Sganarelle/Édition Louandre, 1910/Sganarelle
Scène I.
Ah ! n’espérez jamais que mon cœur y consente.
Que marmottez-vous là petite impertinente ?
Vous prétendez choquer ce que j’ai résolu ?
Je n’aurai pas sur vous un pouvoir absolu ?
Et par sottes raisons votre jeune cervelle
Voudrait régler ici la raison paternelle ?
Qui de nous deux à l’autre a droit de faire loi ?
À votre avis, qui mieux, ou de vous, ou de moi,
Ô sotte ! peut juger ce qui vous est utile ?
Par la corbleu ! gardez d’échauffer trop ma bile ;
Vous pourriez éprouver, sans beaucoup de longueur,
Si mon bras sait[1] encor montrer quelque vigueur.
Votre plus court sera, madame la mutine,
D’accepter sans façons l’époux qu’on vous destine.
J’ignore, dites-vous, de quelle humeur il est,
Et dois auparavant consulter s’il vous plaît :
Informé du grand bien qui lui tombe en partage,
Dois-je prendre le soin d’en savoir davantage ?
Et cet époux, ayant vingt mille bons ducats,
Pour être aimé de vous doit-il manquer d’appas ?
Allez tel qu’il puisse être, avecque cette somme
Je vous suis caution qu’il est très honnête homme.
Hélas !
Hé bien, hélas ! Que veut dire ceci ?
Voyez le bel hélas qu’elle nous donne ici !
Hé ! que si la colère une fois me transporte,
Je vous ferai chanter hélas de belle sorte !
Voilà, voilà le fruit de ces empressements
Qu’on vous voit nuit et jour à lire vos romans ;
De quolibets d’amour votre tête est remplie,
Et vous parlez de Dieu, bien moins que de Clélie[2].
Jetez-moi dans le feu tous ces méchants écrits
Qui gâtent tous les jours tant de jeunes esprits ;
Lisez-moi, comme il faut, au lieu de ces sornettes,
Les Quatrains de Pibrac, et les doctes Tablettes
Du conseiller Matthieu[3] ; l’ouvrage est de valeur,
Et plein de beaux dictons à réciter par cœur.
La Guide des pécheurs est encore un bon livre[4] ;
C’est là qu’en peu de temps on apprend à bien vivre ;
Et si vous n’aviez lu que ces moralités,
Vous sauriez un peu mieux suivre mes volontés.
Quoi ! vous prétendez donc, mon père, que j’oublie
La constante amitié que je dois à Lélie ?
J’aurais tort, si, sans vous, je disposais de moi ;
Mais vous-même à ses vœux engageâtes ma foi.
Lui fût-elle engagée encore davantage,
Un autre est survenu, dont le bien l’en dégage.
Lélie est fort bien fait ; mais apprends qu’il n’est rien
Qui ne doive céder au soin d’avoir du bien :
Que l’or donne aux plus laids certain charme pour plaire,
Et que sans lui le reste est une triste affaire.
Valère, je crois bien, n’est pas de toi chéri ;
Mais s’il ne l’est amant, il le sera mari.
Plus que l’on ne le croit, ce nom d’époux engage ;
Et l’amour est souvent un fruit du mariage.
Mais suis-je pas bien fat de vouloir raisonner
Où de droit absolu j’ai pouvoir d’ordonner ?
Trêve donc je vous prie à vos impertinences :
Que je n’entende plus vos sottes doléances.
Ce gendre doit venir vous visiter ce soir ;
Manquez un peu, manquez, à le bien recevoir ;
Si je ne vous lui vois faire fort bon visage,
Je vous… Je ne veux pas en dire davantage.
Scène II.
Quoi ! refuser Madame, avec cette rigueur,
Ce que tant d’autres gens voudraient de tout leur cœur !
À des offres d’hymen répondre par des larmes,
Et tarder tant à dire un oui si plein de charmes !
Hélas ! que ne veut-on aussi me marier !
Ce ne serait pas moi qui se ferait prier ;
Et loin qu’un pareil oui me donnât de la peine,
Croyez que j’en dirais bien vite une douzaine.
Le précepteur qui fait répéter la leçon
À votre jeune frère, a fort bonne raison
Lorsque, nous discourant des choses de la terre,
Il dit que la femelle est ainsi que le lierre,
Qui croît beau, tant qu’à l’arbre il se tient bien serré,
Et ne profite point s’il en est séparé.
Il n’est rien de plus vrai, ma très chère maîtresse,
Et je l’éprouve en moi chétive pécheresse !
Le bon Dieu fasse paix à mon pauvre Martin !
Mais j’avais, lui vivant, le teint d’un chérubin,
L’embonpoint merveilleux, l’œil gai, l’âme contente ;
Et je suis maintenant ma commère dolente.
Pendant cet heureux temps, passé comme un éclair,
Je me couchais sans feu dans le fort de l’hiver ;
Sécher même les draps me semblait ridicule,
Et je tremble à présent dedans la canicule.
Enfin il n’est rien tel, madame, croyez-moi,
Que d’avoir un mari la nuit auprès de soi,
Ne fût-ce que pour l’heur d’avoir qui vous salue
D’un, Dieu vous soit en aide ! alors qu’on éternue[6].
Peux-tu me conseiller de commettre un forfait,
D’abandonner Lélie, et prendre ce mal fait ?
Votre Lélie aussi, n’est ma foi qu’une bête,
Puisque si hors de temps son voyage l’arrête ;
Et la grande longueur de son éloignemen
Me le fait soupçonner de quelque changement.
Ah ! ne m’accable point par ce triste présage.
Vois attentivement les traits de ce visage ;
Ils jurent à mon cœur d’éternelles ardeurs :
Je veux croire après tout qu’ils ne sont pas menteurs,
Et que, comme c’est lui que l’art y représente
Il conserve à mes feux une amitié constante.
Il est vrai que ces traits marquent un digne amant,
Et que vous avez lieu de l’aimer tendrement.
Et cependant il faut… Ah ! soutiens-moi.[7]
Madame,
D’où vous pourrait venir… Ah ! bons dieux ! elle pâme !
Hé ! vite, holà ! quelqu’un.
Scène III.
Qu’est-ce donc ? me voilà.
Ma maîtresse se meurt.
Quoi ! ce n’est que cela ?
Je croyais tout perdu, de crier de la sorte.
Mais approchons pourtant. Madame êtes-vous morte ?
Hays ! elle ne dit mot.
Daignez me l’apporter,
Il lui faut du vinaigre, et j’en cours apprêter[8].
Scène IV.
Elle est froide partout et je ne sais qu’en dire.
Approchons-nous pour voir si sa bouche respire.
Ma foi, je ne sais pas ; mais j’y trouve encor, moi,
Quelque signe de vie.
Ah ! qu’est-ce que je voi ?
Mon mari dans ses bras… Mais je m’en vais descendre ;
Il me trahit sans doute, et je veux le surprendre.
Il faut se dépêcher de l’aller secourir ;
Certes elle aurait tort de se laisser mourir.
Aller en l’autre monde est très grande sottise,
Tant que dans celui-ci l’on peut être de mise.
Scène V.
Il s’est subitement éloigné de ces lieux,
Et sa fuite a trompé mon désir curieux ;
Mais de sa trahison je ne fais plus en doute[9],
Et le peu que j’ai vu me la découvre toute.
Je ne m’étonne plus de l’étrange froideur
Dont je le vois répondre à ma pudique ardeur ;
Il réserve, l’ingrat, ses caresses à d’autres,
Et nourrit leurs plaisirs par le jeûne des nôtres.
Voilà de nos maris, le procédé commun ;
Ce qui leur est permis, leur devient importun,
Dans les commencements ce sont toutes merveilles,
Ils témoignent pour nous des ardeurs non pareilles ;
Mais les traîtres bientôt se lassent de nos feux,
Et portent autre part ce qu’ils doivent chez eux.
Ah ! que j’ai de dépit, que la loi n’autorise
À changer de mari comme on fait de chemise !
Cela serait commode, et j’en sais telle ici
Qui comme moi ma foi le voudrait bien aussi.
Mais quel est ce bijou que le sort me présente ?
L’émail en est fort beau, la gravure charmante.
Ouvrons.
Scène VI.
On la croyoit morte et ce n’étoit rien,
Il n’en faut plus qu’autant, elle se porte bien[10].
Mais j’aperçois ma femme.
Ô Ciel ! c’est miniature !
Et voilà d’un bel homme une vive peinture !
Que considère-t-elle avec attention ?
Ce portrait mon honneur ne nous dit rien de bon.
D’un fort vilain soupçon je me sens l’âme émue.
Jamais rien de plus beau ne s’offrit à ma vue ;
Le travail plus que l’or s’en doit encor priser.
Oh ! que cela sent bon !
Quoi ! peste, le baiser !
Ah ! j’en tiens !
Avouons qu’on doit être ravie
Quand d’un homme ainsi fait on se peut voir servie,
Et que s’il en contait avec attention,
Le penchant serait grand à la tentation.
Ah ! que n’ai-je un mari d’une aussi bonne mine !
Au lieu de mon pelé, de mon rustre…
Ah ! mâtine !
Nous vous y surprenons en faute contre nous,
Et diffamant l’honneur de votre cher époux.
Donc à votre calcul, ô ma trop digne femme,
Monsieur, tout bien compté, ne vaut pas bien Madame ?
Et de par Belzébut qui vous puisse emporter !
Quel plus rare parti pourriez-vous souhaiter ?
Peut-on trouver en moi quelque chose à redire ?
Cette taille, ce port, que tout le monde admire,
Ce visage si propre à donner de l’amour,
Pour qui mille beautés soupirent nuit et jour ;
Bref en tout et partout ma personne charmante
N’est donc pas un morceau dont vous soyez contente ?
Et pour rassasier votre appétit gourmand,
Il faut à son mari le ragoût d’un galant ?
J’entends à demi-mot où va la raillerie.
Tu crois par ce moyen…
À d’autres je vous prie :
La chose est avérée, et je tiens dans mes mains
Un bon certificat du mal dont je me plains.
Mon courroux n’a déjà que trop de violence,
Sans le charger encor d’une nouvelle offense[11].
Écoute, ne crois pas retenir mon bijou ;
Et songe un peu…
Je songe à te rompre le cou.
Que ne puis-je, aussi bien que je tiens la copie,
Tenir l’original !
Pourquoi ?
Pour rien ma mie.
Doux objet de mes vœux j’ai grand tort de crier,
Et mon front de vos dons vous doit remercier.
Le voilà le beau-fils, le mignon de couchette,
Le malheureux tison de ta flamme secrète,
Le drôle avec lequel…
Avec lequel… poursui.
Avec lequel te dis-je… et j’en crève d’ennui.
Que me veut donc par là conter ce maître ivrogne ?
Tu ne m’entends que trop, Madame la carogne.
Sganarelle, est un nom qu’on ne me dira plus,
Et l’on va m’appeler seigneur Cornelius[12].
J’en suis pour mon honneur ; mais à toi qui me l’ôtes,
Je t’en ferai du moins pour un bras ou deux côtes.
Et tu m’oses tenir de semblables discours ?
Et tu m’oses jouer de ces diables de tours ?
Et quels diables de tours ? parle donc sans rien feindre.
Ah ! cela ne vaut pas la peine de se plaindre !
D’un panache de cerf sur le front me pourvoir :
Hélas ! voilà vraiment un beau venez-y-voir[13].
Donc après m’avoir fait la plus sensible offense
Qui puisse d’une femme exciter la vengeance,
Tu prends d’un feint courroux le vain amusement
Pour prévenir l’effet de mon ressentiment ?
D’un pareil procédé l’insolence est nouvelle !
Celui qui fait l’offense est celui qui querelle.
Hé ! la bonne effrontée ! À voir ce fier maintien,
Ne la croirait-on pas une femme de bien ?
Va, va, suis ton chemin, cajole tes maîtresses[14],
Adresse-leur tes vœux et fais-leur des caresses ;
Mais rends-moi mon portrait sans te jouer de moi.
Oui, tu crois m’échapper, je l’aurai malgré toi[15].
Scène VII.
Enfin nous y voici ; mais Monsieur, si je l’ose,
Je voudrais vous prier de me dire une chose.
Hé bien ! parle.
Avez-vous le diable dans le corps,
Pour ne pas succomber à de pareils efforts ?
Depuis huit jours entiers avec vos longues traites,
Nous sommes à piquer de chiennes de mazettes[16],
De qui le train maudit nous a tant secoués,
Que je m’en sens pour moi tous les membres roués ;
Sans préjudice encor d’un accident bien pire,
Qui m’afflige un endroit que je ne veux pas dire :
Cependant arrivé vous sortez bien et beau,
Sans prendre de repos, ni manger un morceau.
Ce grand empressement n’est point digne de blâme ;
De l’hymen de Célie, on alarme mon âme ;
Tu sais que je l’adore ; et je veux être instruit,
Avant tout autre soin, de ce funeste bruit.
Oui, mais un bon repas vous seroit nécessaire
Pour s’aller éclaircir, Monsieur, de cette affaire ;
Et votre cœur sans doute en deviendrait plus fort
Pour pouvoir résister aux attaques du sort :
J’en juge par moi-même, et la moindre disgrâce,
Lorsque je suis à jeun, me saisit, me terrasse ;
Mais quand j’ai bien mangé, mon âme est ferme à tout,
Et les plus grands revers n’en viendraient pas à bout.
Croyez-moi, bourrez-vous et sans réserve aucune,
Contre les coups que peut vous porter la fortune ;
Et pour fermer chez vous l’entrée à la douleur,
De vingt verres de vin entourez votre cœur.
Je ne saurois manger.
Si ferait bien, je meure[17] !
Votre dîner pourtant seroit prêt tout à l’heure.
Tais-toi, je te l’ordonne.
Ah ! quel ordre inhumain !
J’ai de l’inquiétude et non pas de la faim.
Et moi j’ai de la faim, et de l’inquiétude
De voir qu’un sot amour fait toute votre étude.
Laisse-moi m’informer de l’objet de mes vœux,
Et sans m’importuner, va manger si tu veux.
Je ne réplique point à ce qu’un maître ordonne.
Scène VIII.
Non non, à trop de peur mon âme s’abandonne ;
Le père m’a promis et la fille a fait voir
Des preuves d’un amour qui soutient mon espoir.
Scène IX.
Nous l’avons, et je puis voir à l’aise la trogne
Du malheureux pendard qui cause ma vergogne.
Il ne m’est point connu.
Dieu ! qu’aperçois-je ici ?
Et si c’est mon portrait, que dois-je croire aussi ?
Ah ! pauvre Sganarelle ! à quelle destinée
Ta réputation est-elle condamnée !
Faut…
Ce gage ne peut sans alarmer ma foi,
Être sorti des mains qui le tenaient de moi.
Faut-il que désormais à deux doigts l’on te montre,
Qu’on te mette en chansons, et qu’en toute rencontre
On te rejette au nez le scandaleux affront
Qu’une femme mal née imprime sur ton front ?
Me trompé-je ?
Ah ! truande[18] ! as-tu bien le courage
De m’avoir fait cocu dans la fleur de mon âge ?
Et femme d’un mari qui peut passer pour beau,
Faut-il qu’un marmouset, un maudit étourneau…
Je ne m’abuse point, c’est mon portrait lui-même.
Cet homme est curieux.
Ma surprise est extrême !
À qui donc en a-t-il ?
Je le veux accoster.
Puis-je… ? Hé ! de grâce un mot.
Que me veut-il conter ?
Puis-je obtenir de vous, de savoir l’aventure,
Qui fait dedans vos mains trouver cette peinture ?
D’où lui vient ce désir ; mais je m’avise ici…
Ah ! ma foi, me voilà de son trouble éclairci !
Sa surprise à présent n’étonne plus mon âme ;
C’est mon homme, ou plutôt c’est celui de ma femme.
Retirez-moi de peine et dites d’où vous vient…
Nous savons Dieu merci le souci qui vous tient,
Ce portrait qui vous fâche est votre ressemblance ;
Il était en des mains de votre connaissance ;
Et ce n’est pas un fait qui soit secret pour nous
Que les douces ardeurs de la dame et de vous.
Je ne sais pas si j’ai dans sa galanterie,
L’honneur d’être connu de Votre Seigneurie ;
Mais faites-moi celui de cesser désormais
Un amour qu’un mari peut trouver fort mauvais,
Et songez que les nœuds du sacré mariage…
Quoi ! celle, dites-vous qui conservoit ce gage…[19]
Est ma femme, et je suis son mari.
Son mari ?
Oui, son mari vous dis-je, et mari très marri[20] ;
Vous en savez la cause et je m’en vais l’apprendre
Sur l’heure à ses parents.
Scène X.
Ah ! que viens-je d’entendre !
On me l’avait bien dit, et que c’était de tous
L’homme le plus mal fait qu’elle avait pour époux.
Ah ! quand mille serments de ta bouche infidèle
Ne m’auraient pas promis une flamme éternelle,
Le seul mépris d’un choix si bas et si honteux
Devait bien soutenir l’intérêt de mes feux,
Ingrate, et quelque bien… Mais ce sensible outrage,
Se mêlant aux travaux d’un assez long voyage,
Me donne tout à coup un choc si violent,
Que mon cœur devient faible et mon corps chancelant.
Scène XI.
Malgré moi mon perfide… Hélas ! quel mal vous presse ?
Je vous vois prêt Monsieur à tomber en faiblesse.
C’est un mal qui m’a pris assez subitement.
Je crains ici pour vous l’évanouissement ;
Entrez dans cette salle en attendant qu’il passe.
Pour un moment ou deux, j’accepte cette grâce.
Scène XII.
D’un mari sur ce point j’approuve le souci ;
Mais c’est prendre la chèvre[22] un peu bien vite aussi :
Et tout ce que de vous je viens d’ouïr contre elle
Ne conclut point parent, qu’elle soit criminelle :
C’est un point délicat ; et de pareils forfaits,
Sans les bien avérer ne s’imputent jamais.
C’est-à-dire qu’il faut toucher au doigt la chose.
Le trop de promptitude à l’erreur nous expose.
Sait-on comme en ses mains ce portrait est venu[23],
Et si l’homme après tout lui peut être connu ?
Informez-vous-en mieux, et, si c’est ce qu’on pense[24],
Nous serons les premiers à punir son offense.
Scène XIII.
On ne peut pas mieux dire, en effet, il est bon
D’aller tout doucement. Peut-être sans raison,
Me suis-je en tête mis ces visions cornues[25] ;
Et les sueurs au front m’en sont trop tôt venues.
Par ce portrait enfin dont je suis alarmé,
Mon déshonneur n’est pas tout à fait confirmé.
Tâchons donc par nos soins…
Scène XIV.
Ah ! que vois-je ? je meure !
Il n’est plus question de portrait à cette heure ;
Voici ma foi la chose en propre original.
C’est par trop vous hâter Monsieur, et votre mal,
Si vous sortez si tôt, pourra bien vous reprendre.
Non non, je vous rends grâce, autant qu’on puisse rendre,
Du secours obligeant que vous m’avez prêté[26].
La masque[27] encore après lui fait civilité !
Scène XV.
Il m’aperçoit, voyons ce qu’il me pourra dire.
Ah ! mon âme s’émeut et cet objet m’inspire…
Mais je dois condamner cet injuste transport,
Et n’imputer mes maux qu’aux rigueurs de mon sort.
Envions seulement le bonheur de sa flamme.
Oh ! trop heureux d’avoir une si belle femme !
Scène XVI.
Ce n’est point s’expliquer en termes ambigus.
Cet étrange propos me rend aussi confus
Que s’il m’était venu des cornes à la tête !
Allez, ce procédé n’est point du tout honnête.
Quoi ! Lélie a paru tout à l’heure à mes yeux !
Qui pourrait me cacher son retour en ces lieux ?
Oh ! trop heureux, d’avoir une si belle femme !
Malheureux, bien plutôt, de l’avoir cette infâme,
Dont le coupable feu trop bien vérifié,
Sans respect ni demi nous a cocufié[28] !
Mais je le laisse aller après un tel indice,
Et demeure les bras croisés comme un jocrisse !
Ah ! je devois du moins lui jeter son chapeau,
Lui ruer quelque pierre, ou crotter son manteau[29],
Et sur lui hautement pour contenter ma rage,
Faire au larron d’honneur crier le voisinage[30].
Celui qui maintenant devers vous est venu,
Et qui vous a parlé, d’où vous est-il connu ?
Hélas ! ce n’est pas moi qui le connaît madame :
C’est ma femme.
Quel trouble agite ainsi votre âme ?
Ne me condamnez point d’un deuil hors de saison,
Et laissez-moi pousser des soupirs à foison.
D’où vous peuvent venir ces douleurs non communes ?
Si je suis affligé, ce n’est pas pour des prunes[31],
Et je le donnerais à bien d’autres qu’à moi,
De se voir sans chagrin au point où je me voi.
Des maris malheureux, vous voyez le modèle :
On dérobe l’honneur au pauvre Sganarelle ;
Mais c’est peu que l’honneur dans mon affliction,
L’on me dérobe encor la réputation.
Comment ?
Ce damoiseau, parlant par révérence,
Me fait cocu Madame, avec toute licence ;
Et j’ai su par mes yeux avérer aujourd’hui
Le commerce secret de ma femme et de lui.
Celui qui maintenant…
Oui, oui, me déshonore ;
Il adore ma femme, et ma femme l’adore.
Ah ! j’avais bien jugé que ce secret retour
Ne pouvait me couvrir que quelque lâche tour,
Et j’ai tremblé d’abord en le voyant paroître,
Par un pressentiment de ce qui devait être.
Vous prenez ma défense avec trop de bonté :
Tout le monde n’a pas la même charité ;
Et plusieurs qui tantôt ont appris mon martyre,
Bien loin d’y prendre part, n’en ont rien fait que rire.
Est-il rien de plus noir que ta lâche action ?
Et peut-on lui trouver une punition ?
Dois-tu ne te pas croire indigne de la vie,
Après t’être souillé de cette perfidie ?
Ô Ciel ! est-il possible ?
Il est trop vrai pour moi.
Ah ! traître, scélérat, âme double et sans foi !
La bonne âme !
Non, non, l’enfer n’a point de gêne
Qui ne soit pour ton crime une trop douce peine.
Que voilà bien parler !
Avoir ainsi traité
Et la même innocence et la même bonté[32] !
Hai !
Un cœur, qui jamais n’a fait la moindre chose
À mériter l’affront où ton mépris l’expose !
Il est vrai.
Qui bien loin… Mais c’est trop, et ce cœur
Ne sauroit y songer sans mourir de douleur.
Ne vous fâchez pas tant ma très chère madame,
Mon mal vous touche trop et vous me percez l’âme.
Mais ne t’abuse pas jusqu’à te figurer
Qu’à des plaintes sans fruit j’en veuille demeurer :
Mon cœur pour se venger sait ce qu’il te faut faire,
Et j’y cours de ce pas, rien ne m’en peut distraire.
Scène XVII.
Que le Ciel la préserve à jamais de danger !
Voyez quelle bonté de vouloir me venger !
En effet, son courroux qu’excite ma disgrâce,
M’enseigne hautement ce qu’il faut que je fasse ;
Et l’on ne doit jamais souffrir sans dire mot
De semblables affronts à moins qu’être un vrai sot.
Courons donc le chercher cependant qui m’affronte ;
Montrons notre courage à venger notre honte.
Vous apprendrez, maroufle, à rire à nos dépens,
Et, sans aucun respect, faire cocus les gens.
Doucement, s’il vous plaît, cet homme a bien la mine
D’avoir le sang bouillant et l’âme un peu mutine ;
Il pourrait bien mettant affront dessus affront,
Charger de bois mon dos, comme il a fait mon front.
Je hais de tout mon cœur les esprits colériques,
Et porte grand amour aux hommes pacifiques ;
Je ne suis point battant de peur d’être battu[33],
Et l’humeur débonnaire est ma grande vertu.
Mais mon honneur me dit que d’une telle offense
Il faut absolument que je prenne vengeance :
Ma foi, laissons-le dire autant qu’il lui plaira :
Au diantre qui pourtant rien du tout en fera !
Quand j’aurai fait le brave, et qu’un fer pour ma peine
M’aura d’un vilain coup transpercé la bedaine,
Que par la ville ira le bruit de mon trépas,
Dites-moi mon honneur en serez-vous plus gras ?
La bière est un séjour par trop mélancolique,
Et trop malsain pour ceux qui craignent la colique[34],
Et quant à moi je trouve, ayant tout compassé,
Qu’il vaut mieux être encor cocu que trépassé,
Quel mal cela fait-il ? La jambe en devient-elle
Plus tortue après tout, et la taille moins belle[35] ?
Peste soit qui premier trouva l’invention
De s’affliger l’esprit de cette vision,
Et d’attacher l’honneur de l’homme le plus sage
Aux choses que peut faire une femme volage !
Puisqu’on tient à bon droit tout crime personnel,
Que fait là notre honneur pour être criminel ?
Des actions d’autrui l’on nous donne le blâme :
Si nos femmes sans nous ont un commerce infâme,
Il faut que tout le mal tombe sur notre dos :
Elles font la sottise, et nous sommes les sots.
C’est un vilain abus et les gens de police
Nous devraient bien régler une telle injustice.
N’avons-nous pas assez des autres accidents
Qui nous viennent happer en dépit de nos dents ?
Les querelles, procès, faim, soif, et maladie,
Troublent-ils pas assez le repos de la vie,
Sans s’aller de surcroît aviser sottement
De se faire un chagrin qui n’a nul fondement ?
Moquons-nous de cela, méprisons les alarmes,
Et mettons sous nos pieds les soupirs et les larmes.
Si ma femme a failli, qu’elle pleure bien fort ;
Mais pourquoi moi pleurer puisque je n’ai point tort ?
En tout cas ce qui peut m’ôter ma fâcherie,
C’est que je ne suis pas seul de ma confrérie.
Voir cajoler sa femme et n’en témoigner rien,
Se pratique aujourd’hui par force gens de bien.
N’allons donc point chercher à faire une querelle
Pour un affront qui n’est que pure bagatelle.
L’on m’appellera sot de ne me venger pas ;
Mais je le serais fort de courir au trépas.
Je me sens là, pourtant remuer une bile
Qui veut me conseiller quelque action virile :
Oui le courroux me prend, c’est trop être poltron :
Je veux résolûment me venger du larron.
Déjà pour commencer dans l’ardeur qui m’enflamme,
Je vais dire partout qu’il couche avec ma femme[36].
Scène XVIII.
Oui, je veux bien subir une si juste loi :
Mon père, disposez de mes vœux et de moi ;
Faites quand vous voudrez signer cet hyménée :
À suivre mon devoir je suis déterminée ;
Je prétends gourmander mes propres sentiments,
Et me soumettre en tout à vos commandements.
Ah ! voilà qui me plaît de parler de la sorte.
Parbleu ! si grande joie à l’heure me transporte,
Que mes jambes sur l’heure en cabrioleroient[37],
Si nous n’étions point vus de gens qui s’en riroient !
Approche-toi de moi, viens çà que je t’embrasse.
Une belle action n’a pas mauvaise grâce :
Un père, quand il veut peut sa fille baiser,
Sans que l’on ait sujet de s’en scandaliser.
Va le contentement de te voir si bien née
Me fera rajeunir de dix fois une année.
Scène XIX.
Ce changement m’étonne.
Et lorsque tu sauras
Par quel motif j’agis tu m’en estimeras.
Cela pourroit bien être.
Apprends donc que Lélie
A pu blesser mon cœur par une perfidie ;
Qu’il était en ces lieux sans…
Mais il vient à nous. </poem>
Scène XX.
Avant que pour jamais je m’éloigne de vous,
Je veux vous reprocher au moins en cette place…
Quoi ! me parler encore ? avez-vous cette audace ?
Il est vrai qu’elle est grande, et votre choix est tel
Qu’à vous rien reprocher je serais criminel.
Vivez, vivez contente et bravez ma mémoire
Avec le digne époux qui vous comble de gloire.
Oui traître j’y veux vivre, et mon plus grand désir
Ce serait que ton cœur en eût du déplaisir.
Qui rend donc contre moi ce courroux légitime ?
Quoi ! tu fais le surpris, et demandes ton crime[38] ?
Scène XXI.
Guerre, guerre mortelle, à ce larron d’honneur
Qui sans miséricorde a souillé notre honneur !
Tourne, tourne les yeux sans me faire répondre.
Ah ! je vois…
Cet objet suffit pour te confondre.
Mais pour vous obliger bien plutôt à rougir.
Ma colère à présent est en état d’agir ;
Dessus ses grands chevaux est monté mon courage ;
Et si je le rencontre, on verra du carnage.
Oui j’ai juré sa mort, rien ne peut m’empêcher[39]…
Où je le trouverai, je le veux dépêcher.
Au beau milieu du cœur il faut que je lui donne…
À qui donc en veut-on ?
Je n’en veux à personne.
Pourquoi ces armes-là ?
C’est un habillement
Que j’ai pris pour la pluie. Ah ! quel contentement
J’aurais à le tuer ! Prenons-en le courage.
Hai ?
Je ne parle pas.
Ah ! poltron ! dont j’enrage,
Lâche ! vrai cœur de poule !
Il t’en doit dire assez,
Cet objet, dont tes yeux nous paraissent blessés.
Oui, je connais par là que vous êtes coupable
De l’infidélité la plus inexcusable,
Qui jamais d’un amant puisse outrager la foi.
Que n’ai-je un peu de cœur !
Ah ! cesse devant moi,
Traître, de ce discours l’insolence cruelle !
Sganarelle, tu vois qu’elle prend ta querelle :
Courage mon enfant, sois un peu vigoureux.
Là, hardi, tâche à faire un effort généreux,
En le tuant, tandis qu’il tourne le derrière.
Puisqu’un pareil discours émeut votre colère,
Je dois de votre cœur me montrer satisfait,
Et l’applaudir ici du beau choix qu’il a fait.
Oui oui, mon choix est tel qu’on n’y peut rien reprendre.
Allez, vous faites bien de le vouloir défendre.
Sans doute elle fait bien de défendre mes droits.
Cette action Monsieur, n’est point selon les lois :
J’ai raison de m’en plaindre, et si je n’étais sage,
On verrait arriver un étrange carnage.
D’où vous naît cette plainte, et quel chagrin brutal…?
Suffit, vous savez bien où le bois me fait mal ;
Mais votre conscience et le soin de votre âme
Vous devraient mettre aux yeux que ma femme est ma femme ;
Et vouloir à ma barbe en faire votre bien,
Que ce n’est pas du tout agir en bon chrétien.
Un semblable soupçon est bas et ridicule.
Allez, dessus ce point n’ayez aucun scrupule :
Je sais qu’elle est à vous ; et bien loin de brûler…
Ah ! qu’ici tu sais bien traître, dissimuler !
Quoi me soupçonnez-vous d’avoir une pensée
Dont son âme ait sujet de se croire offensée[40] !
De cette lâcheté voulez-vous me noircir.
Parle, parle à lui-même, il pourra t’éclaircir.
Non, non, vous dites mieux que je ne saurois faire[41],
Et du biais qu’il faut vous prenez cette affaire.
Scène XXII.
Je ne suis point d’humeur à vouloir contre vous
Faire éclater madame, un esprit trop jaloux ;
Mais je ne suis point dupe et vois ce qui se passe :
Il est de certains feux de fort mauvaise grâce ;
Et votre âme devrait prendre un meilleur emploi,
Que de séduire un cœur qui doit n’être qu’à moi.
La déclaration est assez ingénue.
L’on ne demandait pas carogne ta venue :
Tu la viens quereller lorsqu’elle me défend,
Et tu trembles de peur qu’on t’ôte ton galant.
Allez ne croyez pas que l’on en ait envie.
Tu vois si c’est mensonge, et j’en suis fort ravie.
Que me veut-on conter ?
Ma foi, je ne sais pas,
Quand on verra finir ce galimatias,
Depuis assez longtemps je tâche à le comprendre[42],
Et si[43], plus je l’écoute, et moins je puis l’entendre :
Je vois bien à la fin que je m’en dois mêler.
Répondez-moi par ordre et me laissez parler.
Vous, qu’est-ce qu’à son cœur peut reprocher le vôtre ?
Que l’infidèle a pu me quitter pour un autre ;
Et que quand, sur le bruit de son hymen fatal[44],
J’accours tout transporté d’un amour sans égal,
Dont l’ardeur résistait à se croire oubliée,
Mon abord en ces lieux la trouve mariée.
Mariée, à qui donc ?
À lui.
Comment à lui ?
Oui-dà !
Qui vous l’a dit ?
C’est lui-même, aujourd’hui.
Est-il vrai ?
Moi, j’ai dit que c’étoit à ma femme
Que j’étois marié.
Dans un grand trouble d’âme
Tantôt de mon portrait je vous ai vu saisi.
Il est vrai : le voilà.
Vous m’avez dit aussi
Que celle aux mains de qui vous aviez pris ce gage
Était liée à vous des nœuds du mariage.
Sans doute, et je l’avais de ses mains arraché ;
Et n’eusse pas sans lui découvert son péché.
Que me viens-tu conter par ta plainte importune ?
Je l’avais sous mes pieds rencontré par fortune ;
Et même quand après ton injuste courroux,
J’ai fait dans sa faiblesse entrer monsieur, chez nous,
Je n’ai pas reconnu les traits de sa peinture.
C’est moi qui du portrait ai causé l’aventure ;
Et je l’ai laissé choir en cette pâmoison
Qui m’a fait par vos soins remettre à la maison.
Vous le voyez, sans moi vous y seriez encore[45] ;
Et vous aviez besoin de mon peu d’ellébore.
Prendrons-nous tout ceci pour de l’argent comptant ?
Mon front l’a sur mon âme eu bien chaude pourtant.
Ma crainte toutefois n’est pas trop dissipée,
Et, doux que soit le mal, je crains d’être trompée.
Hé ! mutuellement, croyons-nous gens de bien ;
Je risque plus du mien que tu ne fais du tien ;
Accepte sans façon le parti qu’on propose[46].
Soit, mais gare le bois, si j’apprends quelque chose !
Ah ! Dieux ! s’il est ainsi, qu’est-ce donc que j’ai fait ?
Je dois de mon courroux appréhender l’effet.
Oui, vous croyant sans foi, j’ai pris pour ma vengeance
Le malheureux secours de mon obéissance ;
Et depuis un moment mon cœur vient d’accepter
Un hymen que toujours j’eus lieu de rebuter.
J’ai promis à mon père, et ce qui me désole…
Mais je le vois venir.
Il me tiendra parole.
Scène XXIII.
Monsieur, vous me voyez en ces lieux de retour
Brûlant des mêmes feux, et mon ardente amour[47]
Verra comme je crois la promesse accomplie
Qui me donna l’espoir de l’hymen de Célie.
Monsieur, que je revois en ces lieux de retour,
Brûlant des mêmes feux, et dont l’ardente amour
Verra, que vous croyez, la promesse accomplie
Qui vous donna l’espoir de l’hymen de Célie,
Très humble serviteur à Votre Seigneurie[48].
Quoi ? Monsieur, est-ce ainsi qu’on trahit mon espoir ?
Oui Monsieur, c’est ainsi que je fais mon devoir :
Ma fille en suit les lois.
Mon devoir m’intéresse,
Mon père à dégager vers lui votre promesse.
Est-ce répondre en fille à mes commandements ?
Tu te démens bien tôt de tes bons sentiments !
Pour Valère tantôt… Mais j’aperçois son père :
Il vient assurément pour conclure l’affaire.
Scène XXIV.
Qui vous amène ici, seigneur Villebrequin ?
Un secret important que j’ai su ce matin,
Qui rompt absolument ma parole donnée.
Mon fils, dont votre fille acceptait l’hyménée,
Sous des liens cachés trompant les yeux de tous,
Vit depuis quatre mois avec Lise en époux ;
Et comme des parents le bien et la naissance
M’ôtent tout le pouvoir d’en casser l’alliance[49],
Je vous viens…
Brisons là, si sans votre congé,
Valère votre fils ailleurs s’est engagé,
Je ne vous puis celer que ma fille Célie,
Dès longtemps par moi-même est promise à Lélie ;
Et que riche en vertus son retour aujourd’hui
M’empêche d’agréer un autre époux que lui.
Un tel choix me plaît fort.
Et cette juste envie,
D’un bonheur éternel va couronner ma vie…
Allons choisir le jour pour se donner la foi.
A-t-on mieux cru jamais être cocu que moi ?
Vous voyez qu’en ce fait la plus forte apparence
Peut jeter dans l’esprit une fausse créance.
De cet exemple-ci, ressouvenez-vous bien ;
Et quand vous verriez tout, ne croyez jamais rien.
- ↑ Var. Si mon bras peut encor montrer quelque vigueur.
- ↑ Clélie, roman de mademoiselle de Scudéry.
- ↑ Ces deux ouvrages tenaient autrefois dans l’éducation de la jeunesse la même place que les fables de la Fontaine y tiennent aujourd’hui. Les quatrains ont été traduits en grec, en latin, en turc, en arabe, en persan. (Aimé Martin.)
- ↑ Livre ascétique de Louis de Grenade, dominicain espagnol, mort en 1588.
- ↑ Cette suivante est comme le premier essai des servantes que Molière va bientôt introduire sur la scène, elle a plus d'un rapport avec la Martine des Femmes savantes.(Aimé Martin.)
- ↑ Suivant Bret, ces deux vers sont une imitation de Sabadino, contemporain de Boccace, et, comme lui, auteur de Nouvelles. Voici le passage de l’auteur italien : « Sache que si tu prends femme, l’hiver elle te tiendra les reins chauds, et l’été, l’estomac frais. De plus, quand tu éternueras, tu auras au moins quelqu’un pour te dire : Dieu vous assiste ! »
- ↑ L’évanouissement et la perte du portrait sont imités de la pièce italienne, Arlichino cornuto per opinione.
- ↑ Var. ............ Je vais faire venir
Quelqu’un pour l’emporter ; veuillez la soutenir.
- ↑ Var. Mais de sa trahison je ne fais plus de doute.
- ↑ Il n’en faut plus qu’autant, c’est-à-dire, elle est à moitié guérie. En effet, quand on est à moitié bien, il n’en faut plus qu’autant pour être tout à fait bien. (Aimé Martin.)
- ↑ Charger un courroux d’une nouvelle offense, c’est-à-dire l’augmenter par une nouvelle offense.
- ↑ Molière n’est pas le premier qui ait joué sur ce mot de Cornelius. Camus, évêque de Belley disoit à un mari qui se plaignoit tout haut d’une mésaventure que l’on tait d’ordinaire : J’aimerois mieux être Cornelius Tacitus que Publius Cornelius. (Auger)
- ↑ C’est-à-dire une chose de si peu d’importance, qu’il ne faut pas se déranger pour l’aller voir.
- ↑ Var. Va, poursuis ton chemin, cajole tes maîtresses.
- ↑ Ici la scène reste vide. Cette faute, qui se renouvelle encore deux fois dans la pièce, a engagé plusieurs éditeurs à la diviser en trois actes. Mais les mémoires du temps nous apprennent que la scène du monologue, appelée la belle scène, étoit la dix-septième de la pièce ; ce qui ne pourroit pas être si le Cocu imaginaire étoit divisé en trois actes. L’édition de 1682, faite par La Grange, camarade de Molière, ne donne qu’un acte à cette pièce. (Bret.) Neufvillenaine dit dans ses arguments : « Il ne fut jamais rien vu de si agréable que les postures de Sganarelle quand il est derrière sa femme ; son visage et ses gestes expriment si bien sa jalousie, qu’il ne seroit pas nécessaire qu’il parlât pour paroître le plus jaloux de tous les hommes. » Cette remarque est intéressante pour nous, puisque c’étoit Molière qui jouoit le rôle de Sganarelle.
- ↑ Var. Nous sommes à piquer des chiennes de mazettes.
- ↑ Si ferai bien, je meure. Ce qui veut dire : Oui ! assurément je le ferai bien. Que je meure ! ce dernier verbe par voie d’imprécation. (Aimé Martin.)
- ↑ Au moyen âge on appeloit truands les gens sans aveu, les vagabonds. Ici le mot truande est pris dans une acceptation que la situation indique suffisamment.
- ↑ Var. Quoi ! celle dites-vous dont vous tenez ce gage…
- ↑ Marri, fâché, chagrin.
- ↑ Cette scène, aujourd’hui presque insignifiante, faisoit beaucoup d’effet du temps de Molière, grâce à son jeu. « Il faudroit, dit Neufvillenaine, avoir le pinceau de Poussin, Le Brun et Mignard, pour vous représenter avec quelle posture » Sganarelle se fait admirer dans cette scène… Jamais personne ne sut si bien démonter son visage ; et l’on peut dire que dans cette pièce il en change plus de vingt fois. »
- ↑ Prendre la chèvre, dans le sens de se fâcher pour peu de chose, comme on dit
encore aujourd’hui prendre la mouche. - ↑ Var. Qui sait comme en ses mains ce portrait est venu ?
- ↑ Var. Informez-vous-en donc ; et, si c’est ce qu’on pense.
- ↑ Avoir des visions cornues, c’est-à-dire avoir des idées chimériques, folles,
ridicules. Ce mot, en le particularisant dans la bouche de Sganarelle, prend de la
situation même une acception très-comique. - ↑ Var. De l’obligeant secours que vous m’avez prêté
- ↑ C’est-à-dire la friponne, l’hypocrite.
- ↑ Sans respect ni demi, c’est-à-dire sans respect ni demi-respect.
- ↑ On diroit ces vers composés tout exprès pour nous faire comprendre la différence entre jeter et ruer, et notre misère d’être aujourd’hui réduits exclusivement
au premier. On jetoit à quelqu’un son chapeau à bas, mais on lui ruoit une
Pierre.
Cette nuance existoit dès l’origine de la langue. Absalon percé par Joab, les soldats du parti de David décrochent son cadavre de l’arbre :
« Pois ruerent Absalon en une grant fosse de cele lande, et jeterent pierres sur lui. »(Rois, page 187.).(F. Génin.) - ↑ M. Aimé Martin indique ce passage comme étant imite du roman de Francion.
C’est un mari qui parle : « Un jour, dit-il, que je trouvai le galant auprès de ma
femme, je me contentai de lui dire des injures, et le laissai encore aller sain
et sauf. Oh ! que j’en ai eu de regret, quand j’y ai songé ! Je lui devois jeter
son chapeau par la fenêtre, ou lui déchirer ses souliers ; mais, quoi ! je n’étois
pas à moi en cet accident, etc. » Scarron et Le Sage ont, comme Molière,
fait d’heureux emprunts au vieux roman dont nous venons de parler. - ↑ Ce n’est pas pour des prunes. Proverbialement, ce n’est pas pour peu de
chose. On rapporte, à propos de cette expression, le conte suivant : On avoit fait
présent à Martin Grandin, doyen de Sorbonne, de quelques boîtes d’excellentes
Prunes de Gênes, qu’il enferma dans son cabinet ; ses écoliers, ayant trouvé sa clef,
firent main basse sur les boîtes. Le docteur, à son retour, fît grand bruit, et alloit
chasser tous ses pensionnaires, si l’un d’eux, tombant à genoux, ne lui eût dit :
« Eh ! monsieur, on dira que vous nous avez chassés pour des prunes ! » À ces
mots, le bon doyen ne put s’empêcher de rires et tout fut pardonné.(Bret.) - ↑ Pour l’innocence et la bonté même.
- ↑ Ce vers est devenu proverbe ; Voltaire en a fait un précepte dans une pièce en vers de sa première jeunesse, où il dit :
Et ne sois point battant, de peur d’être battu.(Auger.) - ↑ Ces deux vers sont une imitation d’un passage de Jodelet duelliste, par
Scarron. - ↑ Cette scène, ou plutôt les idées qu’elle renferme ont été imitées par la Fontaine dans sa comédie de la Carpe enchantée.
- ↑ Comparez avec ce monologue de Sganarelle celui de Mascarille dans le Dépit amoureux, acte V, scène Ire.
- ↑ Caprioler, pour cabrioler.
- ↑ L’usage général étoit alors de faire tutoyer les amants. Molière réforma cet usage. Dans aucune des pièces suivantes on ne retrouve un exemple semblable à celui-ci. (Bret.)
- ↑ Var. Oui j’ai juré sa mort, rien ne peut l’empêcher
- ↑ Var. De qui son âme ait lieu de se croire offensée ?
- ↑ Var. Vous me défendez mieux que je ne saurois faire.
- ↑ Var. Déjà depuis longtemps je tâche à le comprendre.
- ↑ Var. Et si, pour néanmoins, pourtant.
- ↑ Var. Que lorsque sur le bruit de son hymen fatal.
- ↑ Var. Vous voyez que sans moi vous y seriez encore.
Cette suivante, qui vient tout éclaircir, est le germe de la scène charmante
du Tartuffe, ou Dorine, par un éclaircissement du même genre, réconcilie Valère
avec Marianne. Nous aurons souvent l’occasion de remarquer que Molière essayoit
dans ses petites pièces des conceptions qu’il se proposoit de développer dans ses
chefs-d’œuvre.(Petitot.) - ↑ Var. Accepte sans façon le marché qu’on propose.
- ↑ Var. Brûlant des mêmes feux ; et mon ardent amour.
- ↑ Ces trois rimes féminines ont choqué les commentateurs, qui n’ont pas vu
que le troisième vers n’est qu’une moquerie de Gorgibus, qui, après avoir répété
en dérision tout le discours de Lélie, le termine, suivant l’usage de certains esprits
goguenards, en lui fournissant une rime.(Aimé Martin.) - ↑ Var. M’ôtent tout le pouvoir d’en casser l’alliance.