Rudiments de la langue hindi/Le Barattement de la mer, trad. du hindi

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TRADUCTION LITTÉRALE.


Saunaka[1] dit :

Ô fils de Sûta, raconte, comme il faut, où et comment fût barattée la mer de lait ; comment fut produit le cheval (nommé) Uchchaîsrawa[2], ce grand et fameux coursier ?

Sautîr répondit :

Le mont Méru est plein d’éclat, on dirait que la lumière du soleil l’entoure. Tous les dieux, distributeurs du bonheur, étant allés sur ses sommets couverts de pierres précieuses, s’y assirent. Ils se mirent à faire des mantrs pour recueillir l’ambroisie[3], après avoir réfléchi et pris une détermination dans leur cœur[4]. Hein de joie, le seigneur Nârâyan[5], qui écarte la punition, dit à Brahma ;

DOHÂ.

Vous étant réunis aux dieux et aux açurs, allez, barattez la mer de lait. Alors, lorsque l’Océan, qui donne le bonheur, aura été baratté, l’ambroisie en sera produite. Quand vous aurez réuni toutes les herbes possibles et toutes les pierreries, l’ambroisie paraîtra. Écoutez donc, ô dieu dispensateur du bonheur !

CHARṆAKULAKACHHAND.

« L’éclat des pierreries est uni au mont Méru. Les suras étant venus admirèrent sa blancheur. Il est couvert de vignes et d’arbres fleuris ; il retentit du chant des oiseaux ; il est plein de daims, d’éléphants, de tigres, de sangliers et honoré par les apsarâs et les kinnars[6]. Il a la hauteur de on se mille yojans et il est enfoncé d’autant dans la terre. Nous ne pouvons l’arracher. Ainsi s’écrièrent les dieux auprès de Brahma et de Hari : Ô seigneurs, veuillez bien vous efforcer d’arracher cette montagne.

Sûta[7] dit :

Brahma et Hari, ayant entendu ces mots, dirent au chef des serpents (Ananta) : « Çà donc, déracinez le mont Mandar. » Lors donc que Hari lui eut parlé de porter la montagne, le serpent Sescha, l’ayant arrachée, la plaça sur le rivage de la mer.

La Mer dit :

Écoutez, ô suras et açuras, mon discours ; vous voulez faire sortir l’ambroisie en barattant l’eau ; j’endurerai le frottement et le tournoiement de la montagne, mais nous devons nous faire aider de la tortue. Placez sur son dos le mont Mandar. Je vous ai dit ce qui est convenable et avantageux.

Alors les suras et les açuras, ayant réfléchi, dirent au roi des tortues cette chose importante. Comme le chef des tortues dit : « Ainsi soit-il, » alors Indra plaça la montagne sur son dos. Le mont Mandar fit le barattement, et, l’habile serpent Bâçuki ayant servi de corde[8], les suras et les açuras se mirent donc à baratter la mer. Ils éprouvèrent beaucoup de joie à cause de l’ambroisie. Tous les suras se tinrent du côté de la queue et les açuras firent leurs efforts du côté de la tête. Là où était Séscha, là même Nârâyan alla se tenir.

DOHA.

Bâçuki, ayant éprouvé de la fatigue par le frottement que lui firent éprouver les suras et des açuras, prend plusieurs fois haleine avec de la fumée et des flammes[9]. Alors il y eut de grands nuages de fumée avec des éclairs. Il pleut et cette pluie enlève la fatigue et la peine, et donne le bien-être aux suras.

JAYAKARÎCHHAND.

Des arbres qui tournaient avec la montagne et qui étaient broyés, tombaient des fleurs nombreuses qui allaient sur les suras et les açuras, et leur contact enlevait la fatigue et la peine. Le bruit du barattement est très-fort ; les nuages tonnent avec force et le vent agit librement. Le frottement de la montagne produisit un grand bruit. Toutes les choses, étant broyées ensemble, furent réduites en poudre.

Le tournoiement de la montagne et dés arbres ayant donc lieu, un feu puissant en fut produit. La montagne se mouvait de tous côtés ; on aurait dit une libation d’eau du sacrifice de l’éclair. Beaucoup d’êtres vivants de la montagne commencèrent à brûler. Séscha lui-même mourut par l’ordre du seigneur des suras[10]. Comme les nuages manifestèrent le feu, les créatures de la montagne brûlèrent. Il y avait beaucoup d’arbres de différentes espèces, à la sève[11] généreuse, et des végétaux célestes, d’où il sortit des sucs abondants. Tout se liquéfia d’une bonne et incomparable manière. Les suras virent cela et lurent contents. L’or lui-même, s’étant fondu, coula, et les suras, ayant bu de cette eau, devinrent immortels. L’eau de la mer devint du lait excellent mêlé avec des sucs très-favorables. Ces sucs s’étant joints à l’eau devenue du lait, il s’en forma du beurre pur.

Alors les suras dirent à Brahma : « Seigneur, une grande fatigue a eu lieu ; toutefois, jusqu’à présent, l’ambroisie n’a pas paru. Nous avons tous éprouvé de la fatigue et nous n’avons plus de forces. »

Brahma, aux paroles de bénédiction, dit à Nârâyan : « Faites bonté et joie. Les dévas sont fatigués et n’ont plus de force ; rendez-les forts vous-même[12]. »

Wischnu dit :
DOHA.

Je vais départir une grande force aux suras, ô Brahma, qui donne le bonheur ! Qu’on agite rapidement la mer en faisant tourner le mont Mandar.

CHARṆAKULAKACHHAND.

Les suras ayant été fortifiés se mirent à tirer, et ils barattèrent aisément la mer, au moyen du mont Mandar.

Sûta dit :

La troupe des suras reçut[13] la force donnée par Wischnu et agita fortement l’eau de la mer. D’abord il en sortit la lune, puis parut Srî[14] pleine d’éclat. Ensuite Surâ Dévî[15] se montra, de couleur jaune et souriant de plaisir. Après elle, se manifesta le cheval Uchchaïsrwâ, et incontinent la couleur jaune de la lumière se répandit ; enfin, la pierre précieuse kaustubh, de couleur jaune, qui alla briller sur la poitrine de Nârâyan. Sri, la lune, Surâ et le cheval, charmés, allèrent joyeusement à la ville des suras. Les suras, conduits par Dhanwantari[16], virent un vase blanc tout plein d’ambroisie. En voyant l’ambroisie, les açuras s’écrièrent : « Nous prendrons ceci, après avoir déployé « beaucoup de force pour le produire. »

Le gros éléphant Aïrâwat, à quatre dents, parut, et le roi des suras[17], l’ayant vu, le prit pour lui. Après cela, une substance noire se manifesta et s’enflamma comme le feu noir[18]. L’odeur s’en répandit avec la fumée, et une grande impureté s’étendit dans les trois mondes. Lorsque le seigneur des trois mondes[19] vit que les trois mondes brûlaient, il en eut à l’instant compassion. Har (Siva) avala cette substance empoisonnée et la mit à son gosier[20], et alors les védas le nommèrent Nila kantha (gosier bleu). Lorsque les açuras virent ce prodige, ils furent désespérés et éprouvèrent beaucoup de crainte. À cause de Lakschmî et de la bonne ambroisie, les fils de Diti[21] firent beaucoup d’inimitié.

DOHA.

Hari (Wischnu) prit une forme enchanteresse ; ayant déployé une gracieuse illusion, il alla auprès des açuras pour les charmer.

JAYAKARÎCHHAND.
Sûta dit (ajouta) :

La grande puissance divine ayant pris son armure, les açuras se préparèrent au combat. Wischnu, en compagnie de Nar[22], prit l’ambroisie auprès de lui, et se réjouit avec Indra et Dânawa. Il fit donc boire l’ambroisie aux dévas, et, pour répandre la déception, il donna Surâ aux açuras. Râhu, ayant pris la figure d’un sura, alla en cet endroit. Il se mit à boire de l’ambroisie, y trouvant du bien-être. L’ambroisie lui parvint jusqu’au gosier. Le soleil et la lune le dirent à Wischnu. Alors Wischnu donna ordre à son disque, qui en conséquence sépara aussitôt la tête de Râhu de son corps. Ayant donc fait envoler la tête, elle alla au ciel, y étant parvenue à cause de la puissance qu’elle avait trouvée dans l’ambroisie. Râhu se mit à faire un bruit terrible ; son corps, sans tête, sauta et remplit la terre de crainte. Ainsi la tête et le corps, faisant inimitié, vont saisir encore actuellement le soleil et la lune[23].

Alors Wichnu, ayant laissé sa forme enchanteresse et ayant pris ses très-grandes armes, sa colère fit trembler la tribu des açuras, et un combat terrible commença. Auprès de la grande mer salée[24], les suras et les açuras, très-puissants, en vinrent aux mains.

CHAUPAÎ.

Les suras et les açuras s’arrêtèrent, étant en grande colère ; ayant pris différentes fortes armes, les açuras furent extraordinairement taillés en pièces, et, vomissant du sang en abondance, ils tombèrent sur la terre. Les açuras furent tous pleins de sang ; ils étaient sur la terre comme des montagnes jointes ensemble. Là ils firent de grands mugissements ; et les armes excellentes les tuaient à l’envi. Étant taillés en pièces, les suras et les açuras criaient ; ils combattaient, ayant pris des armes terribles. Lorsqu’ils virent ce combat si tumultueux, Nar et Nârâyan, s’étant mis en grande colère, accoururent. Ces deux héros étaient des lions de combat, et le brave Nar prit un bon arc. Ils se mirent à battre les açuras dans un combat cruel ; et Sakra (Indra) les tua avec son foudre. Hari prit en main le disque nommé Sudarsan et le lança au milieu de l’armée des açuras. Ce disque étant allé au plus vite des quatre côtés, prit plaisir à détruire l’armée des açuras. Il renversa par terre les açuras, les ayant taillés en pièces, et les dispersa en leur reprochant leurs méfaits.

Les açuras arrachèrent les montagnes qui leur servaient de fortifications, et les jetèrent contre l’armée des dévas. Les excellents suras les attaquèrent et les tirèrent de leur asile ; ils remplirent la terre des arbres des montagnes. Le disque Sudarsan s’éleva jusqu’au ciel, et, ayant taillé en pièces les açuras, il les anéantit. Ils furent donc vaincus. Les uns se précipitèrent dans la mer, les autres s’enfoncèrent dans la terre. Tous les açuras furent vaincus par les suras ; ils s’enfuirent çà et là, par millions.

Les suras, ayant gagné la victoire, soulevèrent le mont Mandar et le replacèrent tel qu’il était auparavant. Chantant victoire, ils retournèrent à leur propre demeure. La terre et l’eau, tout redevint beau. Indra ayant placé l’ambroisie quelque part, en un endroit favorable, en fit gardien l’enfer.

  1. Non d’un législateur inspiré, plus ancien que Manou. (Wilson, Sansc. Dict.)
  2. C’est-à-dire à longues oreilles ; nom du cheval d’Indra.
  3. Amrit, à la fois l’ambroisie et le nectar.
  4. Ou esprit, हिये est le cas oblique de हिया « cœur. »
  5. Un des noms de Wischnou.
  6. Il y a, de plus, dans le texte, le mot रूरो qui m’est inconnu. MM. Wilson et Shakespear pensent qu’il indique une espèce d’êtres célestes de la classe des apsarâs et des kinnars.
  7. Le même personnage qui est nommé Sautir dans le texte sanscrit. Sûta est le nom de son père, ainsi qu’on l’a vu plus haut.
  8. À la lettre, « ayant fait la corde. »
  9. C’est-à-dire en faisant sortir de sa bouche de la fumée et des flammes.
  10. C’est-à-dire Indra.
  11. Je traduis ainsi le mot तास d’après une signification que je trouve dans le Dict. mahr. de Molesworth.
  12. À la lettre : « Vous-même faites d’eux des forts. »
  13. À la lettre « prirent, » à cause du mot collectif गपा « troupe. » Cet idiotisme rappelle l’expression du Nouveau Testament : Σώσει τὸν λαὸν αὐτοῦ ἀπὸ τῶν ἁμαρτιῶν αὐτῶν. Salvum faciet populum suum à peccatis eorum. (Math. I, 21.)
  14. Srî ou Lakschmî, déesse de la fortune et femme de Wischnu.
  15. Ou la déesse Surâ. C’est la déesse du vin.
  16. Médecin des dieux, produit aussi par le barattement de la mer.
  17. On nomme ainsi Indra.
  18. C’est-à-dire comme s’enflamment les matières noires qui produisent le feu.
  19. C’est-à-dire Brahma.
  20. C’est-à-dire « elle s’y arrêta. »
  21. Ou les daïtyas.
  22. Nar signifie homme, et aussi Wischnu sous la forme humaine. Ici les deux noms de Wischnu forment un pléonasme.
  23. Telle est l’explication que donne des éclipses la mythologie hindoue.
  24. C’est-à-dire tout simplement « de la mer. » Le mot सिंधु s’appliquant aussi aux rivières, on doit y ajouter une épithète quand il désigne la mer. Il en est de même du mot persan دریا qui, dans l’Inde, ne signifie « mer » qu’autant qu’il est suivi du mot شور « salé. » En arabe, le mot بحر « mer » s’applique aussi aux rivières, surtout s’il est suivi du mot حلو « doux ; » et souvent, dans le premier sens, il est accompagné de l’adjectif مالح « salé. »