Soumission de la ville de Saugues à Henri IV

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1594


La publication dans le premier fascicule de ces Mémoires d’une lettre adressée, le 11 juin 1586, par les consuls de Saugues aux États du Gévaudan, nous a fait connaître les misères et les souffrances de cette cité, à l’époque des guerres civiles et religieuses. Villes et campagnes maudissaient tour à tour catholiques et protestants dont les bandes féroces couvraient le pays de sang et de ruines. On était las de la guerre et les populations surmenées demandaient la paix à cor et à cri. Après une série de lamentables événements dont nous ne pouvons tracer ici le tableau, cette paix si désirée fut enfin conclue. Saugues fit sa soumision à Henri IV en l’année 1594, et donna procuration à quelques-uns de ses notables citoyens de prêter au Béarnais serment de fidélité et obéissance, ainsi que cela résulte de la pièce suivante.


L’an mil cinq cens quatre vintz et quatome et le vingt quatriesme jour du moys de septembre, apprès midi, en la ville de Salgues, diocèze de Mende, dans la maison de ville et suyvant le délibératoyre d’icelle, par devant les notaires royaulx soubzsignés et tesmoingz apprès nommés, ont esté prézans : honorable homme Pierre Meyronenc, marchant, consul de ladicte ville, lequel de son bon gré a fet et constitué ses procureurs spéciaux et généraulx discretz hommes et saiges Benoit Bonhomme, bourgeois, maîtres Hugues Montet, juge de la Rodde, premier et second consulz, Médard Julien, notaire royal du nombre réduit et secrétaire, et sire Claude Chantal, merchant de ladicte ville de Salgues, présans et acceptant et chascung d’eulx pour et au nom de ladicte ville, se prézanter par devant monseigneur de Fosseux, gouverneur et seneschal, pour le Roy, au présent pays de Gevouldan, ses lieutenentz et chescun d’eulx déclérer à sa grandeur iceulx habitans estre bons et fidèles serviteurs du Roy, voloir vivre et morir pour son service, luy prester l’obeyssance qui est requize, ne s’en séparer aulcunement, et à ces fins prester le serement en tel cas requis en l’ame du constituant, comme il a fet prézantement, au nom que dessus, pardevant nous dictz notaires, et supplier sa dicte grandeur, en considération de ce que ladicte ville, parroisse et mandement d’icelle, a payé les tailles au seigneur d’Apchier, comme cy-devant gouverneur du party de l’Union, soubz l’authorité de Monseigneur le duc de Joyeuze, et selon les articles de la trefve générale de la province de Languedoc, accordée entre Monseigneur le conestable et ledict seigneur de Joyeuze, soyt son bon plaisir avoir pour agréable les payementz qu’ilz en ont fet, descharger et exempter ladicte ville, parroysse et mandement, des impozitions et talhes courans, pour le prézant, et que les recepveurs et comis du Roy exigent en ce pais sans avoir esgard a ce qu’a esté payé audict seigneur d’Apchier, et aultrement y pourvoir, comme sa grandeur advisera, pour le solaigement et repos du pouvre peuple, qui est si oppressé et foulé, qu’il n’a moyen d’y subvenir. Neantmoingtz, pour la conservation de ladicte ville à sa dite majesté et soubz l’authorité dudict sieur de Fosseux, gouverneur, accorder, esdictz constituant et supplians, les soldatz nécessaires, commandés par lesdictz consulz, et octroyer telles sommes de deniers pour les réparations de leur ville que ledict seigneur jugera estre de besoing ; et généralement faire toutes les supplications, réquizitions et serementz requis, comme s’ilz en personne extoient présentz, sans avoir aultre mandement plus spécial que ces présentes. Promettant avoir agréable, ferme et estable tout ce que par cesdictz procureurs sera fet et ne les desadvouer ny revocquer ains du tout les relefver par leur foy et serement sur ce presté sur les saintz evangilles de Dieu ; soubz l’obligation et yppotèque de tous les biens de ladicte ville, et, à faulte de ce faire, payer tous despens, interestz et domaiges que pour l’advenir conviendra souffrir, renonçant à toutes exceptions et défiances contraires à ces prezantes. Et pour ce faire et tenir a voulu estres constraint par toutes courtz du prézant royaulme, esquelles ce sont soubzmis, et de tout a requis acte et instrument aux notaires royaulx soubzignés.

Octroyé ès prézances d’honorables hommes Me Pierre Lobeyrie, docteur, procureur d’office pour Mgr le duc de Mercœur ; dom Jehan Auzerand, prieur cloustrier ; Me Pierre Pichot, praticien ; Me Anthoyne Enjalvin, notaire ordinere soubz signés avec lesdictz procureurs ; Jehan Astorc, chardeur ; Reymond Blanquet ; Vidal Pratlong, dict Sainct-Just ; Pierre Doumesan, tailheur, dudict Salgues, quy n’ont sceu signer, ny ledict Meyronnenc, constituant, et de nous Jacques Langlade et Jehan Chabanel, notaires roiaulx dudict Salgues soubzsignès.

Ont signé : Dom Auzerand. — Langlade. — Loberie. — Bonhomme. — Montet. — Enjalvin. — Pichot. — Chabanel, — Chantal, — Julien.

(Archives de la Lozère. Série C. 1803. Document communiqué par M. André, archiviste à Mende.)
A. Lascombe.