Sur la voie glorieuse/Debout pour la dernière guerre !

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Librairie ancienne Édouard Champion (p. 89-91).
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DEBOUT
POUR LA DERNIÈRE GUERRE !


Ils se réalisent les rêves prophétiques de H. G. Wells, ils prennent une monstrueuse forme vivante et passent en horreur Dité, Malebolge et tout ce que le poète vit dans l’empire des douleurs. Ce ne sont point des Martiens, mais des professeurs allemands qui accomplirent cette chose.

Les Allemands ont imprimé à cette guerre des formes successives qui toutes témoignent de leur horrible génie : la forme en trombe, en typhon, qui les a conduits jusqu’à la Marne, où ils ont essuyé une défaite irréparable, puis la forme souterraine, puis la forme métallurgique et chimique.

Un médecin philosophe de mes amis qui, près de moi, lit ce que j’écris, m’interrompt : « N’en doutez pas, me dit-il, si on les laisse faire, à cette dernière forme, ils feront succéder la forme bactériologique, et, après la lutte des gaz délétères et des liquides enflammés, ils inaugureront la lutte des tubes de culture. Il faudra créer dans chaque pays allié un ministère des sérums. »

C’est donc là le fruit de leur savoir ! Et je songe à ce mot de notre bon Rabelais : « Science sans conscience est la perte de l’âme. »

Jusqu’à ce jour, jusqu’à eux, la guerre atroce, épouvantable, gardait, du moins encore parmi les nations formées sur les ruines de l’empire romain, un visage d’homme, quelque chose qui, dans sa fureur même, rappelait le grec ingénieux ou le rude latin, inventeurs de tous les arts de la paix et de la guerre. La guerre avait ses lois, sa mesure ; des classiques comme Napoléon y pouvaient exercer leur génie. Les Allemands ont ôté à l’art des armes tout ce qui lui restait encore d’humain. Ils avaient tué la paix ; ils tuent la guerre. Ils en font un monstre qui ne peut vivre : il est trop laid.

Debout pour la dernière guerre ! À l’œuvre ! Courage ! Ô Grande-Bretagne, reine des mers, toi qui aimes la justice, ô sainte Russie, géante au cœur infiniment tendre, ô belle Italie que mon cœur adore, ô Belgique héroïque et martyre, ô fière Serbie, et toi France, ma chère patrie, et vous, nations qu’on entend au loin apprêter vos armes, étouffez l’hydre et demain vous sourirez en vous tenant par la main dans l’Europe délivrée.