceci nous conduit à dire un mot de ses collaborateurs qu’on lui a si souvent et trop injustement reprochés.

« On s’est toujours fort inquité de savoir comment s’étaient faits mes livres, et surtout qui les avait faits. Il était si simpie de croire que c’était moi, que l’on n’en a pas eu l’idée ;

« Et, naturellement, ce sont ceux de mes ouvrages qui ont obtenu le plus de succès, dont on m’a contesté le plus obstinément la parternité (Al. Dumas, Causeries). »

Cette boutade est pleine de sens, mais il faut avouer que Dumas, en laissant publier sous son nom des ouvrages qu’il n’avait pas eu le temps de lire, a fait le jeu trop facile à ses détracteurs.

Dumas a eu, tout le monde le sait, de nombreux collaborateurs qui, presque tous, d’ailleurs, se sont fait un nom dans les lettres. Mais avec son ardeur et sa nature absorbante il prenait, dans le plan et surtout dans l’exécution de l’œuvre commune, la plus large part du travail. Aussi les ouvrages faits en collaboration, par Dumas, sont-ils empreints avant tout de sa personnalité puissante, tandis que ceux de ses collaborateurs, une fois séparés de lui, perdent, pour la plupart, cette vivacité d’allures, et cette force dramatique, que Dumas seul avait le don de leur imprimer. Comme Horace Vernet, dont nous le rapprocherions volontiers, tandis que nous rapprochons Hugo de Delacroix, et Casimir Delavigne de Paul Delaroche, Dumas se plaisait dans la collaboration ; il aimait à donner un corps à la pensée d’un autre, dût-il emprunter cette pensée à Racine, à Goethe, à Schiller, à Walter Scott ou à Shakspeare. Dauzats invenit, Dumas sculpsit, est une épigraphe inscrite de la main de Dumas sur l’exemplaire du Capitaine Paul offert au baron Taylor, et qui peut s’appliquer à bon nombre de ses autres ouvrages.

Si Dumas s’attribuait, dans les résultats de l’œuvre commune, la part du lion que personne n’était réellement en droit de lui contester, il n’hésitait pas dans ses préfaces, ses mémoires, ses envois autographes, à faire connaître le nom et très souvent la contribution exacte de son collaborateur. Il usait même volontiers d’un solécisme, dont riaient ses amis, en écrivant, de sa belle cursive, sur le titre du volume qu’il envoyait au susdit collaborateur : Cui pars magna fuit. M. Auguste Maquet, qui, tout en louant l’intention, déclarait le latin exécrable, a dû sans doute, plus que tout autre, être favorisé du solécisme habituel.

Nous avons relevé, dans l’œuvre du maître, le chiffre énorme de 67 pièces de théâtre et de 600 volumes ; nous sommes loin, toutefois, même en faisant la part des omissions, des 1200 volumes que Dumas, dans sa préface des Mohicans de Paris, se vante d’avoir écrits, mais il faudrait se garder de prendre trop à la lettre les assertions de Dumas sur cet objet. Dans cette œuvre colossale, le temps, incorruptible lapidaire, aura à séparer le diamant du strass. Le déchet sera lourd, sans nul doute ; nous ne voulons pas insister sur les défaillances de cette intelligence merveilleuse, dont l’Année Terrible a éteint les derniers reflets.

Toutefois il restera assez de pierres précieuses pour en faire, au dramaturge et au romancier, une splendide couronne, dont l’éclat doit rejaillir sur son époque, sur son pays, et sur un fils illustre qui soutient et rehausse encore l’honneur du nom. Victor Hugo appelait Dumas un des éblouissements de son siècle, et Michelet, une des forces de la nature. Ce jugement sera celui de la postérité.

Revenant aux visées plus modestes du bibliophile, nous rechercherons, avec un vif intérêt, les éditions princeps des drames et des romans de Dumas, compris dans la période 1829-1840, qui sont les plus soignées, dont quelques-unes sont ornées d’eaux-fortes de Nanteuil, et qui sont encore, malgré leur rareté et leur réelle valeur, d’un prix abordable. Pour les autres, publiées en volumes in-8 dits de Cabinets de lecture à 7 fr. 50 le volume, ou en livraisons du Magasin théâtral à 50 centimes, mal imprimées et assez incorrectes, — Dumas avait bien autre chose à faire qu’à s’occuper des épreuves ! — Il faut évidemment se borner et choisir, car le bibliophile le plus résolu reculerait devant la tâche de réunir les œuvres complètes du maître. Dumas disait plaisamment lui-même qu’il n’avait jamais été assez riche pour en posséder la collection. Nous n’en avons pas aperçu un seul volume dans son cabinet du boulevard Malesherbes, dont le mobilier fut vendu aux enchères en 1871.

Malgré nos recherches, nous n’avons pu voir, par nous-même, tous les ouvrages que nous avons cités ; nous aurons par la suite à réparer bien des omissions, et pas mal d’erreurs ; nous osons compter pour cela, sur le bienveillant concours de nos confrères bibliophiles. C’est dans le catalogue d’Otto Lorenz, dans la Bibliographie de la France, dans les Supercheries de Quérard, dans les divers catalogues de ventes ou à prix marqués, que nous avons puisé nos renseignements, lorsque les matériaux nous faisaient défaut.

Enfin, nous nous sommes borné à l’indication des éditions originales et de celles qui contiennent des vignettes, passant d’ailleurs sous silence, les publications auxquelles Dumas a prêté son nom, sans y prendre part, et celles pour lesquelles il s’est contenté d’écrire une simple préface.