Salammbô/Sources accessoires

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Louis Conard (p. 445-450).
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II. SOURCES ACCESSOIRES.


Notes documentaires d’après les papiers de Flaubert.


Dans un dossier, comprenant trente feuillets de papier bleu, et portant, sur le premier feuillet, de la main de Flaubert : « Salammbô, Sources et méthodes », l’écrivain a conservé l'indication de ses références sur les sujets les plus divers : sur les divinités, la mutilation des cadavres, l’art militaire, la médecine, l’ethnographie de Carthage, l’ornement et la toilette des femmes, la religion, les maladies du serpent, les astres, les costumes des prêtres, le commerce, les esclaves, l’armement de guerriers, la construction de l’aqueduc, etc. Nous ne pouvons donner, en raison de l’étendue de la documentation de l’ouvrage, qu’un aperçu de ces notes ; voici les principales :


« Noms. — SALAMMBÔ : Salammbô è Aphrodditè para Babulôniois.

« Masden, Histoire d’Espagne, cite, ·d’après les inscriptions olcales, le nom de treize divinités antérieures à l’époque romaine ; on trouve dans cette liste Salambou.

« NARR’HAVAS : de Nar-el-Haoua. Serait mieux écrit avec un seul r. Haoua = souffle. — Nar = feu.

LA RABBETNA est une faute, na voulant dire notre, et il faut l’écrire par deux b, comme Rabbin.

« HANNIBAL. — Le portrait d’Hannibal enfant est un souvenir de ces deux vers de Silius Italicus :

___________________________.... ora parentis
Agnosco, torvaque oculos sub fronte minaces,
Vagitumque gravem atque irarum elementa mearum ;


mais dans Silius Italicus, c’est Hannibal qui contemple son fils et parle à son épouse avant de partir pour les Pyrénées.

« HAMILCAR. — Les envoyés du Grand Conseil qui viennent lui demander son fils est un souvenir d’un autre passage du même auteur. Après la Trébie, les députés de Carthage viennent demander à Hannibal qu’il leur livre son fils, désigné par le sort comme victime. Tous les ans il en fallait une ; Hannibal refuse.


« Sources principales et méthode. — Polybe, Appien, Gésenius. Hendrich (Cartago sive Carthaginemsium respublica 1664.), a vu tous les textes latins et grecs ; ouvrage sans critique mais abondant.


« Ce qui me manquait de précis sur Carthage, je l’ai pris dans la Bible (traduction de Cahen). Quand je n’ai pas eu de textes anciens, j’ai eu recours aux voyageurs modernes et à mes souvenirs personnels. Un passage de Salluste (Jugurtha) peu remarqué parle d’une invasion assyrienne conduite par Hercule sur les côtes d’Afrique ; ils se mêlèrent aux Libyens et devinrent les Numides. L’invasion phénicienne est postérieure (XIX). J’ai rapproché ce passage d’un autre dans Frank (Kabbale}, où il dit que les Assyriens ont fourni aux Juifs les noms, les mots, les vues et les caractères dont ils se servent aujourd’hui) Talmud). Voir cette question dans Mémoires de l’Académie des Inscriptions, t. XII, ancienne série.

« Telle est ma base. Cette origine assyrienne m’a servi pour prendre des ornementations, des détails d’architecture, des types de tête ; où les preuves me manquaient, j’ai induit.

« Les similitudes entre l’Égypte et Carthage m’ont été indiquées par plusieurs inscriptions de Gésenius, ou Isis et Osiris sont formellement mentionnés.

« Dans les papiers de M. de Monbret (Bibliothèque de Rouen) j’ai trouvé le dessin d’un sarcophage à l’égyptienne, découvert en Sardaigne. Il était, dit la note qui accompagne le dessin, en argile rouge et le dessin le représente couvert de caractères puniques ; c’est là ce qui m’a fait écrire (page 4.) : « Les fourneaux pour cuire les cercueils d’argile commençaient à fumer ». [Ce passage a disparu dans les corrections de Flaubert.]


« Pour la topographie de Carthage et la géographie de la région de Tunis. — Appien a été mon guide. J’ai suivi, quant aux postes, l’opinion de Chateaubriand adoptée par Falbe.

« La description du Côthon (p. 161) est copiée dans Appien, mais je l’ai interprété. Au lieu de dire : comme sur des « colonnes ioniques », je mets « des cornes sur les chapiteaux » ; ce qui doit être la pensée même d’Appien plus précisée.

« J’ai consulté :

« Desfontaines : Voyage en Afrique ; Grenville Temple : Excursion in Alger and Tunis ;

« Corippus : Johannis m’a été fort utile pour les anciennes peuplades africaines ; j’ai pris quelques noms dans Ibn Khaldoun ;

« Tunis (Frank, Univers pittoresque} ;

« Hérodote ;

« Walkenaër (Recherches géographiques sur l’intérieur de l’Afrique septentrionale, 1821 ; Tableau de la géographie ancienne des États barbaresques d’après l’allemand) ;

« Excursions dans l’Afrique septentrionale par les délégués pour l’exploitation de Carthage ; Recherches sur la topographie de Carthage (Dureau de la Malle) ; Recherches sur l’emplacement de Carthage (Faune) ; Tombes à Carthage (Beulé) ; Voyage dans la Cyrénaïgue et la Marmarigue (Pacho). La reproduction en couleur d’une fresque découverte à Cyrène et représentant des Juifs m’a servi pour les costumes ;

« Quelques articles de la Revue archéologique.

« Si je dis que le Côthon (port militaire) était pavé au fond de petits cailloux, c’est qu’à Thapsus il reste une grande partie du Côthon dont la construction est en petits cailloux liés avec du mortier, de manière à composer une masse indestructible. (Raoul Rochette, membre de l’Académie des inscriptions. XII.) »

Puis, dans une enveloppe portant de la main de Flaubert cette inscription : « Carthage, notes diverses », nous trouvons des notes et des références de toutes sortes, qui logiquement ont leur place ici, au chapitre : « Sources et méthode ». L’ensemble de ces notes forme 74 feuillets de dimensions diverses, y compris lettres et fiches. Les abréviations sont nombreuses, souvent il est fort difficile de trouver le sens de la note.

Voici ces documents :

Plusieurs dessins de « bas-reliefs du musée de Leyde, provenant de fouilles faites sur l’emplacement de Carthage et portant des inscriptions qui, à ce que disent les savants, parlent de Salambô (sic) » ;

Des dessins de médailles avec casques, cercles de perles, grappes de raisin, puis le modèle de la médaille de Cessa ;

Une note sur la composition d’un festin i l’époque de Carthage ;

Graine de lin, graine de pavot ; leurs propriétés ;

Grand-Prêtre ; son costume, description ;

Une lettre de M. Baudry lui signalant, dans Renan, un passage sur le temple d’Astarté ;

Une lettre du Muséum d’histoire naturelle de Rouen, lui indiquant les fleurs et arbustes vivant sur les limites du désert ; Une autre lettre de la même source, indiquant les fleurs pouvant être indiquées comme ornant les jardins de Carthage ;

Un plan représentant un assemblage de poutres carrées reliées par des colliers de fer ;

Une description de mort volontaire par abstinence (décrite par la victime) [voir numéros de la Gazette médicale, 1857, 58, 50, 49].

Une notice sur trois missels orientaux rapportés d’Égypte par S. M. (an VIII).

Une lettre du Muséum d’histoire naturelle de Paris, répondant à Flaubert qu’on ne peut lui fournir de documents sur la maladie des serpents ni sur les remèdes ;

Une liste, à Flaubert adressée, des étapes de Tunis au Kef, avec les villages et les ruines qu’on rencontre sur la route ; Une lettre indiquant la manière de compter des Phéniciens, l’ordre numérique ;

Une note sur les oiseaux chasseurs de sauterelles ;

Liste de huit ouvrages à consulter sur la magie ;

Une citation de la Bible sur le Serpent d’airain ;

Une lettre explicative sur les charmeurs de serpents ;

Une lettre contenant une liste de noms gaulois ;

Le dessin de la silhouette des montagnes : Djebel ledjebeul (sic), Mardeuf, Djebel Ouan'm, Djebel Elheraïa ;

Une lettre dont voici les termes : « Vous avez mille fois raison de trouver incompréhensible le passage où Ammien prétend que Thèbes a été prise par les Carthaginois. Il y avait en Libye une ville du nom d'Hécatompylos qui fut pillée en effet par les Carthaginois (Diodore, livre XXIV des Excerpta, p. 563, de l’édition Vessel). Comme Thèbes, en Égypte, était surnommée Hécatompylos, l’auteur latin s’y est mépris » ;

Une lettre citant un passage de l’Hist. romaine de Mommsen (2e éd., tome I, p. 548) : « Annibal qui n’avait pas le patriotisme étroit des Carthaginois, promit, en partant d’Espagne pour sa grande expédition, aux soldats Libyens qui formaient plus de la moitié de son armée, de leur donner le droit de cité carthaginoise s’il pouvait les ramener vainqueurs en Afrique » ;

Le plan d’une maison découverte à Carthage avec un dessin trouvé à Qalmah ;

Une description complète de panoplies et armures des Samnites, des Libyens, des Lyciens, Arabes, Assyriens, Cariens, Étrusques, Égyptiens, Éthiopiens, des peuples de l’intérieur de l’Afrique, des Arméniens ;

Des notes extraites du Journal Asiatique ;

Une note renvoyant à Pline XII (parfum) ; une note sur la malobatron ou arbre à feuilles roulées, noirâtre, rugueux, etc. ;

Des notes diverses sur le regard du chat, sur l’épervier, l’acacia, l’ibis, le cerf ;

Une note sur les ornements des femmes juives ; puis, au sujet de la Déesse, des renvois à Homère, Hérodote, Plutarque, Pline ; et au sujet du temple de Salomon, à Eusèbe, etc. ;

Une longue note avec indications abréviatives renvoyant à Henri Martin, Grævius, et Adrien de la Fage (Histoire de la musique et de la danse, t. II) ; à Pétrone, Gronovius, Thesaurus, etc., Hendrich (De republica Carthaginiensium, 166), à Hœfer(Histoire de la chimie pour la fabrication des pierres précieuses), Humbold (Asie centrale, t. l, p. 389) ;

Une lettre le renseignant sur les mœurs des Perses : « Je trouve dans Strabon, XV, 3, dans Diog. Laert., t. l, 7, dans Clem. Alex., Strom III, etc., qu’il résulte que les mages de Perse regardaient comme permises les unions incestueuses avec leurs mères, sœurs et filles » ;

Une note extraite de l’Abeille médicale. 1849, p. 150, sur les effets produits par un sommeil en plein air pendant une nuit étoilée et très fraîche ;

Une note pour l’Aries, renvoyant à Vitruve, Tertullien, Pisiscus, Paul Lucas, Desfontaines, Walckenaër ;

Une note sur les enchanteurs, les déesses, les aliénés en Orient, renvoyant à divers ouvrages écrits souls formes abréviatives : Falconnet, Pétrone, Delambre, Schuzfleisch ;

Une note renvoyant aux Annales des sciences naturelles, 1832, 1829, 1831 ;

À Bouchard : De l’impôt chez les Romains ;

À Reinesius : (voir les bas-reliefs pour les tonneaux enduits de poix) ;

À Mengotti : Dissertation sur le commerce des Romains, 1786,

À Isaac Vossius : Recueil d’observations, Londres, 1685 ;

À Menvius, à Stuclc, à Strutt sur les antiquités ;

À La Borde : sur la musique des anciens, etc. ;

Une autre note sur les papiers-monnaies des Orientaux, et renvoyant à Julius Firmicus Maternus (livre l, chap. IV), pour une invocation aux planètes ;

À Caussin de Perceval : Essai sur l’Histoire des Arabes ;

Une lettre de la légation de France à Tunis, se terminant ainsi : « On trouve dans les montagnes de Jaffar, au N.-O. de Tunis, entre Carthage et Utique, un ravin ou plutôt une gorge profonde appelée Tenyet-el-Fez, le chemin de la Hache. C’est peut-être cela le défilé que vous cherchez » ;

Une lettre relative aux treize divinités vivant du temps de Salammbô, où il est dit : « Se défier de l’abbé Masden, dont les inscriptions ibériennes ou latines sont cousues de fautes » ;

Une note renvoyant à Lilia, Histoire de Carthage (t. IV, 1736), où se trouvent les amusements du cœur et de l’esprit ;

Une note sur le Rational du Grand-Prêtre ;

Une note sur les Nuraghs de Sardaigne (Petit-Radel, 1826), avec un plan à vol d’oiseau d’un Nuragh ;

Puis le dessin de la silhouette des monts : Diebel-Salata, Korn-Elheulfaïa (le piton de Elheulfaïa), Elhon-el-Kébir (le grand bas-fond), Diebel-boukhodra (le père de la verdure), Kaf-ed-deum (le rocher du sang).


Il est facile de compléter cette documentation par celle que Flaubert a indiquée lui-même dans les différentes réponses qu’il fit, soit à Sainte-Beuve, soit à M. Frœlmer. (Voir Correspondance, III, p. 332, 348, 360.)


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