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Satire 2 (Horace, Raoul)

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Traduction par Louis-Vincent Raoul.
Satires d’Horace et de PerseImprimerie Bogaert-Dumortier (p. 17-19).
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SATIRE II.


Tigellius est mort. Musiciens, danseurs,
Histrions, charlatans, parasites, farceurs,
Tous en sont désolés. C’était un si brave homme !
Au contraire, cet autre, homme sage, économe,
À son ami, pressé par le froid et la faim,
Ne donnerait pas même un habit et du pain.
Demandez à ce fils stupidement prodigue,
Pourquoi dans des festins dont l’excès le fatigue,
D’ancêtres opulents magnifique héritier,
Il dévore en un jour son patrimoine entier,
Et pour fournir aux frais d’une table splendide,
Prend des fonds à tout prix d’un harpagon avide.
C’est qu’il veut, dira-t-il, passer pour libéral.
L’un trouve qu’il fait bien, l’autre croit qu’il fait mal.
Possesseur de grands biens qu’il double par l’usure,
De ce nom de prodigue Albinus craint l’injure.
Aussi, pour l’éviter, d’avance, à chaque prêt,
Cinq fois de son argent retient-il l’intérêt,

Et de ses emprunteurs accélérant la chute,
Plus ils sont obérés, plus il les persécute.
Il recherche surtout ces jeunes débauchés
Qu’un tuteur au désordre a longtemps arrachés,
Mais qui, libres enfin sous la robe virile,
À ses honteux calculs ouvrent un champ fertile.
— Juste ciel, direz-vous ; mais cet homme, du moins,
Vit, d’après ce qu’il gagne, et songe à ses besoins !
Lui ? vous ne sauriez croire à quelle gêne extrême,
Pour épargner son or, il se réduit lui-même.
C’est un vrai suicide. Et ce père chagrin
Que l’art ingénieux du Ménandre latin,
De l’exil de son fils nous montre inconsolable,
Vivait moins durement, était moins misérable.
Vous m’allez demander à quoi tendent ces vers ?
Je m’explique : tout sot, tout esprit de travers,
S’il évite un défaut, pèche en quelque autre chose.
Gorgonius sent l’ail et Rufillus la rose.


  1. Il semble que Louis-Vincent Raoul lui-même ait choisi de ne pas publier la suite, assez scabreuse, de la satire II.