Texte de Wikisource mis en valeur le 27 novembre

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Plutarque, Vies des hommes illustres : Numa
IIe siècle après J.-C.

Traduction Alexis Pierron 1853


NUMA.


(Né en l’an 753, mort en l’an 671 avant J.-C.)

Il y a vive dispute aussi[1] sur l’époque où vécut le roi Numa, bien que les généalogies remontent, ce semble, avec exactitude, de génération en génération jusqu’à lui. Il est vrai qu’un certain Clodius[2] dans la Discussion des temps, comme il a intitulé son livre, assure que, pendant le sac de Rome par les Gaulois, les anciens registres périrent, et que les actes qu’on montre aujourd’hui sont des pièces fausses, œuvre des complaisants, de certains personnages qui voulaient, à toute force, remonter aux premiers Romains, et se faire place dans les maisons les plus illustres. On a dit que Numa avait été le disciple de Pythagore. Numa suivant une autre opinion, n’aurait eu aucune connaissance des lettres grecques : la nature avait tout fait chez lui, et elle avait suffi pour le porter à la vertu ; ou bien, si ce roi avait eu un maître, il fallait faire honneur de son éducation à quelque barbare bien supérieur à Pythagore. Il y en a qui assurent que Pythagore ne vécut que bien plus tard, et qu’il est postérieur de cinq générations, pour le moins, aux temps de Numa, mais que Pythagoras de Sparte, celui qui avait remporté le prix de la course aux jeux olympiques dans la seizième Olympiade, dont la troisième année est celle de l’élection de Numa, fit un voyage en Italie, devint l’ami de Numa, et l’aida à ordonner les affaires de son royaume. De là ces institutions laconiennes qu’on voit mêlées en grand nombre aux institutions des Romains. Mais ce qu’on attribue aux conseils de ce Pythagoras peut provenir tout aussi bien de la naissance sabine de Numa. Les Sabins prétendent descendre d’une colonie de Lacédémone. Au reste, il est difficile de faire le calcul exact des temps, surtout si l’on veut arriver à une concordance avec les rôles des olympioniques[3] qui n’ont été dressés que fort tard, par Hippias d’Élis[4], et qui ne reposent sur aucun document incontestablement authentique. Nous allons toutefois raconter ce que nous avons trouvé, sur Numa, qui soit digne de mémoire ; et le sujet même nous fournira le début.

Il y avait trente-sept ans que Rome était bâtie et que Romulus régnait, lorsque, le 7 du mois de juillet, jour qu’on appelle maintenant les nones Capratines, Romulus alla faire, hors de la ville, un sacrifice public, près du marais de la Chèvre. Il était accompagné du sénat, et de presque tout le peuple. Tout à coup il se fit dans l’air un changement extraordinaire : une nuée épaisse et ténébreuse fondit sur la terre, et, avec elle, un vent impétueux, un ouragan terrible. La foule épouvantée prit la fuite et se dispersa. Romulus disparut au milieu de cette tempête, et l’on ne retrouva pas même son cadavre. On conçut contre les sénateurs de violents soupçons. Le bruit courut, parmi le peuple, que, las depuis longtemps d’obéir à un roi, ils s’étaient défaits de lui, dans le but de faire passer en leurs mains seules toute l’autorité. Romulus, à la vérité, commençait à les traiter d’une façon un peu dure et despotique. Mais ils assoupirent bientôt les murmures, en décernant à Romulus les honneurs divins, et en persuadant au peuple qu’il n’était pas mort, et qu’il jouissait d’une destinée meilleure. Proculus, homme des plus considérables, affirma, sous le serment,

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  1. C’est-à-dire de même que pour ce qui concerne Lycurgue.
  2. On ne sait pas de quel Clodius Plutarque veut parler.
  3. C’est-à-dire les catalogues des vainqueurs des jeux Olympiques.
  4. C’est le fameux sophiste qui se vantait de tout savoir, et que Platon a tourné en ridicule.