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Semaine théâtrale/Première représentation de Mignonnette, au théâtre des Nouveautés

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Heugel (no 41p. 324).

Nouveautés. — Mignonnette, vaudeville-opérette en 3 actes, de M. G. Duval, musiquee de M. G. Street.

De même que le célèbre Faust de Gounod sollicita la verve satirique et parodique de Crémieux, Jaime et Hervé, de même l’universelle Mignon d’Ambroise Thomas vient de tenter MM. Georges Duval et Georges Street. Nous avions et nous avons encore le Petit Faust, vrai chef-d’œuvre du genre, qui remonte déjà à 1869 ; nos neveux retrouveront-ils seulement quelque fugitif souvenir de Mignonnette ?

Ce qui manque le plus au vaudeville de M. Duval, c’est la fantaisie indispensable à ce genre de théâtre. Point ne suffit de faire de Mignon une petite Montmartroise recueillie dans la forêt de Fontainebleau par le peintre-mécène Oscar de Bois-Colombes et reconnue au dernier acte par son vieux papa Charlemagne, modèle pour l’ensemble : il aurait fallu semer là-dedans de la joyeuse folie et de l’imprévu, sans craindre de franchement s’écarter par moments de l’original, suffisamment populaire pour que le public s’y soit toujours retrouvé.

Si la musique de M. Georges Street n’a pas la folie exubérante et spirituelle de celle d’Hervé, et la faute en revient pour la plus grande part au librettiste, elle est du moins d’une facture très adroite, comme dans l’enchaînement des différents couplets de café-concert au premier acte, et d’une inspiration aimable, comme dans le duetto du second acte.

MM. Germain (Charlemagne-Lothario), Tarride (Oscar-Vilhelm), Guyon (Lorimus-Laerte), Lauret (Panatellas-Frédéric), Mmes Filliaux (Mignonnette-Mignon), prenant heureusement possession de la rive droite après avoir triomphé sur la rive gauche, et Aimée Martial (Floestine-Philine) défendent du mieux qu’ils peuvent les trois actes.

Mais où le succès a été absolument complet, c’est dans les couloirs des Nouveautés, et c’est là, en effet, qu’avait lieu la véritable première. Il faut complimenter sans réserve M. Micheau pour le goût exquis avec lequel il a fait décorer, à nouveau et dans une note tout artistiquement moderne, les dégagements, couloirs et foyers de son petit théâtre.

Paul-Émile Chevalier.