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Sur la prise de Mastric

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Poésies diverses, Texte établi par Charles Marty-Laveaux10 (p. 285-286).

LXXXII

Sur la prise de Mastric.
Sonnet.

Maestricht fut pris le 1er juillet 1673. Le rédacteur du Mercure galant (1674, tome VI, p. 37), après avoir inséré trois sonnets, les deux premiers de Boyer et le troisième anonyme, et une chanson, sur ce sujet, ajoute : « On me vient d’apporter encore un sonnet sur la prise de Mastric, que je crois, Madame, que vous serez bien aise d’avoir, puisqu’il est du grand Corneille : il a plu et à la cour et à la ville, et je ne doute pas que votre province ne soit du même sentiment. » À la page 38 du même volume on trouve le sonnet qu’on va lire, et à la page 43 un Madrigal de Mlle de Scudery sur la prise de Mastric.


Grand Roi, Mastric est pris, et pris en treize jours[1] !
Ce miracle étoit sûr à ta haute conduite,
Et n’a rien d’étonnant que cette heureuse suite
Qui de tes grands destins enfle le juste cours.

La Hollande, qui voit du reste de ses tours 5
Ses amis consternés, et sa fortune en fuite,
N’aspire qu’à baiser la main qui l’a détruite,
Et fait de tes bontés son unique recours.

 
Une clef qu’on te rend t’ouvre quatre provinces ;
Tu ne prends qu’une place, et fais trembler cent princes : 10
De l’Escaut jusqu’à l’Èbre en rejaillit l’effroi.

Tout s’alarme ; et l’Empire à tel point se ménage,
Qu’à son aigle lui-même il ferme le passage
Dès que son vol jaloux ose tourner vers toi.


  1. « Jamais ville… ne fit d’abord une résistance plus vigoureuse, ni un feu plus continuel et plus terrible. On y épuisa de part et d’autre toutes les finesses du métier. Mais que peuvent la force et l’industrie contre une armée de François animés par la présence de leur roi ? Cette ville si bien défendue, mieux attaquée encore, tint à peine treize jours. » (Racine, Précis historique des campagnes de Louis XIV.)