Rondeaux et autres poésies du XVe/Rondeaux et poèmes

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divers auteurs
Texte établi par Gaston RaynaudFirmin Didot (p. 1-163).

RONDEAUX
ET
AUTRES POÉSIES
DU XVe SIÈCLE

I[1]

Blosseville

(fol. 6 v°)
Je n’en veulx plus porter la charge,
Amours[2], dont vous m’avez chargé ;
Pour ce tenez m’en deschargé,
Car devant vous je m’en descharge.

5Oncques je n’euz ung reconfort
En vous servant jour de ma vie ;
Mais ay vesqu en desconfort,
Tousjours soubz le dangier d’Envie.

Plus de vous servir ne me charge :

10Ung aultre si en soit chargé.
Jamais n’en seray rechargé :
De voz biens m’estes trop peu large ;
Je n’en [veulx plus porter la charge,
Amours, dont vous m’avez chargé.]

II[3]

Blosseville

(fol. 7)
Lassé d’amours et des faiz de fortune,
Tanné d’espoir et d’aimer trop fort une,
Encloz d’ennuy, maintenant je demeure,
Car Desplaisir prent en[4] moy sa demeure,
5De[5] par Maleur qui tresfort me fortune.

Dont je me treuve sans que joye nés une
Soit en mon cueur secrete ne commune :
Pour quoy je dis que je suis a ceste heure
Lassé d’amours.

10Merencolie, Douleur et Infortune,
Dueil et Soussy, Desespoir et Rancune,
En languissant me font plus noir que meure,
Et[6] n’ay desir fors que de bref je[7] meure,
Puisque je suis le plus dessoubz la lune[8]
15Lassé d’amours.

III

Blosseville


C’est grant paine que de vivre,
Et si ne veult on mourir.

Qui n’est de tous maulx delivre,
C’est grant paine que de vivre.

5Raison a la Mort nous livre,
Riens ne nous peult secourir :
C’est grant paine que de vivre,
Et si ne veult on mourir.

IV

Tannegui du Chastel

(fol. 7 v°)
Belle, dont nul ne scet le pris,
Doubtant que deusse estre repris
Par mon mespris,
S’a vous louer vouloye emprendre,
5Pas ne le desvroye entreprendre,
Veu que comprendre
Ne puis les biens en vous compris.

Car vous estes si bien aprise,
Que ce seroit trop entreprise

10De grant reprise,
Qui se metroit a vous priser ;
N’en vous ne voy chose comprise
Par quoy personne vous desprise :
Dont plus vous prise
15Qu’autre, sans nulle mespriser.

Se j’ay dont si hault entrepris
Que de vostre amour soye pris
Et tant espris
Qu’a aultre aimer ne me puis prendre,
20Nullui ne m’en devroit reprendre :
Mais, a bien prendre,
Ce me doit tourner a grant pris,
Belle, dont [nul ne scet le pris.]

V

Fredet

(fol. 8.)
Ou parfont de la mer de pleurs,
La ou sont mis les doulens[9] cueurs
Des serviteurs
Que destruire veult Desconfort,
5En prison me tient Fault Raport,
Qui mettre a mort
Me veult par force de rigueurs.

A Loyaulté vont mes clameurs,
Mais point ne cessent mes douleurs,

10Dont près ne meurs
De me voir tourmenter si fort,
Ou parfont [de la mer de pleurs.]

Car Desplaisirs, Courroux, Labeurs,
Ennuy, Soussy, d’autres pluseurs
15Par leurs fureurs
Font tousjours sur moy tel effort
Qu’il[10] me vaulsist mieulx estre mort,
Feust droit ou tort,
Que de plus vivre en telz langueurs,
20Ou parfont [de la mer de pleurs.]

VI[11]

Monsr de Cleremont

(fol. 8 v°)
Vostre[12] œil qui est si fort adestre,
Au commandement de chacun,
Vous fait avoir aport commun
De[13] serviteurs, sans les congnoistre.

5Par tout, a destre et[14] a senestre,
Il n’en espargneroit[15] pas un,
Vostre oeil [qui est si fort adestre.]

Donnez[16] a ung seul a repaistre
Et qu’il ne soit plus importun,
10Car par Dieu, je n’en voy nesung[17]
Qui ne die que c’est ung maistre,
Vostre œil [qui est si fort adestre.]

VII[18]

Anthoine de Guise


Les douleurs dont me sens tel somme
Font mon penser tout assommer,
Et[19] ne me[20] puis desassommer[21],
Dont j’ay souvent mal jour et somme.

5Je compte par mes dois et somme ;
Pensant tousjours le[s] assommer,
Les douleurs [dont me sens tel somme.]

Mais moy mesme du coup m’assomme,
Car se Mort me devoit sommer
10Et de sa massue assommer,
Si ne les scay je meptre en somme,
Les douleurs [dont me sens tel somme.]

VIII[22]

Vaillant

(fol. 9)
Avant que l’on vous sceu[s]t louer
Le quart du bien qu’en vous habonde,
Toutes les langues de ce monde
Pour tousjours mais fauldroit louer ;

5Et qui plus est, puis avouer
C’om tarriroit la mer parfonde,
Avant que [l’on vous sceust louer
Le quart du bien qu’en vous habonde.]

Car Dieu vous voult[23] si hault douer[24]
10Que seule vous fit sans secunde ;
Bref ung chacun, ou l’en me tonde,
Se[25] pourroit le col desnouer,
Avant [que l’on vous sceust louer
Le quart du bien qu’en vous habonde.]

IX[26]

Vaillant


Sot[27] œil, trop estes volontaire ;
Ne croiés plus se fol desir,
Qui sans cesser[28] vous[29] fait choisir
Ce que devés celer[30] et taire.

5[V]ous estes maulvais secretaire :
N’aimés pas tant vostre plaisir :
Sot œil, [trop estes volentaire.]

Argus est[31] dangereux notaire :
Tousjours espie a vous saisir[32] ;
10Faictes vostre fait a loysir.
Pour Dieu, soiés plus solitaire :
Sot œil, [trop estes volontaire.]

X[33]

Monsr d’Orléans

(fol. 9 v°)
Sot œil raporteur de nouvelles,
Ou vas tu ? et ne seiz[34] pour quoy,
Ne sans prendre congié de moy,
En la compaignie des belles ?

5Tu es trop toust acointé d’elles :
Il te vausit mieulx tenir quoy ;
Sot œil [raporteur de nouvelles,
Ou vas tu ? et ne seiz por quoy ?]

Se ne change[s] manieres telles,
10Par raison ainsi que je doy
Chatier te vueil sur ma foy :
Contre toy j’ay assés querelles.
Sot œil [raporteur de nouvelles,
Ou vas tu, et ne seiz por quoy,
15Ne sans prendre congié de moy,
En la compaignie des belles ?]

XI

Vaillant


Ha ! povre perdu, que fais tu ?
Combien que soys de noir vestu,
Rien ne te vault :
A ta dame, par Dieu, n’en chault
5Pas d’ung bouton ne d’ung festu.

Trestout compte bien rabatu,
Quant j’é ton fait pourdebatu,
Je di tout haut :
Ha ! [povre perdu, que fais tu?]

10A tel jeu me suis esbatu,
Mais quant je te voy abatu,
Le cueur me fault,
Et tout plaisir lors me default,
Criant comme fol et testu :
15Ha ! povre [perdu, que fais tu ?]

XII[35]

Vaillant

(fol. 10)
J’ay veu le débat de voz yeux,
Au moins bien près que la[36] moitié ;

Mès qui n’en fera le tractié,
Je les juge[37] mors, se m’ait Dieux.

5Car très soudains tirent[38] mortieux,
Don sur[39] ma foy j’ay grant pitié ;
J’ay veu [le debat de voz yeux,
Au moins bien près que la moitié.

Faictes pais entre vous y eulx[40] :
10Guerre ne vault pas amitié ;
Qui ara tort[41], soit chatié :
Je le conseille pour le mieulx.
J’ay veu [le debat de voz yeux,
Au moins bien près que la moitié ;
15Mès qui n’en fera le tractié,
Je les juge mors, se m’ait Dieux.]

XIII

Vaillant


Vostre grief mal si est le mien,
M’amour et ma seulle esperance,
Et crés que vostre desplaisance
Ne me laisse plaisir ne bien.

5En regardant vostre maintien,
Mon povre cueur a sans doubtance
Vostre grief [mal.]
 

Je ne prens plus[42], plaisir en rien,
Quant j’ay de voz maulx congnoissance,
10Mais croist ma douleur a puissance,
Que je ne puis dire combien,
Vostre grief [mal.]

XIV[43]

Vaillant

(fol. 10 v°)
Se vous pensés que je vous ame,
Celui que savez vous enport[44] !
Car tout mon fait n’est que deport
En passant temps, par Nostre Dame.

5Je prens sur Dieu et sur mon ame
Que grandement vous avez tort,
Se vous [pensés que je vous ame.]

Aultre que vous mon cueur reclame,
D’aultre façon et d’aultre port ;
10Je tire bien a aultre port[45],
Et pour ce est folie, ma dame[46],
Se vous [pensés que je vous ame.]

XV

Vaillant


Queque chose que je vous die,
Mon povre cueur est tant loyal
Que de vous ne diroit point mal,
Pour douleur ne pour maladie.

5S’autrement est, Dieu me maudie !
Ainçoys vous loue en general,
Queque chose [que je vous die.]

Ne se nul est qui en mesdie,
Devant moy en especial,
10Voire, et fust il du sang royal,
C’est force que le[47] contredie,
Queque chose [que je vous die.]

XVI[48]

Vaillant

(fol. 11)
U lac de lermes tresparfont
Mon povre cuer se noye[49] et font ;

La le[50] deffont
Desespoir et Mirencolie,
5Car chacun d’eulx tant fort le lie,
Qu’il[51] oublie[52]
Dieu, pour le grant mal[53] qu’il[54] luy font.

Fortune le bat et confont,
Tous maulx d’aultre part luy meffont,
10Dont trop fortfont,
Veu que joye[55] lui est faillie
U lac [de lermes tresparfont.]

En toutes douleurs le parfont ;
Quant mon mal fault, ilz le[56] refont ;
15Pas ne surfont
Leur paine, chacun s’i emplie,
Et tout par vous trés acomplie :
Fault qu’il[57] plye
A la mort, las car il morfont
20U lac [de lermes tresparfont.]

XVII[58]

Vaillant

(fol. 11 v°)
Or maudit soit il qui en ment,
C’om doibt servir bien loyaument

Une dame de tel afaire,
Qui ne veult jamaiz nul bien faire,
5Sinon des maulx bien largement !

Mès servés la bien[59] doulcement,
Et ung venu nouvellement
En ara pour vous se[60] salaire :
Or maudit [soit il qui en ment !]

10Amende moy[61] tout hardiment,
Car je pense bien aultrement,
Voire, mais c’est tout au contraire :
Des maulvais[62] pas se fault retraire ;
Di je[63] pas vray ? Ouy vrayement.
15Or maudit [soit il qui en ment !]

XVIII[64]

Vaillant

(fol. 12)
Bonnes gens, j’ay perdu ma dame :
Qui la trouvera, sur mon ame,
Combien qu’elle soit belle et bonne,
De tresbon cueur je la luy donne,
5Sans en prendre debat a ame.
 

La belle scet tresbien[65] sa game,
Dieu scet[66] comme loyaument ame[67] :
Pour Dieu, qui l’ara[68] mot ne[69] sonne.
Bonnes gens, [j’ay perdu ma dame.]

10Gardés la bien, la gentifame,
Que nul ne la blesse ou entame,
Car, par Dieu, la gente mygnonne
Est a chacun doulce personne.
Helas ! povre et[70] desert me clame[71] !
15Bonnes gens, [j’ay perdu ma dame !]

XIX

Vaillant

(fol.12 v°)
M’amour, helas ! vueilliés amer
Cil qui vous ayme sans amer
D’amour tresamoureusement,
Ou, las ! se l’amoureuse ment,
5L’amant fust mieulx dedans la mer.

Car Amours l’a contraint et mis
Comme amys
A vous aymer tant fort, m’amie,
Que du tout son cueur a desmis
10Et promis
Qu’aultre jamais n’aymera mie.

D’amoureulx cueur, sans desamer,
Vous aymera, ou entamer
Le puisse Amours amerement !
15Sy l’aymés amyablement
Qu’Amours ne vous puisse blamer.
M’amour, [helas ! vueilliés amer
Cil qui vous ayme sans amer
D’amour tresamoureusement,
20Ou, las ! se l’amoureuse ment,
L’amant fust mieulx dedans la mer.]

XX

Anthoine de Guise

(fol. 13)
Vostre œil, se fort harbalestier,
Quant vous estiés devant yer
Embuchée en une fenestre,
Me blessa u cousté senestre,
5Dont j’ay de grace bien mestier.

Il emporta mon cueur entier,
Sans m’en lesser ung seul quartier ;
Aincy m’eist Dieulx que c’est ung maistre,
Vostre œil, [se fort harbalestier.]

10Qui de luy se vouldra gaitier,
Lesser luy fault tout le sentier,
Et s’en fuïr hors de son estre.
Helas ! je le doy bien congnoistre,
Il m’a joué de son mestier,
15Vostre œil, [se fort harbalestier.]

XXI[72]

Vaillant

(fol. 13 v°)
Je le voys bien selon les vers,
Que mes amours ne sont pas netes,
Et si congnois bien aux planetes
Tous voz[73] faulx tours qui sont divers.

5Se vous pensés qu’ilz soient couvers,
Par Dieu, point n’y fault de lunetes :
Je le voys [bien selon les vers,
Que mes amours ne sont pas netes.]

De tout mon veul j’é le revers,
10Ne n’ay[74] coulleurs fors de[75] brunetes :
A vous aymer se sont sornetes,
Car, sans avoir les yeulx ouvers,
Je le voys [bien selon les vers,
Que mes amours ne sont pas netes,
15Et si congnois bien aux planetes
Tous voz faulx tours qui sont divers.]

XXII[76]

Vaillant


Myeulx vauldroit servir les pourcheaulx
Et les massons sans departir,
Voire, par Dieu, en deulx partir,
Qu’estre au jour d’uy bon ne leaux !

5Que plus je serve, ouy dea, de beaulx !
Mès servés pour estre martir,
Myeulx [vauldroit servir les pourcheaulx
Et les massons sans departir !]

Sur[77] ma foy, ceulx qui en vesseaux
10Nagent sur[78] mer, sans point mentir,
N’ont pas tant de mal assentir,
Comme j’ay seul, ne tant de maulx :
Myeulx [vauldroit servir les pourcheaulx
Et les massons sans departir,
15Voire, par Dieu, en deulx partir,
Qu’estre au jour d’uy bon ne leaux !]

XXIII[79]

Anthoine de Guise

(fol. 14)
Se vous allez faire demeure
En cest hostel plus noir que meure.
Que vous nommés de Desplaisir,
Mon cueur y est, qui a loysir
5Reçoit chacun et y demeure.

En default de maison meilleure,
La vous fera, je vous asseure,
Tout ce qu’il poura de plaisir,
Se vous [allez faire demeure
10En cest hostel plus noir que meure,
Que vous nommés de Desplaisir.]

De la ne part pour vent qui queure :
C’est son logis ; et[80] vive ou meure,
Nulluy ne l’en peut dessaisir :
15Soit au lever, soit[81] au gesir,
Vous l’y[82] trouverés a toute heure.
Se vous [allez faire demeure
En cest hostel plus noir que meure,
Que vous nommés de Desplaisir,
20Mon cuer y est, qui a loysir
Reçoit chascun et y demeure.]

XXIV[83]

Monsr d’Orvilier

(fol. 14 v°)
Nul ne me doibt de ce blasmer,
Se de mon pouoir vueil amer
Celle ou est ma plaisance[84] assise,
Quant[85] chacun jour Desir atise
5Le feu qu’Amours veult alumer.

Elle fait mon cueur entamer :
Pour tant la vueil dame clamer.
Ma voulenté s’i est submise :
Nul ne me [doibt de ce blasmer,
10Se de mon pouoir vueil amer
Celle ou est ma plaisance assise.]

C’est mon bien de l’ouïr nommer,
C’est ma doulceur sans nul amer,
C’est ma liesse plus[86] requise,
15C’est la clef[87] de mon entreprise,
Pour tout mon vouloir conformer :
Nul ne me [doibt de ce blasmer,
Se de mon pouoir vueil amer
Celle ou est ma plaisance assise,
20Quant chacun jour Desir atise
Le feu qu’Amours veult alumer.]

XXV[88]

Blosseville

(fol. 15)
S’en amours a ung paradis
C’om acquiere pour maulx avoir,
Acquis y ay, a[89] dire veoir,
Ma place des fois plus de dis.

5Sans mat n’ay point[90] esté toudis :
Pour ce vousisse[91] bien savoir
S’en amours [a ung paradis
C’om acquiere pour maulx avoir.]

J’ay servi[92] dès le temps jadis
10Et leaument fait mon devoir :
Par raison on m’y doit pourveoir,
Veu qu’il est vray ce que je dis :
S’en amours [a ung paradis
C’om acquiere pour maulx avoir,
15Acquis y ay, a dire veoir,
Ma place des fois plus de dis.]

XXVI

Monsr de Torcy

(fol. 15 v°)
J’ay veu le temps que je souloye
Avoir un jor mal, l’aultre bien ;
Aucune fois je me douloye,
A l’autre fois tout estoit myen,
5Et ne faisoys conte de rien,
Tant me tenoye fort heureulx
D’estre au nombre des amoreulx.

Souvent quant reposer vouloye,
Et qu’estoye couchié bel et bien,
10Comme en resvant tousjours parloye,
En disant : « Hapé je me tien,
Car de plus en plus je devien
Triste, pensif et douloureulx
D’estre au nombre des amoreulx ! »

15Un[e] aultre fois tout seul aloye
De sa, de la, de va, de vien,
Ainsy que homme qui foloye
Et qui n’a ne sens ne maintien,
Tant que plusieurs si disoient bien
20Que j’estoye tresmaleureutx
D’estre au nombre des amoreulx.

Prince, tout conclu je devien
De n’estre jamais desireulx
D’estre au nombre des amoreulx.

XXVII

Fredet

(fol. 16)
Queque maniere que j’en face,
Quant est a moy, je ne pourchace
D’avoir en amours plus de bien :
Maintenant a toutes me tien ;
5Plus n’ay l’une que l’aultre en grace.

Que je quiere lieu ne espace,
Qu’en la fin aucun je deface,
Sur ma foy je n’y pense en rien :
Queque maniere [que j’en face,
10Quant est a moy, je ne pourchace
D’avoir en amours plus de bien.]

Trop bien quant je me treuve en place,
Ou je voy queque belle face
Ou queque gracieulx maintien,
15Croyés qu’a les veoir me plait bien ;
Mès aultre chose je n’y trasse :
Queque maniere [que j’en face,
Quant est a moy, je ne pourchace
D’avoir en amours plus de bien :
20Maintenant a toutes me tien ;
Plus n’ay l’une que l’aultre en grâce.]

XXXVIII[93]

(fol. 16 v°)
Par longtemps j’ay[94] nagié en l’onde
De[95] la cruelle mer parfonde
De Fortune, qui par son sort
M’a mené jusques a ung port
5Le plus maudit de tout le monde.

Ung lac y a sans point de bonde,
Qui d’eaue de pleurs tant fort radonde[96]
C’on n’y trouve ne fons ne bort :
Par long temps [j’ay nagié en l’onde
10De la cruelle mer parfonde.]

Sus bous et au[97] millieu je sonde,
Mès de mille lieux en la ronde
Ne treuve nés ung[98] reconfort ;
Donc me souhaide souvent[99] mort
15Pour[100] le grant deul qu’en moy habunde :
Par long temps [j’ay nagié en l’onde
De la cruelle mer parfonde.]

XXIX[101]

Blosseville

(fol. 17)
Sot œil, fay ton fait par[102] compas,
Je te pri, ne te hate pas
Si tresacoup, comme tu fais ;
Ne me donne pas si grant fais
5Que je ne voyse bien le pas.

Prens bien a loisir ton repas,
Et regarde qu’em mauvais pas
Ne voise tumber par tes fais ;
Sot œil, [fay ton fait par compas,
10Je te pri, ne te hate pas
Si tresacoup, comme tu fais.]

L’autrier je ne sçay quelz apas
Tu feys, dont bien fort[103] me trompas,
Car tes sos reguars contrefais
15Si tresfollement furent fais,
Que j’en fus presque a mon[104] trespas ;
Sot œil, [fay ton fait par compas,
Je te pri, ne te hate pas
Si tresacoup, comme tu fais ;
20Ne me donne pas si grant fais,
Que je ne voyse bien le pas.]

XXX[105]

Blosseville

(fol. 17 v°)
Ha ! cueur ! qu’as tu qui me resprens ?
Vers toy en riens je ne mesprens ;
Ne nullement je n’ay mespris ;
Servir te fais pour avoir pris,
5Mès certes tresmal le comprens.

Tousjours a ton plaisir j’emprens,
Et par[106] ton vouloir entreprens ;
Puis qu’autrement n’ay entrepris,
Ha ! cueur, qu’as tu ?

10A me blasmer a tort te prens,
Mès pour Dieu plus ne t’y[107] reprens,
Car par[108] moy ne t’est nul mal pris ;
Tu ne saroys dire le pris
Que vault le bien que je t’aprens :
15Ha ! cueur, qu’as tu ?

XXXI[109]

Messinot

(fol. 18)
C’est[110] par[111] vous que tant fort soupire,
Tousjours[112] m’enpire ;
À vostre advis faictes vous bien,
Que[113] tant plus je vous veulx de bien,
5 Et sur ma foy vous m’estes pire ?

A ! ma dame, si grief martire
Ame ne tire
Que moy, don ne puis mès en rien :
C’est par vous [que tant fort soupire.]

10Vostre beaulté vint de grant tire
A mon œil dire,
Qui[114] fist mon cueur devenir sien :
Il le voulut, si[115] meurt, et[116] bien
Je ne lui puis aider ne[117] nuyre :
15C’est par vous [que tant fort soupire.]

XXXII

Messinot

(fol. 18 v°)
De tous plaisirs je suis au bas :
En mon cueur a mille debas,
Tous mes esbas
Sont confus de pleurs et d’annuys ;
5Male bouche, trop fort me nuys
Et jour[s] et nuys
Par tes meschans menus cabas.

Sans me touchier a mort me bas,
De croc invisible m’abas
10Et me combas ;
En ce point par toy deffait suis
De tous plaisirs.

Tu sçays bien servir les rabas ;
De chacun le bon los rabas
15Et t’y esbas :
Cher te coustera, se je puis.
Tu nasquis sans bien faire onc puis ;
De te[s] apuis
Je di fy, car tu me robas
20De tous plaisirs.

XXXIII[118]

Blosseville

(fol. 19)
En la forest de Longue Atente[119]
Demeure sans maison ne tente[120],
Ou fort me tente
Desespoir et Mirencolie,
5Avec eux Desconfort s’alie,
Qui me lie
Si court, que je n’ay point d’estente[121].

Espoir veult que je me contente
Et que point ne me mescontente,
10Car son entente
Si est que Pitié me delie
En la forest [de Longue Atente.]

Maiz tous les jours, comme de rente,
Mon mal acroist qui me tourmente,
15Dont je lamente

Disant a[122] Mort : « Je te supplie
Que ma fin soit bref accomplie,
Ains que folie
Par la douleur qu’il fault[123] que sente
20En la forest [de Longue Atente. »]

XXXIV[124]

Fredet

(fol. 19 v°)
En pensant a vostre bonté,
Je me suis si tresfort bouté
A vous amer plus qu’aultre fame,
Qu’il[125] n’est pas en puissance d’ame
5De m’en hoster la[126] volenté.

Dont je me voy si tormenté
Que je n’ay repos ne santé,
Pour le grant desir qui m’enflame,
En pensant [a vostre bonté.]

10Par[127] m’amour[128] et ma loyaulté
Je ne fus onc entalenté
De jamais servir si bien dame
Que je feray vous, sur mon ame ;
Tellement m’y[129] suis ahurté,
15En pensant [a vostre bonté.]

XXXV[130]

Gilles

(fol. 20)
En la forest de Longue Actente
Mon povre cueur tant se guarmente[131]
D’en[132] saillir par aulcune voye,
Qu’il ne luy semble pas qu’il voye
5Jamais la fin de son entente.

Desconfort le tient en sa tente,
Qui par telle façon le[133] tente,
Que j’ay grant paour qu’il le[134] forvoye
En la forest [de Longue Actente.]

10Espoir en rien ne le[135] contente,
Comme il souloit, pour quoy dolente
Sera ma vie, ou que je soye,
Et sy avray en lieu de joye
Dœul et soussy tousjours de rente,
15En la forest [de Longue Actente.]

XXXVI[136]

Fredet

(fol. 20 v°)
En la forest de Longue Actente,
Des brigans de Soussy bien trente,
Hélas ! ont prins mon povre cue[u]r,
Et Dieu scet[137] ce c’est grant orreur
5De voir comment on le tourmente !

Priant vostre aide, se[138] lamente,
Pour ce que chacun d’eulx se vente
Qu’il le mesront a leur seigneur :
En la forest [de Longue Actente,
10Des brigans de Soussy bien trente,
Helas ! ont prins mon povre cueur.]

Et pour ce a vous il s’en[139] guarmante,
Car il voit bien qu’ilz ont entente[140]
De luy faire tant[141] de rigueur
15Qu’il ne sera mal ne douleur,
Se n’y pourvoyés, qu’il ne sente ;
En la forest [de Longue Actente,
Des brigans de Soussy bien trente,
Hélas ! ont prins mon povre cueur,
20Et Dieu scet ce c’est grant orreur
De voir comment on le tourmente !]

XXXVII[142]

Monsr d’Orléans

(fol. 21)
En la forest de Longue Actente,
Forvoyé de joyeuse sente,
Par la[143] guide Dure Rigueur
A esté robé vostre cue[u]r,

5Comme j’entens, dont ce[144] lamente.
Par Dieu, j’en congnois plus de trente,
Qui[145] chacun d’eulx, sans que[146] s’en vente,
Est vestu[147] de vostre couleur,
En la forest [de Longue Actente.]

10Et en briefz motz, sans que vous mente,
Soyez seur que je me contente
Pour alegier vostre douleur
De traictier avec le seigneur,
Qui les larrons soubstient et hente
15En la forest [de Longue Actente.]

XXXVIII[148]

Fredet

(fol. 21 v°)
Je regrecte mes dollans jours,
Comme celuy la qui tousjours
Ne fait que desirer sa mort,
Car plus vois avant[149], et plus fort
5Accroissent mes dures doulours,

Quant on me fait d’estranges tours,
Que mille fois le jour en plours
Me fault dire par desconfort :
Je regrecte [mes dollans jours.]

10En vous seul est tout mon recours :
Faictes don plus toust que le cours
Cessier le mal que seuffre a tort,
Ou aultrement je me voy mort,
Et tout pour bien servir Amours,
15Je regrecte [mes dollans jours.]

XXXIX[150]

Fredet

(fol. 22)
Ce n’est que chose acoustumée,
Quant Soussy voy vers moy venir ;

Ce toust ne luy venoye ouvrir,
Il romproit l’uys de ma Pensée.

5Lors fait d’escremye levée,
Et puis vient mon cueur assaillir ;
Ce n’est [que chose acoustumée,
Quant Soussy voy vers moy venir.]

Adont prent d’espoir son espée
10Mon cueur, pour des cops soy couvrir
Et se deffendre et garentir ;
Ainssy je passe la journée :
Ce n’est [que chose acoustumée,
Quant Soussy voy vers moy venir ;
15Ce toust ne luy venoye ouvrir,
Il romproit l’uys de ma Pensée.]

XL[151]

Monsr d’Orléans

(fol. 22 v°)
Par m’ame, s’il en fust en moy,
Soussy, Dieu scet que je feroye :
Moy et tous de toy vengeroye ;
Il y a bien raison pour quoy.

5Rien ne dy qu’ainsy que je doy,
Et telle est la voulenté moye :
Par m’ame, [s’il en fust en moy,
Soussy, Dieu scet que je feroye.]
 

Un[152] chascun se complaint de toy :
10Pour ce voulentiers fin prendroye
Avec toy, se je le[153] pouoye.
Je n’y voys qu’a la bonne foy ;
Par m’ame, [s’il en fust en moy,
Soussy, Dieu scet que je feroye :
15Moy et tous de toy vengeroye ;
Il y a bien raison pour quoy.]

XLI[154]

Monsr d’Orléans

(fol. 23)
A qui vendés vous vos coquilles
Entre vous, amans pellerins ?
Vous cuidés bien par vos engins
A tous pertuis trouver chevilles.

5Sont ce coups d’esteufz ou de billes
Que ferez, tesmoins vos voisins ?
A qui [vendés vous vos coquilles
Entre vous, amans pellerins ?]

On congnoist tous vos tours d’estrilles
10Et bien clerement vos latins ;
Trotez, reprenés vos patins
Et troussés vos sacs et vos quilles :
A qui [vendés vous vos coquilles
Entre vous, amans pellerins ?

15Vous cuidés bien par vos engins
A tous pertuis trouver chevilles ?]

XLII[155]

Monsr d’Orléans

(fol.23 v°)
En faictes vous doubte ?
Point ne le debvés,
Veu que vous savés
Ma pensée toute.

5Quant mon cuer s’i boute
Et vostre l’avés,
En faictes [vous doubte ?
Point ne le debvés.]

Dangier nous escoute :
10Sus, tost achevés ;
Ma foy recevés,
Je n’en[156] sera route.
En faictes [vous doubte ?
Point ne le debvrés,
15Veu que vous savés
Ma pensée toute.]

XLIII[157]

Fredet

(fol. 24)
Le trichement de ma pensée,
Ceste saint Valentin passée,
J’ay envoyé devers Amours,
Pour luy conter les grans doulours
5Que sœuffre pour ma tant amée ;

Requerant ma paine alegée,
Aultrement ma vie est finée,
Comme sait bien, il a mains[158] jours,
Le trichement [de ma pensée.]

10Et quant sa rayson ot contée,
Luy dist : « La requeste m’agrée ;
Car trop loyal l’ay[159] veu tousjours. »
Lors fust commandé mon secours,
Et le m’aporta la journée
15Le trichement [de ma pensée.]

XLIV[160]

Monsr d’Orléans

(fol. 24 v°)
Des amoureux de l’observance,
Dont j’ay esté ou temps passé,
A present m’en treuve lassé
Du tout, si non[161] de souvenance,

5Ou je prens d’en parler plaisance,
Quoy que soye[162] de l’ordre cassé
Des amoureux [de l’observance,
Dont j’ay esté ou temps passé.]

Souvant y ay porté penance,
10Et si pou de biens amassé,
Que quant je seray trespassé,
A mes hoirs lairai peu chevance :
Des amoureux [de l’observance,
Dont j’ay esté ou temps passé,
15A present m’en treuve lassé
Du tout, si non de souvenance.]

XLV[163]

Fredet

(fol. 25)
J’atens l’aumosne de Doulceur.
Par l’ausmonier de Doulx Regart ;
Espoir m’a promis de sa part,
Qu’il[164] me fera toute faveur.

5En esperant que ma langueur
Sessera, qui tant mon cuer art,
J’atens [l’aumosne de Doulceur,
Par l’aumosnier de Doulx Regart.]

Car comme loyal serviteur,
10J’ay servi tousjours main et tart,
Pensant qu’Amours aura regart
Quelque fois a ma grant douleur :
J’atens [l’aumosne de Doulceur
Par l’aumosnier de Doulx Regart ;
15Espoir m’a promis de sa part
Qu’il me fera toute faveur.]

XLVI[165]

Monsr d’Orléans

(fol. 25 v°)
En la querelle de Plaisance
J’ay veu la rencontre des yeulx
Qui estoient[166], ainsi m’aid Dieux,
Tout prest de combatre a oultrance,

5Rengiez par si belle ordonnance,
C’on ne sauroit deviser mieulx ;
En la querelle [de Plaisance,
J’ay veu la rencontre des yeulx.]

S’Amours n’y mectoit pourveance,
10De pieça je les congnoiz tieulx
Qu’au derrenier, jeunes ou vieulx,
Mourront tous par leur grant vaillance :
En la querelle [de Plaisance
J’ay veu la rencontre des yeulx
15Qui estoient, ainsi m’aid Dieux,
Tout prest de combatre a oultrance.]

XLVII[167]

Monsr d’Orléans

(fol. 26)
En la forest de Longue Actente,
Par vent de Fortune Dolente,

Tant y voy abatu de boys,
Que, sur[168] ma foy, je n’y congnoys
5A present[169] ne voye ne sente.

Pieça y prins joyeuse rente :
Jonesse la paya[170] contente.
Or n’y ay[171] qui vaille une noix,
En la forest [de Longue Atente,
10Par vent de Fortune Dolente,
Tant y voy abatu de boys.]

Vielesse dit, qui me tourmente :
« Pour toy n’y a pesson ne vente,
Comme tu as eu autreffoiz ;
15Passé sont tes jours, ans[172] et moys ;
Suffise toy et te contente. »
En la forest [de Longue Attente,
Par vent de Fortune Dolente,
Tant y voy abatu de boys,
20Que, sur ma foy, je n’y congnoys
A present ne voye ne sente.]

XLVIII[173]

Madame d’Orléans

(fol. 26 v°)
En la forest de Longue Actente
Entrée suis en une sente,
Dont oster je ne puis mon cueur,

Pour quoy je vis en grant langueur,
5Par Fortune, qui me tourmente.

Souvent Espoir chacun contente,
Excepté moy, povre dolente,
Qui nuit et jour suis en douleur :
En la forest [de Longue Actente,
10Entrée suis en une sente,
Dont oster je ne puis mon cueur.]

Ay je dont tort, se me[174] guarmente[175]
Plus que nulle qui soit vivente ?
Par Dieu, nannil, veu mon malheur,
15Car ainsi m’aid mon createur
Qu’il n’est paine que je ne sente :
En la forest [de Longue Actente,
Entrée suis en une sente,
Dont oster je ne puis mon cueur,
20Pour quoy je vis en grant langueur
Par Fortune, qui me tourmente.]

XLIX[176]

Monsr d’Orléans

(fol. 27)
Le trichement de ma pensée,
Qui parle maint divers langaige,
M’a rapporté chose sauvaige,
Que je n’ay point acoustumée.

5En françoys la m’a translatée
Comme tressuffisant et saige
Le trichement [de ma pensée,
Qui parle maint divers langaige.]

Quant mon cueur l’a bien escoutée,
10Il luy a dit : « Vous faictes raige ;
Oncques mais n’ouys tel messaige :
Venez vous d’estrange contrée ? »
Le trichement [de ma pensée,
Qui parle maint divers langaige,
15M’a rapporté chose sauvaige,
Que je n’ay point acoustumée.]

L[177]

Jehan, monsr de Lorraine

(fol. 27 v°)
Pour brief du mal d’amer garir,
Eslongner l’air[178] de Souvenir
Convient sans[179] grant mirencolie :
Après tous mès mengier oublie[180],
5Près du couchier, pour mieulx dormir.

De Nonchaloir pour adoussir
La médecine de Désir
Prendre fault la plus grant partie,
Pour brief [du mal d’amer garir.]
 

10Puis ung beau regime a l’issir
Du[181] vostre assez pouvrés choisir
D’une Loyaulté my partie ;
Affin que ne rencheés mye,
Faictes reffus d’amours bannir,
15Pour brief [du mal d’amer garir.]

LI[182]

Monsr d’Orléans

(fol. 28)
Aquictés vostre conscience
Et gardés aussy vostre honneur ;
Ne laissés mourir en douleur
Ce[183] qui avoir vostre aide pense.

5Puis qu’avés le pouoir en ce,
De l’aidier par grace et doulceur,
Aquictés [vostre conscience
Et gardés aussy vostre honneur.]

On criera sur vous vengeance,
10Se souffrez murdrir en rigueur
Ainssy a tort ung povre cueur ;
Assez a[184] porté pacience :
Aquictés [vostre conscience
Et gardés aussy vostre honneur ;
15Ne laissés mourir en douleur
Ce qui avoir vostre aide pense.]

LII[185]

Monsr du Bridoré

(fol. 28 v°)
Assés ne[186] me puis merveiller
Qu’aucuns amoureux[187] ont creance
D’estre de ceulx de l’observance,
Mais plus n’y veullent travaillier.

5Je di qu’il[188] leur vausist trop mieulx
Plus large regle avoir choisie ;
Car servir jeunes, et puis[189] vieux
Lesser tout, c’est ypocrisie.

Aultre nom leur convient baillier,
10C’est appostatz, qui pour doubtance
D’avoir ung pou de penitence
Ont voulu Leauté soillier[190] ;
Assés ne m’en puis [merveillier.]

LIII[191]

Monsr d’Orléans

(fol. 29)
Ce n’est point[192] par[193] ypocrisie,
Ne je ne suis point[194] appostat,
Pour tant ce[195] change mon estat
Es derreniers jours de ma vie.

5J’ay servi toute ma[196] jonesse
L’observance des amoureux ;
Or[197] m’en[198] a bouté hors Viellesse
Et mis en l’ordre douloureux

Des chartreux de Merencolye,
10Solitaire sans nul esbat.
A briefz motz mon fait va de plat,
Et pour ce ne m’en blasmés mye :
Ce n’est point[199] [par ypocrisie.]

LIV

Vaillant

(fol. 29 v°)
Mon gentil compaignon Arnault,
Arreste ton cueur qui fretille
A l’entour d’une belle fille,
Car, par Dieu, il ne luy en chault.

5Or pour Dieu, fais arriere ung sault,
Que tu n’ayes ung tour d’estrille ;
Mon gentil [compaignon Arnault,
Arreste ton cueur qui fretille.]

Congnoys ton cas, car il le fault :
10Ton compaignon est en la ville.
Preng ton bourdon et ta coquille,
Et t’en revas avant le chault ;
Mon gentil [compaignon Arnault,
Arreste ton cueur qui fretille
15A l’entour d’une belle fille,
Car, par Dieu, il ne luy en chault.]

LV

Tannegui du Chastel

(f. 30)
Au grant dueil qu’en mon cueur je porte,
Sans avoir rien qui me conforte
De ce que ne vous ay peu veoir,

Ne fault que nul, tant ait pouoir,
5Sa doulceur a la mienne assorte.

Car ma loyaulté non pareille,
A qui nulle aultre n’apareille,
Me fait tant de grief mal avoir
Qu’il[200] n’est nulle langueur pareille
10A la mienne, dont m’apareille
D’en brief temps la mort recepvoir.

M’amour, qui en bien n’avez sorte,
Combien qu’en fainte me deporte
De mectre vous en nonchaloir,
15Chacun peult bien apparcevoir
Que par vous est ma joye morte,
Au grant [dueil qu’en mon cueur je porte.]

LVI

Blosseville

(fol. 30 v°)
A tort le nommez[201] paradis,
L’enfer(s) d’amours, s’aucune joye
Vous n’y trouvés qui vous resjoye,
Ou par beaulx faiz, ou par beaux dis.

5Quant est a moy, nommer le veux
Le purgatoire des loyaux,
Qui ont leans voué mains veux,
Par quoy ilz souffrent plusieurs maux.

Je le congnoys tant de jadis,
10Que se nullement je savoye,
Voulentiers plus peu mesdiroye ;
Pardonnez moy, se je le dis :
A tort le nommez [paradis.]

LVII[202]

Blosseville

(fol. 31)
Plus c’onques mais je suis au bas :
Dueil et Soucy sont mes esbas ;
Par[203] leur cabas
Use ma vie sans plaisance,
5Et croist chacun jour a puissance
Ma desplaisance
Encontre qui je me combas.

Mès de mes coups mesmes m’abas,
Dont ma joye si fort rabas,
10Que je me bas
Du baton de Desesperance
Plus c’onquez mais.

Tenu me suis soubz les rabas
D’Envie, ou tous ses debas
15Ainsi[204] que bas
Me sont senglés sans alegance,

Dont je fois dure penitance,
Car esperance
Pers de tous poins, par les[205] sabas
20Plus c’onquez [mais].

LVIII[206]

Maistre Martin le Franc

(fol. 31 v°)
Le jour m’est nuit,
Joye me nuit,
Repos ne me sont que labours ;
Brief j’embrace tout le rebours
5De ce qu’aux aultres plaist et duit.[207]

Espoir me fuit,
Dueil me conduit,
Je despite contre Secours :
Le jour [m’est nuit].

10J’ay nom sans bruit,
Fœulle sans fruit ;
Durez espinez me sont flours :
Ainssi me gouvernent Amours,
Sans avoir aultre saufconduit ;
15Le jour [m’est nuit].

LIX

Anthoine de Guise

(fol. 32)
A mon dueil
Ne voy d’œil
Le pareil, dont suis en esmoy ;
Tant que pas ne cuide estre moy,
5Bien souvent, si tresfort me dueil ;

La mort veul,
C’est mon vueil ;
Point d’aultre remeide ne voy
A mon dueil.

10Je n’acueil,
Ne n’a cueil,
D’espoir, par Dieu, ung tout seul doy :
Ainsi louer d’amours me doy,
Qui m’aprouche de mon cercueil,
15A mon dueil.

LX[208]

Jehan, monsr de Lorraine

(fol. 33)
Qui veult de dame a moy changier ?
Est il nul ame qui s’en vente ?

A tous venans l’offre presente :
Je ne puis que perdre ou[209] gaingnier.

5Sans y penser trop ou songier,
Mais que nulluy ne s’en[210] repente,
Qui veult [de dame a moy changier ?]

Aultrement ne puis eslongnier
Le desplaisir qui me tourmente,
10Dont privé suis de mon entente,
Qui me contraint dire au premier :
Qui veult de [dame a moy changier ?]

LXI[211]

Responce de Blosseville

(fol. 32 v°)
Je changea vous, ce c’est vostre vouloir,
Et pour la vostre je vous en quitte deulx,
Qui m’ont donné de[212] plus desplaisans deulx
Que ne sont ceulx dont je vous oy douloir.

5Et pour ce sans repentir et sans voir,
En esperant[213] d’estre le plus heureulx,
Je change a vous.

Car pis[214] que j’ay je ne puis pas avoir,
Tant est mon cueur de[215] desplaisir crueux !

10Pour abregier, je me tien bien joyeux
Qu’il[216] vous a pleu faire l’offre, a savoir :
Je change a vous.

LXII[217]

Blosseville

(fol. 33 v°)
Yeux aveuglés par force de desir,
Sans garison vous me faictes gesir
Au lit de pleurs pour ma tant assouvie ;
Bouté m’avez ou joye m’est ravie,
5En languissant sans avoir nul plaisir.

A vostre gré la me faictez choisir ;
Vivre m’en fault en trop grief[218] desplaisir :
[B]ien je congnoys qu’il fault que j’er desvye,
Yeux aveuglés.

10Loing d’elle suys, et trestant la desir,
Ou que je soye, que n’ay pas le loysir,
S’a part ne suis, de mauldire ma vie ;
Et de mourir certez j’ay grant envie,
Tant me viennent[219] de maulx pour vous saisir,
15Yeux aveuglés.

LXIII[220]

Robertet[221]

(fol. 34)
En actendant garison ou la mort,
Au lit de pleurs ou je gis presque mort,
Douleur me mort
Et me tourmente desmesuréement,
5Et si[222] n’ay bien fors regret seulement
Incessaument,
Qui pour m’occire a me grever s’amort.

Hellas ! la cause qui tant me fait douloir,
E[s]t raisonnable, car de mon franc[223] vouloir
Pour bien vouloir
10Fors vous amer j’ay tout abandonné,
Pensant par vous amander et[224] valloir ;
Maiz il n’en veult a vostre cueur chaloir
Qui trop[225] valoir
15Pourroit au mien, s’il avoit ordonné.

Vostre plaisir si en soit fait au fort,
Maiz se je mœurs par faulte de confort,
On crira fort
Que vous avez souffert piteusement
20Mourir celuy qui tousjours loyaument
Et longuement
De vous servir a fait tout son effort,
En actendant [garison ou la mort.]

LXIV

Anthoine de Guise

(fol. 34 v°)
Trop plus qu’a milliers et a cens
De douleurs en mon cueur je sers,
Et en tous sens
Vers moy viennent de toutes pars.
5Ha ! Mort, pour quoy [donc] ne me pars
En mille pars,
Pour poyer tes treheus et sens ?

Car la douleur qui m’est si prouche
Qu’aultre n’aprouche
10Est cause que l’on me reprouche
Par grant reprouche ;
Batu des verges de Fortune,
Je sui celluy qui tousjours couche
Dedans la couche
15De Desepoir, qui trop me touche,
Et suis la souche
A tout malheur et infortune.

Brief je suis au bout de mon sens,
Pour quoy, s’a mourir me consens
20Et me dessens,
Qui te tient que sur moy n’espars
Les assauls qu’en mains lieux depars
Et a ceulx pars
Qui souhaident en estre absens,
25Trop plus [qu’a milliers et a cens ?]

LXV[226]

Monbeton

(fol. 35 v°)
Qui est plus cause de mon dueil,
La bouche ou bien[227] le regart d’œil
De vous par qui tant seuffre d’ire ?
Auquel de ces deux doy je dire :
5C’est par vous que tant fort me dueil ?

Car combien que tous deux ensemble
Me griefvent fort, a mon cueur semble
Que vostre œil[228] fut commencement
Des griefves douleurs que j’assemble,
10Dont ma joye se desassemble
Et pour mon desavancement.[229]

Vostre bouche ce que plus veul
Me reffuse, dont je recueil
Plus de mal qu’on ne saroit lire,
15Et si ne sçay lequel eslire
De tous ces deux, mon doulx acueil :
Qui est plus [cause de mon dueil ?]

LXVI

Monsr de Tais

(fol. 36)
Desplaisir chacun jour m’assault,
En disant que quicter me fault
Ma dame, ou brief finer ma vie :
J’ayme plus chier que je desvie
5Que la quitter par mon deffault.

Mon cuer le me conseille ainsy,
En me disant : « Et qu’esse cy ?
As tu peur de mourir pour celle
Qui nous peut oster de soucy,
10Toy et moy, et avoir mercy
De nous, en servant sa querelle ? »

Alors ma pouvre ame tressault
Et de grant dueil soupirant hault,
En disant que je meurs d’envie
15Pour vous voir, ma dame et m’amye,
Dont en plusieurs lieux en soursault :
Desplaisir [chacun jour m’assault.]

LXVII[230]

Jammette de Nesson

(fol. 36 v°)
C’est pour me receller les biens
Qui sont en vous, comme je tiens,

Que ne voulez que je vous voye ;
Mon cuer s’en plaint, que vous envoyé :
5Aussi font les pouvres yeux myens.

Chascun jour je vois et reviens,
Regardant se je verray riens,
Ainssi que de coustume avoye :
C’est pour me [receller les biens.]

10Toutesfoiz, se nul n’en retiens,
Devant tout le monde maintiens
Que ja[231] veu j’en ay tel montjoye
Qu’on[232] ne pœut plus ; maiz quoy ? ma[233] joye,
Ce n’est pas cella ou je viens ;
15C’est pour me [receller les biens.]

LXVIII

Tannegui du Chastel

(fol. 37 v°)
Puis qu’en moy cuidez tant de biens,
Besoing m’est, ainsy que je tiens,
Qu’ung trait de vos yeulx brief me voye,
Car vostre cueur dire m’envoye
5Par le myen, qu’ilz[234] sont ja tous myens.

Et dont, quant si fort je reviens

Plus receller ne vous veulx riens
Du penser qu’envers vous j’avoye,
Puis qu’en moy [cuidez tant de biens.]
10Las ! tant que je puis me retiens
De vous hanter, car je maintiens
Que comme d’onneur la montjoye
Me mettez, se vous voy, ma joye,
A retourner la donc je viens,
15Puis qu’en moy [cuidez tant de biens]

LXIX[235]

Blosseville

(fol. 37)
Grant tort avez, par Nostre Dame,
A[236] m’occire[237], ma gente[238] dame ;
De corps et d’ame
Je vous sers le myeulx que je puis,
5N’ailleurs je ne quiers nulz appuys,
Ne ne fy[239], puis
Que je vous choysi comme[240] dame.
Desir de vostre amour m’enflame,
Et voyez bien que je vous ame,
10Veu que me clame
Vostre partout, et que tel suis ;
Grant tort avez, [par Nostre Dame.]

Si fort vostre rigueur[241] entame
Mon dollent[242] cueur que je m’en[243] pame ;
15De telle fame
Parler jamaiz, las ! je n’ouys :
Vous voulez par force d’anuys[244],
Et jours et nuis,
Me mettre a mort, qui vous est blasme :
20[Grant tort avez, par Nostre Dame.]

LXX[245]

Blosseville

(fol. 38)
De mon fait, las[246] ! ne sçay que dire :
Par tout ou je voys, je m’adire,
Et voy des yeux[247] moins que du coute :
En dangier suis qu’il ne me coute
5La vie, tant suy remply d’ire[248] ;

Car ma dame si ne tient conte
De mon martire, quant luy conte,
Maiz me dit que trop aise suis
Et qu’en ce royaulme n’a conte
10Qui ait de nulle meilleur conte
Que j’ay d’elle, quant je la suis.
 

Nullement de paour de mesdire,
Jamaiz je ne l’ose desdire :
A[249] son gré parler je l’escoute,
15Puis auprès[250] d’elle je m’acoute,
Sans luy vouloir rien contredire :
De mon fait, [las ! ne scay que dire.]

LXXI[251]

Monbeton

(fol. 38 v°)
J’ay des semblans tant que je veul,
Mais du sourplus il n’est[252] nouvelle,
Car sur ma foy la bonne et belle
N’a pas le cueur tel comme l’œil.

5Se je me plains ou je me dueil,
Maiz que sans plus[253] soye près d’elle,
J’ay des semblans [tant que je veul.]

Nul autre bien je n’en[254] recueil
Fors que par coups elle m’appelle
10Son amy, et puis s’en rappelle ;
Maiz quoy que j’aye, joye ou dueil,
J’ay des semblans [tant que je veul.]

LXXII[255]

Blosseville

(fol. 39)
Le cueur troublé, le sens perdu,
Me suis trouvé tant[256] esperdu
Que je ne scay que je faisoye,
Maiz si mal a mon fait visoye
5Qu’il[257] m’a esté bien cher vendu.

Sans cop ferir m’estoye rendu
Comme simple malentendu,
Car se qu’on vouloit je[258] disoye,
Le cueur troublé.

10Maiz depuis me suis deffendu,
Et ay clerement respondu
Que bien je les avertissoye
Qu’estre jamaiz je ne pensoye
Pris au fillé[259] qu’on m’a[260] tendu,
15Le cueur troublé.

LXXIII[261]

Monbeton

(fol. 39 v°)
Quelque chose qu’Amours ordonne,
Force m’est que vous habandonne
Pour pourchassier ailleurs mon bien,
Car, sur ma foy, je congnoys bien
5Que vous m’estes pire que bonne.

Trop a de cueurs qui vous en donne :
Pour ce, ja Dieu ne me pardonne,
Se vous avez jamaiz le mien,
Quelque chose [qu’Amours ordonne.]

10Si n’amai ge jamaiz[262] personne
Tant comme vous, quoy qu’on[263] sermone,
En tout ce[264] monde terrien ;
Maiz maintenant je n’en foiz rien,
Et sers ainsy qu’on me[265] guerdonne,
15Quelque chose [qu’Amours ordonne.]

LXXXIV

Blosseville

(fol. 40)
Mais que ce soit vostre vouloir
De me fere de bon vouloir

Apprès vous soir,
De mon desir tresassouvie,
5Vous serés de moy bien servie,
Mais qu[e] envie
Vous n’ayez[266] de le desvouloir.

Pour ce plaise vous dire ouy,
Et puis, quant je l’aray ouy,
10Plus resjouy
Que ne fus oncques je seray ;
Et sera mon cueur desfouy
Ou dueil ou il est enfouy,
Ou j’ay fouy
15Par grief courroux que lesseray.

Car vous pouez sans vous douloir
De tous mes maulx me desdouloir,
Dont piz valoir
Ne pouez jour de vostre vie.
20Se j’ay dont grace desservie,
Sans que desvie,
Donnez la moy pour mieulx valoir,
Mais que [ce soit vostre vouloir.]

LXXV[267]

Anthoine de Guise

(fol. 40 v°)
Tu te brulles a la chandelle.
Helas ! mon cueur, ne voy[s] tu pas

Que Dangier est tousjours au pas,
Qui fait a tous guerre mortelle ?

5Soyes seur que tu l’aras belle :
Se tu n’y vas bien par compas,
[Tu te brulles a la chandelle.]

Sont se chataingnes c’on y pelle,
A ton avis, pour ton repas ?
10Nannil. Retray toy tout le pas,
Ains qu’on[268] te frappe au cul la pelle :
Tu te brulles [a la chandelle.]

LXXVI

Blosseville

(fol. 41)
Grant heur m’ont au jour d’hui donné
Amour, de m’avoir ordonné
A Valentine si grant dame :
Bien pert a ce, par Nostre Dame,
5Qu’ilz ne m’ont pas habandonné.

Car de beaulté et de doulceur
Je me tiens seur
Que toutes aultres elle passe ;
C’est la source de tout honneur,
10Ou deshonneur
Entierement meurt et trespasse.

Se j’ay eu[269] dueil desordonné,
J’en suy haultement guerdonné
Tant que ne tiens plus conte d’ame ;
15A la servir de corps et d’ame
Me suis de tous poins adonné :
Grant heur [m’ont aujourd’hui donné
Amour, de m’avoir ordonné
A Valentine, si grant dame.]

LXXVII

Blosseville

(fol. 41 v°)
Puis qu’une foiz sont joings ensemble
Nos deulx cueurs, m’amour, il me semble
Que jamaiz n’en departiront,
Et qu’au[s] biens d’Amours partiront,
5Se Dangier ne les desassemble.

Car le desir qui les assemble
Par bon espoir qui d’eux ne s’emble
Fera que leurs maulx partiront,
Puis qu’une [foiz sont joings ensemble.]

10Nulz n’en sera qui les ressemble ;
Tous les faulx envieux d’ensemble
Si a l’escart my partiront,
Que desdangnez a part yront,
Sanz que jamaiz nul les rassemble,
15Puis qu’une foiz [sont joings ensemble.]

LXXVIII[270]

Blosseville

(fol. 42)
J’en ay le dueil
Et vous la joye[271].

Du[272] regard d’euil
J’en ay le dueil,

5Dont je me dueil,
Ou que je soye ;
J’en ay le dueil,
Et vous la joye.

LXXIX

Blosseville


Je vous feray de mon corps don,
En esperant d’en mieulx valoir.

Pour l’amour de vostre cordon,

Je vous feray de mon corps[273] don,

5Car a ce bien nous acordon,
Mon cueur et moy, de bon vouloir :
Je vous feray de mon corps don,
En esperant d’en mieulx valoir.

LXXX

Blosseville

(fol. 42 v°)
Lors seullement vostre grace acquerir
Ne veuil, mon tout, ma mestresse, ma dame.
Et pour ce dont n’a[274] avoir crainte d’ame,
Je la vous vieulx a ce coup requerir ;

5Vous suppliant que vous veuillez
De bien bon cueur le me donner,
[E]t que tousjours me recuilliez
Sur tous, sans point m’habandonner.

Car vous savez, sans vous en enquerir,
10Que vous seulle trop plus que toutes ame ;
Et qui plus est, vous promez sur mon ame
Que je ne quier rien sur vous conquerir
Fors seullement [vostre grace acquerir.]

LXXXI[275]

Blosseville

(fol. 43)
Pour contrefaire l’amoureux,
Je foix ainsi le douloureux
Que ceulx qui sont en grant chaleur ;
Sy n’ay je ne mal[276] ne douleur,
5De quoy je me tiens bien heureux.

Lays ! j’entretiens les maleureux,
Qui seuffrent les maulx rigoreux,
Et changent[277] souvent de coulleur,
Pour contrefaire [l’amoureux.]

10Ce de quoy sont tant desireux[278]
Plusieurs foys, je le sçay par eux,
Car il me comptent leur malheur,
Cuidant que je soye des leur[279] ;
Dont je me sens plus rigoureux,
15Pour contrefaire [l’amoureux.]

LXXXII[280]

Blosseville

(fol. 43 v°)
Celle pour qui je porte l’M,[281]
Je vous asseure que je l’ame
Tant fort qu’a peu que n’en[282] desvye,
Ne jamaiz d’aultre amer envye
5N’auray, ne que de rendre l’ame.

Je l’ay choysie pour ma dame,
Dont je ne crains reprouche d’ame,
Car de tous biens est assouvye
Celle pour qui [je porte l’M.]

10D’elle partout je me reclame,
En la louant[283], sans donner blame
A personne qui soit en vye ;
Et si la sers et l’ay servie
Et serviray mieulx qu’aultre fame,
15Celle pour qui [je porte l’M.]

LXXXIII

Blosseville

(fol. 44)
Pour le bon loz que l’on vous donre,
Corps et biens je vous abandonne :
Faictes en [tout] voustre plaisir ;
Tout prest suis de vous en saisir,
5Puis que mon vouloir le m’ordonne.

Vous estes belle, gente et bonne,
Tant qu’au royaulme n’a personne
Qui n’ait de vous voir grant desir,
Pour le bon [loz que l’on vous donne.]

10Ne jamais [bien] Dieu ne me donne,
S’a vous amer tant ne m’adonne
Que je ne puis[se] en pais gesir,
Car mon cueur meurt de desplaisir,
Quant de vous je ne l’araysonne,
15Pour le bon loz [que l’on vous donne.]

LXXXIV[284]

Blosseville

(fol. 44 v°)
En la montaigne de Tristesse
Suys prisonniers en la fort(e)resse

De Desepoir qui me tourmente,
Ou plusieurs foix je me guermente[285]
5La ou vous estes, ma maistresse ;

Pour vous conter la grant destresse,
Le desplaisir et la rudesse
Que l’on me fait, dont je[286] lamente,
En la montaigne [de Tristesse.]

10Nul reconfort vers moy n’adresse ;
Grief Courous tellement me blesse
Que chacun jour mon dueil s’augmente ;
Ne pensés pas que je vous mente,
Car ma douleur jamays ne cesse
15En la montaigne [de Tristesse.]

LXXXV[287]

Regné d’Orange

(fol. 45)
Mort, m’es[288] trescruelle et maudite,
Qui en tous lieux es interdite
De toute joye et tout[289] soulas :
Pour Dieu, tire vers moy tes las,
5Car ma vie m’est trop despite.

J’ay des maulx si treslargement

Qu’on ne saroit penser comment
J’ay puissance de les porter ;
[P]ar[290] quoy je suis incessaument
10En plains, en plours et en tourment,
Du tout pour moy desconforter.

Je te pri, plus ne me respite,
Affin que soye du tout quicte
Des assaulx dont mon cueur est las :
15Je t’abandonne hault et bas[291],
Fay ton devoir toust, et[292] t’aquicte :
Mort m’es[293] [trescruelle et maudite.]

LXXXVI[294]

Monbeton


En l’estat ou vous me voyés, (fol.45 v°)
M’a mys Amours[295] ; hellas ! oyés
Comme[296] d’estre loyal m’est pris !
Et puis après, se[297] j’ay mespris,
5Content suis que vous me noyés.

Premierement de mon maleur
N’eus oncques bien ne la[298] valeur

D’ung seul plaisir de ma maistresse ;
Sy en ai ge heu mainte douleur,
10En la servant, dont la couleur
Me change souvant de destresse.

Pour ce que myeulx vous me croyés,
Doubtant qu’ainsi estre doyés
Guerdonnés[299], comme j’ay apris,
15Gardés vous bien d’estre soupris,
Affin que mis vous ne soyés
En l’estat [ou vous me voyés.]

LXXXVII[300]

Jehanne Filleul

(fol. 46)
Helas ! mon amy, sur mon ame
Plus qu’aultre famme
J’ay de douleur si largement,
Que nullement
5Avoir confort je ne puis d’ame.

J’ay tant de dueil en ma pencée,
Que trespassée
Est ma[301] leesse depiecza :
A l’eure que m’eustes laissée
 Seulle esgarée,
Tout mon plaisir se trespassa.
 

Dont maleureuse je me clame,
Par Nostre Dame,
D’estre voustre si longuement,
15Car clerement[302]
Je congnoys que trop fort vous ame,
Helas ! mon amy, [sur mon ame.]

LXXXVIII[303]

Monsr de Torcy

(fol. 46 v°)
N’ai ge pas esté bien party
A ce jour de saint Valentin,
Lequel chacun, soir ou matin,
Guete pour prandre son parti ?

5En partant me feust departi
Des dames le chois pour butin :
N’ay ge pas [esté bien party
A ce jour de saint Valentin ?]

Entier je l’eu, nom pas party :
10Nul contre moy n’en print hutin ;
Aussy, foy que doy saint Martin,
Incontinent je m’en party.
N’ai ge pas [esté bien party.
A ce jour de saint Valentin,
15Lequel chacun, soir ou matin,
Guete pour prandre son parti ?]

LXXXIX[304]

Jeucourt

(fol. 47)
En la montaigne de Tristesse
Demouré suis en grant destresse,
Pour la rudesse[305]
D’une[306] dame que j’ay servie,
5Qu’oncquez en nul jour de ma vie
Je n’euz envie
De changer pour aultre[307] maistresse.

Maiz pour bien tenir ma promesse,
J’ay enduré que Mort me[308] presse
10Par grant apresse[309],
Tant qu’il faudra que je desvie,
En la montaigne [de Tristesse.]

Car Loyaulté est ma richesse :
Jamais pour riens ne la delesse.
15Las ! pourquoy esse
Que je n’ay Grace deservie
Et qu’en Pitié n’est assouvye,
Tant que ravie
Feust la douleur qui trop [310] me blesse[311],
20En la montaigne [de Tristesse ?]

XC[312]

Jeucourt

(fol. 47 v°)
En la forest de Longue Actente
J’ay esté des moys plus de trante,
Cuidant avoir aucun secours,
Mais je treuve bien le rebours,
5Car il n’est mal que je n’y sente.

Au forestier souvent lamente,
Et point ne cesse ma tourmente ;
Mais dist que g’useray mes jours
En la forest [de Longue Actente.]

10Pour quoy Desespoir sy[313] me tente[314]
Que de mourir je me contente,
Sans que[315] plus vive[316] en telz doulours[317],
Car Pitié et Mercy sont sours
Toutes les foiz qu’on me tourmente[318].
15En la forest [de Longue Actente.]

XCI[319]

R. le Senechal[320]

(fol. 48)
De[321] ma joye n’est plus nouvelle,
Se ne suis vostre[322] retenu ;
Tousjours a vous me suis tenu
En soubtenant vostre querelle.

5Car quant premierement vous vy[s],
A vous servir je m’aservis,
Et fut par vous mon cueur ravy[s]
Pour la beaulté qu’en vous je[323] vys.

Pour Dieu ne me soyez[324] pas telle
10Que soye de vous mescongneu ;
Car a la mort je suis venu,
Se vous m’estes en rien cruelle.
De ma joye [n’est plus nouvelle.]

XCII[325]

A. de Guise

(fol. 48 v°)
Par bien celer mains tours divers,
Montrant de son vueil le revers
Soubz ung peu de maniere fainte,
Avec abstinance contrainte,
5Sont les segrés d’Amours ouvers.

Refus les deffant a travers,
Et ne sont a nulz descouvers
Que ce ne soit en tresgrant crainte,
Par bien celler [mains tours divers.]

10Honte les tient clos et couvers,
Pour les faulx dangiers et[326] pervers
Dont elle a heu reproche mainte ;
Mais pour venir a nostre atainte,
Loyaulté nous baille ces vers,
15Par bien [celer mains tours divers.]

XCIII

A. de Guise

(fol. 49)
Dangier, Jalousie et Fortune
Sont arivez la ou je gis,

Et ont tant foulé mon logis
Qu’ilz[327] n’y ont lessé joye aucune.

5Chacun y fait ces grans estrois :
Si deust il bien de l’un suffire,
[C]ar le maindre de tous ces trois
Est pour ung grant cueur desconfire.

Mais c’est Amours qui me fortune,
10Quant a Loyaulté m’eslargis,
Dont presque hors de mon sens g’is
D’avoir telx hostes par rancune :
Dangier, [Jalousie et Fortune.]

XCIV

C. Blosset

(fol. 49 v°)
Je ne requier que vostre grace,
Ou jamais Dieu ne me doint bien,
Et si n’est en ce monde rien
Que pour vostre honneur je ne face.

5Helas ! se j’eusse le pouoir,
De quoy j’ay bien la voulanté,
Vous pouriés [bien] apercevoir
Entierement ma leaulté.

La mort du tout brief me defface,
10Se vostre ne suis plus que mien ;

Se que je dy, je le maintien
Et[328] maintiendray a la tout passe :
Je ne requier [que vostre grace.]

XCV

C. Blosset

(fol. 50)
Belle et bonne, ou point n’a de redite,
Sourse d’onneur par sur toutes l’elite,
La non pareille que Nature fist on,
D’ung commun bruit tous vous donnent le non
5D’estre sans per, sans nulle contredite.

Car vous estes par si tresbien conduite,
Que ung chacun du parler s’en delite,
En accroissant vostre los et renon,
[Belle et bonne.]

10Ma simplesse vault mieulx teue que dite,
Veu qu’a se faire ma valeur est petite :
Si vous suppli que m’octroyez[329] ung don
Que de ma faulte j’aye de vous pardon,
S’a vous louer pas assés ne m’acquicte,
15Belle [et bonne.]

XCVI

C. Blosset

(fol. 50 v°)
Plus que jamès tout vostre je me donner,
Plus que jamès tout le monde habandone
Pour vous servir, mès savez [vous] coumant ?
Par Nostre Dame, c’est si tresloyaument
5Que riens ne m’est de nulle aultre personne,

Se[330] non de vous a qui je suis ;
Par quoy ce mot bien dire puis
Que vous estez seulle sans per
De beaulté, de corps et de vis,
10Ensenblement tous biens compris,
Sans en vouloir nul excepter.

Ma maistresse, vostre valleur foisonne
En acroissant, laquelle si m’ordonne
Que je vous serve continuellement ;
15Et si m’avient que le face aultrement,
Je prie a Dieu que point ne me pardonne :
Plus que jamès [tout vostre je me donne.]

XCVII

C. Blosset

(fol. 51)
Souviengne vous de ma grant loyauté,
Deliberée et franche voulanté
De vous servir jusques Mort me desface,
Et si m’avient qu’en riens je la forface,
5Mourir puissé ge par grande cruaulté !

Je suis par l’euil, laz maintes foiz tanté
De Jalousie, par qui des maulx tant é
Que, ma dame, plus ne sçay que je face ;
Souviengne vous !

10Jamais ne fistes une desloyaulté :
Dont vostre los c’est tousjours augmenté.
Sy prie a Dieu qu’en tous biens se parface,
Et que le cueur de vous en luy efface
Tous, fors que moy : si seré contanté.
15Souviengne vous !

XCVIII

C. Blosset

(fol. 51 v°)
Quant je suis seul en gisant a l’envers
Et je regarde du lonc et du traver
Les leaultez qui courent[331] maintenant,

Ainsi m’aist Dieu, j’en suis tout merveillant,
5Quar tous ne sont que faulx semblans couvers.

Ceulx qui le font sont vestuz a l’envers,
Et a l’onneur ont donné d’un renvers,
Par quoy je doubte leur mortel dampnement,
Quant je suis [seul.]

10Ha ! mes amys, ne soyez[332] si parvers
Que vous n’ayez[333] vos esperiz ouvers
Pour bien amer et servir leaument ;
Se d’aventure le faictez aultrement,
J’entens trop bien que serez descouvers,
15Quant je suis [seul.]

XCIX

A. de Guise

(fol. 52)
Plus suis loingtain, [et] plus vous voir desire,
Plus en suis près, [et] plus mon mal empire,
Plus vous requier, plus Refus me deboute,
Plus m’en retray, [et] plus Desir m’y boute,
5Plus suis espris, plus crains a le vous dire.

Plus vois avant, [et] plus ay douleur pire,
Plus fort me dueil, [et] plus suis loing du myre,
Plus voy mon bien, plus ay grant crainte et doubte,
Plus [suis loingtain, et plus vous voir desire.]
 

10Plus suis soulet, [et] plus et plus soupire,
Plus pleure et plains, [et] plus veult Amours rire,
Plus voy d’esbas, plus d’eau de pleurs degoute,
Plus dormir vueil, plus fait mon cueur l’escoute,
Plus y pence, plus [je] me vueil occire,
15Plus suis [loingtain, et plus vous voir desire.]

C

C. Blosset

(fol. 52 v°)
Belle, de vous m’est souvenu
Si tresfort, que j’en ay perdu
De moy et d’aultrui congnoissance,
Car incessaument tousjours pence,
5Quant vers vous feré revenue.

C’est le desir que tant desire
Que de m’y revoir de retour :
Dieu m’y vueille briefment[334] conduire,
Sans faire en aultrui part sejour !

10Se de vous ne suis recounu,
Trop plus que nul je suis vaincu
Et mis pour jamès a oultranse ;
Mais j’ay en vous telle fiance,
Que mieulx ferez qu’il[335] ne m’est deu :
15Belle, de vous [m’est souvenu !]

CI

C. Blosset

(fol. 53)
Je suis celuy qui desire sa mort
Incessaument, par Maleur qui m’amort
De la vouloir si souvent requerir :
N’esse pitié ? — Or, par Dieu, sans mentir,
5Ouy, trop grande. — Mais quoy ! je n’ay pas tort :

Mon cueur, mès parlons loyaument,
Et debatons finablement
De ma maleureuse fortune.
Est il nul soubz le firmament,
10Qui des maulx ait si largement
Comme moy pour amer fort une ?

Hellas ! nanny, car Douleurs par renfort,
Aussi rengées de ce mesmes resort,
Me tourmentent a leur gré et plaisir ;
15S’ilz me feissent tout a ung coup mourir,
Bien je disse par ung grant reconfort :
Je suis celuy [qui desire sa mort.]

CII

C. Blosset

(fol. 53 v°)
Plus vous regarde, trop plus fort je vous prise,
Et se vous seusse a votre droibt priser,

Je vous prisasse sans aultre despriser,
Mais a moy n’est dont point ne me desprise ;

5Quar, quant je pense en vostre grant valleur,
Qui est si grande que, par Dieu, le meilleur
Et le plus saige,
Voire, qui soit en tout l’umain lignaige,
Pas ne saroit,
10Lors je m’arreste, [et] de crainte et de peur,
Las d’y faillir, si me tiens pour tout seur
Que folle oultraige
A moy seroit, car jamès mon langaige
N’y avendroit.

15Sy n’entreprens une telle entreprise :
Mieulx me seroit entreprendre a puiser
Toute la mer, sans plus en diviser,
Veu qu’en tous biens estez si bien comprise,
Plus [vous regarde, trop plus fort je vous prise.]

CIII

C. Blosset

(fol. 54)
Savoir a tous fois mon couraige,
Car quelque bien, aussi doumaige,
Qui jamès me puisse advenir,
Si sui ge plus prest de mourir,
5Qu’a ma loyauté faire oultraige.

Et s’il advient que je le face,

Je prie a Dieu que je trespasse,
Mais que ce soit prouchainement,
Sans en avoir respit ne grace,
10Et que ma personne soit arce
Comme herese en plain jugement.

Soyez seurs qu’il[336] n’est avantaige,
Beauté, bonté ne grant lignaige[337]
Que Fortune m’osast ouffrir,
15Qui me seust faire departir
Du lieu ou je suis en servaige :
Savoir a tous [fois mon couraige.]

CIV

C. Blosset

(fol. 54 v°)
Ebay suis comme pouez
Prendre plaisir de me deffaire,
Veu que jamès ne voulu faire
Le par quoy, et bien le savez.

5Helas ! et vous estez ma dame,
Celle seulle que plus fort ame
De tout le demourant du monde !
Ainsi m’aist Dieu et Nostre Dame,
Que c’est du cueur, de corps et d’ame
10Et d’une leaulté parfonde.

Se mercy de moy vous n’avez,

Mieulx me fust d’estre encore a faire ;
Ainsi, pour mon propos parfaire,
Tout bas, s’il[338] vous plest, or ouez :
15Ebay suis [comme pouez
Prendre plaisir de me deffaire.]

CV

Blosseville

(fol. 55)
Se me semble bien grant dommaige :
Que n’avez en vous leaulté
Autant comment a de beaulté
Vostre corps et vostre visaige.

5Se cueur avez tant fort volage,
Qu’en luy n’a que desleauté,
Se me semble [bien grant dommaige.]

Vous ne maintenez tel oultraige
Envers moy pas de nouveauté,
Et, qui pis est, sans cruaulté
N’est jamais vostre fier couraige :
Se me semble [bien grant dommaige.]

CVI

Blosseville

(fol. 55 v°)
Pour le celer, mon dolent deuil,
Je fois semblant de ne voir d’euil
Chose nulle qui ne me plaise,
Mais rien n’est qui ne me desplaise,
5Tant ay d’ennuy dont fort me deuil.

Car le rebours de tout mon veuil
Ce fait, dont plusieurs maulx recueuil,
Et si couvient que je m’en taise,
Pour le celer, [mon dolent deuil.]

10Le desplaisir que j’en ac[u]euil
Me fait desirer mon cerc[u]euil,
Affin que ma douleur s’appaise ;
Car ainsi suis trop a mal aise,
Dont point de bruit faire ne veuil,
15Pour le celer, [mon dolent deuil.]

CVII

C. Blosset

(fol. 56)
A ceste foiz je me voy en la fonte
Si tresparfont, que plus je n’y voy goute :
Byse, galerne, or soufflez en la velle ;

De moy ne d’aultre ne donne une senelle :
5Mort sans mercy, tenez doncques l’ecoucte.

A genoulx suis apuyé sur le coucte,
Voyant ma fin que certes peu je doubte,
Pour ma vie qui me semble immortelle :
A ceste foiz [je me voy en la fonte
10Si tresparfont, que plus je n’y voy goute.]

Des malleureux j’ay non le passeroute,
Car mon maleur de tous poins me deboute
De mon desir, lequel nomme et appelle
Le seul moment de tresfroide nouvelle ;
15Par quoy je dy et diré somme toute :
A cestes foiz [je me voy en la fonte
Si tresparfont, que plus je n’y voy goute.]

CVIII

C. Blosset

(fol. 56 v°)
Le serviteur mal fortuné,
Remply de deuil desordonné
Trop plus que nul qui soit en France,
Sy se treuve, par l’influance
5Du grant maleur ou il fut né.

C’est piteusement ordonné
Qu’il[339] n’est aultrement guerdonné,

Veu que jamès ne fist offance,
Le serviteur [mal fortuné.]

10Pour Dieu, qu’il[340] lui soit pardonné,
S’aucunement vous a donné
De ses maulx vraye congnoissance,
Car il n’a plus sans ne puissance,
Et mains que foul habandonné,
15Le serviteur [mal fortuné.]

CIX

Blosseville

(fol. 57)
Dedans l’abisme de Douleur[341]
Languist et plaint mon dollent cueur,
Qui ne peut avoir confort d’ame,
Fors que de vous, ma gente dame,
5De qui suis loyal serviteur.

Ne luy faictez point de rigueur :
Monstrez luy signe de doulceur,
Ou il se mourra, sur mon ame,
Dedans l’abisme [de Douleur.]

10Se vous sera grant deshonneur
S’il[342] meurt ; et, par mon createur,

Aultre que vous n’en ara blasme,
Car chacun voit bien qu’il vous ame
Tant qu’il en gist en grant langueur
15Dedans [l’abisme de Douleur.]

CX

Blosseville

(fol. 57 v°)
Le cueur qui souloit estre mien
Je vous ay long temps adonné,
Qui ne vous a abandonné
Ne n’abandonnera pour rien.

5Pour tousjours mès seur je me tien
Qu’a vous amer c’est adonné,
Le cueur [qui souloit estre mien.]

Il en sera, je le sçay bien,
Quant il vous[343] plaira, guerdonné :
10Soit par vous doncques ordonné
Ce que vouldrez qu’il ait de bien,
Le cueur [qui souloit estre mien.]

CXI

C. Blosset

(fol. 58)
Las ![344] je fois dueil, quant je suis a par moy,
Et de le faire suis tenu, par ma foy,
Car je congnois ma fortune si grande
Qu’il[345] n’est heure qu’a ma mort je ne tande,
5Pour meptre fin en griefz maulx que reçoy.

— Combien me fauldroit il de temps
Pour bien vous raconter mes plains ?
— Par Dieu, ma dame, cent mil ans,
Ou quatre vings tout pour le mains.

10Par droibt souhet ainsi faire le doy ;
Et sur le Dieu seullement que je croy,
Ma maistresse, se par vous ne m’amande,
J’auray de brief ce que devant demande,
Pour me vangier du maleur que me voy :
15Las ! je fois [dueil, quant je suis a par moy.]

CXII

C. Blosset

(fol. 58 v°)
En actendant de noz maulx garison
Et delivrance de l’oscure prison

Ou Fortune par son effort a mys
Mon cueur et moy, par ce nous voy submys
5A brief[z] periz sans nulle mesprison.

Se fait eussions aulcune traïson,
Qu’on nous punist, ce seroit bien raison,
Mille foiz plus que n’arions commis,
En actendant [de noz maulx garison.]

10Mais, par ma foy, se seroit desraison
D’estre punys sans auculne achoison,
En servant celle ou tous biens sont remis.
S’ainsi morons, nous prions noz amis
Qu’ilz[346] nous donnent chacun ung orison,
15En actendant [de noz maulx garison.]

CXIII[347]

Blosseville

(fol. 59)
J’en ay le dueil, et vous la joye,
J’en ay la guerre, et vous la paiz,
J’en cours, et vous allez en paiz,
J’en ay courroux, qui vous[348] resjoye.
5Vous en riez, et j’en[349] lermoye,

Vous en parlez[350], et je m’en tais ;
J’en ay le dueil, [et vous la joye,
J’en ay la guerre, et vous la paiz.]

Vous vous bangnez, et je me noye,
10Vous vous faictez, je me deffais,
Vous me blasmez, dont ne[351] puis mais,
Vous ne voulez, que g’y pourvoye ;
J’en ay le dueil, [et vous la joye,
J’en ay la guerre, et vous la paiz,
15J’en cours, et vous allez en paiz,
J’en ay courroux, qui vous resjoye.]

CXIV

Le Roussellet

(fol. 59 v°)
Veu qu’oncques mès ne vous meffis,
Si durs termes vous me tenez,
Qu’il me semble que mesprenez
Envers moy plus que je ne dis.

5Sur mon ame je m’esbays
Quel plaisir a ce vous prenez,
Veu qu’oncques mès [ne vous meffis.]

Conclusion : il m’est advis
Que tellement m’entretenez
10Et mon fait si mal comprenez,
Que jamais on ne pourroit pis,
Veu[352] [qu’oncques mès ne vous meffis.]

CXV

Le Roussellet

(fol. 60)
Pour esloigner vostre gent euil,
Mon seul bien, tel[e] paine endure
Que ce sera grant aventure,
Se ne meurs des maulx que recueil.

5Helas ! mon Dieu, mais quel plaisir
Prennent ceulx qui ont ce desir
De m’ouster vostre compaignie,
Ne quel bien leur peult il venir
Ainsi de me faire[353] languir
10Et finer ma dolente vie ?

J’aperçoy tout cler que leur vueil
E[s]t de vouloir que plus ne dure,
Car par eulx j’ay a desmesure
Des douleurs dont je meurs de dueil,
15Pour [esloigner vostre gent euil.]

CXVI

Le Roussellet

(fol. 60 v°)
Quant jamais aultre bien n’aroye
Que d’estre advoué serviteur

De la maistresse de mon cueur,
Demander mieulx je ne saroye.

5Ung regart d’elle seullement
Mon cueur contente tellement,
Que rien n’est qui tant me reviegne :
Amer et servir leaument
Tousjours la vueil, non aultrement,
10Quelque chose qui m’en aviegne.

Et quant bien fort je penseroy
Au[s] tresgrans biens d’elle et valeur,
Dieu merciroye d’ung tel heur,
Et ainsi me conten[te]roye,
15Quant jamais [aultre bien n’aroye.]

CXVII

Le Roussellet

(fol. 61)
Se longuement j’eusse esté sans vous voir,
Ainsi m’aist Dieux, que je sçay tout de voir
Que de la mort eschapper ne pouoye,
Car sans cesser en tel paine j’estoye,
5Qu’ung tout seul bien je ne savoye avoir.

Oncquez mais je ne sceuz si bien
Combien mon cueur vous veult de bien,
Comme je le sçay a ceste heure :
Je ne le vueil blasmer en rien,
10Mais il est vostre plus que mien,
Ma dame, je le vous asseure.
 

Il m’est venu souvant ramentevoir
Vostre valeur, et me faire sçavoir
Que trop loingtain de vous je me tenoye ;
15Lors a part moy ung tel dueil je prenoye,
Que j’en perdoys le sens et le savoir,
Se longuement [j’eusse esté sans vous voir.]

CXVIII[354]

Le Roussellet

(fol. 61 v°)
Quelque jour, quant temps il[355] sera,
Mon piteulx cas adviserez,
Puis, s’il vous plaist, deviserez
Comment mon cueur s’apaisera ;

5Car nuit ne jour il ne repose
Du tresgrant affamé desir
Qu’il a, pensant a faire chose
En quoy preignez aulcun plaisir[356].

Or faictez ce qu’il vous plaira ;
10Mais quant bien son mal[357] vous sarez,
Et ung peu vous y penserez,
Je croy qu’il[358] luy[359] amendera,
Quelque jour, [quant temps il sera.]

CXIX

Le Roussellet

(fol. 62)
Quant je me treuve auprès de celle
Qui son amy du cueur m’appelle,
Et j’ay ung regart de ses yeulx,
Je suis plus gay et plus joyeulx
5Q[u]’ung poulain desbridé sans celle.

Se je la voy ung peu rebelle,
Tout doulcement je luy dis : « Belle,
Voustre courroux m’est ennuyeux ; »
Quant je [me treuve auprès de celle
10Qui son amy du cueur m’appelle.]

Mais s’il avient qu’elle soit telle
Qu’il[360] luy plaise que parle a elle,
Je semble, tant suis glorieux,
Proprement ung beau sire Dieulx
15Qui soit assis sur une pelle,
Quant je [me treuve auprès de celle
Qui son ami du cueur m’appelle.]

CXX[361]

Le Roussellet

(fol. 62 v°)
Malleureux cueur, que veulx tu faire ?
Veulx tu tant a une complaire
Qu’un seul jour[362] je n’aye repos ?
Penser ne puis a quel propos
5Tu me fais tant de paine traire.

Nous n’avons ne joye[363] ne bien,
Ne toy ne moy, tu le scez bien ;
Tousjours languissons en destresse[364] :
Ta leauté ne nous vault rien,
10Et qui pis est, seur je me tien
Qu’il n’en chault a nostre maistresse.

Combien qu’ayez voulu parfaire[365]
Ses plaisirs, craignant luy desplaire,
Acroissant son bon bruit et los[366],
15Mal t’en est pris ; pour ce te los[367]
Que brief pensses[368] de t’en[369] retraire
Malleureux [cueur, que veulx tu faire ?]

CXXI

Anthoine de guise

(fol. 63)
Se les yeulx esloignent la face,
Et Fortune ou Dangier le face,
Ne fault il pas pour tant [ce] dire
Qu’Amours, qui est de cueurs le sire,
5De tous poins d’espoir les defface ?

Car bien souvant pour mieulx cognoistre
S’aucun de son sens se bestourne,
Voulentiers font tel tours de maistre
Que puis après en joye il tourne.

10Qui bien a commancé parface,
Car Amour[s] veult qu’on le pourchace
Loing et près, c’est ce qu’il desire :
Ung limier, qui de grant cerf tire,
Ne doit pour tant lesser sa chace,
15Se les yeulx [esloignent la face.]

CXXII[370]

A. de Guise

(fol. 63 v°)
Pour vous avoir a mon pouoir servie
Et de tous poins ma pensée asservie

A vous amer[371], obeïr et complaire,
Me devez vous pour ung nouveau[372] deffaire
5Et m’esloigner de vous toute ma vie ?

Nule[373] achoison fors voulenté n’y a,
Veu qu’oncques mais mon vouloir ne nya
Vos bons plaisirs ne ne volt[374] contredire,
Ainçois tousjours[375] vers vous s’humilia :
10Sy[376] m’esbays qui a ce vous lya,
Car après moy, par Dieu, vous arez pire.

De[377] peu d’arrest au[378] change vous convye ;
Pour tant n’est droibt que doyez[379] par envie
Mon loyal cueur accuser de mal faire :
15Pardonnez moy si je ne m’en puis taire,
Car je n’ai pas tel rigueur desservie,
Pour vous [avoir a mon pouoir servie.]

CXXIII

A. de Guise

(fol. 64)
Blosseville, noble escuier,
Tous ces fatraz je vous envoye,
Ce non obstant que chacun voye
Que ne sont pas de main d’ouvrier.
 

D’amender ilz ont bien mestier,
Et je vous pri qu’on y pourvoye ;
Blosseville, [noble escuier,
Tous ces fatraz je vous envoye.]

Vous savez que du droit sentier
10En tel cas maint ung se desvoye ;
Avant qu’ilz aillent aultre voye,
Donnez leur ung tour du mestier.
Blosseville [noble escuier,
Tous ces fatraz je vous envoye,
15Ce non obstant que chacun voye
Que ne sont pas de main d’ouvrier.]

CXXIV[380]


Je ne suis pas tant abusé
Que de me vouloir entremestre
De corriger les faiz du maistre
Qui est du mestier tant rusé.

CXXV[381]

Meschinot

(fol. 64 v°)
Plus ne voy rien qui reconfort me donne,
Plus dure ung jour que ne souloient cent,
Plus n’est saison qu’a nul bien m’abandonne,
Plus voy plaisir, et mains mon cueur s’en sent,
5Plus qu’oncques mais mon vouloir bas descent,
Plus me souvient de vous, et plus m’empire,
Plus quiers esbas, c’est lors que plus soupire,
Plus fait beau temps, et plus me vient d’ennuys,
Plus ne m’atens fors tousjours d’avoir pire,
10Puis que de vous aproucher je ne puis.

Plus vivre ainsi ne m’est pas chose bonne,
Plus vueil mourir, et raison s’i consent,
Plus qu’a nully Amours de maulx m’ordonne,
Plus n’a ma voix bon acort ne assent,
15Plus fait on jeux, mieulx desire estre absent,
Plus force n’ay d’endurer tel martire,
Plus n’est vivant home qui tel mal tire,
Plus ne cougnoys bonnement ou je suis,
Plus ne sçay bref que penser, faire ou dire,
20Puis que de vous aproucher je ne puis.

(fol. 65)Plus suis dollent que nulle aultre personne,
Plus n’ay espoir d’aulcun alegement,
Plus ay desir, crainte d’aultre part sonne,

Plus cuide aller vers vous, mains sçay comment,
25Plus suis espris, et plus ay de tourment,
Plus pleure et plains, et plus pleurer desire,
Plus chose n’est qui me puisse souffire,
Plus n’ay repos, je hay les jours et nuys,
Plus que jamais a douleur me fault duire,
30Puis que de vous aproucher je ne puis.

Plus n’ay mestier de jouer ne de rire,
Plus n’est le temps si non du tout despire,
Plus cuide avoir de doulceur les apuys,
Plus suis adonc desplaisant et plain d’ire,
35Puis que de vous aproucher je ne puis.

CXXVI

Blosseville

(fol. 65 v°)
Vous qui parlés de la beauté d’Elaine
Qui de Paris fut en Grece ravie,
Et de Judit la preuse souveraine,
Par qui perdit Ollofferne la vie,
5Avoir deussiez de parler plus d’envie
D’une pour qui bien devons priser l’M[382]
Qui en estoit par trop plus assouvie :
Je requier Dieu qu’il en veuille avoir l’ame.

De cela fut Polissenne moult plaine
10Dont Achillès vouloit faire s’amye,

Et Elisa, c’est chose bien certaine,
Que Sicheüs ne tint pas ennemye,
Qu’en rien louer nul ame ne doibt mye
Sy non après celle qui fut sans blasme,
15Pour qui maint euil souvanteffoiz lermye :
Je requier Dieu qu’il en vueille avoir l’ame.

(fol. 66)Lucresse fut de bonté la fontaine
Qu’a force prist Tarquin de Rommenie ;
Hester vesqut sans reprise villaine
20Qu’Asuerus prist[383] pour avoir lignie ;
Mais rien n’y font, car plus estoit fournie
De trestous biens la douce [et] noble dame
Que la mort a de ce monde banye :
Je requier Dieu qu’il en vueille avoir l’ame.

25Que voulez vous que plus je vous en dye ?
Fille de roy, de daulphin fut [la] fame ;
Trop tost la prist si griefve maladye :
Je requier Dieu qu’il en vueille avoir l’ame.

CXXVII[384]

Blosseville

(fol. 66 v°)
Vous verrez toutes les rivieres,
Les boys et les forestz bruler,
Les champs aussi et les bruyeres,

Les poissons tous en l’air voler,
5La mer tharir, les chiens parler,
Buglez courir mieulx que chevaulx,
Enfans d’ung an bien tost aller,
Quant tous amans[385] seront loyaulx.

Toutes langues seront ouvrieres
10De bien savoir conseil celer ;
Partout seront d’or les minieres,
Les chievres sauront bien filler,
Dieu fera les mons avaller,
Les gens ne feront plus de maulx,
15Rien ne verrez dissimuler,
Quant tous amans seront loyaulx.

(fol. 67)Dyamans dedans les carrieres
Verrez aulx oliphans tailler,
Les aneaux en toutes manieres[386]
20Aux drommadoires esmailler,
Les cerfs pour courre reculler,
Les ours porter les grans chasteaulx,
Chacun verrez esmerveiller,
Quant tous amans seront loyaulx.

25Prince, vous verrez batailler
Encontre les loups les aigneaux,
Les flebes les fors detailler,
Quant tous amans seront loyaulx.

CXXVIII

R. le Senechal

(fol. 67 v°)
Las ! ditez moy quant se sera
Que seul seray de voz mignons,
Et que n’aray nulz compaignons ;
Car lors ma joye se fera,

5Qui mon dueil du tout deffera ;
Mais que d’un vouloir nous soyons,
Las ! ditez moy [quant se sera.]

Ou autrement, ne finera
La doulleur dont j’ay les frissons
10Qui m’ont tenu maintes saisons ;
Qu’ame qui vous appaisera,
Las ! ditez moy [quant se sera.]

CXXIX

R. le Senechal

(fol. 68)
Ung chacun jour de la sepmaine,
Courroux mortel si me pourmaine
Tout aultrement que n’ay amors,
Dont j’ay de dueil ung tel remors
5Que plus n’ay cueur ne teste saine.
 

Et si n’ay os ne ners ne vaine,
Qui de ce mal ne seuffre paine
Pour les douleurs dont je suis mors,
Ung chacun [jour de la sepmaine.]

10Et qui pis est, a mort me maine
Merencolie la soubdaine,
Qui fait sur moy ses grans effors,
Par quoy tous mes plaisirs sont mors ;
Tant cruellement me demaine
15Ung chacun [jour de la sepmaine.]

CXXX

R. le Senechal

(fol. 68 v°)
En partant de vous, ma maistresse,
Me suis trouvé en tel adresse,
Que je n’adresse
Ou ait ne joye ne confort,
5Car Fortune par son effort
Me maine fort
La ou n’ay que dueil et tristesse.

Las ! mais donc vient ne pour quoy esse
Que vostre bonté je delesse,
10Dont sans que cesse
Je m’en treuve en [grant] desconfort,
En partant [de vous, ma maistresse.]

J’ay des maulx trop plus qu’a largesse,
Par Desespoir et son apresse,

15Qui fort me presse
De me mener jusqu’a la mort[387]
Sanz y trouver ung seul deport,
Car trop me mort
Merencolie, qui me blesse,
20En [partant de vous, ma maistresse.]

CXXXI

Madamoiselle de Beau Chastel

(fol. 69)
En ce monde n’a saint ne saincte,
Soit près ou loing, que bref sans fainte
De tresbon cueur je ne priasse,
Et que voulentiers ne louasse,
5Se ma douleur peust estre estainte ;

Car je suis si tresfort attainte
De desplaisir, palie et tainte,
Que mieulx morte qu’ainsy m’amasse :
En ce monde [n’a sainte ne saincte.]

10Trop ay souffert sans m’estre plainte,
Mès maintenant je suis contrainte
De dire ce que je celasse,
Puis que je voy, dolente lasse,
Avenir ce dont plus j’ay crainte :
15En ce monde [n’a saint ne saincte.]

CXXXII

Monsr Jaques

(fol. 73)
En grant anuy et desplaisir
Suis maintenant sans avoir joye,
Veu qu’a present chouse que voye
Ne me donne ung tout seul plaisir,

5Estant bien loing de mon desir,
Es lieux ou Tristesse m’envoye
[En grant anuy et desplaisir,]

Sans non pouair avoir loysir
De trouver [ou] fachon ou voye
10Que desormès plus ne m’envoye,
Pour vouloir reposer, gesir
En grant anuy [et desplaisir.]

CXXXIII

Anthoine

(fol. 73 v°)
Pour un chief d’œuvre vous fist Dieux[388],
Car vous estes belle a merveille,

Et pour ce point ne me m’esmerveille,
Sy l’on vous sert en plusieurs lieux.

5Il n’y a dame soubz les cieux
Qui de rien soit a vous pareille :
[Pour un chief d’œuvre vous fist Dieux.]

Je voy[389] bien dont que c’est mon mieux
Qu’a vous servir je m’apareille,
10Car vous estes la nonpareille
Que jamès homme verra d’ieux :
Pour un chief [d’œuvre vous fist Dieux.]

CXXXIV

Anthoine

(fol. 74)
Quant je voy vostre douche face
Qui les aultres du tout efface,
De vous amer je suis surpris ;
Mais aussy avant suis je pris
5La ou vous n’estes en la place.

[En regardant][390] vostre maintien,
Je perdis ce qui estoit mien :
C’est mon povre cueur qui est vostre.
Ha ! vous l’avés, seur je m’en tien ;
10Ne doubtés ja qu’il[391] n’en soit rien :
Vray est comme la patenostre.
 

Mais savés vous que j’en pourcasce ?
Riens, sy non, par Dieu, vostre grasce ;
Ma dame, mon bien et mon pris,
15De vostre amour suis sy espris
Qu’il[392] ne me chault quel chouse face,
Quant je voy [vostre douche face.]

CXXXV

Anthoine

(fol. 74 v°)
Joye me fuit[393], Douleur m’assault,
Mais c’est par ung sy dur assault
Que je n’y sçay remede mettre :
A Pitié m’ay vollu submettre,
5Mais je voy qu’il[394] ne luy en chault.

Rudesse m’a baillé le sault,
Non pas de loing, mais en soursault ;
Las ! ou monde ne vueil plus estre :
Joye me fuit, [Douleur m’assault.]
 

10Je voy mon espoir qui me fault
Et dit que brief mourir me fault :
Il m’a fait bien joyeulx, le maistre,
Je ne m’en vieulx plus entremettre
En nul temps, fache froit ou chault :
15Joye me fuit, [Douleur m’assault.]

CXXXVI

Itasse de Lespinay

(fol. 75)
Dictes, par vostre createur,
La prise et ame vostre cueur
Autant que vous dictez de bouche ?
Vous est son amour tant fort prouche
5N’en menton point pour le meilleur.

— Ouï, mon amy, sy m’ait Dieux,
Je n’en sçay point [de]soubz les cieulx
Qui de valleur l’aprouche en rien,
Et pour cela nomme en tous lieux
10Le seul desanuy de mes yeux,
Tout l’eur et l’espoir de mon bien.

— Doncq, monseigneur, en ma faveur,
Puis que sa tant gente doulceur
Si estroit près du cueur vous touche,
15Servir la vous fault sans reprouche,
Mais penssés vous bien sa valleur,
Dictes, [par vostre créateur ?]

CXXXVII

Itasse de Lespinay

(fol. 75 v°)
Tant plus avecq[ue] vous devise
Et vos fachons comprens et vise,
Et plus avise
En vous doulceur, valleur et sens,
5Voire a milliers, non pas a cens,
Et en tous sens
Acomplie mieulx qu’a devise ;

Et pri a Dieu qu’il[395] me mefface,
Sy j’en voy point qui vous defface
10Ne vous efface,
Non, ne, par Dieu, qui vous aprouche,
Et de beauté, gent corps et face :
Puis bien dire, sans que mefface
Ne me forface,
15Que nulle juc’a vous ne touche.

Combien que je n’ay pas emprise
Dire la grant valleur comprise
Que chacun prise
En vous, et presens et absens,
20Ne jucques la ne va mon sens,
Mais bien consens
Que nul assés fort ne vous prise,
Tant [plus avecque vous devise.]

CXXXVIII

Monsr Jaques

(fol. 76)
Poy parler vauldroit beaucop mieulx
A mon gré que trop de langaige ;
Long sermon n’a pas l’avantaige,
Se me semble, en beaucop de lieux.

5Je croy qu’il[396] n’est jeunez ne vieux
Qui ne le die en son couraige :
[Poy parler vauldroit beaucop mieulx.]

Puis que c’est le plaisir des yeux
D’amer, s’on vœut fere que saige,
10Trop mieulx vauldroit avoir la raige
Qu’est[r]e long, ainsy m’ayde Dieux :
Poy parler [vauldroit beaucop mieulx.]

CXXXIX

Monsr Jaques

(fol. 76 v°)
A ce printemps nouviau venu,
Plus que gay je suis devenu,
Depuis que j’ay ouy nouvelle

D’une qui mon cueur renouvelle
5A l’amer, veu qu’i suy tenu.

Jusques cy fort m’est mesvenu,
Mais pour la veoir m’est souvenu
De trouver bien fachon nouvelle
[A ce printemps nouviau venu.]

10Fort endurer m’a couvenu,
Sans estre a mon gré parvenu,
Par ce Faulx Dangier le rebelle,
Que quiers par une fachon belle,
Pour m’en vengier, moy revenu,
15A ce printemps [nouviau venu.]

CXL

Anthoine

(fol. 77)
Ma dolente vie finer
Je vueil, et sy ne puis finer
A la mort, que tant pour moy face.
Ha ! Mort, vers moy vire ta face,
5Pour faire mes maulx definer.

Ceulx qui fuient, tu les assaulx
Et en fais a ton tret bersaulx ;
Tu scés que ce n’est pas leur vœul,
Mais monstre moy tes durs assaulx,
10Pour plus te haster vieng en saulx,
Avance toy, car je te vœul.

Mon bien ne set que decliner,
Tristesse en moy veult dominer,
Et mon plaisir du tout s’efface ;
15Puis Dœul maintient qu’on me defface,
Me voulant jour et nuit miner :
Ma dolente [vie finer
Je vueil, et sy ne puis finer.]

CXLI[397]

Monsr Jaques

(fol. 77 v°)
Tant acomplie a mon advis
De beaulté, de corps et de vis
En[398] devis
N’ay veu que vous a tout prendre,
5Car on ne saroit comprendre
Sans mesprendre
Vos biens, car oncques tant n’en vis.

Mon cueur veult et me conseille
Qu’a vous nommer m’apareille,
10Nonpareille
De nulle qu’on puisse[399] servir.
Ce n’est pas dont[400] grant merveille
S’incessaument je traveille,
Dorme ou vueille,
15Pour vostre grace desservir.[401]
 

Mes esperis vous ont servis
Et feront, car vostre serf vis,
Et m’asservis
A vouloir mon cueur esprandre[402]
20De plus en plus a emprandre
Et aprandre
A estre par vous voir ravis,
Tant [acomplie a mon advis.]

CXLII

Monsr Jaques

(fol. 78)
Pour faire d’aultres[403] le rebours
Qui quierent des biens en amours,
S’ilz ont joye, alors je pleure,
S’ilz vont en esbat, je labeure,
5S’ilz ont du bien, j’ay mal tousjours.

Puis s’ilz chantent, je suis en plours,
S’ilz vont le pas, je voy[s] le cours
Du mal que j’ay, je vous asseure,
Pour fere [d’aultres le rebours.]

10S’ilz ont espoir d’avoir secours,
Ce n’ay je pas en nulles cours,
Ains ay voulloir que bref je meure
Pour les doulleurs que j’asaveure ;
J’en prie Dieu trestous les jours,
15Pour faire [d’aultres le rebours.]

CXLIII

Monsr Jaques

(fol. 78 v°)
Pour acquerir honneur et pris,
J’ay traveillé toute ma vie,
Sans veoir dame qui eust envie
De me loiger en son pourpris.

5Et sy ay esté d’amours pris
Bien avant, je vous certefie,
Pour acquerir [honneur et pris.]

................[404].

CXLIV

Monsr Jaques

(fol. 79)
Pour acquerir honneur et pris,
Il fauldroit avecq[ue] vous estre,
Et toute son intencion mettre
A querir d’Amours le pourpris,

5Et disposer ses esperis

A servir a destre, a senestre :
Pour acquerir [honneur et pris
Il fauldroit avecque vous estre.]

Mais s’on se sentoit bien fort pris,
10Et puis qu’on vaulsist faire pestre,
De jouer ung bon tour de maistre
Jamès on ne seroit repris :
Pour acquerir [honneur et pris,
Il fauldroit avecque vous estre,
15Et toute son intencion mettre
A querir d’Amours le pourpris.]

CXLV

Anthoine[405]

(fol. 79 v°)
Pour acquerir honneur et pris,
Sy on est es las d’Amours pris,
Il n’est ja besoing qu’on le die :
Il fault mettre son estudie
5A estre entre dames apris,

Et soy doubter d’estre repris,
Quant on compte les grans peris
Qu’on a en ceste maladie,
[Pour acquerir honneur et pris.]

10Dedens de Paris le pourpris,

Il y a de soubtilz espris
Plus qu’il[406] n’y a en Normendie :
Sy fault dont qu’on y remedie,
Faingnant d’estre d’amours espris,
15Pour acquerir [honneur et pris.]

CXLVI

Copin de Senlis

(fol. 80)
Pour acquerre honneur et pris,
J’ay empris
De bien lealment amer
Sans faulcer
5Celle qui mon cueur a pris.

C’est le chemin que jadis
Entrepris
Ont les vaillans a errer,
[Pour acquerre honneur et pris.]

10Et pour ce me suis compris
De toudis
Moy voulloir esvertuer
De trouver
Maniere, sens et advis,
15Pour acquerre [honneur et pris.]

CXLVII

Galoys de Crequy

(fol. 80 v°)
Pour acquerir honneur et pris,
Aux dames me rens serviteur ;

Mon voulloir y est tout compris,
Pour acquerir [honneur et pris.]

5De nul n’en doy estre repris,
Car en les servant gist mon cueur :
Pour acquerir [honneur et pris,
Aux dames ne rens serviteur.]

CXLVIII

Messire Ernoul de Crequy

(fol. 81)
Pour acquerre honneur et pris,
J’ay empris
De servir lealment Amours
A tousjours,
5Car ainsy j’ay entrepris.

Je n’en doy estre repris
Ne desdis
De ceulx qui en sevent les tours,
[Pour acquerre honneur et pris.]
 

10Quant j’y pense, [plus] m’en pris ;
Plus n’en dis,
Du faire ne seray rebours,
Car secours
J’actens en avoir toudis,
15Pour acquerre [honneur et pris.]

CXLIX

Jehan de Loyon

(fol. 81 v°)
Pour acquerir honneur et pris,
Debvons tous aux dames complaire,
Sans aulcunement leur desplaire,
Affin que n’en soyons repris.

5Quant a ma part, j’ay entrepris
A les servir, sans me forfaire,
[Pour acquerir honneur et pris.]

Leur grant bonté, qui est sans pris,
Sy nous est [d’]honneur l’examplaire ;
10Ceulx qui pourchassent[407] leur contraire,
N’ont ilz pas grandement mespris,
Pour acquerir [honneur et pris ?]

CL

André Giron

(fol. 82)
Pour acquerir honneur et pris,
Ma dame servir ay empris
Et entrepris
Pour les biens dont chacun la prise ;
5Pour ce ay fait mon entreprise
Que sans mesprise
La serviray a quelque pris,

En biens parfaicte l’ose dire,
Sans des aultres voulloir mesdire,
10Et vieulx produire
Que oncques ne fourfist a ame ;
Et qui vouldroit ce contredire,
Tant fust esmeu et ramply d’ire,
Bien bref desdire
15Luy fauldroit, je prens sur mon ame ;

Car ce seroit trop grant mespris,
Veu la doulceur de ses espris,
Qui sans despris
Sont et sans nesune[408] reprise ;
20Bien est dont en raison comprise
La bien pourprise,
En qui tant de biens sont compris,
Pour acquerir [honneur et pris.]

CLI

Istace de Lespinay

(fol. 82 v°)
Qui veult avoir honneur et pris,
Doibt estre saige et bien apris
En tous peris,
Hardy, couraigeux et vaillant,
5En deffendant ou asaillant
Non defaillant,
Doubtant moins la mort que mespris.

Mais qui cuide avoir d’avantaige
Ung tel bien, par Dieu, n’est pas saige,
10Car maint passaige
Dangereux luy fault ains passer :
Estre aux fiers fier, ferme en couraige,
Et fault se gaige
15Bien garder juc’au trespasser.

De mesdire ne soit repris,
Les dames serve sans despris.
Ou trestout pris
Est et du monde le vaillant ;
20La doit on estre travaillant,
En y veillant,
Qui veult [avoir honneur et pris.]

CLII

Pierre de la Jaille

(fol. 83)
Pour acquerir honneur et pris
Vers ma dame, j’ay entrepris
A la servir plus que nul ame :
Mon cueur, mon corps, aussy mon ame
5Je luy donne sans nul mespris.

Dire les biens qu’i sont compris
Seroit en moy trop hault empris,
Mès son serviteur je me clame,
[Pour acquerir honneur et pris.]

10Ma[i]s je n’en cuide estre repris,
Ne de nulluy estre surpris,
D’honnourer sy parfaicte dame ;
Ou qu’elle soit, par Nostre Dame,
Sur toutes luy donne le pris,
15Pour acquerir [honneur et pris.]

CLIII

Colas de la Tour

(fol. 83 v°)
Pour acquerir honneur et pris,
Il fault de tout bien estre apris,
Humble, segret, doulx en langaige,

Et ne faire a nulluy oultraige,
5De quoy on doye estre repris.

De tout mon cueur ay entrepris
Y employer tous mes espris
Et y mettre corps et couraige,
[Pour acquerir honneur et pris.]

10Joustes, tournoys y sont compris,
Dames doibvent donner le pris
Au mieulx servant par droit usaige,
Qui mieulx les sert et plus est saige ;
Pour ce ay de les servir empris,
15Pour acquerir [honneur et pris.]

CLIV

(fol. 84)
Pour acquerir honneur et pris
Mon mieulx amé, j’ay entrepris
De vous amer et sans mesprise :
Point je n’en puis avoir reprise,
5Veu le bien qu’en vous est compris.

Mon cueur est de vous sy espris
Et vueult estre du vostre pris,
Adfin que de vous soye prise,
[Pour acquerir honneur et pris.]

10D’estre lealle j’ay empris :
Je n’en puis tourner a despris ;

C’est le chief de mon entreprise
D’ame[r] celuy que tant je prise.
En ce faisant n’ay riens mespris,
15Pour acquerir [honneur et pris.]

CLV

Monsr Jaques

(fol. 84 v°)
Dedans l’abisme de malheur[409]
Je suis non obstant ma labeur,
Pour faire ma penitance
Par Dangier, avec Nuisance,
5Pour plus grever mon pouvre cueur.

Hellas ! nul n’est de riens tant seur,
Que je suis de vivre en langueur
Et en toute desplaisance,
[Dedans l’abisme de malheur.]

10Dont me fault souffrir grant [douleur],
Sans point avoir quelque couleur,
Ny avoir nulle[410] esperance
Mais vivre en[411] desesperance,
Comme ung malheureux serviteur,
15Dedans [l’abisme de malheur.]

CLVI

Anthoine

(fol. 85)
Fortune veut le rebours de mon vueil[412],
Car elle vieult ce que point je ne vueil,
C’est d’eslongner ce qu’aprouchier vouldroye,
Et ve[o]ir ce que voulentiers [ne] verroye,
5Dont elle acroist de jour en jour mon dueil.

Soupirs, regrés, dueil engoisseux, plain d’ire
A ung chacun me fait compter et dire
Tous les griefz maulx qu’en mon las cueur j’amasse ;
Ma dame m’a servy de l’escondire,
10A ma requeste a vollu contredire,
Dont bref mourir que vivre mieulx j’amasse.

Je n’ay pas tort, se je me plains et dueil,
Car onc homme ne toisist aveuc dueil
Plus douloureux que je suis ou que soye.
15Or regardés comment m’esjoïroye :
Quant je n’eux oncq de dame ung doulz recueil ;
Fortune [veut le rebours de mon vueil.]

CLVII

Itasse de Lespinay

(fol. 85 v°)
Fortune veult le rebours de mon vueil[413] :
Plus voy d’esbas et plus acroy mon dueil ;
Tant plus me dueil,
Et sans cesser mon plus fort mal empire ;
5Plus n’a dolent de moy deça l’empire
N’a qui l’empire
Si fort qu’a moy [et] partout aveuc dueil.

Fort une amer suy contraint, dont j’acueil
Cent mil[le] maulx que par son doulz acueil
10Je porte et cueil,
Mais se je cuide les fuïr ou despire,
[Fortune veult le rebours de mon vueil.]

Tant plus me plains, mains desconfort acueil,
Par quoy desire mort estre en ung sercueil,
15Car je recueil
Incessaument douleur, paine et martire,
Et nul ne vit que moy qui tel mal tire ;
Dueil me martire,
Car se plaisir en riens prendre je vueil,
20Fortune veult [le rebours de mon vueil.]

CLVIII

Huet de Vigne

(fol. 86)
Lequel de tous l’emportera,
Celle qui nous fait porter A[414]
Et mainte douleur supporter,
En cuidant son cueur desporter,
5Dont maint ung se deportera ?

A elle on s’en rapportera,
Car tel la letre portera,
Qui ne nous saroit rapporter
[Lequel de tous l’emportera.]

10Au fort ung s’en depportera
Quelque jour, qui transportera
Nostre joye sans rapporter ;
Du surplus me vueil deporter,
Car lors cil nous raportera
15Lequel [de tous l’emportera.]

CLIX

Huet de Vigne

(fol. 86 v°)
C’estes vous, ma dame et mon bien,
Que sur toutes fames je tien

La maistresse de ma plaisance,
Et celle qui a la puissance
5De moy changier mon mal en [bien].

Voustre plaisant mignon maintien
Au cueur qui souloit estre mien
Fait mettre par tous lieux en France :
[C’estes vous ma dame et mon bien.]

10De cela n’est plus a luy rien ;
Puis qu’il le veult je le vueil bien,
Faingnant d’avoir aultre acointance ;
Mais sur ma foy j’ay esperance :
Celle qu’a dame je retien,
15C’estes vous, [ma dame et mon bien].

CLX

Itasse de Lespinay

(fol. 87)
Fortune veult le rebours de mon vueil[415]
Et nul que moy si fort n’ayme fort une,
Mais plus l’ayme, plus veult mon infortune
Et mains luy plaist ma joye que mon dueil.

5Pour ce ay bien cause se me lamente et dueil,
Car a moy plus que nul desoubz la lune
[Fortune veult le rebours de mon vueil.]

Fortuné suis trop pis qu’aultre aveuc dueil,

Quant ce qui deust me garder me fortune
5Et veult que vive[416] en perverse fortune ;
Par quoy puis dire pour les maulx que j’acueil :
Fortune veuit [le rebours de mon vueil.]

CLXI

Anthoine

(fol. 87 v°)
De par Dieu, ce n’est pas bien dit
A ceulx qui ont fait tel rapport ;
J’ameroye mieulx avoir la mort,
Ou je soye de Dieu mauldit.

5Seulement penser n’oseroye
Ce que maintienent que j’ay fait ;
Il ne font que chercher[417] la voye,
Adfin que je soye deffait.

A poy que mon cueur ne fendit
10De douleur et de desconfort,
Quant je m’oys blamer à tort,
En moy servant d’ung sy let dit :
De[418] par Dieu, [ce n’est pas bien dit].

La maistresse de ma plaisance,
Et celle qui a la puissance
5De moy changier mon mal en [bien].

Voustre plaisant mignon maintien
Au cueur qui souloit estre mien
Fait mettre par tous lieux en France :
[C’estes vous ma dame et mon bien.]

10De cela n’est plus a luy rien ;
Puis qu’il le veult je le vueil bien,
Faingnant d’avoir aultre acointance ;
Mais sur ma foy j’ay esperance :
Celle qu’a dame je retien,
15C’estes vous, [ma dame et mon bien].

CLX

Itasse de Lespinay

(fol. 87)
Fortune veult le rebours de mon vueil[419]
Et nul que moy si fort n’ayme fort une,
Mais plus l’ayme, plus veult mon infortune
Et mains luy plaist ma joye que mon dueil.

5Pour ce ay bien cause se me lamente et dueil,
Car a moy plus que nul desoubz la lune
[Fortune veult le rebours de mon vueil.]

Fortuné suis trop pis qu’aultre aveuc dueil,

CLXIII

Itasse de Lespinay

(fol. 88 v°)
Plus ne voy rien qui reconfort me donne ;
Las ! tant sera desoremais ma face
Pale, pensive, et ma chiere dolente,
Preste a plourer et faire joye lente,
5Sans m’esjouïr pour rien qu’on die ou face :

Puis que celle qui les belles [d]efface,
Me fault laissier, et que nulle n’efface[420],
Qui de toutes est mieulx et plus valente,
[Plus ne voy rien.]

10Et n’entens point que vers nulle menace,
Sy tant en dy, car pour gent corps et face
Je maintiendray que elle est excellente ;
Pour ce loing d’elle ainsy plain et lamente,
Et puis bien dire sans qu’on mente ou fourface :
15Plus ne voy [rien.]

CLXIV

Anthoine

(fol. 89)
Si vous l’avés mon pouvre cueur,
Pour Dieu, faictes en bonne garde,

Le corps a Saint Pol je vous garde,
Qui est plain de toute douleur.

5Mais pour faire son fait meilleur,
Mandés le moy ains que plus tarde,
[Si vous l’avés, mon pouvre cueur.]

Je le vous lessay, j’en suy seur,
Quant bien a mon fait je regarde !
10Le feu saint Anthoine vous arde,
Quant vous le tendrés en langueur,
Si vous l’avès, [mon pouvre cueur.]

CLXV

Itasse de Lespinay

(fol. 89 v°)
Quant serés vous contens, mes yeux ?
Par Dieu, jamès, je le voy bien,
Tant que puissiés le doulx maintien
Veoir de celle que j’ame mieulx.

5Tous aultres regars anuyeux
Vous sont mès, en parlant du sien :
[Quant serés vous contens, mes yeux ?]

En est il point desoubz les cieulx,
Disons, et n’en mentons de rien,
10Qui l’aprouche ? non, je le tien :
Mais, pour moy fere tant joyeulx,
Quant serés vous [contens, mes yeulx ?]

CLXVI

Anthoine

(fol. 90)
A la porte de Partenay,
En allant a Chasteaulerault,
De paours j’eus au derriere chault,
Pour les jumens que j’encontray ;

 Car mon cheval qui estoit gay,
Saillit dessus tout en soursault,
[A la porte de Partenay.]

Piquer arriere le cuiday ;
Jucqu’a[421] elles ne fist q[u]’ung sault,
10Puis ruoyt de bas et de hault :
Pensés qu’il y eust beau hahay
A la porte [de Partenay.]

CLXVII

Itasse de Lespinay

(fol. 90 v°)
Ne ne sçay pas comment il me prendra,
Mais j’aperchoy bien qu’il me conviendra
D’ores avant porter maintes doulours[422]

Et plusieurs maulx, regrés, plaintes et plours,
5Que nul aultre fors que moy ne plaindra.

Puis que ma dame esloigner me faudra,
Qui est celluy qui plus a ce plaindra,
A qui fait tant Fortune de rigours ?
[Je ne scay pas.]

10Desoresmais mon las cueur se tendra
Pensif [et] morne, et ainsy me fauldra
Faire a par moy mes dolentes clamours[423] ;
Proche de dueil et loingtain de sequours[424],
Je languiray, mès qui lors m’entendra ?
15Je ne scay [pas.]

CLXVIII

Huet de Vigne

(fol. 91)
Le plus dolent du monde né[425],
[Et] par droit malheur ordonné
A recepvoir angoisse et dueil,
Me fault estre, dont je me dueil,
5Sans que confort me soit donné.

Las ! or ay ge si bien servy,
Et encores comme serf vy,

Qui me vouldroit riens commander,
Sans qu’on m’ait nul bien deservy ;
10Ains pour ce que suis asservy
Me fait on les maulx amender.

C’est petitement guerdonné,
Mais, puis qu’a ce c’est adonné
Voustre cueur, en gré le recueil,
15Disant mon seul desir et vueil :
Par vous fault que soye sonné
Le plus dolent [du monde né.]

CLXIX

Anthoine

(fol. 91 v°)
Subget a tous maulx je seroye
Et a grant dueil, non pas a joye,
D’aultre cousté a infortune,
Las ! s’il[426] fault que j’ayme fort une
5Qui m’a donné maulx a monjoye.

Et comment dont la serviroye ?
Par mon serment. Je ne saroye :
On[427] ne seroit pis soubz la lune
[Subget a tous maulx.]

10J’ay bien veu que se[428] lui disoye
Les douleurs qu’en mon cueur portoye,

Sa grace m’estoit importune ;
Oncques par luy n’eus joye aulcune :
Hé ! Dieu ! fault il qu’en ce point soye
15Subget [a tous maulx !]

CLXX

Jehan de Loyon

(fol. 92)
O Mort[429] tresorrible et hideuse,
Qui a plusieurs es despiteuse
Et pou piteuse,
Sur mon corps vueilles tout estandre[430]
5Ta puissance sans plus actendre
Pour finer ma vie anuieuse !

De tant vivre trop fort me dueil,
Mais c’est du tout oultre mon vueil,
Dont dire vueil
10Que bien bref te fault consentir
De m’avancer de mon sarcueil :
Sans [de] moy faire aulcun racueil,
Fine mon dueil,
Et me fais tous[431] tes maulx sentir ;

15N’a qui tu soyes gracieuse,
A moy vueilles estre oultrageuse
Et hayneuse,

Sans nulle part riens entreprendre :
Fais ton explet sans te mesprendre,
20Puis qu’en gré prendre
Vueil ta sentence termineuse,
[O] Mort [tresorrible et hideuse.]

CLXXI

Foullée

(fol. 92 v°)
Depuis l’angoisseux partement
De vous et de moy, ma maistresse,
La mercy Dieu, j’ay eu sans cesse
Des maulx trop plus que largement ;

5Car j’ay esté incessaument
Par Desespoir tenu en lesse,
[Depuis l’angoisseux partement.]

Il m’a traicté trop durement
Par le vueil de dame Tristesse ;
10Desconfort, qui point ne me lesse,
M’a ouitragié piteusement,
Depuis [l’angoisseux partement.]

CLXXII

Foullée

(fol. 93)
O Mort[432] trescruelle et mauldicte,
Qui en tous lieux es interdicte
De toute joye et [tout] soulas,
Pour Dieu tire vers moy tes las,
5Car ma vie m’est trop despite.

J’ay des maulx sy treslargement
C’on ne saroit penser comment
J’ay puissance de les porter,
Par quoy je suis incessaument
10En plains, en pleurs et en tourment,
Du tout pour moy desconforter.

Je te pri, plus ne me respicte,
Adfin que soye du tout quicte
Des assaux dont mon cueur est las :
15Je t’abandonne hault et bas,
Fay ton debvoir toust et t’acquicte
[O] Mort [trescruelle et mauldite.]
 

CLXXIII

Anthoine

(fol. 93 v°)
Pour passer temps je suis venu
A ce matin aux champs esbatre,
Pour mieulx a mon aise combatre
Desplaisir qui m’a tant tenu.

5Sy jamès il est revenu,
J’asseray par Dieu a l’abatre,
[Pour passer temps.]

Pleust a Dieu qu’il[433] fust devenu
A Monmatre ou a Paris platre,
10Adfin que mieulx le peusse batre !
Je m’en despoulleroye tout nu,
Pour passer [temps.]

CLXXIV

Anthoine

(fol. 94)
Sans cause et sans raison aulcune,
Je suis en ung point, Dieu scet quel ;
Pensés qu’au monde n’a mal tel
Qu’est le mien, pour amer fort une.
 

5Ha ! Nostre Dame ! quel fortune !
Souffrirai ge deul immortel,
[Sans cause et sans raison aulcune ?]

Ouy[434], car tousjours Infortune
Me loge en son dolent hostel ;
10La suis couchié au lit mortel,
Par ma dame qui me fortune
Sans cause [et sans raison aulcune.]

CLXXV

Thomas de Loraille

(fol. 94 v°)
Nouveau remis en l’ordonnance
D’Amours, voire a ma simple lance,
Je fus hier par ung commissaire,
Qui loyal serment me fist faire
5De le servir de ma puissance.

Et pour pourffit ne pour plaisance
Ne osay[435] prendre aultre aliance
A qui que j’en doye desplaire,
[Nouveau remis en l’ordonnance.]

10Puis me dist de sa bienvaillance :
« Tu es le plus heureux de France,
Ne mès que tu te saiches taire,
Car gaiges, regard et salaire
Auras sans rolle[436] ne quitance,
15Nouveau [remis en l’ordonnance. »]

CLXXVI

Jehan, monsr de Lorraine

(fol. 95)
Tant que verray le commissaire[437]
Que dictes qui vous vieult tant plaire
Que vous passer lance en Amours,
Je n’adjoustray foy a mes cours,
5A joye ou dueil que sachés faire.

Que Faulx Dangier, vostre adversaire,
S’y consente pour vous complaire,
Point ne le croy fors le rebours,
[Tant que verray le commissaire.]

10Et se Pitié pour vous reffaire
Veult tant a Loyauté meffaire
Que secourir a vos clamours,
J’appelle et me plains de telz tours
Sans jamais aller au contraire,
15Tant que [verray le commissaire.]

CLXXVII

Anthoine

(fol. 95 v°)
Me lairés vous en ce dangier ?
N’auray je de vous nulz secours ?

Les jours sont au jourd’uy si cours
Que c’est assés pour erragier.

5Je ne puis mes maulx allegier,
Sy vous ne venés toust le cours ;
[Me lairés vous en ce dangier ?]

D’or et d’argent suy bien legier
Par ainsy vous actendre a Tours.
10Ne me joués plus de telz tours :
Pour Dieu, vueillés vous habregier ;
[Me lairés vous en tel dangier ?][438]

CLXXVIII

Anthoine

(fol. 96)
Qu’elle n’y a, je le maintien[439],
Que celle qui a doulx maintien ;
Pensés que c’est ma gente dame,
Qui a des bien plus que nul ame :
5A la louer fort je main tien[440].

Elle est plus qu’aultre gracieuse ;
C’est une chouse merveilleuse
De regarder sa doulce face ;
Comparison est hayneuse

10Et par plusieurs dicte ennuieuse :
Ne croyés pas qu’ainsi le face.

Somme, il n’y a grant ne moyen
Qui ne doibve cerchier moyen,
S’il a congnu sa bonne fame,
15D’estre en grace de telle fame,
Pour avoir en amours du bien :
Qu’elle n’y a, [je le maintien.]

CLXXIX

Jehan, monsr de Lorraine

(fol. 96 v°)
Contre la mort nul ne peult eschapper,
Mourir convient, il n’est chouse plus seure ;
Jeunes et vieulx n’y ont terme ny heure :
Le plaisir Dieu ne se peult anuller.

5A bien faire ne fault dissimuler ;
Tant qu’il est temps chacun pour soy labeure :
[Contre la mort nul ne peult eschapper.]

N’attens pas tant qu’on te vienge appeller,
Car sa bas n’est nulle ferme demeure.
10Anuyt es[441] vif, demain Mort te court seure ;
Tu congnois bien qu’au près et loing aller,
Contre la mort [nul ne peult eschapper.]

CLXXX

Anthoine

(fol. 97)
Il n’est rien plus vray que la mort,
Et si ne pouons sçavoir l’heure,
Car sans faire longue demeure,
Souvent elle nous point et mort.

5Elle prent le foible et le fort ;
Devant son dart riens ne demeure :
[Il n’est rien plus vray que la mort.]

En Dieu est nostre resconfort ;
Par son moyen, je vous asseure,
10Pouons aller la voye seure ;
Qui ne l’yra, il aura tort :
Il n’est [rien plus vray que la mort.]

CLXXXI

Jehan, monsr de lorraine

(fol. 97 v°)
Quant a mon fait bien je pence,
G’is près que hors de mon sens
Des maulx que pour vous je sens,
Sans nesune rescompence.
 

5Mainte[442] heure avant l’an despence
En plusieurs maniere(s) et sens,
[Quant a mon fait bien je pence.]

Nonchalloir de mon fait pence,
Dont Raison de moy j’assens ;
10Je fais des milliers les cens
Par deffaulte d’attrempence,
Quant [a mon fait bien je pence.]

CLXXXII

Busnois

(fol. 98)
Lequel vous plairoit mieulx trouver,
Vo dame a vous s’abandonner,
Et vous ne le peussiés furnir,
Ou l’amour de vous deux fenir,
5Sans don de mercy pocesser ?

L’un fait l’amant vittuperer,
Et l’autre grant paine endurer ;
Mais pour le meilleur obtenir
[Lequel vous plairoit mieulx trouver ?]

10Je dis, et je l’offre a prouver,
Que faillir, s’on peult recouvrer[443],
Vault mieulx que ne fait departir
De sa maistresse, sans partir
Aux biens d’elle ; et pour l’affermer,
15Lequel vous [plairoit mieulx trouver ?]

CLXXXIII

Monsr Jaques

(fol. 98 v°)
Mon cueur nuit et jour ne me cesse
De moy dire plus que bien fort
Que je vous demande confort
Du mal qui si tresfort me blesse.

5Jamès ne peult avoir liesse,
Se par vous n’a brief reconfort,
[Mon cueur.]

Vous estes sa seulle maistresse :
Vueilliez[444] dont meptre vostre effort
10A l’amer, car je m’en fay fort
Qu’il[445] vous tiendra bien sa promesse,
Mon cueur.

CLXXXIV

Monsr Jaques

(fol. 99)
A grant cause me doy plaindre
De Fortune, sans moy faindre,
Qui me traicte sy durement

De demourer journellement
5A malheur, et m’y contraindre.

Je ne la doy pas tant craindre
Que je m’en doye refraindre
Que ne m’en plaingne incessaument
[A grant cause.]

10Car oncques ne pœus actaindre
Ce qui m’a fait mon cueur taindre
De douleur, angoisse et tourment ;
Non pas ung poy, mès largement
En est fort ma joye maindre,
15A grant cause.

CLXXXV

Monsr Jaques

(fol. 99 v°)
Des nouvelles, mon segretaire,
Qui bien savés un segret taire,
Par le premier certain messaige
Mandés moy de la bonne et saige,
5Pour a ma pensée complaire.

Se vous la vés[446] par bon affaire,
Ainsy que bien le sarés faire,
Comptés luy tout en beau langaige
[Des nouvelles.]
 

10Je ne voy riens qui me puist plaire :
Fortune m’a cy fait retraire
Comme ung reclus en hermitaige,
La ou je n’ay riens d’avantaige,
Sy non d’encquerir, comme ung maire,
15Des nouvelles.

CLXXXVI

Monsr Jaques

(fol. 100)
Mon cueur avés si bien troussé
Que l’avés eu de haulte trousse ;
C’est une par trop grant destrousse
De m’avoir ainsi destroussé.

5Mais je voy bien que c’est son veul
Qui ne veult plus que je le guarde,
Car il luy plaist que je le vueil
Qu’il[447] soit vostre et en vostre garde.

Sy vostre habit est destroussé,
10Par deffaulte de ceste trousse,
Des maulx pourra avoir grant trousse,
Se brief ne vous a retroussé,
Mon cueur.

CLXXXVII

Monsr Jaques

(fol. 100 v°)
Subget je suis a Fortune
Sy fort qu’elle me fortune
Plus que nul soubz le firmament,
Ayant jugé qu’incessaument
5Je seray en infortune.

Voye ne trouve nesune
Ne nulle fachon aulcune
Que ne luy soye nuement
[Subget.]

10Point n’en y a soubz la lune
A qui tant soit importune
C’a moy, pour plus monstrer comment
A elle suis tant seullement,
Selon ma fachon commune,
15[Subget.]

CLXXXVIII[448]

Monsr Jaques

(fol. 101)
En tous les lieux ou j’ay esté,
Je n’ay veu gens qui vous resemble ;

S’en ay je veu beaucoup ensemble,
Qui n’approchent vostre beaulté.

5Que pleust[449] a Dieu que vous seussiés
Tout ce qu’a[450] plusieurs j’en ay dit,
Adfin que point[451] ne voulsissiés
En riens voulloir m’avoir desdit[452].

Pour congnoistre ma leaulté
10J’ay dit de vous ce qu’il[453] m’en semble,
Et qui ne le[454] croit, sy rassemble
Ceulx a qui m’en suis acquicté
En tous [les lieux ou j’ay esté.]

CLXXIX

Monsr Jaques

(fol. 101 v°)
Plus que nul autltre me complains
Des grans maulx que j’ay a porter[455],
Veu qu’on ne les veult supporter,
Combien qu’aille tous chemins plains.

5Ilz sont bien congneus et poy plains,
A chacun m’en vueil raporter
[Plus que nul aultre.]

Pourquoy je pri et soirs et mains


C’on me vueille ung poy deporter,
10Affin que ma joye emporter
On ne vueille ; j’en pri au mains
Plus que nul [aultre.]

CXC

Monsr Jaques

(fol. 102)
Hors toute bonne[456] Esperance
Maintenant suis et seray,
Et hors l’uys je demour[r]ay ;
Dangier le veult et Nuisance.

5Ilz m’on donné penitance
D’estre autant que [je] vivray
[Hors toute bonne Esperance.]

Bany m’ont d’avec Plaisance,
Esperant que ne[457] saray
10Faire tant que ne mour[r]ay
En tresgriefve desplaisance,
Hors toute [bonne Esperance.]

CXCI

Monsr Jaques

(fol. 102 v°)
De vous veoir j’ay plus d’envie
Qu’escripre ne vous saroye,

Quant jamès ne cesseroye
Le dire toute ma vie,

5Ma voulenté assouvie
N’est point par non trouver voye
[De vous veoir.]

A poy que je n’en desvie ;
Se bien dire je l’ousoye,
10Plus voulentiers trouveroye
La fachon que nul en vie
De vous [veoir.]

CXCII

Monsr Jaques

(fol. 103)
De plus en plus tien leeauté
Envers la tresbelle et bonne,
Et mains de confort me donne
Qu’a nul aultre en verité.

5Je suis tousjours comme ay esté
Tout a elle, et m’abandonne
[De plus en plus.]

Ly priant que sa voulenté
Ung petit mieulx me guerdonne
10Qu’elle n’a fait, et m’ordonne
De n’estre[458] ainsy debouté
De plus [en plus.]

CXCIII

Monsr Jaques

(fol. 103 v°)
Quant vous arés mon fait congnu,
Et vous vouldrés mon cas entendre,
Le cueur arés plus dur que tendre,
Ou je seray bien recongnu

5De vous, sans estre descongnu,
S’au long Rayson s’y peult estendre,
[Quant vous arés mon fait congnu.]

Jusques cy me suis abstenu
Vous dire a quoy me veulz attendre
10Pour ce que j’ay voulu contendre
Que soye vostre retenu,
Quant vous [arés mon fait congnu.]

CXCIV

Monsr Jaques

(fol. 104)
Qu’elle n’y a, je le maintien,[459]
Et a ce cas cy la main tien
Et le tendray tout mon vivant,

Adfin de mieulx d’or en avant
5Louer son grascieulx maintien.

Il me semble, quant a ma part,
Que ce doibt estre ung compte a part,
Car nulle n’en peult aprochier ;
De tous biens a sy bonne part
10Qu’on ne saroit en nulle part
De rien la pouoir aprochier.

Ceste querelle je soustien,
Non obstant que je me retien
De n’en plus parler que devant,
15Fors que chacun luy est devant
Dire en tous lieux, comme apert bien :
Qu’elle [n’y a, je le maintien.]

CXCV

Monsr Jaques

(fol. 104 v°)
Mauldit soit il, qui s’en tura,
Et qui bien me regardera
Avant amer par sy tresfort
Que j’ay fait, sans avoir confort
5De tant de maulx que mon cueur a !

Je n’ay amé que leaument
Et beaucop trop par mon serment ;
[Et] seloncq ce qui m’en est pris,
Je n’en ay eu incessaument
10Fors que dolleur, et tellement
Que d’en avoir suy bien apris.
 

Pour ce que bref le temps sera,
De s’en bien garder bon sera,
Force est d’y mectre son effort,
15Car quant j’y pense bien, au fort,
Bany soit qui trop amers,
Mauldit [soit il, qui s’en tura !]



  1. Ce rondeau se trouve aussi dans le ms. fr. 1719 de la Bibl. nat., fol. 45 v°.
  2. Ms. fr. 1719 Damours.
  3. II. Ce rondeau se trouve aussi deux fois dans le ms. fr. 1719 de la Bibl. nat., fol. 53 v° et 140.
  4. Ms. fr. 1719 (1) a ; ms. fr. 1719 (2) en manque.
  5. Ms. fr. 1719 (2) Et.
  6. Ms. fr. 1719. (2) Je.
  7. Ms. fr. 1719 (t) que bref je me ; ms. fr. 1719 (2) quen brefz jours je.
  8. Ms. fr. 1719 (1) Car je ne vis quen malheur et rencune.
  9. V. Ms. fr. 9223 douleurs.
  10. Ms. fr. 9223 Qui.
  11. VI. Imprimé dans le Jardin de Plaisance, fol. 62 v°, et dans Cent quarante cinq rondeaux d’amour n° 76.
  12. Ms. fr. 9223 Voustre.
  13. Jard. de Plais. et 145 rond. Des.
  14. Jard. de Plais. Car soit a destre ou ; 145 rond. Soit a dextre ou.
  15. 145 rond. espargne.
  16. 145 rond. Qu’il donne.
  17. Ms. fr. 9223 pas ung.
  18. VII. Ce rondeau se trouve aussi trois fois dans le ms. fr. 1719 de la Bibl. nat., fol. 5, 25 et 120 v°.
  19. Ms. fr. 1719 (3) Je.
  20. Ms. fr. 1719 (1) et (3) men.
  21. Ms. fr. 1719 (2) Et si ne men puis denommer.
  22. VIII. Ce rondeau se trouve aussi dans les mss. fr. 1719, fol. 34 v°, et 2230, fol. 244 v°, de la Bibl. nat.
  23. Ms. fr. 1719, veult.
  24. Ms. fr. 9223 doner.
  25. Ms. fr. 1719 Sen.
  26. IX. Ce rondeau se trouve aussi dans le ms. fr. 1719 de la Bibl. nat., fol. 52 ; il est imprimé dans le Jardin de Plaisance, fol. 77 r°.
  27. Jard. de Plais. Ce.
  28. Ms. fr. 1719 deuant tous.
  29. Jard. de Plais. vous manque.
  30. Jard. de Plais. choisir.
  31. Jard. de Plais. et.
  32. Jard. de Plais. desire a vous servir.
  33. X. Ce rondeau se trouve aussi dans le ms. fr. 1719 de la Bibl. nat., fol., 60 v° ; il est publié dans Charles d’Orléans II, 133 et dans le Jardin de Plaisance, fol. 77 r°. Un autre rondeau, commençant par le même vers, se trouve dans un ms. décrit par M. de Montaiglon, Rec. de poésies fr., V, 262.
  34. Jard. de Plais. Tu vois et si se scay.
  35. XII. Ce rondeau se trouve aussi dans les mss. fr. 1719, fol. 53, et 2230, fol. 242, de la Bibl. nat.
  36. Ms. fr. 1719 Au mains bien pres de la ; ms. fr. 2230 Seullement jusques a la.
  37. Ms. fr. 9223 jugie.
  38. Ms. fr. 9233 tire.
  39. Ms. fr. 2230 sus.
  40. Ms. fr. 1719 vos deux yeulx.
  41. Ms. fr. 9223 trop.
  42. XIII. Ms. fr. 9223 plus manque.
  43. XIV. Imprimé dans le Jardin de Plaisance, fol. 76 v°.
  44. Jard. de Plais. au port.
  45. Jard. de Plais. Et si tire bien aultre fort.
  46. Ms. fr. 9223 Et est folie ma gentil fame.
  47. XV. Ms. fr. 9233 je le.
  48. XVI. Ce rondeau se trouve aussi dans les mss. fr. 1719, fol. 125, et 2230, fol. 236, de la Bibl. nat.
  49. Ms. fr. 2230 baigne ms. fr. 9223 noys.
  50. Ms. fr. 1719 Las se.
  51. Ms. fr. 2230 Qui.
  52. Ms. fr. 1719 Le vers manque.
  53. Ms. fr. 2230 les grans maulx.
  54. Ms. fr. 2230 qui.
  55. Ms. fr. 2230 quant sa.
  56. Ms. fr. 9923 le manque.
  57. Ms. fr. 2230 qui.
  58. XVII. Ce rondeau se trouve aussi deux fois dans le ms. fr. 1719 de la Bibl. nat., fol 59 v° et 130 ; comparez une pièce de Charles d’Orléans (II, 172) qui semble être la réponse à ce rondeau.
  59. Ms. fr. 1719 (1) et (2) Serues la bien et.
  60. Ms. fr. 1719 (1) son ; Ms. fr. 1719 (2) le.
  61. Ms. fr. 1719 (1) du.
  62. Ms. fr. 1719 (1) et (2) de.
  63. Ms. fr. 1719 (1) et (2) Nest il.
  64. XVIII. Ce rondeau se trouve aussi deux fois dans le ms. fr. 1719 de la Bibl. nat., fol 51 v° et 139.
  65. Ms. fr. 1719 (2) trop bien.
  66. Ms. fr. 9223 soit.
  67. Ms. fr. 1719 (1) et (2) Loyaument ayme ce quelle ame.
  68. Ms. fr. 1719 (1) Qui la trouuera
  69. Ms. fr. 1719 (2) nen.
  70. Ms. fr. 9223 pouret.
  71. Ms. fr. 1719 (1) De nulluy ne veut auoir blasme
  72. XXI. Ce rondeau se trouve aussi deux fois dans le ms. fr. 1719 de la Bibl. nat., fol. 37 et 126.
  73. Ms. fr. 1719 (1) les.
  74. Ms. fr. 1719 (1) Et ; ms. fr. 1719 (2) Et nay.
  75. Ms. fr. 1719 que de.
  76. XXII. Ce rondeau se trouve aussi dans le ms. fr. 2230 de la Bibl. nat., fol. 242.
  77. Ms. fr. 2230 Sus.
  78. Ms. fr. 2230 sus.
  79. XXIII. Ce rondeau se trouve aussi dans le ms. fr. 1719 de la Bibl. nat. fol. 52 v°.
  80. Mss. fr. 1719 et 9223 et manque.
  81. Ms. fr. 1719 ou.
  82. Ms. fr. 9223 luy.
  83. XXIV. Ce rondeau se trouve aussi dans le ms. fr. 1719 de la Bibl. nat., fol. 91 v°.
  84. Ms. fr. 1719 ma plaisance est.
  85. Ms. fr. 1719 Car.
  86. Ms. fr. 1719 joye la plus.
  87. Ms. fr. 1719 le chef.
  88. XXV. Ce rondeau se trouve aussi deux fois dans le ms. fr. 1719 de la Bibl. nat., fol. 51 et 139.
  89. Ms. fr. 1719 (2) au.
  90. Ms. fr. 1719 (2) Tous plaisirs mont.
  91. Ms. fr. 1719 (2) Et pour ce vouldroye.
  92. Ms. fr. 1719 (1) soucy.
  93. XXVIII. Imprimé dans le Jardin de Plaisance, fol. 74 v°.
  94. Ms. fr. 9223 tay ; Jard. de Plais. temps ay.
  95. Jard. de Plais. En.
  96. Jard. de Plais. Leaue de pleurs si fort y redonde.
  97. Jard. de Plais. Aux boutz et a.
  98. Jard. de Plais. Je ny trouvay aulcun.
  99. Jard. de Plais. Dont desire souvent la.
  100. Jard. de Plais. Par.
  101. XXIX. Ce rondeau se trouve aussi dans le ms. fr. 1719 de la Bibl. nat., fol. 53 v°.
  102. Ms. fr. 1719 pas.
  103. Ms. fr. 9223 fort manque.
  104. Ms. fr. 1719 suis presques au.
  105. XXX. Ce rondeau se trouve aussi deux fois dans le ms. fr. 1719 de la Bibl. nat., fol. 53 et 140 v°.
  106. Ms. fr. 1719 (1) et (2) a.
  107. Ms. fr. 1719 (2) te.
  108. Ms. fr. 1719 (1) pour.
  109. XXXI. Ce rondeau se trouve aussi dans les mss. fr. 1719, fol. 124. v°, et 24314 (à la fin), de la Bibl. nat. ; il a été imprimé dans les Lunettes (éd. 1539) et publié dans Charles d’Orléans, II, 266.
  110. Ms. fr. 24314 Car.
  111. Ms. fr. 1719 pour.
  112. Ms. fr. 1719 Tant fort.
  113. Ms. fr. 9223 Car.
  114. Ms. fr. 1719 Quil ; Ms. fr. 24314, Lunettes et Ch. d’O. Que.
  115. Ch. d’O. sil.
  116. Ms. fr. 1719 sy siet il.
  117. Ch. d’O. ou.
  118. XXXIII. Ce rondeau se trouve aussi deux fois dans le ms. fr. 1719 de la Bibl. nat., fol. 65 et 130 v°.
  119. Le premier vers de ce rondeau a servi de thème à un concours poétique entre Charles d’Orléans, Madame d’Orléans, le comte de Nevers, Fredet, Philippe Pot, Antoine de Lussay, Guiot Pot, Gille des Ormes, Jacques bâtard de la Trémoïlle, Blossevillle et Jeucourt (voy. Charles d’Orléans, II, 163-169, et les rondeaux portant dans le présent recueil les nos XXXV, XXXVI, XXXVII, XLVII, XLVIII et XC ; les pièces de Blosseville (n° XXXIII) et de Jeucourt (n° XC) étaient inconnues jusqu’ici ; voy. aussi une ballade publiée dans l’édition de Champollion, p. 440-441.
  120. Ms. fr. 1719 (1) rente.
  121. Ms. fr. 1719 (2) dentente.
  122. Ms. fr. 1719 (2) haa.
  123. Ms. fr. 9223 que.
  124. XXXIV. Ce rondeau se trouve aussi dans le ms. fr. 1719 de la Bibl.nat., fol. 135.
  125. Ms. fr. 9223 Qui.
  126. Ms. fr. 9223 sa.
  127. Ms. fr. 9223 Car.
  128. Ms. fr. 1719 Mon amour.
  129. Ms. fr. 1719 me.
  130. XXXV. Ce rondeau se trouve aussi deux fois dans le ms. fr. 1719 de la Bibl. nat., fol. 64 et 140 v° ; il a été publié dans Charles d’Orléans, II, 168 (voy. plus haut la note du rondeau XXXIII).
  131. Ms. fr. 1719 (1) demente.
  132. Ms. fr. 1719 (2) De y.
  133. Ms. fr. 1719 (1) la.
  134. Ch. d’O. Que jay paour quil ne le.
  135. Ms. fr. 1719 (1) me.
  136. XXXVI. Ce rondeau se trouve aussi dans le ms. fr. 1719 de la Bibl. nat., fol. 63 ; il a été publié dans Charles d’Orléans, II, 165 (voy. plus haut la note du rondeau XXXIII).
  137. Ms. fr. 1719 scet manque.
  138. Ms. fr. 9223 il.
  139. Ms. fr. 1719 Pour tant a vous il se.
  140. Ms. fr. 1719 actante.
  141. Ch. d’O. et ms. fr. 9223 de manque.
  142. XXXVII. Ce rondeau se trouve aussi deux fois dans le ms. fr. de la Bibl. nat., fol. 63 v° et 123 ; il a été publié dans Charles d’Orléans, II, 166 (voy. plus haut la note du rondeau XXXIII) ; c’est la réponse à la pièce précédente.
  143. Ms. fr. 1719 (1) le.
  144. Ms. fr. 1719 (2) je.
  145. Ms. fr. 1719 (2) Que.
  146. Ms. fr. 1719 (1) et (2) quil.
  147. Mss. fr. 1719 et 9223 Sont vestus.
  148. XXXVIII. Publié dans Charles d’Orléans, II, 186.
  149. Ch. d’O. avant vois.
  150. XXXIX. Publié dans Charles d’Orléans, II, 175.
  151. XL. Publié dans dans Charles d’Orléans, II, 175.
  152. Ms. fr. 9223 Ou.
  153. Ch. d’O. et Ms. fr. 9223 le manque.
  154. XLI. Publié dans Charles d’Orléans, II, 161.
  155. XLII. Publié par Charles d’Orléans, II, 160.
  156. Ch. d’O. ne.
  157. XLIII. Publié dans Charles d’Orléans, II, 193 ; rapprocher de cette pièce le rondeau XLIX, de Charles d’Orléans, et deux autres rondeaux, dont l’un est du comte de Clermont, dans Charles d’Orléans, I, 147-148.
  158. Ms. fr. 9223 maint.
  159. Ch. d’O. tay.
  160. XLIV. Ce rondeau se trouve aussi deux fois dans le ms. fr. 1719 de la Bibl. nat., fol. 46 et 136 v° ; il a été publié dans Charles d’Orléans, II, 190 ; comparez plus loin les deux pièces LII et LIII, et trois rondeaux d’Olivier de la Marche, de Georges et de Vaillant, dans Charles d’Orléans, II, 188-189.
  161. Ms. fr. 9223 suy non.
  162. Ms. fr. 9223 et Ch. d’O. suis.
  163. XLV. Ce rondeau se trouve aussi dans le ms. fr. 1719 de la Bibl. nat., fol. 43 ; il a été publié dans Charles d’Orléans, II, 173.
  164. Ms. fr. 9223 Qui.
  165. XLVI. Publié dans Charles d’Orléans, II, 174.
  166. Ms. fr. 9223 estoit.
  167. XLVII. Ce rondeau se trouve aussi dans le ms. fr. de la Bibl. nat., fol. 64 ; il a été publié dans Charles d’Orléans, II, 164 (voy. plus haut la note du rondeau XXXIII).
  168. Ms. fr. 1719 sus.
  169. Ms. fr. 1719 A ceste heure.
  170. Ms. fr. 9223 payet.
  171. Ms. fr. 9223 a il.
  172. Ms. fr. 719 ans jours.
  173. XLVIII. Ce rondeau se trouve aussi deux fois dans le ms. fr. 1719 de la Bibl. nat., fol. 64 v° et 129 ; il a été publié dans Charles d’Orléans, II, 164 (voy. plus haut la note du rondeau XXXIII).
  174. Ms. fr. 1719 (1) et (2) je.
  175. Ms. fr. 1719 (1) lamente.
  176. XLIX. Publié dans Charles d’Orléans, II, 149 (voy. plus haut la note 1 du rondeau XLIII).
  177. L. Publié dans Charles d’Orléans, II, 195 ; c’est la réponse à la pièce de Fredet, rondeau XLIII.
  178. Ms. fr. 9223 loing.
  179. Ms. fr. 9223 de.
  180. Ms. fr. 9223 loublie.
  181. Ms. fr. 9223 et Ch. d’O. De.
  182. LI. Publié dans Charles d’Orléans, II, 146.
  183. Ms. fr. 9223 Et.
  184. Ms. fr. 9223 a manque.
  185. LII. Ce rondeau se trouve aussi deux fois dans le ms. fr. 1719 de la Bibl. nat., fol. 59 v° et 129 v° ; il a été publié dans Charles d’Orléans, II, 190 (voy. plus haut la note 1 du rondeau XLIV).
  186. Ms. fr. 9223 men.
  187. Ms. fr. 9223 amours.
  188. Ms. fr. 9223 qui.
  189. Ms. fr. 1719 (1) apres.
  190. Ms. fr. 9223 soillier manque.
  191. LIII. Ce rondeau se trouve aussi deux fois dans le ms. fr. 1719 de la Bibl. nat., fol. 55 v° et 124 ; il a été publié dans Charles d’Orléans, II, 191 ; c’est la réponse à la pièce précédente (voy. plus haut la note 1 du rondeau XLIV).
  192. Ms. fr. 1719 (1) pas.
  193. Ms. fr. 1719 (2) pour.
  194. Ms. fr. 1719 (1) pas.
  195. Ms. fr. 1719 (1) se ay.
  196. Ch. d’Or. Jay garde ou temps de.
  197. Ms. fr. 1719 (1) et (2) et 9223 Et.
  198. Ms. fr. 1719 (2) me.
  199. Ms. fr. 1719 (1) et (2) et 9223 pas.
  200. LV. Ms. fr. 9223 Qui.
  201. LVI. Ms. fr. 9223 nommer.
  202. LVII. Ce rondeau se trouve aussi deux fois dans le ms. fr. 1719 de la Bibl. nat., fol. 58 et 127 v°.
  203. Ms. fr. 1719 (1) et (2) Pour.
  204. Ms. fr. 1719 (2) Aussi.
  205. Ms. fr. 9223 leur.
  206. LVIII. Ce rondeau se trouve dans le ms. fr. 1719 de la Bibl. nat., fol. 131.
  207. Ms. fr. 9223 que ton prent a deduit.
  208. LX. Ce rondeau est placé par erreur dans le ms. fr. 9223 après la pièce suivante, qui lui sert de réponse ; il se trouve aussi deux fois dans le ms. fr. 1719 de la Bibl.nat., fol 45 et 135 v°.
  209. Ms. fr. 1710 (2) puis perdre ne.
  210. Ms. fr. 1719 (1) et (2) se.
  211. LXI. Ce rondeau se trouve aussi dans le ms. fr. 1701, fol. 43 et deux fois dans le ms. fr. 1719, fol. 45 v° et 135 v°, de la Bibl. nat.
  212. Mss. fr. 1701 et 1719 (2) des.
  213. Ms. fr. 170 esperance.
  214. Ms. fr. 1719 (1) et [2) pirs.
  215. Ms. fr. 1719 (2) doullant mon ; ms. fr. 9223 mon dollent.
  216. Ms. fr. 9223 Qui.
  217. LXII. Ce rondeau se trouve aussi deux fois dans le ms. fr. 1719 de la Bibl. nat., fol. 42 et 134.
  218. Ms. fr. 1719 (1) et (2) grant.
  219. Ms. fr. 1719 (1) revient.
  220. LXIII. Ce rondeau se trouve aussi dans le ms. fr. 1719 de la Bibl. nat., fol. 138 v°.
  221. Ms. fr. 9223 robert tait.
  222. Ms. fr. 9223 si manque.
  223. Ms. fr. 1719 car mon frit je.
  224. Ms. fr. 9223 de.
  225. Ms. fr. 9223 tropt.
  226. LXV. Ce rondeau se trouve aussi deux fois dans le ms. fr. 1719 de la Bibl. nat., fol. 49 v° et 101 v°.
  227. Ms. fr. 1719 (1) et (2), et ms. fr. 9223 bien manque.
  228. Ms. fr. 1719(2) œil manque.
  229. Ms. fr. 1719 (1) desassemblement.
  230. LXVII. Ce rondeau se trouve aussi dans le ms. fr. 1719 de la Bibl. nat., fol. 44 ; on lit en marge du ms. fr. 9223 : « La response est de l’austre costé par la faulte du relieur ». Cette response de Tanneguy du Chastel que nous imprimons immédiatement après, est, en effet placée dans le ms. après la pièce LXIX.
  231. Ms. fr. 1719 jay.
  232. Ms. fr. 1719 Que.
  233. Ms. fr. 1719 mieulx.
  234. LXVIII. Ms. fr. 9223 Qui.
  235. LXIX. Ce rondeau se trouve aussi deux fois dans le ms. fr. 1719 de la Bibl. nat., fol. 69 et 130 v°.
  236. Ms. fr. 1719 (1) et (2) De.
  237. Ms. fr. 1719 (1) me tuer.
  238. Ms. fr. 1719 (2) chere.
  239. Ms. fr. 1719 (1) et (2) Ne sy ne.
  240. Ms. fr. 9223 toute.
  241. Ms. fr. 1719 (1) et (2) Vostre rigueur tant fort.
  242. Ms. fr. 1719 (2) poure.
  243. Ms. fr. 1719 (2) me.
  244. Ms. fr. 1719 (1) dennemys ; ms. fr. 9223 damys.
  245. LXX. Ce rondeau se trouve aussi dans le ms. fr. 1719 de la Bibl. nat., fol. 41 v° ; il a été publié dans Villon, p. 135.
  246. Vill. je.
  247. Vill. Et des yeulx voy.
  248. L’édition de Villon ajoute le refrain après ce vers.
  249. Ms. fr. 1719 De.
  250. Vill. empres.
  251. LXXI. Ce rondeau se trouve aussi dans le ms. fr. 1719 de la Bibl. nat., fol. 50.
  252. Ms. fr. 1719 Du surplus il nen est.
  253. Ms. fr. 1719 quau surplus.
  254. Ms. fr. 1719 ne.
  255. LXXII. Ce rondeau se trouve aussi deux fois dans le ms. fr. 1719 de la Bibl. nat., fol. 54 et 122.
  256. Ms. fr. 1719 (1) et (2) sy.
  257. Ms. fr. 9223 Qui.
  258. Ms. fr. 1719 (2) jen.
  259. Ms. fr. 1719 (2) fillet.
  260. Ms. fr. 1719 (1) et (2) quen a.
  261. LXXXIV. Ce rondeau se trouve aussi dans le ms. fr. 1719 de la Bibl. nat., fol. 138 ; il a été publié dans Villon, p. 138.
  262. Vill. Si naymeray je ja.
  263. Vill. Que vous quoy que lon me.
  264. Ms. fr. 1719 le.
  265. Ms. fr. 1719 moy.
  266. LXXIV. Ms. fr. 9223 nayer.
  267. LXXV. Ce rondeau se trouve aussi dans le ms. fr. 1719 de la Bibl. nat., fol. 46 v° ; il a été publié dans Villon, p. 136.
  268. Ms. fr. 9223 Con ne.
  269. LXXVI.Ms. fr. 9223 en.
  270. LXXVIII. Ce rondeau se trouve aussi dans le ms. fr. 1719 de la Bibl. nat., fol. 122 v°.
  271. Comparez plus loin le premier vers de la pièce CXIII, dont les deux hémistiches forment les deux premiers vers du rondeau LXXVIII.
  272. Ms. fr. 1719 Dun.
  273. LXXIX. Ms. fr. 9223 cor.
  274. LXXX. Ms. fr. 9223 ma.
  275. LXXXI. Ce rondeau se trouve aussi deux fois dans le ms. fr. 1719 de la Bibl. nat., fol. 66 et 131 v°.
  276. Ms. fr. 1719 (1) Sy nen ay je mal.
  277. Ms. fr. 9223 change.
  278. Tout le couplet, du v. 10 au v. 14, est autre dans le ms. fr. 1719 (1) :

    Devant jaloux faiz le paoureux,
    Et n’en laisse a faire pour eulx
    Chose qui me tourne a valleur ;
    Au mains s’il me survient malheur,
    Que je vive en paix entour eulx ;
    Pour contrefaire, [etc.]

  279. Ms. fr. 1719 (2) le vers manque.
  280. LXXXII. Ce rondeau se trouve aussi deux fois dans le ms. fr. de la Bibl. nat., fol. 51 et 139 v°.
  281. Ms. fr. 1719 (1) et (2) et ms. fr. 9223 lame. La rime donne ici la véritable prononciation de l’M, qu’a discutée M. de Montaiglon, Rec. de poésies fr., t. IX. p. 164-165 ; Comparez aussi trois pièces analogues dans Cent quarante cinq rondeaux d’amour, les nos 47, 49 et 50, et plus loin les deux rondeaux nos CLVII et CVXXIII.
  282. Ms. fr. 1719 (1) men.
  283. Ms. fr. 9223 louent.
  284. LXXXIV. Ce rondeau se trouve aussi dans le ms. fr. 1719' de la Bibl. nat., fol. 136 v°.
  285. Ms. fr. 1719 demente.
  286. Ms. fr. 1719 Quon me fait don je me.
  287. LXXXV. Ce rondeau se trouve aussi dans le ms. fr. 1719 de la Bibl. nat., fol. 50 v°.
  288. Ms. fr. 1719 et ms. fr. 9223 mes manque.
  289. Ms. fr. 1719 et ms. fr. 9225 tout manque.
  290. Ms. fr. 1719 Car.
  291. Ms. fr. 1719 Aussi bien sont ce des cabas.
  292. Ms. fr. 1719 et sy.
  293. Ms. fr. 1719 mes manque ; ms. fr. 9223 mest.
  294. LXXXVI. Ce rondeau se trouve aussi dans le ms. fr. 1719 de la Bibl. nat., fol. 46 v°.
  295. Ms. fr. 1719 Mainctz amoureux.
  296. Ms. fr. 1719 Comment.
  297. Ms. fr. 9223 sy.
  298. Ms. fr. 9223 oncq bien ne.
  299. Ms. fr. 9223 Guerre donnes.
  300. LXXXVII. Ce rondeau se trouve aussi dans le ms. fr. 1719 de la Bibl. nat., fol. 121.
  301. Ms. fr. 1719 Si mest.
  302. Ms. fr. 1719 Dont meintenant.
  303. LXXXVIII. Ce rondeau se trouve aussi dans le ms. fr. 1719 de la Bibl. nat., fol. 48 v°.
  304. LXXXIX. Ce rondeau se trouve aussi deux fois dans le ms. fr. 1719 de la Bibl. nat., fol. 56 et 125 v°.
  305. Ms. fr. 1779 (1) et (2) Par.
  306. Ms. fr. 1779 (1) et (2) De ma.
  307. Ms. fr. 9223 aultre ma.
  308. Ms. fr. 1719 (1) qui.
  309. Ms. fr. 1719 (2) espresse.
  310. Ms. fr. 1719 (1) et (2) tant.
  311. Ms. fr. 9223 bresse.
  312. XC. Ce rondeau se trouve aussi deux fois dans le ms. fr. 1719 de la Bibl. nat., fol. 65 et 126 v° ; (voy. plus haut la note du rondeau XXXIII).
  313. Ms. fr. 9223 sy manque.
  314. Ms. fr. 1710 (2) desespoir ne presente.
  315. Ms. fr. 9223 que manque.
  316. Ms. fr. 9223 viure.
  317. Ms. fr. 9223 douleurs.
  318. Ms. fr. 1719 (1) et (2) que me guermente.
  319. XCI. Ce rondeau se trouve aussi deux fois dans le ms. fr. de la Bibl. nat., fol. 57 et 127.
  320. Ms. fr. 9223 Seneclal.
  321. Ms. fr. 9223 Se.
  322. Ms. fr. 1719 (1) Se par vous ne suis.
  323. Ms. fr. 1719 (1) que je vous ; ms. fr. 1719 (2) que en vous.
  324. Ms. fr. 9223 soyer.
  325. XCII. Publié dans l’édition de Charles d’Orléans de Guichard, p. 408.
  326. Ms. fr. 9223 et manque.
  327. XCIII. Ms. fr. 9223 Qui.
  328. XCIV. Ms. fr. 9223 Et le.
  329. XCV. Ms. fr. 9223 octroyer.
  330. XCVI. Ms. fr. 9223 Ce.
  331. XCVIII. Ms. fr. 9233 courant.
  332. Ms. fr. 9223 soyer.
  333. Ms. fr. 9223 ayer.
  334. C. Ms. fr. 9223 briefuement.
  335. Ms. fr. 9223 qui.
  336. CIII. Ms. fr. 9223 qui.
  337. Ms. fr. 9223 ligmage.
  338. CIV. Ms. fr. 9223 si.
  339. CVIII. Ms. fr. 9223 Qui.
  340. Ms. fr. 9223 qui.
  341. CIX. Voy. plus loin le rondeau CLX et aussi trois autres pièces commençant de même dans Charles d’Orléans (II, 204-206).
  342. Ms. fr. 9223 Si.
  343. CX. Ms. fr. 9223 nous.
  344. CXI. Ms. fr. 9223 La.
  345. Ms. fr. 9223 Qui.
  346. CXII. Ms. fr. 9223 Qui.
  347. CXIII.Ce rondeau se trouve aussi deux fois dans le Ms. fr. 1719 de la Bibl. nat., fol. 54 et 122 v° ; il a été imprimé dans le Jardin de Plaisance, fol. 62 v° (voy. la note 2 du rondeau LXXVIII).
  348. Ms. fr. 1719 (1) Je nay la riens qui men ; ms. fr. 1719 (2) Jay sallaire qui men.
  349. Jard. de Plais. je.
  350. Ms. fr. 9223 parler.
  351. Jard. de Plais. nen.
  352. CXIV. Ms. fr. 9223 Plus.
  353. CXV. Ms. fr. 9223 De me faire ainsi.
  354. CXVIII. Imprimé dans le Jardin de Plaisance, fol. r°.
  355. Ms. fr. 9223 il manque.
  356. Les 4 vers du second couplet sont remplacés, dans le Jardin de Plaisance, par les vers suivants, qui précédaient sans doute le refrain :

    Se m’en croyez, me promettrez
    Que mon vouloir s’acomplira
    [Quelque jour, etc.].

  357. Jard. de Plais. mon faict.
  358. Ms. fr. 9223 qu.
  359. Jard. de Plais. men.
  360. CXIX. Ms. fr. 9223 Qui.
  361. CXX. Ce rondeau se trouve aussi deux fois dans le ms. fr. 1719 de la Bibl. nat., fol. 4 et 86 ; il est imprimé dans Cent quarante-cinq rondeaux d’amour, n° 5.
  362. Ms. fr. 1719 (1) et 9223 Que jamais.
  363. Ms. fr. 9223 plaisir.
  364. Ms. fr. 1719 (1) tristesse.
  365. Ms. fr. 9223 deffaire. Ce vers et toute la fin manquent dans le ms. fr. 1719 (1).
  366. 145 rond. loy.
  367. 145 rond. ceste loy.
  368. Ms. fr. 9223 peusses.
  369. 145 rond. penser de te.
  370. CXXII. Imprimé dans Cent quarante cinq rondeaux d’amour, n° 73.
  371. 145 rond. voulloir.
  372. 145 rond. Pour ung autre mauez voullu.
  373. 145 rond. Aultre.
  374. 145 rond. ne voullut.
  375. 145 rond. Mais a toute heure.
  376. 145 rond. Je.
  377. 145 rond. Si.
  378. 145 rond. en.
  379. 145 rond. Vous nauez cause de vouloir.
  380. CXXIV. Ce quatrain, rimé sans doute par Blosseville, est la réponse à la pièce précédente.
  381. CXXV. Cette pièce n’a que le refrain de commun avec une ballade d’Alain Chartier, publiée dans l’édition Duchesne, p. 805.
  382. CXXVI. Ms. fr. 9223 lame ; voy. plus haut le rondeau LXXXII.
  383. Ms. fr. 9223 et.
  384. CXXVII. Imprimé sous le titre de Loyauté des hommes, dans le Rec. de poésies fr. (I, 227-228) de M. de Montaiglon.
  385. Rec. hommes.
  386. Rec. dedans les minieres.
  387. CXXX. Ms. fr. 9223 jusques a.
  388. CXXXIII. Un rondeau commençant par un vers analogue se trouve dans le ms. fr. 1719, fol. 66.
  389. Le ms. fr. 9223 répète voy.
  390. CXXXIV. Cet hémistiche, qui manque dans le ms. 9223, est suppléé d’après le v. 5 du rondeau XIII.
  391. Ms. fr. 9223 qui.
  392. Ms. fr. 9223 Qui.
  393. CXXXV. Cet hémistiche commence deux autres rondeaux, dont l’un,

    Joye me fuit et Desespoir me chasse,

    a été publié par M. Clédat, dans Lyon-Revue, 1886, p. 311, et dont l’autre,

    Joye me fuit et Douleur me court seure,

    imprimé dans Cent quarante-cinq rondeaux, n° 136, se trouve aussi dans un ms. décrit par M. de Montaiglon, rec. de poésies fr., t. V, p. 263.

  394. Ms. fr. 9223 qui
  395. CXXXVII. Ms. fr. 9223 qui.
  396. CXXXVIII. Ms. fr. 9223 qui.
  397. CXLI. Ce rondeau se trouve aussi dans le ms. fr. 1719, fol. 132.
  398. Ms. fr. 1719 En tout ; ms. fr. 9223 En tous.
  399. Ms. fr. 1719 Que nulle gans quon puist.
  400. Ms. fr. 1719 du tout.
  401. Ms. fr. 1719 acquerir ; la fin manque.
  402. Mss. fr. 1719 et 9223 osprandre.
  403. CXLII. Ms. fr. 9223 des aultres.
  404. CXLIII. Le troisième couplet de ce rondeau manque dans le ms. fr. 9223.
  405. CXLV. Le ms. fr. 9223 ajoute : Envoyé à Phelipe d’Aulon.
  406. Ms. fr. 9223 qui.
  407. CXLIX. Ms. fr. 9223 pourchassant.
  408. Ms. fr. 9223 nulle.
  409. CLIV. Voy. plus haut la note 1 du rondeau CIX.
  410. Ms. fr. 9223 Sy jamais auoir.
  411. Ms. fr. 9223 en grant.
  412. CLVI. Voy. le premier vers de la pièce suivante et de la pièce CLX.
  413. CLVII. Voy. le premier vers de la pièce précédente et de pièce CLX.
  414. CLVIII. Voy. plus haut deux pièces (n° LXXXII et CXXVI) relatives à la lettre M.
  415. CLX. Voy. le premier vers des pièces CLVI et CLVII.
  416. Ms. fr. 9223 vne.
  417. CLXI. Ms. fr. 9223 chers.
  418. Ms. fr. 9223 He.
  419. CLX. Voy. le premier vers des pièces CLVI et CLVII.
  420. CLXIII. Ms. fr. 9223 mefface.
  421. CLXVI. Ms. fr. 9223 Jucques a.
  422. CLXVII. Ms. fr. 9223 douleurs.
  423. Ms. fr. 9223 clameurs.
  424. Ms. fr. 9223 sequeurs.
  425. CLXVIII. Un rondel en chant, imprimé dans le Jardin de Plaisance (fol. 55 r°) et commençant par un vers analogue,

    Le plus dolent qu’onques fut né,

    n’a aucun rapport avec le rondeau de notre ms.

  426. CLXIX. Ms. fr. 9223 si.
  427. Ms. fr. 9223 Homme.
  428. Ms. fr. 9223 je.
  429. CLXX. Ms. fr. 9223 Mort.
  430. Ms. fr. 9223 estamdre.
  431. Ms. fr. 9223 tout.
  432. CLXXII. Ms. fr. 9223 Mort.
  433. CLXXIII. Ms. fr. 9223 qui.
  434. CLXXIV. Ms. fr. 9223 Huy.
  435. CLXXV. Ms. fr. ossy.
  436. Ms. fr. relle.
  437. CLXXVI. Cette pièce est la réponse à la précédente.
  438. CLXXVII. Le refrain est remplacé dans le ms. fr. 9223 par la répétition fautive du nom de l’auteur : Anthoine.
  439. CLXXVIII. Voy. le premier vers du rondeau CXCIV.
  440. Après ce vers, le ms. fr. 9223 introduit une première fois le vers 7 qui revient plus loin.
  441. CLXXIX. Ms. fr. 9223 est.
  442. CLXXXI. Ms. fr. 9223 Saint.
  443. CLXXXII. Ms. fr. 9223 recouurir.
  444. CLXXXIII. Ms. fr. 9223 Vueillier.
  445. Ms. fr. 9223 Qui.
  446. CLXXXV. Ms. fr. 9223 vees.
  447. CLXXXVI. Ms. fr. 9223 Qui.
  448. CLXXXVIII. Ce rondeau se trouve aussi dans le ms. fr. 1719 de la Bibl. nat., fol. 62.
  449. Ms. fr. 1719 Pleust.
  450. Ms. fr. 1719 Ce que a.
  451. Ms. fr. 1719 Mais quen riens vous.
  452. Ms. fr. 1719 Me voulloir auoir escondit.
  453. Ms. fr. 9223 qui.
  454. Ms. fr. 1719 men.
  455. CLXXXIX. Ms. fr. 9223 apporter.
  456. CXC. Ms. fr. 9223 bonte.
  457. Ms. fr. 9223 je ne.
  458. CXCII. Ms. fr. 9223 non estre.
  459. CXCIV. Voy. le premier vers du rondeau CLXXVIII.