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Séances de la Société agricole et scientifique de la Haute-Loire/2 décembre 1880

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SÉANCE DU 2 DÉCEMBRE 1880.


Présidence de M. Béliben, Inspecteur d’académie honoraire.


Après la lecture et l’adoption du procès-verbal, M. Chabanes rend compte des examens subis récemment par les élèves candidats de la Ferme-École de Nolhac. Notre honorable confrère, qui faisait partie du jury, comme délégué du Conseil général, est heureux de constater que l’instruction primaire des sujets qui ont affronté cet examen était sensiblement supérieure à celle des années précédentes ; les trente premières compositions ne contenaient aucune faute d’orthographe. M. l’Inspecteur général d’agriculture Heuzey a témoigné sa vive satisfaction de ces résultats qui assurent à l’établissement confié aux soins intelligents et zélés de notre confrère, M. Nicolas, une longue et constante prospérité.

Il est donné communication d’une note de M. Aymard, extraite du Journal officiel, du 7 novembre dernier, évaluant la récolte approximative du froment, du méteil et du seigle, dans la Haute-Loire en 1880 :


Froment.
Surfaces ensemencées 
 15,000 hectares.
Produit en grains :
hectolitres 
 149,490
quintaux métriques 
 118,083


Méteil.
Surfaces ensemencées 
 8,500 hectares.
Produit en grains :
hectolitres 
 92,087
quintaux métriques 
 67,341


Seigle.
Surfaces ensemencées 
 72,000 hectares.
Produit en grains :
hectolitres 
 905,484
quintaux métriques 
 645,610


Ce relevé des récoltes, comparé à celui de 1879, établit, pour toute la France, des accroissements assez notables dans les surfaces ensemencées, ainsi que des surcroits de produits pour les trois sortes de céréales.

M. Bellon a constaté, aux dernières foires, une diminution dans le poids des diverses céréales.

M. Élie Liogier dit qu’effectivement le froment est moins lourd cette année, maie que le seigle et le méteil ont conservé leur poids normal.

Avant de procéder au scrutin sur la nomination du Président de la Société, M. Béliben rend hommage aux services rendus par M. Aymard, pendant les trois années qu’il a dirigé notre association.

Sur la proposition de M. Alix et à l’unanimité, la Société décerne le titre de président honoraire à M. Aymard.

M. le Dr Langlois, ayant obtenu la majorité des suffrages exprimés, est proclamé président.

Après la proclamation du scrutin, le Président d’âge exprime à M. Langlois la satisfaction personnelle qu’il éprouve de sa nomination et l’espoir que, sous sa présidence, la Société ne pourra que prospérer. M. Langlois remercie M. Béliben de ses trop élogieuses paroles ; il fera tout son possible pour s’en rendre digne. M. Langlois prend alors place au bureau et adresse à la Société les paroles suivantes :


« Messieurs,

« Ce n’est pas sans une vive émotion que je m’assieds à cette place ; car si, d’un côté, je dois vous remercier de l’insigne honneur que vous me faites, en me nommant votre Président, de l’autre, je dois considérer la grandeur de la tâche que vous m’imposez et me demander si mon intelligence et mes forces suffiront à la remplir dignement.

« Profond érudit, causeur disert et infatigable, possédant des connaissances aussi sérieuses que variées, mon honorable prédécesseur pouvait à lui seul remplir utilement une de vos séances ou suppléer à l’avantage de tous à un ordre du jour incomplet. Cette direction, Messieurs, je n’ai ni le pouvoir ni la volonté de la suivre. Pour le faire il faut posséder une érudition pour ainsi dire universelle et, si je m’engageais dans cette voie, mon insuffisance y serait vite mise à découvert. Mais, le pourrais-je, telle n’est pas la marche que j’adopterais comme votre Président ; ce n’est pas celle, à mon avis, qui peut faire progresser et rendre véritablement utile une Société comme la nôtre. J’ai la conviction qu’une seule porte lui est ouverte pour arriver à ce but : le travail du plus grand nombre possible, le concours de tous. Tout le monde n’a pas le temps, la possibilité peut-être de faire une œuvre spéciale ; je demanderai aux hommes de loisir, de science, de cabinet, de nous fournir des mémoires qui peuvent, je le sais, nous arriver en nombre suffisant ; mais je demanderai à tous, leur assistance à nos séances, leur impression à la suite d’une lecture, leurs remarques pendant une discussion ou à la suite d’une communication verbale.

« À votre Président le soin de diriger vos séances, à vos intelligents et laborieux secrétaires, dont le zèle ne nous fera pas défaut, la tâche de coordonner, de classer, de grouper les idées de chacun et, de ce qui semblait de prime abord n’être qu’un amas confus, sortiront, soyez-en convaincus, un ensemble complet, une appréciation juste, et souvent des aperçus nouveaux et inattendus sur les questions pratiques.

« En adoptant cette direction, grâce au concours de toute nature apporté par nos honorables vice-présidents et notre conseil d’administration, grâce à la gestion dévouée de notre consciencieux trésorier qui, je l’espère, ne nous abandonnera pas, avec l’aide des intelligentes et pratiques communications du comice agricole, notre Société pourra, j’en ai la conviction, marcher dans la voie du progrès, se rendre utile à notre petite patrie et même apporter, dans la limite de ses facultés, un contingent appréciable à la grandeur de la France et à la consolidation du gouvernement républicain. »


Après le discours de M. le Président, accueilli par d’unanimes applaudissements, M. Gazanion exhibe un remarquable spécimen du navet dit des vertus. Il présente aussi plusieurs échantillons de panais récoltés dans sa propriété. À ce propos, il insiste sur la nécessité d’abandonner cette culture bien moins productive, dans nos pays, que celle de la rave.

On sait que nos vignes ont singulièrement souffert, aux environs du Puy, des effets de la gelée de l’hiver dernier et de la grêle tombée dans le courant de cet été. Les vieilles vignes ont particulièrement souffert de ce double fléau et, pour en atténuer les effets, plusieurs vignerons ont pensé que le seul remède était de receper les souches par le pied en sacrifiant ainsi la récolte pendant trois ans. Ceux qui ont agi ainsi ont aujourd’hui des rejetons vigoureux sur lequels ils peuvent asseoir une nouvelle souche. Ceux qui, au contraire, désireux de ne pas perdre tout produit, ont essayé de conserver les portions de bois nouveau qui semblaient ne pas être atteintes, n’ont guère obtenu que des pousses malingres, sans grappes ou avec des grappes insignifiantes et seront obligés de suivre, avec moins de chance de réussite et la perte d’une année en plus, l’exemple de ceux qui, mieux avisés, ont eu recours de suite à un sacrifice radical.

M. Répiquet, vétérinaire à Firminy, a adressé à la Société dont il est membre correspondant, un mémoire très détaillé sur la fièvre aphteuse ou cocotte qui a régné en 1879 et 1880, dans les départements de la Loire et de la Haute-Loire. M. Langlois analyse ainsi ce mémoire :


MALADIE APHTEUSE

Notre département a été, pendant le cours de l’année dernière, fortement atteint par une affection grave s’attaquant également à la race bovine et aux moutons. Sous la dénomination de cocotte, la maladie aphteuse est malheureusement trop connue de tous nos cultivateurs pour que nous ayons besoin de la décrire ici. Nous nous contenterons d’exposer les divers traitements préconisés et nous tâcherons de mettre en évidence ceux qui ont donné les résultats les plus positifs.

La Société a reçu de M. Repiquet, vétérinaire à Firmini, un mémoire parfaitement fait, sérieux et pratique, dont voici le résumé succinct, augmenté de détails sur le traitement conseillé par divers auteurs.

La cocotte est une affection essentiellement contagieuse ; elle ne naît jamais spontanément, mais est toujours transmise par un sujet contaminé.

Les moyens de transmission sont tellement nombreux que l’affection envahit rapidement toute une contrée ; nous en citerons deux seulement : le transport d’un animal sain dans un vagon de chemin de fer où il a été précédé par des animaux malades ; le passage d’un animal sain sur une route qui a été suivie par un animal infecté. Donc une parcelle minime de la suppuration produite par la maladie suffit pour la transmettre à d’autres et infecter toute une contrée.

La première règle à suivre est d’éviter, dans les limites du possible, toute communication, directe ou indirecte, avec des sujets atteints de la fièvre aphteuse. Mais la chose n’est malheureusement pas facile et, une fois envahis, il est difficile d’isoler complètement les sujets malades pour se garantir de la contagion.

Quels sont alors les moyens à mettre en pratique ?

Le premier de tous, celui qui est conseillé par tous, c’est la propreté ; le séjour des animaux plutôt sans litière qu’avec de la litière humide, le lavage des parties malades à grande eau avec une solution au centième d’eau phéniquée. Il faut bien se garder, surtout si la maladie est avancée, de vouloir ouvrir la bouche de force et surtout de saisir la langue pour la sortir ; on courrait alors le risque de dépouiller la muqueuse buccale de son épithélium et d’aggraver la maladie. Les lotions doivent être faites avec une éponge ou un chiffon imprégné du liquide et sans frottement. L’intérieur de la bouche doit recevoir une injection avec une seringue ou, à son défaut, avec une vessie à laquelle on a adapté un tuyau quelconque.

Si le mal n’existe qu’aux pieds, comme cela se présente souvent chez le mouton, il faut le faire sortir à la rosée pour laver la plaie et le faire passer, en rentrant, dans un bac placé à l’entrée de l’étable et contenant une solution de sulfate de cuivre.

Si la corne des pieds est décollée, il faut enlever avec soin toutes les parties détachées, laver avec l’eau phéniquée et panser avec de la térébenthine ou de l’onguent égyptiac.

Les plaies des mamelles, beaucoup plus délicates, doivent après la lotion, être pansées avec de la crème fraîche ou de l’onguent populéum.

La nourriture des animaux sera aussi rafraîchissante que le permettra la saison pendant la période inflammatoire de la maladie : vers la fin et pendant la convalescence, elle sera, au contraire, tonique et même un peu excitante : afin d’augmenter l’appétit des animaux, on devra saler leurs fourrages et leur donner son meilleur foin.

M. Couderchet, vice-président du comice agricole du Puy, dont les écuries ont été fortement affectées de fièvre aphteuse, a bien voulu communiquer à la Société le traitement qu’il a mis en usage et grâce auquel la durée de l’épidémie a été moins longue et les résultats moins désastreux qu’on n’aurait pu le craindre d’après la violence du début. M. Couderchet remplace les lotions phéniquées par un liquide ainsi composé :

Eau, demi-litre ;

Miel, deux cuillerées ;

Acide chlorhydrique, quantité suffisante pour rendre le liquide à peine supportable à la langue.

Il pratique, du reste, le lotionnement comme nous l’avons indiqué ; il conseille seulement d’essuyer avec précaution les plaies avant de les badigeonner avec le liquide.

Le traitement des pieds est le même que ci-dessus pour les applications générales, mais M. Couderchet affirme avoir obtenu d’excellents résultats, au début de cette affection, d’une saignée des quatre onglons. L’écoulement du sang qui se fait naturellement avec difficulté est entretenu et accéléré par de légers coups frappés sur le sabot avec une baguette : la quantité de sang ainsi tirée a été portée par M. Couderchet jusqu’à environ deux litres, et il a vu tous les animaux soumis à ce traitement guérir beaucoup plus vite et avec un dépérissement bien moins marqué que ceux qui ne l’avaient pas subi.


M. Rocher demande à compléter la communication qu’il a faite, à la dernière séance sur le procès de Chapteuil, engagé en 1285, entre l’évêque Frédol et le seigneur d’Eynac.

L’enquête, déjà connue de la Société, est un document de premier ordre et qui jette une vive lumière sur les mœurs de la féodalité vellave ; mais le diplôme ne raconte point le dénouement de la lutte. Une transaction du 31 janvier 1289, intervenue en plein chapitre de Notre-Dame, entre l’évêque Frédol et Pons de Goudet, nous révèle ce dénouement. Nous saurons désormais, grâce à la copie authentique du traité de 1289, copie due à l’infatigable obligeance de M. l’abbé Payrard, comment l’église du Puy devint maîtresse légitime et incontestée de la belle et vaste baronnie de Chapteuil.

Mis en goût par ses récentes découvertes, M. Rocher se propose d’étudier cette famille des Chapteuil, dont les origines sont encore recouvertes d’une ombre épaisse. M. Jacotin a voulu aider son ami dans cette entreprise : il lui a fourni l’analyse d’un titre de 1270 où il est question de l’hommage de Guicharde, veuve d’Amphos de Chapteuil, en faveur de Pons de Glavenas, abbé de Saint-Pierre la Tour. Cet acte d’allégeance éclaire certains degrés de la généalogie des Chapteuil : comme le traité de 1289, il mérite, ainsi que le décide l’assemblée, les honneurs de l’impression.


A. Lascombe.