Souvenirs politiques, Vol 1/Chapitre huitième

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Dussault & Proulx, Imprimeurs (1p. 291-320).


CHAPITRE HUITIÈME

1888-89

Un certain nombre de journaux conservateurs entreprennent une campagne contre M. Mercier — M. Chs. Savary chargé de cette campagne — Emprunt de $3,500,000 — M. Mercier malade — Il se rend à Paris et à Rome — Il obtient du Pape l’autorisation de disposer des biens des Jésuites — Le Cardinal Taschereau donne aussi son consentement — Retour de M. Mercier au pays — Le Club National lui offre un banquet — Son discours — Ce qu’est le libéralisme politique canadien — M. Mercier dénonce la Fédération Impériale — Déclarations de Sir John Macdonald à Londres — Le pont de Québec, son histoire et son écroulement — Le curé Labelle devient sous-ministre de l’Agriculture et de la Colonisation — Règlement de la question des biens des Jésuites — Banquet au maire de Québec, l’hon. Frs Langelier — Inauguration du monument Jacques-Cartier — Triduum national — La question des magistrats à Montréal — Éboulis sur la rue Champlain.

M. Mercier occupait le pouvoir depuis une année à peine et déjà, son influence, sa popularité grandissaient tous les jours. Effrayés de l’ascendant qu’il prenait dans la province, ses adversaires décidèrent de lui faire une guerre à outrance, de le ruiner, si la chose était possible. Pour arriver à ce résultat, ils s’assurèrent les services d’un écrivain d’une grande valeur, M. Charles Savary, arrivé depuis quelques mois dans le pays. M. Savary, un Français d’un talent hors pair, avait occupé une très haute position dans le monde politique de son pays, qu’il avait dû quitter à la suite de revers personnels, pour aller vivre sous d’autres cieux. Il vint au Canada et trouva d’abord de l’emploi dans les bureaux du « Canadien à Québec. » La Presse, la Minerve et le Monde avaient été enrégimentés pour faire cette croisade, et c’était M. Savary, qui devait de sa plume féconde remplir les colonnes de ces journaux. Il dénonça la conférence interprovinciale comme un péril pour la province, ne soupçonnant pas alors que cette première tentative sérieuse aurait pour conséquence de nous assurer plus tard une augmentation du subside fédéral. Ces feuilles prédisaient à courte échéance la décomposition du ministère, miné disaient-elles, par l’élément « castor. » Bref, on nous annonçait avec alarme la banqueroute de l’autonomie provinciale !

Ces vigoureuses dénonciations ne produisirent pas l’effet qu’on en attendait ; elles tombèrent un peu à plat dans le public qui commençait à sentir que nous avions à la tête des affaires à Québec un gouvernement de progrès.

M. Mercier répondit aux attaques de ses adversaires par un coup de maître. Pour satisfaire aux exigences de sa large politique, il lui fallait de l’argent : or, ses prédécesseurs ne lui avaient laissé que des dettes ; il décida de contracter un emprunt. Il s’adressa, au mois de janvier, à une puissante maison de banque de Paris, le Crédit Lyonnais, où il contracta un emprunt de $3,500,000. Ce fut un énorme succès financier. Il plaça les bons de la province à 4 p. c. et à 99 cents dans la piastre. En déduisant les frais d’émission, de change, de banque et de timbres, le produit réalisé était d’environ $96.50 par $100.00. Cette opération financière faisait le plus grand honneur au trésorier, l’hon. M. Shehyn qui l’avait conduite à bonne fin. Le meilleur résultat obtenu auparavant par M. Chapleau et M. Würtele avait été un emprunt de $4,275,883, à 4½ p. c. qui n’avait rapporté que $3,772,717, entraînant une perte nette en capital de $503,136, ce qui représente seulement $88.23 par cent piastres.

La merveilleuse campagne électorale que M. Mercier avait faite en 1886, le travail énorme qu’il avait accompli depuis, avaient beaucoup ébranlé sa santé ; on craignait même pour lui la consomption de la gorge. Sur l’avis de ses médecins il se rendit à Paris pour consulter des spécialistes. Pendant son séjour dans la grande capitale, il fit la connaissance de plusieurs hommes politiques très en vue qui lui firent conférer le grade d’Officier de la Légion d’Honneur. Il poussa une pointe jusqu’à Rome afin d’avoir l’occasion de discuter avec le Pape la question toujours pendante, toujours irritante des biens des Jésuites.

À plusieurs reprises, notamment en 1878, lorsqu’il avait été question de vendre ces propriétés, l’épiscopat tout entier avait protesté contre la spoliation dont les Jésuites avaient été victimes lors de la cession du Canada à l’Angleterre, et il avait réclamé cette propriété pour eux. Aucun gouvernement n’avait osé aborder cette question, tant elle soulevait des difficultés sérieuses. M. Mercier eut à Rome plusieurs entrevues avec le Cardinal Siméoni, à la suite desquelles le Souverain Pontife lui accorda la permission de disposer de ces biens. À son retour à Québec, il demanda pour lui et ses collègues, une entrevue avec Son Éminence le Cardinal Taschereau afin de lui exposer l’affaire. Il représenta que son gouvernement était décidé — si les autorités religieuses n’y mettaient pas d’obstacle — à faire déblayer le vaste terrain où se trouvait autrefois le Collège des Jésuites de Québec, à y percer deux grandes avenues transversales dont l’une déboucherait sur la place de la Basilique et porterait le nom d’Avenue Taschereau. Le gouvernement se proposait aussi d’y faire élever des statues à Mgr de Laval et à Champlain. Les lots tracés sur ces terrains seraient mis en vente ; Son Éminence donna sa complète adhésion au projet. Plus tard il fut décidé de vendre à la ville une partie de ce terrain pour y construire un Hôtel de Ville et l’autre aux Frères de la Doctrine Chrétienne pour y bâtir une école. Cette vente fut effectuée sous l’administration du maire Langelier le 30 octobre 1889. Une des conditions était que la cité de Québec ferait ériger un monument en marbre ou en bronze en l’honneur de Samuel de Champlain, en face de l’Hôtel de Ville. C’est à cet endroit, il me semble qu’on aurait dû élever le monument de Mgr Laval ; c’était sa vraie place, en face de la basilique, en face du Séminaire de Québec et de l’ancien site du Collège des Jésuites.

Le retour de M. Mercier avait été accueilli avec joie par toute la province. Lorsqu’il revint à Québec, son passage, depuis Montréal jusqu’ici fut marqué par de brillantes manifestations, des adresses lui furent présentées à Louiseville, Yamachiche, Trois-Rivières, etc., etc. Enfin, le 10 avril le Club National lui offrit dans les vastes salles de l’Hôtel Windsor, à Montréal, un superbe banquet auquel assistaient au-delà de 600 convives. M. Mercier prononça dans cette circonstance un discours programme dont je cite quelques extraits. À cette époque, encore, on agitait la question religieuse. Voici la profession de foi politique qu’il fit alors.

… « J’ai déjà défini en plusieurs circonstances, les principes politiques que je professe et que professent tous les libéraux qui donnent leur concours au gouvernement ; mais la malice et la mauvaise foi de certains adversaires, qui faussent la vraie doctrine pour attaquer et calomnier un groupe considérable des amis du ministère, m’obligent à ré-affirmer ici le dogme politique des libéraux de la province de Québec.

Il y a deux espèces de libéralisme : le libéralisme religieux et le libéralisme civil ou politique. Les libéraux de cette province répudient le libéralisme religieux, qui est réprouvé par l’Église, pour s’en tenir au libéralisme politique qui est permis. Ce libéralisme est justifié dans les ouvrages publiés avec l’imprimatur de Rome ; c’est le libéralisme dont parlent, entr’autres, le Père Ramière, jésuite distingué et Mgr Félix Cavagnis, un des théologiens de Rome le plus en vue dans ce moment.

Qu’on me permette de citer ces deux docteurs, afin d’accentuer davantage la déclaration que je crois opportun de faire, pour rendre impossible tout malentendu sur ce point.

Il est d’autres libéraux, dit le Père Ramière, qui ne voient dans le drapeau sous lequel ils se sont enrôlés, que sa couleur politique. Leur libéralisme consiste uniquement dans la préférence qu’ils croient devoir donner sur le pouvoir absolu aux formes de gouvernement qui offrent plus de garantie à la liberté des citoyens.

Nous n’écrivons pas non plus pour ce genre de libéraux ; car jamais le libéralisme contenu dans ces limites n’a été, de la part de l’Église, l’objet de la moindre censure. »

« Mgr Cavagnis, autrefois professeur au Collège Romain et maintenant supérieur de cette célèbre institution, est encore plus explicite. Dans son excellent ouvrage, — Notions de droit public naturel et ecclésiastique, publié en 1886, et qui contient un commentaire méthodique complet de la remarquable Encyclique Immortale Dei, le savant professeur traite à fond la question du libéralisme et voici ce qu’il enseigne :

Avant tout, dit-il, dissipons un équivoque. L’adjectif libéral et le substantif libéralisme sont par eux-mêmes des termes indéterminés. Par là ils se prêtent à la confusion des idées, deviennent une arme puissante de combat et un moyen favorable à la propagation de l’erreur. Celui qui cherche la vérité doit d’abord éloigner tout principe d’équivoque.

Le libéralisme présente deux sens l’un bien bon, l’autre mauvais. Dans le premier sens il est synonyme d’ami d’une juste liberté et non de la licence. À ce point de vue, nous sommes tous libéraux ; personne n’aime à servir. C’est ainsi que libéral voudra dire défenseur et propagateur de la vraie liberté civile et politique de sa nation sans blesser aucun droit. C’est là un bien et c’est être libéral à l’antique.

Au No 255, poursuit l’auteur, nous avons dit que le libéralisme peut être pris dans deux sens : l’un bon, l’autre mauvais ; or en spécifiant davantage disons qu’il peut se diviser en libéralisme purement civil et en libéralisme religieux.

Dans un sens purement civil et étranger aux considérations religieuses, on appelle libéral celui qui est amateur de la liberté civile et politique de sa nation et la procure avec des moyens, du reste, honnêtes. Il est en conséquence favorable à l’égalité civile et à la liberté politique, sauf les droits légitimement acquis. »

« L’ouvrage remarquable auquel j’emprunte ces citations et que j’ai apporté de Rome, a été soumis par les congrégations romaines à l’examen du Père jésuite Sanguenetti, professeur de droit canon d’une très grande autorité, et l’illustre docteur l’a approuvé dans son entier.

Je ne connais pas dans notre province, du moins parmi les partisans du gouvernement actuel, d’autre libéralisme civil ou politique que celui dont Mgr Cavagnis se déclare partisan. On nous calomnie donc quand on nous accuse de libéralisme religieux, de ce libéralisme réprouvé par l’Église. À ces calomniateurs je me permettrai de citer la condamnation prononcée contre eux par le grand Pape Léon XIII, dans l’Encyclique, Immortale Dei : — « Mais s’il s’agit de questions purement politiques, dit-il, du meilleur genre de gouvernement, de tel ou tel système d’administration civile, des divergences honnêtes sont permises. La justice ne souffre donc pas que l’on fasse un crime à des hommes dont la piété est d’ailleurs connue et l’esprit tout disposé à accepter tout docilement les décisions du Saint-Siège, de ce qu’ils sont d’un avis différents sur les points en question. Ce serait encore une injustice bien plus grande de suspecter leur foi ou de les accuser de trahir ainsi que nous l’avons regretté plus d’une fois. »

Voilà un précieux enseignement que nos accusateurs devraient méditer et qui nous met à l’abri des attaques que la mauvaise foi seule peut inspirer.

Dans ce même discours M. Mercier dénonça la fédération impériale comme un danger pour l’autonomie des provinces. Les partisans de celle-ci, avait-il dit, viennent de s’affirmer d’une manière éclatante par la nomination du nouveau gouverneur général qui appartient à cette association. En effet, Lord Stanley, car c’était de lui dont il s’agissait, avait laissé comprendre qu’il venait au Canada avec l’intention bien arrêtée et la ferme détermination de faire triompher cette cause. La Minerve avait reproduit avec complaisance les paroles du noble lord et elle semblait surtout lui souhaiter la bienvenue à raison de ce langage.

La Gazette de Montréal releva les paroles de M. Mercier ; elle l’accusa de chercher un cri de guerre pour les prochaines luttes. C’était une erreur : il n’avait fait que signaler les périls qu’il entrevoyait dans la formation de cette Fédération. Sir John pendant son séjour à Londres en 1884, avait fait les déclarations suivantes :

… « Je réponds de la loyauté du Canada, et je déclare que d’après ma conviction, son union avec le plus grand empire du monde favorisera ses plus chers intérêts. Je crois que la politique de la Grande Bretagne est opposée à toute guerre agressive ; et je suis convaincu que le peuple du Canada est prêt à assumer sa part de responsabilités et de dépenses dans toute autre guerre. »

Le 4 janvier 1884, au Club St-George de Londres, Sir John avait ouvertement endossé la Fédération impériale dans les termes que voici :

« Quant à la question d’une Fédération Impériale, je suis parfaitement d’opinion qu’elle devrait exister. Je crois qu’à mesure que les nations auxiliaires d’Australie, du Canada et de l’Afrique méridionale augmentent leurs rapports présents, quelques comfortables et agréables qu’ils soient, ils ne pourront pas demeurer fixes. Comme ces relations auxiliaires augmenteront en richesses et en population de même aussi, existeront leurs responsabilités, et, parlant moi-même au nom de la Puissance du Canada, je puis assurer qu’elle est prête à augmenter ses responsabilités, qu’elle est prête à se joindre à la mère-patrie dans une ligue offensive et défensive et à sacrifier le dernier de ses hommes pour défendre l’empire et le drapeau de l’Angleterre. »

M. Mercier était opposé à une telle politique. Au mois de février 1888, il avait écrit sous sa signature :

« C’est une politique nouvelle, ouvrant de vastes horizons ; c’est un programme immense lancé d’une manière presqu’officielle ; c’est notre devoir à tous d’étudier attentivement ce programme et cette politique afin de juger l’un et l’autre avec connaissance de cause, quand le moment sera venu de nous prononcer.

« Il est évident que cette Ligue va se mettre à l’œuvre si elle ne l’est déjà et qu’un jour, trop tard peut-être, nous apprendrons qu’elle a enrolé un grand nombre de Canadiens importants, et nous constaterons qu’elle est prête à combattre ouvertement et avec avantage.

… « Cette idée de fédération impériale est ridicule. Ceux qui l’ont émise sont aveugles aux leçons de l’histoire. Tout cela est absurde et ne peut soutenir la discussion pendant un instant. La seule manière de traiter les colonies, c’est celle que nous avons adoptée, c’est-à-dire de leur permettre d’espérer, et de les encourager à obtenir leur liberté. »

M. Mercier exprimait bien l’inquiétude générale. Sir John avait de tout temps entretenu le projet de nous imposer l’union législative. Dès 1866, pendant qu’il était à Londres pour faire adopter l’Acte de l’Amérique Britannique du Nord, il avait essayé de faire accepter l’Union ; mais Sir Geo. Ét. Cartier avait fait échouer cette tentative. Feu l’hon. Louis Archambault qui fut l’ami et le confident de Cartier nous a fait connaître les dessous de cette trahison. Dans une déclaration solennelle que je trouve reproduite dans l’Électeur du 20 avril 1888, il raconte que Cartier avait câblé à Sir Narcisse Belleau, alors premier ministre, de se tenir prêt à offrir sa résignation dès qu’il le lui dirait, au cas où Sir John ferait accepter l’Union législative. Il tenait tous ces détails de Sir George lui-même. C’est la fermeté bien connue de Cartier qui nous a sauvé d’un système politique aussi désastreux pour nous.

C’est en 1888 que l’on commença à agiter sérieusement cette fois, la question du pont de Québec. Une importante délégation de nos concitoyens se rendit à Ottawa dans les premiers jours d’avril ; elle avait à sa tête le maire de la ville l’hon. F. Langelier et feu le Lt.-Col. Rhodes. Ces messieurs exposèrent le projet à Sir John et à ses collègues. Ils lui firent connaître qu’une somme de $600,000 avait été souscrite, et que 10 p. c. du capital avait été versé ; que la distance entre les deux rives, au Cap Rouge, était d’environ 4000 pieds, etc., etc. Sir John les reçut avec sa finesse ordinaire, mais il leur donna peu d’encouragement. « Je sais, leur dit-il, que ce pont serait très avantageux à la population et au district de Québec ; aussi, le gouvernement prendra-t-il cette question en très sérieuse considération ; il verra s’il peut accorder en entier ce que demande la députation, et s’il ne peut pour le tout, pour quelle partie. (Applaudissements) Ne vous pressez pas trop d’applaudir, le gouvernement ne pourra peut-être pas faire beaucoup si toutefois il fait quelque chose. »

Cette réponse jeta plutôt de l’eau froide sur le projet. La première fois que l’on s’était présenté devant le gouvernement les ministres avaient dit : « Formez une compagnie, souscrivez de l’argent, déposez-le en banque et remplissez les obligations exigées par la loi. » Or tout cela avait été fait et ces mêmes ministres se bornaient à dire « qu’ils allaient faire une enquête sur le mode de construction et les avantages qui en résulteraient. » C’était tout simplement ajourner l’affaire à une autre session.

La question de jeter un pont sur le St-Laurent à Québec était sur le tapis depuis quarante ans. Dès 1852, un ingénieur éminent, M. Sewell, à la demande expresse du conseil de ville de Québec, traçait les plans d’un pont suspendu qu’il proposait de construire près de l’embouchure de la rivière Chaudière, à environ quatre milles du Cap Rouge. Ce même ingénieur venait de préparer les plans d’un pont suspendu à Lewiston, Queenstown et à Niagara avec une arche de 1040 pieds, ainsi que celui de St-Jean, N. B. Celui qu’il proposait de construire au Cap Rouge devait avoir une travée centrale de 1600 pieds, mais il devait enfoncer ses pilliers d’appui dans douze pieds d’eau seulement. Depuis cette époque, les travaux sous-marins ont fait des progrès énormes et la profondeur n’est plus un obstacle à la solidité des batardeaux.

L’ingénieur Roebling n’avait pas alors conçu le fantastique projet de suspendre à des câbles, à 130 pieds audessus de East River, entre New-York et Brooklyn, une travée claire de 1,600 pieds entre deux tours d’une hauteur de 280 pieds. On conçoit donc facilement que l’ingénieur Sewell ait vivement ému notre paisible population d’alors en émettant une idée aussi hardie. Ce qui paraissait irréalisable dans ce temps là est maintenant passé dans le domaine de la réalité : le génie civil a accompli depuis des prodiges bien plus considérables que cela.

On estimait que le pont projeté de 1852 coûterait un peu plus de trois millions d’après les chiffres de l’ingénieur. Celui de Brooklyn a coûté un peu plus de sept millions, mais il faut observer que ce pont, en outre de son immense longueur au-dessus de l’eau, pénètre à 2274 pieds dans l’intérieur de la ville de New-York et de Brooklyn afin d’atteindre un bon ancrage pour les cables. Le pont de Brooklyn a été dépassé depuis par la construction de celui jeté sur la rivière Forth en Écosse. Et, celui que l’on est à construire à Québec surpasse encore ces derniers puisque la traverse centrale placée à 130 pieds audessus du niveau du fleuve aura une longueur de 1850 pieds sans appui !

Enfin, on s’adressa à M. Mercier pour obtenir de l’aide en faveur de cette immense construction. Le 3 mai une nombreuse délégation se présenta à lui ; elle était composée de MM. Owen Murphy, T. C. Casgrain, du Dr Rinfret, du Lt.-Col. Forsyth, de M. Théo. LeDroit, de l’hon. Jean Blanchet, de MM. Jules Tessier et G. M. Déchêne. Tous ces hommes parlèrent tour à tour en faveur du projet. M. Mercier leur répondit dans les termes suivants :

« L’œuvre dont vous venez nous entretenir a l’appui loyal et complet du gouvernement qui est prêt à faire sa part légitime pour assurer la réalisation de votre projet.

Quand les autorités fédérales auront fait ce qu’elles doivent faire, les autorités provinciales ne resteront pas en arrière et elles aideront libéralement la cité de Québec et les compagnies de chemins de fer intéressées dans la réalisation de cette vaste entreprise. »

Pour montrer sa sincérité, il fit voter une somme d’argent suffisante pour faire faire des explorations. Il confia ce travail à un ingénieur français distingué, M. Bonin qui avait travaillé avec l’ingénieur Eiffel aux plans de la fameuse tour de ce nom à Paris. Dans son rapport, M. Bonin étudiait trois tracés différents : un devant la ville, et deux à l’Île d’Orléans. En principe, il était opposé au pont en amont de la ville. D’après son opinion l’emplacement du pont de Québec est tout indiqué. « Nous croyons, dit-il, que, quelle que soit la différence des coûts, un tracé en aval, ou mieux un tracé à Québec même, doit être adopté. »

Je donne à la fin de ce volume dans l’appendice, le rapport de M. C. E. Gauvin, ingénieur civil, sur les différents projets du pont de Québec que je trouve dans le Rapport du Commissaire des Travaux Publics de 1896. Cette étude ne manque pas d’intérêt, aujourd’hui que ce vaste projet est en pleine voie d’exécution :

La ville de Québec devra une reconnaissance éternelle à Sir Wilfrid Laurier, car, c’est lui qui en a assuré la construction ; elle ne devra pas, non plus, oublier la large part qu’à prise l’hon. S. N. Parent à assurer la réalisation de ce grand projet, de ce rêve que nous caressions depuis cinquante ans.

Hélas ! au moment où l’on poussait les travaux avec vigueur, une terrible catastrophe s’est produite. Le 29 août 1907, vers la fin de la journée de travail la superstructure s’est effrondrée avec un fracas épouvantable, entraînant dans sa chute environ quatre-vingts travailleurs qui perdirent presque tous la vie. Ce désastre national ne découragea pas Sir Wilfrid Laurier qui s’empressa de télégraphier au maire Garneau que le pont serait reconstruit. Dans le même moment le même jour, M. Borden, le chef du parti conservateur se trouvant à Québec, déclara dans une assemblée publique que le pont de Québec, était le complément du Transcontinental, et, que, quelque soit le parti au pouvoir, ce serait son devoir de faire parachever cette grande œuvre.

Ces paroles qui révèlent les larges vues d’un homme d’État distingué corroborant l’assurance de Sir Wilfrid adoucissait l’amertume du désastre qui venait d’arriver.

Au mois de mai M. Mercier abandonna la position de procureur-général à l’hon. Arthur Turcotte pour prendre la direction du ministère de l’Agriculture et de la Colonisation qu’il venait d’établir, afin de donner à celle-ci un plus grand essor. Il s’associa dans cette tâche M. le curé Labelle comme député ministre. Ce choix était des plus heureux ; aussi, rencontra-t-il l’approbation générale.

Ce qu’il fallait faire, le bon sens, le patriotisme éclairé le proclamaient par la bouche de celui qu’on appelait l’apôtre de la colonisation. Pour édifier la prospérité nationale, il fallait commencer par la base ; au lieu de dépenser des milliers de piastres, disait le curé Labelle, pour une immigration irréalisable, il valait mieux retenir nos compatriotes chez nous ; il fallait les attacher au sol, rompre avec la routine, adopter des mesures énergiques, promptes et décisives pour développer l’exploitation agricole d’un pays dont le sol est la plus grande richesse. Est-il besoin de le rappeler ? Le curé Labelle était incompris : on l’applaudissait sans tenir compte de ses sages conseils. Je me souviens d’un jour — sous le gouvernement Chapleau, — où, la séance de la Chambre terminée, le curé Labelle fut invité à monter sur le trône de l’Orateur et à prononcer un discours. Il parla avec chaleur de l’œuvre de la colonisation ; la chose lui était facile, tant il avait son sujet à cœur, et tant il en était pénétré. Son discours produisit une grande impression.

M. Mercier agissait vite, on le sait. Il voulait effectuer le développement rapide de cet immense back country qui avait été trop longtemps tenu en réserve ; il voulait ouvrir à la colonisation ces vastes régions du Nord, couvertes de riches forêts et plus généreusement arrosées que les fécondes prairies du Nord-Ouest. C’était un plan audacieux et grandiose auquel le curé Labelle lui-même songeait depuis longtemps.

Activer les travaux sur tous les points à la fois, lancer des chemins de fer à toute vapeur dans la vallée de la Gatineau, du Lac Témiscamingue, du St-Maurice et celle du Lac St-Jean ; ouvrir toute une nouvelle province au défrichement, à la culture, au commerce de bois, à l’élevage des bestiaux et aux mille industries dont se compose l’énergie nationale ; relier tous les chemins de fer pour en faire un tout harmonieux, un système d’ensemble capable de desservir tant d’intérêts ; voilà quel était le programme de ces deux patriotes.

La Presse applaudit au choix du curé Labelle ; elle disait dans un article fort bien tourné : « Puisque le gouvernement trouve à propos de mettre à profit cette vaste expérience plus encore que les gouvernements précédents ne l’ont fait, nous disons : très bien ! nous applaudissons et nous sommes certain que l’agriculture et la colonisation dans ce pays, si on en laisse le sort au curé Labelle, à son expérience pratique et à son activité, subiront une transformation capitale, et que la province sous ce rapport, n’aura rien à envier à Ontario et aux états les plus avancés de l’Union Américaine. »

Nous verrons plus tard, en effet, que ces deux hommes ont donné à l’agriculture et à la colonisation, une impulsion nouvelle qui leur a fait faire d’énormes progrès.

La seconde session du parlement sous le régime Mercier s’ouvrit le 15 mai. Les deux questions qui absorbèrent l’attention furent la colonisation et les biens des Jésuites.

La colonisation a toujours été pour notre province la question primordiale. L’industrie forestière que l’on a trop longtemps regardée comme indépendante de la colonisation, qu’on a même cru lui être hostile, a non seulement des rapports intimes avec elle, mais elle lui est même subordonnée. C’est en effet par l’extension de la colonisation seulement qu’on arrivera à régler l’exploitation forestière, à la rendre fructueuse, au lieu de la laisser n’être qu’une pure dévastation, qu’un véritable brigandage comme elle l’était dans le temps. La plupart des marchands de bois admettent cette vérité et n’hésitent point à la proclamer. Il y a donc conciliation intime entre la colonisation et l’exploitation forestière, au lieu d’antagonisme ou d’hostilité naturelle. Dès cette époque là, l’on suggérait au gouvernement le reboisement après l’exploitation et la régularisation stricte de l’abattage des forêts aussi bien que des défrichements. Hélas ! cette politique est encore à venir ! Le gouvernement Mercier devait la mettre en application, mais, il perdit le pouvoir trop tôt. La loi que l’hon. M. Duhamel fit voter durant cette session est la preuve de la bonne foi du gouvernement Mercier.

L’autre question qui absorba l’attention de cette session, ce fut le règlement des biens des Jésuites. Plusieurs hommes politiques s’étaient heurté à cette affaire hérissée de complications de toutes sortes. M. Mercier avait profité de son passage à Rome pour en arriver à une entente satisfaisante avec le Saint-Siège. Après avoir obtenu l’assentiment de celui-ci, il réussit à éteindre moyennant $400,000 des titres de propriété évalués à plus de deux millions. Pour empêcher l’élément protestant de se plaindre, même à tort, car il n’avait aucun droit à un centin de cet argent, M. Mercier fit appliquer une somme de $60,000 destinée aux écoles et aux universités protestantes. Ceux-ci, sans doute pour lui prouver leur gratitude, lui firent une guerre à mort, et le représentèrent comme un ennemi des Anglais qu’il fallait anéantir ! Que d’injustices le fanatisme ne fait-il pas commettre !

Ce sera pour M. Mercier un titre de gloire d’avoir résolu un problème aussi épineux. Il ne s’agissait pourtant que d’une simple restitution, et, cependant, tous les différents gouvernements, depuis 1867 — excepté celui de M. Joly qui tenta la chose — n’osèrent pas aborder ce problème.

Comme on le sait les propriétés des Jésuites avaient été confisquées par le gouvernement anglais, lors de la cession du Canada à l’Angleterre. Notre province avait hérité de cette dette d’honneur à l’époque de la Confédération et jamais elle n’était arrivée à réparer cette odieuse spoliation. C’était simple justice de rendre des biens qui lui appartenaient à un ordre religieux qui avait été le pionnier de la civilisation au Canada et qui avait fourni ses premiers martyrs à la Nouvelle France ; aussi le projet de loi fut-il adopté à l’unanimité. M. Mercier prononça à cette occasion un remarquable discours. Le 5 juillet M. Mercier était informé officiellement que le Pape venait de le créer Grand Croix de l’Ordre de St-Grégoire le Grand pour le récompenser d’avoir réglé cette question avec tant d’habileté.

Après une session aussi laborieuse, M. Mercier se sentait fatigué ; il lui fallait du repos. Ses amis l’engagèrent à descendre à Carleton, dans la Baie des Chaleurs où je passai un mois avec lui. Nous arrivâmes le 17 juillet et la population lui fit une réception enthousiaste. L’activité de M. Mercier était telle, qu’il était difficile de le tenir en repos. Il parcourut les comtés de Gaspé et Bonaventure, arrêtant à New-Carlisle, New-Richmond, Maria, Caplan, Bonaventure, Percé, Gaspé, Douglastown, Port Daniel et Paspebiac. Partout, on l’accueillit avec une satisfaction marquée. C’est dans ce voyage qu’il prépara pour le parti libéral la conquête de ces deux comtés qui avaient toujours été conservateurs jusque là.


Au commencement de l’année 1889 — 9 février — les citoyens de Québec voulant rendre hommage à leur maire l’hon. F. Langelier, profitèrent du 25ième anniversaire de son mariage pour lui offrir un banquet qui fut un grand succès. La veille de cette fête le Canadien disait :

« Tous ceux qui ont eu des rapports avec M. Langelier lui reconnaissent ces qualités du cœur et de l’esprit qui distinguent les natures d’élite. Son caractère expansif, sa grande générosité, son affabilité proverbiale ne lui comptent que des amis.

M. Langelier a fait beaucoup pour Québec. Ayant consacré à nos affaires municipales une somme énorme de travail, il mérite le témoignage de reconnaissance qui lui sera donné samedi. N’est-ce pas sous son administration que se sont accomplies les grandes améliorations qui transforment l’aspect de notre ville ? »

M. Langelier avait en effet réorganisé la comptabilité municipale, il avait restauré les trottoirs qui étaient dans un état pitoyable ; il avait fait couvrir en macadam nos grandes artères publiques, la Côte d’Abraham, la Côte de la Montagne, celle du Palais et les rues St-Paul et St-Joseph. La Grande Allée avait été pavée en bois ; l’eau avait été introduite dans toutes les rues de la ville. C’est aussi pendant son administration que fut introduit l’éclairage électrique et que la ville fut dotée d’un nouvel aqueduc.

Le banquet fut présidé par M. Jules Tessier, aujourd’hui sénateur, qui était alors député à la Législature et conseiller municipal. Il s’acquitta de cette tâche avec succès. Il proposa la santé du héros de la fête dans les termes les plus délicats.

L’hon. M. Mercier qui assistait à ce banquet, invité à répondre au toast de la Législature dit entr’autres choses :

… « Ce que nous voulons, c’est la grandeur de notre pays. Nous réussirons à l’obtenir en développant nos ressources, en multipliant les chemins de fer, en construisant de grands chemins de colonisation et aussi, en réunissant toutes les ressources de la province de manière à assurer la construction d’un pont qui réunira les deux rives et raccordera votre réseau de chemins de fer, de manière à faire de Québec le centre de la province ! C’est mon rêve et j’ai l’habitude de rêver assez vrai (ovation). Ce n’est pas là une question de sentiment, mais bien une question d’affaires. »

Dans toutes les occasions M. Mercier s’est toujours montré l’ami de Québec, et il n’y a rien d’étonnant si son nom y est resté si populaire.

On profita de la fête nationale, la St-Jean Baptiste pour inaugurer solennellement le monument élevé à Jacques Cartier, sur les bords de la rivière St-Charles, à l’endroit où il avait hiverné en 1534. Cette fête dura trois jours et elle avait attiré un grand nombre de nos compatriotes des États-Unis. Il y avait deux cents délégués venus des différents points des États-Unis.

La cérémonie religieuse fut présidée par Son Éminence le Cardinal Taschereau qui y prononça une courte allocution. Le sermon de circonstance fut donné par l’Abbé Louis Pâquet. Plusieurs orateurs se firent entendre au monument entr’autres MM. Laurier, Mercier, Jean Blanchet, G. Amyot, L. O. David, Chs. Langelier, Ph. Landry, S. LeSage, Rodolphe Lemieux, Thos. Chapais, C. A. P. Pelletier, Nazaire Ollivier, Gust. Kamel et Jules Tessier. Ce dernier était à ce moment promaire de Québec et vice-président de la Société St-Jean-Baptiste. Il porta en termes très heureux le toast à la fête du jour.

Les adversaires de M. Mercier qui ne manquaient pas une occasion de jeter des embarras sur son chemin profitèrent d’une loi qu’il avait passée pour lui créer des misères.

Le Barreau de Montréal lui avait représenté que vu l’encombrement des affaires judiciaires, il faudrait établir une cour de circuit afin de diminuer la besogne des juges de la Cour Supérieure. Il créa cette cour et nomma M. Champagne l’un des magistrats chargés de la présider. Les conservateurs furieux contre M. Champagne qui avait abandonné son siège au conseil législatif pour accepter cette position lui firent la guerre. Ils s’adressèrent au gouvernement fédéral et ils réussirent à faire désavouer cette loi sous prétexte qu’elle était inconstitutionnelle.

La raison donnée par Sir John Thompson était que le gouvernement local n’avait pas le droit de créer sous le nom de magistrats des fonctionnaires qui, ayant permission de remplacer les juges, sont en réalité de véritables juges.

De son côté, M. Mercier disait : « la constitution me donne ce droit » et il invoquait la clause 92 de l’Acte de l’Amérique Britannique du Nord qui dit :

« Dans chaque province la législature pourra exclusivement faire des lois relatives aux matières tombant dans la catégorie de sujets ci-dessous énumérés, savoir :

… 14° L’administration de la justice dans la province, y compris la création, le maintien et l’organisation des tribunaux de justice pour la province ayant juridiction civile et criminelle. »

C’était précisément ce qu’avait soutenu Sir Hector Langevin, lui-même dans la discussion de la Confédération :

… « Nous avons voulu, disait-il, garder et maintenir sous le contrôle de notre législature locale la constitution et l’organisation de nos cours de justice, tant civiles que criminelles, afin que cette législature eut le contrôle absolu sur ces cours et le pouvoir de les établir ou de changer le système si elle le jugeait nécessaire. » (Débats sur la Confédération, p. 393). La constitution a réservé au seul pouvoir fédéral la nomination des juges. Mais, à qui appartient la nomination des magistrats d’ordre inférieur aux juges, tels que les juges de paix, les magistrats de police ou de district ?

Incontestablement aux gouvernements provinciaux. Ce principe, ou, plutôt, ce droit a été consacré par le Conseil Privé dans la cause de La Reine vs. Harnes ; le juge Ramsay s’était exprimé formellement dans cette cause.

« Je suis d’opinion disait-il, qu’un magistrat de district n’est pas un juge de district aux termes de la section 96 de l’Acte de l’Amérique Britannique du Nord… En face du cas de Coote il ne peut plus y avoir de doute. Dans cette affaire, le Conseil Privé reconnaît à la législature locale le pouvoir de créer de nouvelles cours, non seulement de juridiction civile, mais aussi de juridiction criminelle, de même que le pouvoir de nommer des magistrats habiles à siéger dans ces cours. »

Or, M. Mercier, qu’on le remarque bien, n’avait pas créé les magistrats de districts, il n’avait fait qu’appliquer à la ville de Montréal une loi votée en 1869 sous le gouvernement Chauveau. Et, cette loi n’avait jamais été désavouée. Plus tard, en 1871 une nouvelle loi avait étendu la compétence de ces magistrats et elle ne fut pas désavouée non plus. Enfin en 1873, la loi permet au Lieutenant-Gouverneur d’étendre l’institution des magistrats de district à toute cité, ville ou comté de la province. Cette loi dont on n’avait jamais songé à demander le désavœu suffirait à elle seule à légitimer la nomination des magistrats pour Montréal.

Dans Ontario les magistrats des divisions courts ont été depuis la Confédération à la nomination du gouvernement local ; et, la loi de judicature de 1877 autorise la nomination de juges civils pour les affaires de pratique sous le nom de masters. Ces lois n’ont jamais été désavouées.

On le voit clairement : tout ce que l’on voulait, c’était de créer des ennuis à M. Mercier et à M. Champagne.

M. Mercier ne se tint pas pour battu : il fit émettre une proclamation en vertu des lois de 1871 et 1873, ce qui permit à M. W. Barry et à M. Champagne de siéger.

Ainsi échoua péniblement le coup que l’on avait voulu monter avec le désavœu de cette loi.

Le dernier incident de cette année qui mérite d’être mentionné, c’est l’éboulis qui se produisit au bout de la Terrasse qui touche à la citadelle, le 20 septembre, et qui causa la mort de plusieurs personnes.